‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 9 sur 65 · PRECIS DE L'HISTOIRE DE LA CHINE · texte numérisé non relu

PRECIS DE L'HISTOIRE DE LA CHINE

Après les événements des temps mythologiques racontés par les historiographes chinois, viennent les faits, semi-historiques : ceux-ci commencent par l'empereiii" Fou-hi, qui vécut l'an 3468 avant J.-C, et se prolongent pendant 770 ans.

Le premier souverain historique est Hoang-ti, vi\ant l'an 2698 avant notre ère.

1576 ans plus tard, l'empereur légitime fut renversé par un chef qui prit le titre de Wou-wang. Dans le but ie récompenser les grands qui l'avaient aidé a s'emparer Ju trône, il divisa l'empire en 22 États feudataires. Il jeta ainsi les fondements des grands troubles qui dek'aiont plus tard déchirer le pays, car ces petites souveu. 1

i L\ CHINE ET LES l'LISSANCES CIIHÉTIENKES.

niinolôs vassales cleviiirL-nl iiulrpctidaiilcs cl so liniil dos guerres sanglantes.

Sept siècles avant notre ère, la division géograplii(|iii' établie par Wou-wang avait soutlert dimportants eliangements, (iuel(iiios-uns des petits Ktats ayant eonqnis cl absorbé les autres. A certaines éptxjues, le nombre d'États indépendants fut porté ii 43, a 125 et même a \'M>.

Il n'y eut alors aucun genre de crime qui ne lut commis. C'étaient des généraux et des ministres qui conspiraient contre leurs rois, qui les détrônaient ou leur donnaient lu mort; des frères qui s'empoisonnaient mutuellement, des lils parricides, des pères qui, pour satisfaire leur partialité, ou l'amour jaloux de leurs femmes, sacrifiaient des enfants, sans parler des neveux et parents qui étaient souvent massacrés par douzaines. On vit enfin sur une vaste échelle toutes ces révoltantes horreurs enfantées par l'ambition, qui dans de pareilles circonstances ont souillé d'autres nations dans les temps féodaux.

Cette épouvantable corrtiplidn des mœurs fit naître (cinq siècles avant J. C.j deux grands hommes vertueux les philosophes Lao-tseu et Kong-fou-tseu (Confucius) Ils entreprirent la réforme de la société par leurs principes et leurs écrits.

Lao-tseu fonda une religion sous le nom de Tao la raison). Kong-fou-tseu n'eut pas cette prétention , et se borna à prêcher la concorde et la vertu. Le vuni de son cœur était la réunion de tout l'empire sous la niain forte d'un bon souverain tel que Yao ou Chun qui avaient gouverné vingt-trois siècles avant J. C.

Nous reviendrons plus explicitement sur ce célèbre philosophe, qui fut contemporain de Thaïes et de Pythagore, et vécut par conséquent un pcîu avant Socrate et Platon.

Deux siècles et demi environ avant notre ère, le prince d'un Etat, nommé Tsin, s'empara de l'en)pirc entier et

l'ItKCIS DK LlIlSTOIIti: l»K I.A CIIIMi. .-,

rniii|nit encore d'aiiires pays hors de la (lliine. Il lit hàlir

l.i irandc muraille dcsliiin^ ii îirrrlcr les iinasioiis des

l;irl;in's-Mandchoux. (lo lui nii i^raiid rrlnniiatcur , et

l'Oiiinie (cl il ciil a subir l'oppusilinn du ('(trps des lettrés,

qui dans ee pays dirige l'esprit publie et profcsscî un res-

)cet religieux et exclusif pour tout ce qui est antique.

Fortement irrité par cette opposition à ses mesures de

irogrès, il ordonna do brûler tous les livres, excepté

eux d'agriculture et de médecine, et il lit jeter dans les

jlammes 400 lettrés qui avaient eu la liai'diessc de braver

a colère. Nous parlerons ailleurs de ce prince cxtraor-

inaire qui, en se faisant empereur, prille nom d(! Tlisin-

hi-IIoang-ti.

La religion de Bouddha ou Fo fut introduite en Chine an 73 de J.-C. Il paraît que l'empereur régnant, Ming-ti, ut un songe dans lequel il vit une grande personne ou latue en or. Ayant consulté des sages, on lui dit qu'il avait dans l'Inde le dieu Fo qui était en or. 11 envoya ans cette contrée des ambassadeurs qui lui amenèrent image de Fo et des bonzes de cette religion. Elle se propagea immensément dans la suite, quoique dire vrai ses adeptes ont compté plutôt parnîi le peuie et les femmes que parmi les Mandarins et les lettrés. n'y a pas de ville de Chine où on ne trouve des ternies bouddhiques, connus généralement sous le nom de igodes.

Vers l'an 220 de notre ère, l'Empire l'ut divisé en trois

lyaumes : celui de TIez, de Ilan-ou-chou^ et de Ou. Le

li Wou-ti réunit de nouveau tout l'Empire soixante et

1 ans plus tard. ^

Vers la fin du iv" siècle, l'Empire fut divisé en deux :

j y eut le royaume du Sud et le royaume du Nord.

I lacun a une histoire sanglante; ils se firent des guerres

l.squ'à ce que le prince appelé Wen-ti s'emparât de

\ ut, l'an o89 ; et sous son sceptre la Chine redevint en-

i' re une monarchie puissante.

l LA CHINE ET LES l'LISSA.NCES CIlUETlENiNES.

Col Kmpirc! a loujours r>u à se (lôfcndro conlrc les Tailares orientaux cl occidcnlaiix. Vers la lin du xiv' siècle, se trouvant liareclé par ces derniers, le gouvernenienl appela les premiers ;i son secours. Ils vinrent, en eflet, mais ils s'emparèrent du pays. Après sa défaite l'empereur, sa mère et son ministre se jetèrent dans la mer et se noyèrent. Un grand nombre de personnages de la enm se suicidèrenL Ce fut Kuliilai-klian, i»elit-lilsdu célèbre Tcliing-gis (Gengis-klian , «pii devint le nouvel empereur, et fonda la dynastie dite. des Youans ou Mongols. La Chine se trouva ainsi dominée par des étrang(Ts.

Kubilai (en chinois Ilu-pi-lie; fut un souverain remarquable. Il fit creuser le grand canal qui, en traversant les deux premiers fleuves de l'Empire (le Yang-se-kiang et le Hoang-ho), va de Ilancheouà Tien-tsin,prèsdePékin. C'est le plus grand canal que les hommes aient jamais exécuté.

Pendant le règne de Kubilai, le Lamaïsme du Thibel fut introduit en Chine, et y jouit de beaucoup de faveur tant que dura la dynastie mongole.

L'islamisme y fut aussi propagé, et depuis lors les musulmans ont plusieurs temples et des sectateurs dans^ cette contrée.

Les rois mongoles successeurs de Kubilai furent bien loin d'être aussi capables et habiles que lui ; ils ne respectèrent pas le système national de conférer les grades littéraires et les fonctions publiques au moyen d'examens. Ils n'employaient que desMongols, a l'exclusion des indigènes; ceux-ci se considéraient comme des esclaves et brûlaient du désir de recouvrer leur liberté- Des révoltes survinrent : un jeune homme, fils d'un pauvre laboul'eur, qui se trouvait dans un couvent de bonzes, se joignit aux révoltés; bientôt il devint leur chef et parvint a chas ser les Tartares. Proclamé empereur, il fonda la dynastip des Mings l'an 1368. Kubilai avait conquis le pays l'an 1279 : la domination élransère avait donc duré 8!) an.?.

l'HKcis in: i.iiisToiiŒ dk i.a ciiim:. :.

I l's Minys fuiviilii U'ui' luiir rcnvorsL's pai'Ics Tarlarrs- Miiiidclioux au communcciucnl du xvii" siècle. Voici I l'iiimonl ce fait eut lieu :

ht' grands Ironhlcs avaient t'clatr dans lonl l'enipiri". lU'iix ciiofs de l)rigands dcvinronl si puissants, qu'ils («manisôrcnt des armées foruiidaMes, et se rendirent iiiailres de plusieurs villes et provinces. L'un d'eux alla iiis(iu'à atta<iuer Pékin, qu'il prit. Quand l'cnipercur vit l«Mil espoir de défense perdu, il amena dans son jardin nue fille nubile qu'il avait, la tua d'un coup de sabre v[ se pendit lui-même ii un arbre avec sa ceinture. Avant ili' se suicider, il se fit une blessure et écrivit de son sang Mil' le pan de sa ro4ie : «Salut au nouvel empereur. Ne lais pas de mal a mon peuple.» Quelques historiens ont dit qu'il ne réussit pas a tuer sa fille; qu'elle eut seulement un bras coupé, et qu'elle fut sauvée par ses servantes. Un grand nombre de dames du palais et de hauts dignitaires se donnèrent aussi la mort.

Après cette catastrophe, qui eut lieu dans les derniers jours de 1641, le chef des brigands fut proclamé et reconnu empereur par tout le monde, excepté par le ^leuéral Ou-san-kouei qui se trouvait avec quelques lidupes dans la province de Lia-tong, sur la frontière des Tartares-Mandchoux.

I.'usurpateur marcha avec son armée contre Ou-sankiiei qui se renferma dans une forteresse. On amena son vieux père sous les murs et on lui déclara que ce Jiialhcureux vieillard serait tué sur-le-champ si la forteresse ne se rendait pas. Ou-san-kouei se mit a genoux sur le mur et pria son père de l'excuser s'il sacrifiait ses devoirs de fils à ses devoirs de loyal citoyen et sujet. Le père excita son fils a persister dans cette noble et courageuse résolution, et subit la mort plein de calme, satisfait d'avoir un tel fils.

Ou-san-kouei demanda 'a la hâte des secours à Tsoungte. roi des Tartares-Mandchoux : il accourut avec 60,000

(i I \ ( IIINK I;T I.KS I'LISSANCES chuktif.nnks.

Iiiiinints, d('j;ayt'a Ou-san-koiii'i cl t-iitiu ii IN-kiii en libérali'ur. 11 y lïit proclanu' empereur. C'est ainsi que lu Chine loniltasous la domination des Tartares-Mandchoux, contre les(inelson avait élevé la fameuse rp-andr muraille.

A peine Tsonny-le avait-il été pioclamé, (ju'il mourut, laissant un lils de six ans. 11 nomma régent de l'empire son frère A-ma-vang, homme honnête et très-bon administrateui'. Le fils de Tsoung-te, sous^le nom de Shounihi, moula au trône en 1644. Après lui vinrent Kaug-hi, H)G2; Young-ching, 1723; Kien-loung, 1736; Kia-king, 1796; Tao-kouang, 1821; et Ilien-fung, 1850.

Ce dernier vient de voir sa capitale prise par les Anglais cl les Français. ,

Peu avant la chute des Mings, vers l'an 1625, on vil un événement qui mérite d'être cité.

Les Tartares-Mandchoux, qui devaient peu de temps après concjuérir l'empire, harassaient et déroulaient les Uoupcs chinoises. 11 se trouvait alors des missionnaires européens a Pékin : ou conseilla aux ministres de faire venir des canonnicrs portugais de Macao; on les demanda en cHel : un corps de 200 hommes fut organisé dans cette ville, et ils arrivèrent en bon état et avec de Iteaux uniformes à Pékin, ayant chacun un domestique iiuligène. On les fêta beaucoup dans le trajet et dans la capitale, où ils furent l'objet d'une grande curiosité. C'était cependant au moment où l'empereur venait de l'emporter une victoire ; et des intrigues étant ourdies contre eux, on les renvoya a Macao, sans éprouver l'utilité de leur secours.

Dans ce précis fait au galop, je n'ai pas mentionné les guerres que l'empire dut soutenir, à plusieurs reprises, contre le Japon, la Corée, les Tartaries, le Toni-kin, Auam ou Cochinchine, Thibel, etc.

Ces pays ont été quelquefois soumis : les armées chinoises ont exécuté de lointaines expéditions, et il y a eu un moment où les rois même de la Perse relevaient du souverain de la Chine.

l'i-.Kcis i)i: i.iiisToiiti': dk i.a ciiink. 7

I, lii>l(iiio (If CL- pays ne pailc pas du rlrlii^M-. Il rsi \i;ii qu'elle lail iiieiitiim ilime aflVeiise et longU(! inoii- (lalidii au leuips de Van. L'époipii' à laquelle les écri- \ ains iudigèiies placeul celle grande ealaïuilé, et Tépoiiue (lu delug<>, olViiraienl une divergence de dates d'une cinipiantaine d'années seulement.

Nous avons vu que l'empire a été divisé parfois en 2, • Il i, en 20, et même en un plus grand nombre d Ktats inilrpendants, qui natui-ellement ont eu leur existence. Les historiens indigènes ont tenu pourtant a reconnaître toujours un seul empereur, de manière ii ne pas interrompre la série des dynasties. Us n'ont donc fait qu'une trèslégère mention des rois ou empereurs qu'ils n'admettaient pas comme légitimes.

Cette série non interrompue de dynasties est pour eux une nécessité chronologique. Nous marquons les dates en partant de la base de la naissance de J.-C. : ainsi nous disons l'an 1860 depuis J.-C. ou l'an âoO avant J.-C. Ils disent, au contraire, par exemple : Confucius naquit le 3\jour de la H* lune de la 21^ année de Ling-wang (c'est-a-dire du règne de l'empereur Ling-wang). 11 faut indiquer encore qu'ils supputent aussi le temps par cycles de 60 ans, à commencer de trois siècles avant notre ère; mais ils font peu d'usage de ce système.

Ce point bien compris, je dirai qu'ils comptent 26 différentes dynasties depuis Hoang-ti jusqu'à nos jours; et 243 souverains.

Page 1