I.l,^ MA.NUAHiNS Al'IU:S LA (Il KIUll, DK iHio
M. .I(tlm>()ii cl \\ itlall, se pi'Oiiiciiaul ii rlirval sans iui\ oir iltraiii;!'!' porsoiiiio, car ils allaient au |tas , fiircDl .uirsuivis avec des sifllols cl ii con[)s de pierres, jiis([u'ii - 1(11 ils paiviiirenl il se réfugier dans les lactorerics.
le gouvonKMiient portugais noniuia, on lsV4, ministre K nipol(Miliairc en Chine, M. A. da Silveira Piiito, qui \nil été gouverneur de Macao; mais le vice-roi relusadc • l'cconnaître, disant que, pour les rapports avec les luiiigais, il sulfisait du procuraâor (sorte de ministre l.tat ou de secrétaire du gouvernement de Macao]. Ce iiictionnaireou employé civil delà colonie avait jusquedo chargé de la correspondance avec les autorités iiiioiscs.
in 1849, le gouverneur de ladite colonie, M. J. M. V . iiiaral, ayant eu avec les mandarins (jnelques difficultés, Il il serait trop long de rapporter ici, on sut qu'il Canton 110 bonne somme avait été promise ii qui livrerait sa tète. (l'Ile circonstance n'était pas un mystère pour M. Ama- \\. et lui-même m'en parla deux jours avant sa mort, i exprimant formellement sa conviction qu'il finirait u' être assassiné. En effet, se promenant à cheval avec >n aide-de-camp, il fut attaqué, tout près de la ville, ai huit ou neuf Chinois, qui les renversèrent tous les eux, blessèrent faide de camp et coupèrent au gouverour la tète et une main qu ils emportèrent dans unpetit-
i.es Portugais s'emparèrent alors de la porte du mur ai sépare leur territoire de celui des indigènes et u avaient occupée jusqu a ce moment trois ou quatre oldals chinois. Il s'ensuivit quuu fort, qui était à portée c canon, commença a envoyer des boulets contre la porte. 'n se trouva alors dans la nécessité ou d'abandonner la oile. ou de prendre le fort; on adopta ce dernier parti, t kl chose fut immédiatement exécutée, grâce a fintréidilé d'un jeune officier qui, sans avoir l'habitude de la
112 i.A ciiiM': i:t Li:s puissances chretieiNiNEs.
f^ucrro, s'oflVit a prendre d'assaiil le fort défendu par vin{j[l pièces de canon de 18 : suivi de vingt hommes qu'il choisit et de douze autres qui surtirent volontairement de huirs rangs pour l'accompagner, il enleva le l'oit avec autantde promptitude que d'intrépidité. Ce vaillant jeune ' homme, qui, je crois, n'a pas reçu de récompense proportionnée au service qu'il rendit, se nomme V. N. de ' Mcsquita.
Le représentant de la (Jrande-Bretagnc adressa direrv f' tement au vice-roi une réclamation relativement ii l'u sassinatde l'infortuné Amaral; en même temps nous h adressâmes de Macao, le ministre de France, celui di États-Unis et moi, un réclamation collective.
Après cela nous continuâmes séparément la correspondance à ce sujet; et pour être bref, je dirai seulement qu'il résultait assez clairement des communications faitrpar le commissaire impérial lui-même (comme je lai" raconté au chapitre deuxième), qu'il n'était pas resté étranger a ce fait tragique. Il avoua sans difficulté que la '' tète efla main du malheunmx Amaral se trouvaient en sa possession, ajoutant qu'il ne les remettrait point, l'on ne lui renvoyait pas les trois soldats chinois qui su trouvaient a la porte de la limite de Macao, (non loin de laquelle le gouverneur avait été assassiné), et par ou avaient passé les assasins avec la tète. Le gouvernement de Macao avait fait arrêter ces soldats afin d'obtenir par eux des renseignements sur les circonstances du crime. Dans ces tristes moments j'allai à Canton avec le steamer espagnol Magallanes^ et après avoir réussi a faire venir bord un envoyé du vice-roi, je promis que si on me livrait la tète du malheureux Amaral les trois soldatchinois seraient bientôt relâchés. Le vice-roi offrit de d^ la remettre a l'instant même, si je promettais par èciv que les soldats seraient mis en liberté, en fixant le jour. Les Portugais ne voulaient point consentir a l'échange des Chinois contre la tète du feu gouverneur, et. comme
LKS RIANDAIUNS AI'RÈS LA CLlKHUK IH; ls;o. 117.
l'iomesse par écril qu'il cxiffoail do moi, une Ibis apii'iivc'C par le youvcrnonienl do Macao, cùl ou laïuôiue ivc qu'un échange ininiôdial, jo rompis la lu'gociation
I • rotournai a Macao.
Iiiliii lo Irès-digno ovôquo K. Y. S. (1. J. da Matta, qui nilant tous CCS temps difiîcilos fut, pai- honhour, à la I'' du gouvernement de Macao, persuada au conseil iil présidait de mettre h^s prisonniers en liberté, ayant iiiipris par les négociations entamées par moi que le ( l'-roi ne gardait la tète que comme une garantie de la Midition des Chinois, lesquels auraient fait peut-être - révélations si l'on se tut décidé k les mettre à mort. (j's hommes une fois mis en liberté, le vice-roi envoya Macao, par l'intermédiaire d'un estafier de bas étage et tiis un misérable bateau de louage, la main et la tète iifaitement conservées.
II affichait tout le mépris possible envers une nation le les mandarins croyaient être hors d'état de se venger,
malheureusement ils voyaient juste; mais je ne puis "t mpècher de dire qu'à mon avis ce fut et ce sera touiirs une honte pour toutes les puissances chrétiennes qui il des intérêts etdes représentants en Chine d'avoir laissé m s châtiment un attentat aussi inique et commis avec tant ' perfidie. Un tel acte de scélératesse aurait dû être puni u toutes les puissances civilisées. Je reviendrai plus in sur ce sujet.
Maintenant, je rapporterai brièvement ce qui m'est rivé à moi-même en ma qualité d'envoyé extraordilirc et ministre plénipotentiaire d'Espagne. Jo dois dire avant tout que mon gouvernement n'a mais eu de différends avec la Chine depuis que des retiens se sont établies entre les deux pays, ce qui eut m après la découverte et la conquête des Philippines, isqu'à l'année 1815, l'empire recevait annuellement de anille de douze a quinze millions de francs en échange
ni LA CHINE ET LES l'I'lSSANCES CHRÉTIENNES.
de soieries cl d'autres articles qui étaient transportés a Mexique ef aux autres colonies espagnoles d'Amérique La somme totale depuis loCio ne saurait être portée at dessous de deux ii trois milliards. Aussi les piastres et paynoles sont-elles encore aujourd'hui la monnaie coi rante sur toutes les côtes de Chine. Indépendamment d l'argent, le seul article de quelque importance que l'o reçoive des Philippines, c'est le riz, dont les mandarir favorisent avec sollicitude l'importation, afin que la pn mière subsistance du peuple ne lui manque pas.
Les vice-rois, commissaires impériaux, Lin et Ki-yin. ont fait des sollicitations pour obtenir que le gouverneme; anglais prohibât dans l'Inde la culture de l'opium : cette culture a été défendue aux îles Philippines, le go vernement espagnol craignant que les indigènes ne co tractent l'habitude de le fumer, et ne deviennent pi paresseux encore qu'ils ne le sont. Cependant les îl Philippines produiraient de l'opium aussi bon, sini meilleur, que celui de Patna, de Mahva ou de Benan
En abordant en Chine sur le steamer la Reine de Ce /f//e, j'annonçai mon arrivée a Siu, vice-roi et commissai impérial, et je signalai à son attention la prohibiti dont je viens de parler, mais je lui laissais entendre qu' avait agi ainsi dans le but de faire plaisir au gouverr ment chinois (*). Je ne faisais point mention du fâche événement du brick espagnol el Bilbaino, et je lui <
(*) L'attention que Siu mit à cette particularité prouve la j' tesse de ce que sir J. Bowring écrivait à lord Clarendon, en d 8 janvier 185G : « It may \vellbe doubted whether a déclaration p the part of the East India Company, that they were willingf) stop ttie growth and the export of opium, would influence in |6 slightest degree the répulsive policy of China or obtain for us s lord Shaftesbury assures your Lordship it could not fail to do, c( mercial concessions from the Chinese government in any sh f uhatever. »
F.KS MANDARINS APHKS LA GlKHnK DK 1H}(|, 115
iiandais. de la paît di! ma souveraine, des nouvidlos de a ■^anl('' de r(Mn|tfi'eiii".
I I.' locleur se rappellera que j'ai mentionnô, dans le liapitre précédent, un navire espagnol brCilé pendant la ;iirii'e. Un petit mandarin de la marine impériale était illi' il bord du brick ri Bi/l>aino, qui, complètement Irrliargé et son pavillon déployé, était mouillé a Taïpa 1 1 \ ue de Macao. Il emmena enchaînés un pilote et quatre ntlclots qui se trouvaient à bord et brûla le navire, aniniicant aussitôt, dans un rapport pompeux, qu'il avait liiruit une barque anglaise chargée d'opium.
i'our réclamer contre cet outrage, le gouverneur génélal des Philippines expédia en Chine le capitaine de vais- -L'aii aujourd'hui amiral) don José M. Halcon.
<lelui-ci envoya une communication, qui lui fut ren- Mivée parce que la suscription ne portait pas le mot pétition) ; et aucun mandarin ne voulut le recevoir, lientôt après, lorsque les Chinois durent payer aux Nn^lais les 6 millions de dollars stipulés pour la rançon (ir Canton et pour indemnité des pertes éprouvées parles sujets britanniques, le capitaine Elliot eut la bonté d'ajoujter sur son reçu une somme de 30,000 dollars pour le Bilbaino, et les Chinois lui remirent cette somme, qu'il fit passer a don José M. Halcon. Les cinq hommes de l'équipage furent envoyés à Macao et remis a.u p7-ocurador de cette colonie, dont le gouverneur avait fait des réclamations à l'occasion de l'attentat ci-dessus rapporté.
Les mandarins avaient traité notre envoyé avec le dernier mépris, quoique ses qualités personnelles lui eussent ijmérité partout une grande considération. Remplissant en Chine une mission toute pacifique, et me conformant aux intentions formelles de mon gouvernement, je m'abstins de faire la moindre allusion a cet événement.
Je reçus du commissaire impérial une lettre de style très-fleuri, mais dans laquelle il ne répondait point à mes questions sur l'état de la santé de l'empereur.
Il<; I.\ r.lIlNK i.T l.r.S IMiSSANCKS CHHKTIKNNKS.
Il mi; (lisaiL iiu'il savait bien (Jik; cCluil son de\(iii (l'aller me fairo uno visite, mais qu'il (Hait trcs-occupc, et que mon séjour ii Macao devant ôtre de lon^m durée, il irait me voir quand cela lui serait possible. Sm l'enveloppe de sa réponse, il avait mis les titres que nui même je m'étais donnés; mais son nom et ses tilnctaient placés plus haut que les miens, ce qui signifiai qu'il se considérait au-dessus de moi.
Afin qu'on se fasse une idée plus exacte de ces délai 1 de l'étiquette chinoise, je donne ci-joint un fac-similé di l'adresse : à droite est le nom de celui qui écrit, a gaucln celui de la personne à laquelle est adressée la dépèclio Il m'envoyait incluses dans la sienne des copies des trai tés faits avec l'Angleterre, la France et les États-Unis, ci me disant qu'ils renfermaient toutes les règles par les quelles devaient se conduire les négociants étrangers.
Du reste, cette communication ne me fut ni apporté' par un employé ni remise par l'intermédiaire du manda rin résidant a Macao; on se contenta de me l'envoyer pa un des patrons qui portent des marchandises de Cantoi a Macao, et qui, moyennant rétribution, se chargent de lettres qu'on leur confie.
Toutefois, désirant éviter des difficultés, et sachant qu mon gouvernement n'était pas disposé à me soutenir s'i en survenait, je fermai les yeux sur tout cela; seulement lorsque j'eus a écrire de nouveau au vice-roi, je plaça mon nom plus haut et le sien plus bas, de la même ma nière qu'il l'avait fait a mon égard (*).
(*) Des Européens qui n'ont vu que trop légèrement la Chin ont fait des railleries sur les diplomates et les interprètes qui at tachent de l'importance au lieu où les indigènes placent les non) propres , et aux autres cérémonies qui surviennent dans leui" rapports ofliciels avec les mandarins. Je répondrai à ces critiqud par la reproduction des paroles suivantes de M. Harry Parki adressées, lors de sa captivité à Pékin, à l'un des hauts fonctioi
FAC-SIMILK
iirr/n/i/ir ili' ili'ju'ilir ndiT.ssc'' /inr Siti , rirr-rni di- Ciiiiluii , iiii.isdirr itnifi'riii/ ixntr Imiter tivrc los iiynits (/iii/oiiiiitii/urx .rrs, () Do\ SiMiiAi.Do i>K Mas, Kuvoi/i' iwtninrdinniic rt \liiiisfrr {i/riiii)iitriiliiiirr df lu n-im' d' EsiiiKjiir en ('/liin:
Co Fac-Siniile est rcduit au 25"^ do roiiginal. l-is lignes en petits points, y g Q Vi indiquent les ouvertures do m loppe. Les deux lignes parallèles, g g, sont des bandes de papier • , collées sur les endioits où il y a des fermetures. On ne peut ..ir l'envoloppe sans déchirer quelqu'une de ces bandes. Les carrés longs rouges, [), sont des empreintes du sceau du iiipoteutiairc ehinois, apposées sur les fermetures.
TVPOORAIMIIK RRNKST 11KYFR,
LKS MANDARINS APKftS LA GUERRE DE IStO. 117
Jo romprirt aussitôt que Siii n'avait niillomcnt riiiloutidiido venir uuM'oir, ot (juil ne le Icrait (|u'autant ([u'il \ -'crait contraint, CA'st ce que j'écrivis à Madrid, en ajoulaiil ({lie le seul moyen de le Coirer était de le nieiiacer (jU(> j'irais il Tien-lsin, dans le but de me rendre ii i'ikin; mais que pour cela il était nécessaire (juc l'on m envoyât deux ou trois navires de guerre, afin qu'il prît ma menace au sérieux.
I.e ministre, a Madrid, satisfait du style fleuri do la ronimunication cliinoise, me répondit qu'il ne voyait pas im motif pour se métier de ses paroles; qu'il trouvait imh'iiipestive ma demande touchant les navires de guerre, ri craignait que leur présence ne produisît un mauvais titct; enfin il m'enjoignait de conclure prompfement un traité avantageux.
11 serait trop long de raconter les démarches officielles et particulières que je fis toujours sans résultat. Siu, après m'avoir écrit qu'il savait que c'était une obligation ipour lui de venir me voir, se refusa constamment à le faire "sous toutes sortes de prétextes, et finit par se renfermer dans l'offre de se rencontrer avec moi ;i un des jmagasins ou maisons de campagne des commerçants 'chinois.
J'essayai de conclure un traité par l'intermédiaire de secrétaires. En effet les miens eurent des entrevues avec
,Daircs qui allèrent le visiter dans ga prison. Ces paroles valent jtout un chapitre :
! « Le refus du gouvernement de Cliine à admettre le principe jd'égalité dans ses relations avec les nations étrangères, est l'origine de toutes les diflicultés qui sont tombées sur lui du côté des étrangers. Sans ces prétentions déraisonnables auxquelles les puisisances chrétiennes ne se soumettront plus, la Chine n'aurait pas 'VU des armées européennes dans ses territoires, et elle aurait lépargné les grandes sommes qu'elle a dîi payer comme indeminités.»
(liit'l(|iit's mandarins qne Siu envoya, mais on ne put olilcnir qu'ils ajoutassent rien aux sli|)ulalions contenues dans les traités antérieurs; car, disaient-ils, tout ce que l'on nous conoéderail a nous autres Espagnols serait par le t'ait accordé aux An;;lais.
A la fin je me résignai ii ce que nous fissions un traité copié il la lettre sur le traité français, avec cette seule diU'éronce qu'au lieu de mettre : le roi de France^ on mettrait : lareinn dEapagne^ etc.; mais il s'y refusa aiussi.
.le lis encore plus : voyant que Siu tenait à se rencon- Irer avec nioi, comme il disait, dans une maison particulière (certainement en vue d'établir un précédent pour la manière de traiter avec les plénipotentiaires étran-j( gers), je lui offris d'aller à l'endroit qu'il m'indique- 1» rait, si cette démarche avait positivement pour objet de ji signer le traité rédigé comme il serait convenu en dernier l» lieu; mais il s'y refusa également, y
La raison qu'il donnait était ({ue « les règles suivant; « lesquelles doit se faire le commerce étranger en Chine « sont déjii tixées dans les traités signés avec les trois « grandes puissances, et que l'empereur ne peut faire un (' nouveau traité particulier avec chacune des petites na- « tiens étrangères. »
C'était dire que l'Espagne était une petite nation, et qu'elle ne pouvait être considérée et traitée de la même manière que l'Angleterre, la France et les États-Unis
Un jour je reçus une communication du gouverneur de Casablanca, ville chinoise voisine de Macao. Par ordre du vice-roi, commissaire impérial, il m'envoyait enchaînés deux naturels de Manille qui avaient tué un Chinois. La communication renfermait quelques dépositions des témoins qui avaient été présents lors de l'événement L'adresse de la dépèche était rédigée de telle sorte que je devais refuser de l'ouvrir; car on m'y nommait taUpan c'est-à-dire consul ou subrécargue, et l'on ne m'y donnait point les titres qui m'étaient dus.
LF,S MANDARINS APRfcS LA GUERRE DE 1««0. 119
L'atVairc l'tail (Cependant sc-ricuso, les Chinois no m'en- \ii\ aient si sponlanéiiient les coupables qn'afin do ne pas laisser coinjireiidre ([lie, (luand ils proecdenl de la niènie manière avec les Anglais, ils ne le font que par force; mais si je me refusais à recevoir le pli, et par conséquent lis prisonniers, on pouvait se l'aire un prétexte de mon refus pour leur couper la tète.
Quant a la négociation concernant le traité, les con- I issions auxquelles je nie prêtais ne servirent de rien, couiine je l'avais trop bien prévu; je n'avais, du reste, niVert de les faire que pour sortir de la situation désagréable où je nie trouvais.
Mon gouvernement, impatient de me voir obtenir un airangenient avantageux, ne cessait de me harceler, et allait jusqu'à me dire que je perdais mon temps; mais il txigeait que l'on procédât par voie de conciliation et de lions procédés, voulant absolument me persuader que le i;iiuvernement de la Chine a pour celui de l'Espagne une -rande considération, quoiqu'il n'en ait pas donné Mon des preuves.
Quant à moi, je m'impatientais en voyant que je ne l'ouvais faire comprendre au ministre des affaires étrangères ce qu'était le pays où j'avais a négocier, ft dans quelles circonstances difficiles je me trouvais. J exposais que les Chinois étaient à une époque de réaction, qu'ils avaient été encore plus inconvenants envers les Anglais qu'envers nous-mêmes, malgré les forces de terre et de mer que la Grande-Bretagne entretenait dans ( rs parages; que nous pouvions attendre des temps meilleurs comme faisaient les Anglais, et comme ils avaient fait surtout lorsque l'ambassadeur, lord Aniersth, avait été maltraité et qu'on avait refusé de le recevoir a Pékin; qu'une révolte très-grave a\ait éclaté contre le gouvernement lartarc et pouvait amener un bouleversement complet; qu'une nouvelle guerre avec les Anglais s'allumerait infailliblement avant peu. et ne manquerait
pas de rcMulrc les mandarins plus Irailables. Enfin j'écrivis plus dune l'ois que, si le gouvernement ne voulait ni attendre ni mettre ii ma disposition deux ou trois vaisseaux, alia d'inspirer quelque respect a ces gens-l;i, il n'avait qu'à envoyer en Chine un autre ministre pour voir s'il serait plus habile ou plus heureux que moi, ou bien qu'il n'avait qu'il rappeler la mission.
J'ajoutais que, dans ce dernier cas, on devrait laisser en Chine et confier aux soins de notre vice-consul, dans le port portugais de Macao, deux élèves qui se trouvaiertt attachés a la légation pour étudier le chinois, car il était 1 évident qu'en raison de la proximité de notre colonie des '' Philippines, nous aurions toujours des affaires en Chine.
Je conseillais également que l'on ne nommât pas d'autre agent espagnol outre le vice-consul qui était déjjià Macao, accréditèprès du gouvernement portugais; caries mandarins, pour se refuser à faire un traité avec nous, ayant prétexté que l'Espagne était une petite nation et qu'elle ne devait pas être traitée comme l'Angleterre, la France et les États-Unis, retirer la légation (sans demander aucune sorte de satisfaction pour le mauvais accueil qui lui avait été fait), et envoyer un consul, c'était évidemment donner raison aux mandarins.
Je demandai instamment, à plusieurs reprises, qu'on* me déclarât d'une manière catégorique si je devais accéder aux propositions, ou, pour mieux dire, aux prétentions du commissaire impérial, qui voulait me recevoir dans une des maisons de campagne ou magasins des commerçants chinois, au lieu de venir me visiter comme son prédécesseur avait visité les envoyés d'Angleterre, de France et des États-Unis, et comme lui-même m'avait écrit dans le commencement que c'était pour lui un devoir; je ne pus jamais obtenir, à ces demandes réitérées, que des réponses vagues où l'on me répétait, sous des phrases emphatiques , la nécessité de conserver intacte la dignité de la nation, et en même temps la né-
LFS MANDARINS APHftS LA CrRRHi; I>R IRIO. 121
svilc non moins grande de maintenir la bonne harmo- I', Unissant toujours par laisser ii mon jiii,'enient lu ■( ision il prendre.
\ la fin le ministre des atîaircs étrangères se décida Mil- la d(M'nière de mes propositions, et la mission fut ppclée j)réeisémcnt dans les termes que j'avais indi-
ICS.
.le dirai, pour clore celte partie de l'iiistoiro que j'ai it repris dexposer, qu'après mon arrivée à Madrid, un iii\eau ministre, le marquis de Miratlores, résolut d'en- >yr en Chine un consul général, et quoique j'essayasse ^ lui faire comprendre que cette mesure n'aurait pour MIS d'autre résultat que de nous humilier davantage K itre aux yeux des mandarins, qui nous avaient déjà iiinigné tant de mépris, je ne pus parvenir à le dissua- ■I-. Ne serait-il pas .superflu d'ajouter que ce consul, un que tout a fait digne et honorable, n'a jamais été en licence d'aucune autorité chinoise?
Depuis le 17 février 1849jusqu'au4janvicrt858 (époque 0 larrestation deYé) (*) le vice-roi de Canton n'avait con- ■rc personnellement avec aucun représentant étranger, elfe longue interruption dans les relations de bonne armonie, cette aveugle persistance dans une voie rétrorade, n'annonçaient-elles pas assez clairement une tourlente prochaine?
Le 8 octobre 1856, les autorités chinoises, ayant apris que deux indigènes qu'elles voulaient arrêter se ■0 avaient à bord de la gabare Arrow, mouillée dans les aux de Canton, envoyèrent des gens armés qui emmeèrent prisonnier tout l'équipage. Cette barque avait été Onstruite a Hong-kong, elle portait patente et pavillon ritanniques, et était commandée par un patron an-
(") Comme nous le verrons tout à l'heure, Canton fut pris par !S Anglo-Français le 28 décembre 1857 et le vice-roi Yé tomba au ou voir des alliés.
li-2 I.A CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
f,'l;us; les niafcluts seuls ('■laicnlCliinois. Le consul an;jl réclama les individusan'ètésclflcuiandasalislaclion jil'insulte laite au pavillon. i'
Les homnios furent rendus, mais non de la manièn' solennelle qui avait été exigée, et aucune satisfaction n(' fut obtenue. Les autorités anglaises firent prisonni une jonque de guerre, et envoyèrent des troupes, tii de Hong-kong, qui s'emparèrent de plusieurs forts dan la rivière. L"un d'eux est celui qui porte le nom de Ma cao, montant «6 canons et construit sur une petite île ai' milieu de la rivière. Le vice-roi ne fléchissant pas, uil corps de soldats de marine fut débarqué pour protège' les factoreries étrangères, et un autre corps occupa le' rues extrêmes de la ville. Le fort montant .50 canons, ap pelé par les étrangers Dutcli Folly, et construit sur un petite île en face de la ville, fut pris également.
Après ces mesures, on fit de nouvelles réclamations ai vice-roi ; il y répondit par une proclamation offran 30 dollars pour la tète de chaque Anglais qu'on lui appor terait. (Plus tard la somme fut augmentée jusqu'à 100 dol lars par tète.) Tous les domestiques chinois furent obli gés de quitter les factoreries.
On porta quelques obus de 32 au fort Dutch Folly^ aveil lesquels on ouvrit un feu dirigé contre le grand hôtel officiel du vice-roi, qui était tout voisin du rempart ■ Quelques vaisseaux de guerre coopéraient à l'attaque Une brèche fut ouverte, et l'amiral anglais en^ra dan l'hôtel du vice-roi ; mais au coucher du soleil il se re tira, ses forces ne pouvant servir qu'à un coup de main
Au milieu de ces hostilités entre les indigènes et le Anglais, lun des forts tira sur un navire des États-Uni qui portait son pavillon, bien différent du pavillon britan nique. Par suite de cette insulte, les deux ou trois vais seaux de guerre américains qui se trouvaient dans co eaux, attaquèrent le fort et en démolirent les batteries. Ij ministre des États-Unis fit en mémo temps débarquoi
Li:S MANDAIUNS APRKS [.A C.L'F^IUU: DE 18KJ. 123
j !■ conl. cliuiiiiinlc lioiniiics aiiiK-s diiiis les faclniuji'ics, ' prolcgor SCS nulioiiaiix. Vc Iciii' prcsciila des ex-
l»i' nouvelles l'éelaiiialidiis l'iiit'iil adressées par l'amiral lu lais il Yé, mais il \\c lléeliil pas. L'amiral lit alors reeom- 11 iicerie feiravoc un obusde (iSplacéau Hovl DutchFolly, luhiucs jours après, une flottille de 23 jonques de guerre il détruite. On prit ensuil(^ un fort de 150 canons, quoiiie très-bien défendu pendant M\ minutes. Puis on altaua 13 novembre) et l'on prit les forts qui portent le nom e lioguc, montant plus de 200 canons. Peu de jours plus ikI, d'autres forts avec 210 canons, placés de l'autre cùté ( lemboucliuro du I>oi;uc, tombèrent au pouvoir des ii^hiis, qui furent alors maîtres de la rivière.
I ,(• vice-roi, pourtant, resta inébranlable, et les Anglais, laïujuant de forces suffisantes pour attaquer et occuper anion, durent se résign<'r a attendre de Londres des in- Iruetions et des n-nfurts.
Cette inaction encouragea les Chinois, et le 12 décem- 'l'c 185G, le feu fut mis de plusieurs côtés aux factoreries ti angères, pendant la nuit. Tout fut réduit en cendres xcepté l'église protestante et une bâtisse où l'on conti iiisait des bateaux. Une flottille de jonques de guerre ittaqua un petit bateau a vapeur qui remorquait une ;aliare ; il se sauva avec difticulté et perdit la gabare. Deux «dits paquebots a vapeur le Queen et le Tisile, qui faiaient le trajet entre Macao, Canton et Hong-kong, furent iris par des Chinois qui, entrés comme des passagers, se soulevèrent tout a coup et massacrèrent les Européens. Dans l'une de ces tragédies un vice-consul d'Espagne l'oidit la vie. On attaquait les navires de guerre anglais aM'C des brûlots, et les forts avec des batteries. A Hongkong, le boulanger chinois empoisonnait le pain C). Les
(*^ Une circonstance remarquable eut lieu à cette occasion : le premier Européen qui s'aperçut de l'infamie du boulanger fui
ISt LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES,
indigènes, excités par Yé, devenaient tous les jours pin hardis. Un vieux capitaine Cowper, qui était ii bord i son vaisseau, lut enlevé do laniaMién^ suivante: un canol chinois approclia, le patron dit qu'il avait un billet pour remettre au capitaine Cowper. Celui-ci parut sur le poni et dit aux Chinois qu'on lui montrât le billet. Un homme monta et le lui remit dans les mains. Pendant (ju'il était à le lire, ce Chinois le fit tomber dans le canot où il lança lui-même. On fit force rames, et le malheureux i pitaine fut ensuite mis ii mort par l'ordre des mandarin
Les Anglais tinrent enfin un conseil de guerre : il y fut décidé de se retirer, conservant seulement le fort appelé Macao, qui est sur une île au milieu de la rivière ( i non loin de Canton. Le brave capitaine de la marine, Bâte, s'yrenferma avec. 300 hommes et y resta pendantcinq mois, au bout desquels il fallut aussi abandonner ce point d'appui. ,,
Il va sans dire qu'après la retraite des Anglais de Can-| ton, l'église fut complètement détruite.
Vers le printemps, quelques renforts étaient arrivés à Hong-kong ; mais à cause de l'insurrection de l'Inde il était nécessaire d'envoyer a Calcutta toutes les troupes non indispensables en Chine.
Plusieurs escadrilles de jonques de guerre étaient ras- ; semblées dans le filet des rivières avoisinant Canton, et ' dont on peut se faire une idée par ce dessin :
le docteur anglais de la colonie, il envoya immédiatement une circulaire à tous les principaux habitants ; elle commençait par ces mots : le, pain est empoisonné, et donnait une courte prescription. Eh bien! le porteur de cette circulaire était un domestique chinois (couli) du docteur.