CHAPITRE HUITIÈME
RAPPORTS DES EUROPEEiNS AVEC J.ES CHINOIS.
En 4625, a Singan-fu, dans la province de Chen-si, se rencontra une inscription qui établissait, sans laisser le moindre doute, que vers Tannée 500 quelques prêtres nestoriens entrèrent en Chine et y propagèrent la religion chrétienne. Cinquante ans après, quelques moines, venant de ce pays, portèrent a Constantinople de la semence de vers à soie. Deux Arabes écrivirent en 850 et 877 les voyages qu'ils y firent. Le dernier rend compte de la destruction de rétablissement de Kan-fou ;dans la province de Tche-kiang;, où il y avait occupés dans le commerce 120,000 individus, tant musulmans que juifs, chrétiens et Persans. Vers l'année 1274, cet empire fut visité par Il 1.
10 l.\ r.IlINK ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
(li'ii\ iit'gociants vùniliciis, donl l'un ('lait accon)papnc de Mm fils àj^t' de sei/r ans (plus lard le faiiu'ux Marco Polo), l.'t'inpt'rt'tir Kiildaï-kliaii cxpiinia le désir que rc jciint' hoiiiine rt'slàl près de lui, mais le père ne voulut point y ronsentir, dans la crainte (pie la mère ne crût qu'il était mort. 11 promit toutefois tpi'il re\iendrail, ce qui en effet eut lieu. L'em[iereur le distingua au point de lui confier le gouvernement d'une de ses provinces qu'il conserva jusqu'au mojuent où il retourna dans son pays.
A cette époque, les voyageurs cjui voulaient parcourir la Cliine le pouvaient sans aucune dilliculté. Kn 1328, elle tut visitée par un autre musulman nommé Ybn-liatuta, (|ui écrivit le journal de ses pérégrinations, où il raconte ijuil trouva dans dilïerents ports un grand nombre de commerçants arabes. Divers missionnaires clirétiens allèrent aussi visiter la Chine sur l'ordre du pape. Le premier navire européen qui aborda en Chine, en 1516, fut un vaisseau portugais conduit par Raphat'l Perestrello. L'année suivante arriva Ferdinand Andrade avec quatre navires portugais et quatre malais. 11 jeta l'ancre près de Macao, dans l'île que nous nommons Saint-John, et y établit des relations pacifiques commerciales avec les autorités de Canton. Mais, un an après, parut son frère Simon Andrade, dont la conduite fut telle qu'il en vint a échanger des coups de canon avec les Chinois, qui le bloquèrent et le forcèrent de s'en aller. D'autres Portugais arrivèrent et formèrent successivement des établissements a Amoy, a Ning-p6, à Lampaçao et a Macao. Sur le second de ces points, ils se querellèrent avec les autorités, pour avoir couru, a ce qu'on raconte, après des femmes ;'les habitants les assaillirent et exterminèrent les chrétiens au nombre de douze mille , parmi lesquels huit cents Portugais, et brûlèrent trente -cinq navires et deux jonques.
Les Espagnols découvrirent les Philippines en 1543 et
RAPPORTS DES EUROPÉENS AVEC Uî^ CHINOIS. Il
\ iiiictMJlicrciil des navires cliiiiois. NaliirclIciiH-iit ils ( inimuMicc'n'ut aussilùl a rtablir (U's rclaliuns iliri'clcs ;i\rc cet ('iii|)ii'0, aminci elles l'iireiil Irés-pidlilaliles, car l( > Kspaynols y ont aciielc aiinuellement, pondant plus lie deux siècles, des produits manufacturés de toute cs- |uM(' (pour une valeur de deux il Irois millions de piastres rnrles),(j(i'ils transportaient dans rAmériijue du Sud, d'où ils liraient en «x'hange de laryent monnayé; et de lii vient i|ne, même aujourd'hui, sur toute la côte et particulièreinent à Amoy, Ning-pô et Clianghaï, la monnaie du pays (^1 eiiC(U'e la piastre l'orle "espagnole.
Les premiers Hollandais arri\érent en (iliine dans di\- ■^ipl navires de ynerre, et en 1622, Maeao étant encore! -"US la domination du gouvernement espagnol , ils r.iltaquèrent sans aucun succès, furent repoussés et péril iient dans raction le général qui commandait les forces dr débarquement. Plus tard ils s'emparèrent de l'île de luy Pescadorcs [des Pêcheurs), et de celle de Formose, où ils (■dinérent le fort Zclandia.
Lu nommé Widdell fut le premier Anglais qui arriva ni Chine, en 1637, avec une escadrille, dans le but d'ou- \iir des relations commerciales. Mais par suite des in- ! ligues des Portugais qui prétendaient conserverie moiiiqtole du commerce de ces mers, ils furent mal reçus, (I un coup de canon ayant été tiré d'une forteresse sur 11!) canot, les Anglais firent feu contre elle, la prirent, en portèrent les pièces d'artillerie a leur bord, puis brfilèrent li démolirent tout ce qu'ils purent.
De sorte que ce fut par des hostilités que les Portugais, de même que les Hollandais elles Anglais, s'ouvrirent des relations dans cet empire.
Ajoutons queces européens, demémequeles Espagnols, avaient commencé et continuaient leurs conquêtes dans ces régions : les Anglais étaient dans l'Inde, les Hollandais à Java et a Formose, touchant ainsi à la côte de Foukien; les Portugais- dans les détroits de Malacca et les
Il» i.v ciiim: kt I.I.S prissANCKS chrétiennes.
iMoliKlut's, cl les Ks|)iii,Mi(ils(laiis les IMiiliiipiiics et les Maliaiu's. Kt il tout cela il laiil jdiiulff le iiiamais cHV't (lUC dovnionl inodniic sur rcspiil des autorités chinoises les jalousi(>s cl les liillcs iubanK'os (iii'avaicnt entre eux ces étranyiers turl)iil('Mls et avides. Aussi, dès le principe, juj^érent- elles a propos de les tenir dans d(î certaines limites, et les laissaient-elles à peine sortir de Macao (*). Ce ne fut qu'après la guerre et le traité de Nankin qu'il a été permis aux femmes européennes de résider ii Canton. Les mandarins jugeaient (jue, quoi(iue l(!s négociants eussent des comptoirs dans cette capitale, ils ne se considéraient pas comme y étant établis et domiciliés, aussi longtemps que leurs femmes et leurs familles ne vicn-
(") Thomas Pires partit pour Pékin en qualité d'ambassadeur du roi de Portugal. Il arriva dans cette capitale en 1531 , s'attendant à trouver la cour Lien disposée en faveur de sa nation. Malheureusement il survint à cette époque même des événements qui firent évanouir toutes ses espérances et compromirent cette première ambassade. On apprit de Canton que Simon Andrade, frère de Fernarid, y était venu de Malacca avec quatre vaisseaux , qu'il avait élevé une forteresse dans l'ile de Tamen, pillé les jonques chinoises , et qu'il s'était abandonné sur la côte , avec ses matelots, à tous les excès du libertinage et de la piraterie. D'un autre côté, un ambassadeur musulman était arrivé à Nankin , de la part du roi de Bantam , pour représenter à l'empereur que son maître avait été injustement dépouillé par les Portugais de la possession de Malacca, et pour demander qu'à titre de vassal de l'empire il put être placé sous la protection chinoise. Le gouverneur de Nankin avait écouté ces plaintes, et il engageait l'empereur à ne souffrir aucune liaison avec ces Francs avides et entreprenants, dont l'unique affaire était, sous le prétexte du commerce, d'épier le côté faible des pays où ils étaient reçus, d'essayer d'y prendre pied comme marchands, en attendant qu'ils [jussent s'en rendre maîtres. On voit que dès cette époque on connaissait assez bien dans les contrées orientales de l'Asie le caractère envahisseur des Européens. {Le Christianisme en Chine, par l'abbé Hue, vol. II, p. 30.)
iiAi'i'ouTs im:s i;iuupi;i:ns avkc i.i:s (;iii.n(»is r.
ili.iit'iil |Htiiil y \ivri'. i.cs dames rlirL'lii'iiiU's n'ont cuniiiiriicé il icsiilcr à Canton que l'an ISi.'i,
\ oici ce (|U(' (lit sir Jolin Davis en parlant des Porliii;;iis: «Leur eonduile dans les prcniii-rs temps ne. l'ut [Miintla plus propre a donner aux Chinois une idée tavoliildedes Européens; etlorsque, dans le cours du temps, iU lurent devenus les compétiteurs des Hollandais et des Anglais, les contestations (iu'en;^endra leur avarice merraiitile eurent pour elïot de les placer sous un jour enidie plus défavorable. Jusqu'à présent le caractère des l'iiiopéens est représenté dans ces parages comme celui (I une race d'hommes portés exclusivement vers le lucre du trafic commercial, et sans scrupule sur les moyens pi'opres à atteindre leur but. Frappé des hostilités perpétuelles qui existaient parmi ces aventuriers étrangers (assimilés les uns aux autres, sous d'autres rapports, par IV'lroite ressemblance que présentaient leurs costumes et leurs mœurs), le gouvernement de ce pays fut porté a les ti aiter avec une rigueur jalouse et exclusive qu'il n'avait ]nis jugé nécessaire de montrer envers leurs paisibles et réglés prédécesseurs les Arabes. »
Les Hollandais occupant Formose, où ils furent attaques par un pirate renommé, durent entreprendre dans ces eaux trois expéditions armées, et se virent à la tin ciuitraints d'abandonner les forts qu'ils avaientconstruits dans cette île. En 1762 les Anglais attaquèrent et prirent Manille. En 1802, ils occupèrent Macao, de crainte que les Français ne vinssent l'attaquer. Les autorités chinoises réclamèrent ; les Anglais alors, ayant reçu la nouvelle que la paix avait été conclue, évacuèrent l'île. Ils y retournèrent toutefois en 1808; les Chinois se plaignirent aussitôt et exigèrent que les Anglais se retirassent. L'amiral anglais voulut remonter jusqu'à Canton avec des barques armées pour traiter avec le vice-roi, mais il fut repoussé, et voyant que le commerce serait interrompu s'il persistait à y rester, il rembarqua sa troupe et
Il l,\ CHINE KT LES PUISSANCES CHRETIENNES.
rcloui'iiii il Calciillii ('). Mais ci; (\m a iiispin'; le i)liis de soiiprons au\ Cliiiiois, c'a i'id la coïKiurlo de loule l'Inde et dos (U'iroits d(! Malacca ; et (juaiid lord Macarliicy alla il Pékin, ils st' iiHinli'cn'iii Ircs-alarnics en raison d(^ la proxiniilé dans lacincllc les Anglais se trouvaient du Tliilicl, qui, coniini! on le sait, es! un Icniluiic f(,'udalaii'e de reni|)ire.
Les Portugais ont envoyé quatre ambassades a Pékin, et les Hollandais également. Il serait trop long d'entrer dans des détails ii ce sujet; elles ne furent pas traitées toujours avec la même distinction, mais le résultat, en lésumé, l'ut nul, car l'empereur do la Cliiu(! ne conçoit pas d'autre espèce d'ambassades que celles que lui envoient les Etats voisins pour lui ofl'rir des tributs : les présents portés parles ambassadeurs cbrétiens ont été toujours considérés comme tels. Tous les envoyés des gouvernements portugais et hollandais se soumirent il l'humiliante cérémonie du ko-tou, atin d'être présentés a remi)ereur. (^ette cérémonie consiste ii s'agenouiller trois fois en touchant le sol de la tète, puis à f;iii'(^ ([uelques pas en avant cl il recommencer le même exercice, puis enfin ii refaire trois pas et à renouveler les trois génuflexions. Telle est la manière usitée pour s'approclicr du céleste empereur. On a toujours remarqué que les Européens ont été traités d'autant plus mal dans cet empire, qu'ils ont montré plus d'humilité. Les membres de la dernière mission hollandaise, disposés à tout sacrifier à leur objet principal qui était l'obtention d'avantages commerciaux, souscrivirent sans hésiter à ce qu'on exigeait d'eux. 11 en résulta qu'on leur fit faire non-seulement le ko-tou, mais encore diverses pirouettes ridicules et difficiles à exécuter, qui servaient d'amusement "a l'empereur et ii ses mandarins. Ils leur
{■) Les autorités célébrèrent cette victoire, et, pour en conserver le souvenir, firent élever un monument et même un fort.
ItAl'PORTS DES EL'ROPKENS AVKC l.KS CHINOIS. IT)
iiiimiciil il inaii^cr de la Nolaillc drjii ciilaiiirt' cl ii la- 11 II.' il 110 rcslail plus yiuMi' (jiu; les us; IcUi; ciilin nmiiic le raconic iin des individus faisani pailic d(; cclhî inliassadi') i[nc ces aliinciils élaiciil l'ails plutùt [Kiiir IV (U)iin(''s aux chiens qu'a des èlros liuuiains. lu 171)2, le roi d'AnylL'k'rrc envoya ii Pékin, roninic Il ambassadeur, loiil jMacarlney. Ce furent les Chinois
■ Canton eux-mêmes qui suggérèrent l'idée de cette li^^ion. ils indiquèrent aux directeurs de la Conipalic anglaise, qui monopolisait alors le commerce! dans
■ l'ays, qu'une ambassade du roi d'Angleterre, ayant >nr objet de complimenter l'einpereur le joui' anni-
iisaire de sa naissance, nepouyait man(|uer de lui être 4 11'able. En elïct, lord Macartiiey arriva enfin avec sa lilc au lieu où se trouvait l'empereur, et il lui pré- •II la. ealïécliissanllegenou, la lettre du roi d'Angleterre, Il jour de fête publi([ue, en présence de beaucoup d'au- V- ambassades qui étaient venues oflVir leurs tributs et 1 milliers de personnes. En un mot, cela ne servit qu'à iif^inenter la splendeur de rannivcrsaire de la naissance r S. M. I., et a démontrer au peuple que les rois des allons les plus éloignées lui envoyaient des tributs. ambassadeur ne put entretenir l'empereur d'aucune m te d'affaire, et au retour de sa mission il rapporta pour iii([ae résultat quelques présents insignifiants et une lire de cérémonie cachetée dont il ignorait le contenu. A\ 1S06, arriva en Chine une autre ambassade anglaise à a Irle de laquelle était lord Amherst. Elle se composait i une centaine de personnes. La grande question fut (■ll(^ fois (comme toujours lorsqu'il s'agit d'une ambasade il Pékin) , la prosternation ou , autrement dit , I' ko-tou. 11 ne suffisait pas aux mandarins que lord \mlierst fléchît le genou devant l'empereur, cotnme ■a> ait fait lord Macartney (*) ; ils voulaient qu'il se soumît
;) Dans celte occasion les mandarins soutinrent que lord Ma-
\i\ i.\ ciiim; r.T i.i:s puissances ciirktiknni-s. ^
r(iiii|ilclciiii'iil a I iisa;,^' d adoi'cr I fiiipi'i'ciir en ox/'claiil le kn-lt)u. Il s'ciisiiivil (jiic |icii (l'li(,'ur(;s a|> (Mit eiitir ii l'ckin, où il lui liaitr cruiic maiiifiT yin. sirro cl iiuligiic, il (lui se icliccr sans avuii' va rciniificiir, cl retourna il (lanloii. Les Anglais rcniarquèrcnl lors (lo la prcniii'rc ambassade, de nuMiie qu'à r('!pO(iuc où eut lieu eellc de lord Macarlncy, (jue les bar(iucs (jui le? eonduisaient élaienl surmonb'cs de banui(^'res avec cclU inscription : Porteurs de tribut.
Le roi d'ICspagne, Philippe 11, oidoiuia, égalenienl d a ])r('s l(!s suggestions des Cliinois, (ju'uno ambassade jinin l'ckiu partît de Manille, et elle en sortit en etï'et; niaiv par suite de divers contre-temps qu'il serait long de détailler, elle n'alla pas plus loin que la côte.
Les Franf;ais et les Américains n'ont pas envoyé nui plus de tributs à Pékin.
Les Russes ont député on Chine plusieurs ambassade qui ont été traitées avec plus de considération que celh' d'Angleterre, de Hollande et de Portugal, différence diu probal)lement a la proximité de l'empire russe et à l'idei que l'on a en Chine de son étendue et de sa puissance. \a dernier de leurs envoyés obtint que quelques ecclésiasti ques et laïques russes demeurassent a Pékin, afin d'y acquérir la connaissance de la langue chinoise, conniK moyen de poursuivre les relations qui ne peuvent man quer d'exister entre deux pays limitrophes. En consé; quence, le gouvernement russe est le seul qui ait eu de-j puis longtemps à Pékin une mission fixe.
Il serait fastidieux d'énumérer les incidents infinis qui ont eu lieu entre les Européens et les Chinois du joui où les Portugais abordèrent aux côtes de cet empire : en
cartney avait exécuté le ko-lou bien complet; et aussi l'empereui régnant affirma dans un décret, qu'il se rappelait parfaitement d'avoir vu cet ambassadeur accomplir devant son père ladite céré uioniedu prosternement. Qui croire?
itAiM'oins uns i:i;iu)i'i:i:.Ns wva: ia-s chinois, t-
( n.iiil il y il toujours réfînô une grande nirliaiicc de la i;n t dos aulorités locales et une persistance à rcrmcr le i.i^saj^fc il ceux qui essayaient d'avoir d(> nouveaux niar- 1ms en dehors (le celui de Canton; et là même nous l'avons été tolérés ([u'à caus(! des l»éiiéllces (|ue les niaiilarius de cette capitale ont tirés légalement ou illégaleiM ut du commerce extérieur.
tous les Chinois ne pouvaient pas être on rapport liirct avec les étrangers; le monopole de ce traiic la il dans les mains de douze individus appelés kongs |iii formaient une corporation ou compagnie : chacun IVux, pourtant, achetait et vendait séparément pour son i (iiiipte, et encore y avait-il entre eux concurrence.
l lie compagnie anglaise possédait aussi elle seule le (Imit de faire le commerce en Chine, en vertu d'une Kuuession de leur souverain, (^ui se termina en 1834. Depuis cette époque, chaque sujet britannique achetait ou \ I lulait librement ; mais du côté des Chinois, leursystème i niitinua jusquà ce qu'en 1842 la guerre le détruisît.
Lorsque arrivait un navire chargé, il était obligé de se ( laisigner à un de ces commerçants hongs, qui devenait r(^l»onsable du montant des droits que devaient payer le \ aisseau et son chargement, ainsi que de la conduite do I ('([uipage. Il nexistait de communication entre les Eurniiéens elles autorités locales que par Fintermédiaire de ces commerçants hongs. Chaque fois qu'un mandarin avide leur extorquait de l'argent, ils se voyaient forcés pour s'indemniser d'acheter les articles européens à prix plus bas, ou de vendre les articles chinois plus cher, ou d'augmenter le compte des frais.
La position des négociants européens en Chine était très-difficile et très-désagréable. Pour en donner une idée, je copierai ici les paroles d'un témoin oculaire, M. S. Wells Williams, qui n'est ni Anglais ni négociant :
is i,A (.iii.m; i;t li;s I'LIssancks (;iim:TiKNM:s.
" l/liistoii'c ciilitM'c (lu rommci'cc ('trangcr en Chine jiis(|ircn 1840 est un triste' cl curieux cliaj)ili'(! des rclalious iutciualioualcs; car, apirs tout, ce sont les inIcrèU d'un Iralic (luolidiiui et pcrnumcnl, cl non des Irailés et des ambassades qui constituent les manières de procéder resp<'clives des nations avec, un tel peu])le. Les gric^fs dont on se plaignait avant cette éprxiue étaient le retardement dans le chargement des navires et le pillage des marchandises dans leur transit vers (lanton; les proclamatiitns injurieuses publiées constîimment par le gouvernement, et où les étrangers étaient accusés de crimes hoi-ribles; les extorsions des employés subalternes et la difliculté d'accès vers les autorités supérieures. Les mar- ! chauds hongs, à raison de leur position comme conimeicants et interprètes entre les deux parties, étaient ;i même de les tromper sur une très-grande échelle. Toutefois, comme ils étaient responsables des actes des étrangers et des sommes qu'ils avaient h payer, et ne pouvaient exercer sur eux qu'une surveillance incomplète, il s'en fallait de beaucoup que leur situation fût agréable.
« Les règles suivant lesquelles le gouvernement en agissait avec les étrangers ont été traduites par Prénuiiv de la manière suivante : « Les barbares sont tels que d( > bétes, et ne doivent pas être gouvernés d'après les mêmes principes que les citoyens. Essayer de les diriger par les grandes maximes de la raison, ce serait ne vouloir aboutir à autre chose qu'a la confusion. Les anciens rois comprenaient bien cela, et en conséquence ils gouvernaient les barbares par l'arbitraire. Donc, gouverner les barbares par l'arbitraire est la vraie et la meilleure manière de les gouverner. » La même règle relative aux négociants étrangers était applicable en Angleterre pendant le règiîe de Henri VII, et les idées que se forment les Chinois du pouvoir qu'ils ont sur ceux qui visitent leurs rivages ne diffèrent point de celles qui prévalaient en Europe avant la réforme. Les Chinois, d'abord, redoutèrent et
llAl'IMmTS DKS r.l l'.Ol'I.K.NS AVIX l.l'.S ClIlMllS. I!»
-|i('(|('i('iil ceux (|iii uliuidiiiciil Iciiis cùlcs, cl cin'ils
i\ aient bien lourèlio siipciicuis dans l'art de la {juerrc
ilans leur esprit d'cnlicîpiise; et si Ton eut adopté les
i«'\ ins dignes do lu <M\ilisalion de leurs visiteurs pour
■ rclairer, on peut supposer que de tels elVitrls n'eus-
II I (Hé ni inutiles ni dédaignés. La crainte des Chinois
liausforuia par degrés en un orgueilleux mépris, cl
' •^olur#nl de tirer tout ce qu'ils purent de ceux qui
lient quand menu; trafiquer avec eux, et dont la
iii.->ance et l'état réel leur étaient peu, ou pas du tout
illllIlS.
' La conduite lurlnilente des marins fut la cause de iMiilii'eux diirérends entre les Chinois et les Anglais. La liiic réciproque des marins français et des marins lis à Wampoa, en 1754, s'accrut a tel point, qu'ils ne il \ aient pas même, en Chine, faire leur commerce sans ■ i|iu'reller, et un Français ayant tué un marin anglais, -- (.iiinois mirent empêchement au commerce des pre-
ii is jusqu'à ce qu'on leur eût livré le coupable.
In cas semblable eut lieu à Canton en 1780, lorsqu'un la lirais tua un marin portugais pendant la nuit, et se réluia dans la demeure du consul. Les Chinois demandèrent 11 11 leur livrât le criminel, qui leur fut en effet livré, et ils . lianglérent en public. 11 méritait sans doute cette puni- Mii. quoique ce fût la première fois qu'ils fussent interriiiis dans une affaire de celte sorte entre étrangers, et •ai' réussite fut regardée comme établissant un mauvais recèdent en matière d'intervention pour les cas qui se résenteraient ensuite. En 1784, un indigène fut tué à V^ampoa par un boulet laissé dans un canon, lors d'un alut fait à bord du vaisseau anglais the Lady Ilughes, t les Chinois, d'après le principe qui veut qu'on donne ie pour vie, demandèrent qu'on leur livrât l'homme qui !vait tiré le coup de canon. Sachant que les Anglais l'étaient pas disposés a le livrer, la police fit saisir L Smith, le subrécargue du vaisseau, et le lit conduire
20 LA c.iiim: i:t i.i:s I-IISSANCES cmuiTlK.NNES.
en |»ris(»ii dans la \illc, apn's avoir ondornii los S()ii|)ron8 (li's Anjilais en protcslanl (juils ne voulaient pas autre! chose <|iie l'examiner relati\enienl ii l'alVaire. Lors de lai saisie du suliiécargue, l'ordre fut donné que les barciuesn (in vaisseau a\ec leur équipage armé partissent de W'ain- |toa pour aller défendre les factoreries; mais les autoii! chinoises dé|)écliérent un messager pour faire savoir ^j leur intention, en prenant M. Smith, avait élf tout hnnnement de lui adresser quelques questions; ce messa;.' ' de la part de M. Smith, requit le capitaine de lui envn le canonnicr ou quehiue autre homme du vaisseau, atiii, qu'on l'interrogeât, ce (\m eut lieu conformément ii la, demande. Se fiant trop aux promesses des Chinois, oni laissa partir le marin, (jui entra dans la ville sans ctre,l accompagné d'aucun de ses compatriotes. M. Smith fulli mis aussitôt en liberté, et l'homme fut étranglé sur les,i ordres directs de l'empereur, après avoir été enfernié|i pendant six semaines. Cet homme, probablement, ne fui j soumis a aucune forme de procès qu'il pût comprend rc.ji et sa condamnation a été la plus injuste, le Code chinois,(j section CCXCII, lui donnant le droit de se racheter au,i moyen d'une amende d'environ 20 piastres. j
« Le fâcheux résultat de celte affaire eut pour effet dei servir d'avertissement et de gouverne dans les relations, ultérieures avec les autorités locales, car les officiers j chinois regardaient comme leur incombant, dans tous les cas de ce genre, autant qu'ils le pouvaient, d'appliquer, la règle de : vie pour vie.
« En 1822, un détachement de marins du vaisseau de Sa Majesté Britannique Topaz, étant allé pour faire de l'eau, à Lintin, fut attaqué par un grand nombre d'indigènes, ef dans la mêlée deux Chinois furent tués et il y eut beaucoup de blessés de part et d'autre. Les autorités de Canton demandèrent que deux Anglais fussent livrés, ce que le capitaine refusa, expliquant en même temps l'affaire, et démontrant que les habitants de l'île étaient seuls blâ-
IIAI'PUUTS DliS KLUU1'1:1:NS aveu LLS CIII.NUIS. 21
ailles. Il s'ensuivit entre la Compagnie et les autorités (alcR une longue discussion qui scterniiiia i)ar liiilcriplion tlu eoinnieroe, d'après les ordres i]u eoiiiilé des ir( leurs, et se retirant de la rivière pour ;iller ii Marao, -^ipiau moment où le gouverneur consentit à les délai yer, en leur qualité de nuircliands, de toute particiiliiin et de rcsponsaltilité relativement aux actes des axii'es de guerre anglais. Tout se termina enfin, et le iiiimerce reprit son cours,
1. 'ardeur que montrèrent les Chinois dans cette al'liii' du Topaz, fui sans aucun doute accrue par le suc- ■s (|u'ils avaient eu Tannée d'avant dans un cas d'hon( ide commis a bord du vaisseau américain Emihj^ ans un moment d'emportement par un marin nommé rancis Terranova, lequel lança contre une femme une iiu'hequi la renversa par-dessus le bord; bien qu'il eût II' reconnu qu'elle était tombée ii l'eau en partie par iiile de la précipitation qu'elle avait mise a fuir ou de nti manque de précaution, le nu\gistrat du district de 'wangu vint dans le navire avec les mareliands hongs et 'S interprètes, et ouvrit a ce sujet un procès contre lelucl le comité des marchands américains protesta, le 'cgardant comme une injustice et une pure moquerie, Ml tant que le magistrat refusa d'accepter les offres de service que lui faisait le docteur Morisson comme interprète, et se contenta de l'entremise de ses mauvais interbrètes a lui pour conduire le procès. La faute des Américains consistait d'abord en ce qu'ils avaient permis que le procès s'ouvrît sans l'aide d'un interprète capable, et, i-n second lieu, en ce qu'ils avaient permis que le marin eut été enlevé du navire avant d'avoir subi un procès régulier.
« On rapporte qu'ils dirent a IIo\vqua : « Nous sommes obligés de nous soumettre à vos lois, quelque injustes qu elles soient, tant que nous demeurerons dans vos pjm\; nous n'avons point 1 inli'iition de leur résister. '^
22 i..\ i'.iiim: i"i li:s prissANCES ciirv'tiknnks.
VA ce fut (rapri-s ce [ii'iiiciiic iiirils sniinVircnt, s.m aucuno opposition , i\\w Ton rondiiisîl ii Canton h marin, dent le ciinu' n'avait pas ôtr jiniinr. Il fut (•trani^lc peu de temps après avoir été mis entre les mains desCliinois, (|iii passèrent par-dessus les délais et les formes que stipulent même leurs propres luis, ;iur étranger n'ayant assisté au procès. Le gouveiMiemciil li Washington non-soulemenl ne lit ni démonstralidii ni romontranee a propos de eettc tragique atfairc, m.! encore il laissa le commerce, les personnes cl les pin priélcs des citoyens américains en Chine sans protection et a la merci de ses gouvernants.
« Ces ditîérents cas ont été rapportés ici dans le but de mettre au jour la position anormale (jui était faite en Chine aux étrangers avant la guerre (de 1842). Ils formaient par eux-mêmes une communauté, relcvantprincipalement des sentiments d'honneur qu'ils appoi'taienl dans leurs procédés; mais leurs rapports avec l(!s Chinois ressemblaient a ce que les légistes nomment « l'état de nature. )> Le changement d'un gouverneur général, ou d'un percepteur d'impôts, ou d'un vieux marchand hong, entraînait l'introduction d'un nouveau système de police commerciale, suivant le caractère particulier do ces fonctionnaires. Le comité directeur de la Compagnie des Indes orientales avait un pouvoir 'considérable sur les sujets anglais, spécialement sur ceux qui demeuraient à Canton, et il pouvait même les renvoyer, si cela lui convenait ; mais les consuls des autres nations avaient peu ou point d'autorité sur leurs compatriotes. Les choses du commerce étaient aussi peu déterminées que celles de la juridiction. Le manque d'un tarif reconnu encourageait la contrebande et entretenait constamment un esprit de résistance et de mécontentement entre les indigènes et les marchands étrangers, chaque partie s'effôrcant d'obtenir des avantages autant qu'il lai était possible. Et il n'y avait aucun moyen de connnunicatioii
HAl'I'dUTS DKS KL'HOI'KKiNS ANIX LKS CHINOIS. 2r.
( lie oiix, rar l(>s consuls, irclaiil pas acrrcditi's pai- le iiNcrncmcnt chinois, allaient et venaient, hissaient (Mi , nnaienl leurs pavillons sans (pio les auloiilés locales lissent la moindre alleulion.
I.a mort de linforlunô canonnicr en 1784, et les dc^ltes III mes contractées par les marchands hongs envers les lu lais et dont le payement ne semblait pas probable, pori( nt le gouvernement britannique a tourner son attenui sur la situation des sujets du roi en Chine, dans le it de rétablir leurs relations sur un meilleur pied. La iiiiluife infâme d'un capitaine, M. Clary, qui saisit un iviio hollandais a Wampou, en 1781, ce que Davis raiiilc, et l'impuissance de la Compagnie a empêcher do 1^ procédés, contribuèrent a décider la couronne a en- !>( r une ambassade à Pékin. »
Tant que le commerce anglais en Chine fut entre les lains de la Compagnie des Indes orientales, les sujets de
(.rande-Bretagne étaient sous l'autorité du conseil de ircction (selcct committee), ou plutôt de son présidenl. ai^. le privilège de la Compagnie étant expiré en 1834, ' uiiuvernemcnt anglais envoya lord Napier avec le titre 0 surintendant général (cliief superintendent) du comicice britannique; il arriva eu Chine avec tout un perjnncl d'employés, dont les appointements sélevaicnt à 8,200 livres sterling, et, après avoir écrit au vice-roi de anton, il se rendit dans cette capitale, où il reçut, par intermédiaire des commerçants hongs, un édit dont oici quehiues passages : « Dans cette circonstance, Vœil e surintendant) des barbares, lord Napier, est venu à lanton, sans s'être arrêté a Macao pour y attendre des rdres, et sans avoir ni reçu ni même demandé lautori-ation du chef de la douane, mais il s'est avancé en toute lâte jusqu'à Canton: grave infraction aux lois établies! ^es employés de la douane ou autres, qui ont pris sur eux le le laisser entrer, ont été envoyés a\"cc une conimuni-
ii lA CIIIM: KT les puissances CHHÉTIENNES.
talion (IciiiaïuUuil leur jugemonl. Toutefois, par Itionvcillanccel considéralion pour le susdit œil (inspecltin dus barbares, (jui, élanl iiuuveMeiiieiil arrivé, ne connuil pas b's lois et ordonnanees du (■,clesl(; Kinpire,je ne pous- 1 serai pas l'enquôte avec rigueur.... Sa venue à Canton ii pourobjot les affaires du roninierrc. Or le Céleste Kniiiiri établit deux soites de i'ontlionnairt's, les uns civils ih.ih le youvernenient du peuple, les autres militaires pour la terreur des luécbants. Quant aux affaires ordinaires du commerce, elles doivent être réglées par les marchanN eux-mêmes; les fonctionnaires n'ont à s'en occuper ru aucune sorte.... S'il survient (^uebiue all'aire nouvelle, il est indispensable d'attendre qu'un respectueu.v ménioin ait clairement exposé la chose au grand empereur, ct(|iii ses ordres soient arrivés. Les grands olliciers du Céle^d Empire ne sont autorisés à avoir aucun rapport par li ltres avec les barbares du dehors. Si le susdit œil (surintendant) des barbares .ose écrire des lettres, moi, li gouverneur, je ne les recevrai point, je n'y jetterai méim pas les yeux. Les factoreries de la Compagnie, situées iii dehors des murs de la ville, sont un lieu de résidcm • temporaire pour les étrangers que le commerce attire ii Canton; il leur est permis d'y manger, d"y dormir, d \ acheter et d'y vendre ; mais ils ne doivent ni sortir de 1 1factoreries, ni circuler ii l'entour. »
Cet édit fut porté à lord Napier par les commerçanthongs; mais il refusa de le recevoir, disant qu'il avail ordre de traiter directement avec le vice-roi.
Celui-ci donna avis à la cour de Pékin de tout ce quii s'était passé, et voici quelques passages de son rapport à lempereur : « Le susdit œil ^surintendant] des barbares n"a pas voulu recevoir les commerçants hongs; mais aussitôt il est sorti de la ville pour me présenter une lettre à moi Lu, ministre de Votre Majesté. Sur l'enveloppe, il a employé les formes et le style dont on se sert avec un égal, et il y a écrK ces mots absurdes: Ta yiny kicoh (la
UAPPORTS DliS EUnOPIÏENS AVEC I.KS CHINOIS. if.
r.uuli' nation anglaise'. INmr peu (iiidii rrflécliissc, il >l cvident quo présorvcr la ]in|uilati(iii de roinitirc do Mil conlact avec los {Mranf^ors, (>sl une cliose trés-inipnriiiU^ pour le maintien de la dignité et de la sduveraincdé. .iii<|icetenr dos barbares al-il (lu n'a t-il pas un rang lliciel? C'est un fait (jue nous n'avons pas les moyens de ( rilior eoniplétcment ; mais, ({uand même il serait un nriionnairc de ladite nation, il ne pourrait pas pour c\a se permettre d'écrire sur le pied de l'égalité aux oftiici s de la frontière du Céleste Empire. Au point de vue 0 la dignité national(\ il y aurait de grands inconvélicnts il autoriser par la plus légère concession cette lenanco à opérer des rapprochements, k établir des rapoils, qui aurait pour résultat l'amoindrissement de la onsidéralion qui nous est due. En conséquence, des rdiesont été donnés au colonel llan Shanking, qui comnaude les forces militaires de ce département, pour ni! signifie de la manière la plus formelle a la pcronne susdite qu'en vertu des lois et règlements du Cé- ■sle Empire, il n'y a jamais eu de communication par ■lires avec les barbares du dehors; que, pour ce qui l'apport au commerce, on doit adresser des pétitions ■ar l'intermédiaire des marchands hongs, et qu'il n'est las permis d'envoyer ou de présenter des lettres.... Après iiùr examen , mon humble opinion est que le comiierce des barbares anglais a jusqu'ici été dirigé par les ;iaiHhands hongs etles ta'ipans (subrécargues), et qu'il n'y jamais eu d'inspecteur dont la nomination puisse former i.ci'dent. Ainsi cette résolution subite de nommer un ilii ier ou surintendant n'est nullement conforme aux ^agcs reçus. D'ailleurs, si ladite nation désirait prendre e parti, elle devait exposer dans une pétition la nature os affaires qui seraient attribuées à cet intendant et la lanière dont il procéderait, et elle devait faire présenter I' mémoire, en suppliant Votre Majesté de donner des ' lires d'après son bon plaisir, afin de s'y cnnformer avec II. 2
2ti LA CHINE ET LES PUISSANCES CimÉTlENNES.
iiuo parfaite obôissanco, soit que l'objet de sa tlemandc lût roucédé, soit qu'il fût refus/-. Mais le susdit inspecteur (les barbares, lord Napier, au lieu do procéder aingf par \oie de jtétition, est veuu a l'iiiiprovisle s'inslallor dans les factoreries étrangères (|ui se trouvent en deliors de la ville, et a afficbc la prétention d'écbanger des documents officiels et des lettres avec les oiTiciers de l'empire fleuri du Milieu; c'est lii en vérité s'éloigner singulièrement des limites de la raison. »
Lord Napier fit diverses tentatives pour oblenir (juc l'on I reçût sa lettre, cl les commerçants liongs, de leur cntr. allèrent trois fois chez lui pour le décider à mettre sur l'adresse le mot jnn (*), c'est-a-dire pétition, ce qui aurait suffi pour qu'elle fût reçue. Lord Napier ayant refusé, le vice-roi publia un édil ou manifeste dans lei^ucl, après avoir reproduit ses observations sur le tort qu'avait eu lord Napier de venir a Canton sans permission, il ajoutait : « Supposons qu'un personnage oificiel envoyé par une nation étrangère vînt en Angleterre pour conclure quelques arrangements, pourrait-il se dispenser d'expo ser dans un mémoire adressé au roi de ce pays l'objet de sa mission? pourrait-il se permettre des actes contraires a ce qu'exige la dignité de la nation cbez qui il serait venu, et ne suivre que sa propre volonté et son caprice? Puisque le susdit inspecteur des barbares déclare qu'il est un personnage officiel, il doit être plus que personne pénétré de ces principes. Avant (|u"il m'eût adressé une
(■) Sur l'adresse de tout écrit que l'on préseuîe cacheté à une autorité chinoise, doivent se trouver le nom cl les titres de celui qui écrit, le n.:;m el les titres de !a personne à qui l'on écrit , cl (ic plus un caractère signifiant, selon les cas, communicaliou, pe'ti (ion, etc. Le mot catrimumcation ne peut être employé que de su péricur à inférieur ou d'éi-al à égal.
iiAi'i'ouTS ui:s i:i'U(>i'i;i:.NS avkc li:s chinois, a?
■Ilic, nuii, le j^fouveniciii', j'avais l'ccoiimi i|u il ne «oii-
I iKiil [tus (II- la rcccvoii', |)ai'co (|ii(. les lois du Cclolr iii|iii'(' iiitci'disont aii\ iiiinislrcs (.'l aux antres anlorilùs Mlle reladdii par loltres avoc les barbares du d(,'hors. r- aiïaii'c's conuncM'cialcs ont ('le jusqu'ici laissées à la ( s|K)nsabililé des marchands. Si par hasard quel(|ue né- (H iant barbare avait à faire une pétition pour demander (■\ainen dune afl'airc, la loi exige que la pétition soit ;ii le susdit laipau rédigée d'une manière régulière et
I I sentéc dans les formes d'usage, et que l'on attende la (■|i(msc, faite par voie de proclamation. 11 n'était jamais I ri\(' qu'un barbare du dehors se hasardât ainsi à adrcs- ( 1 une lettre.
l-os marchands hongs, voyant l'inspecteur barbare I liiser de se soumettre aux anciens règlements, ont de- Kiiulé que le commerce de cette nation fût suspendu, l'iiiarchc qui indique une profonde connaissance des lands principes de la dignité de l'empire et mérite les lus grands éloges. La coupable opposition de lord Naii r exigerait impérieusement que l'on eût recours a ce lorédé, et rien ne serait plus juste que de défendre imiiHliatemontaux siens d'acheter et de vendre. Mais, conid.'iant que jusqu'ici le roi de cette nation a été au plus au! degré respectueux et obéissant, je ne puis croire u aujourd'hui, en envoyant lord Napier, il ait voulu que rhii-ci montrât cette opiniâtre résistance. Les quelques ontaines de millions de droits de commerce que nous a\ e chaque année le susdit pays, si l'on considère leur iiportance par rapport au Céleste Eïupire, peuvent a eine se comparer au poids d'une paille ou d'une plume. .voir ces sommes ou ne les avoir pas est une chose qui 0 mérite pas absolument la moindre attention. Leurs ra]>s fins et leurs camelots ont encore moins d'imporaiire et méritent moins qu'on s'en préoccupe. Au conlaire, le thé, la rhubarbe, la soie, produits de notre
m LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
pays, sont pour ladite nation dos sources qu'on ne pouN rait intori'opter sans occasionner sa ruine. Moi, le gouverneur, nie souvenant et nie pénétrant des sacrées et divines volontés du grand empereur, qui sont que nous ayons pour tous les étrangers le même amour, les mêmes soins que pour nQus-rnèmes, je sens que je no puis me faire à la pensée do pareils malheurs. En outre, tous les marchands do ladite nation, pour venir dans ce pays, ii traversent les mers, parcourant des myriades de milles et s'oxposant ii bien des dangers. L'objet de toutes leurs espérances, c'est de réaliser dos bénéfices en vendant el en achetant. S'ils ne se sont point rendus au meeting oùlii les marchands honys les ont invités afin de délibérer sur il ce qu'il convenait de faire, c'est qu'ils étaient sous la direction de lord Napier ; ce refus ne provient certainemenljii point do la libre volonté des marchands eux-mêmes Anéantir en un jour leur commerce, ce serait plongei dans le malheur un grand nombre de personnes qui. après de longs voyages par terre et par mer, se verraieni ruinées par la faute d'un seul homme, de lord Napier Non, je ne puis, pour un pareil motif, les réduire ains au désespoir... Quant a l'inspecteur, on assure que c'esi un homme d'un esprit solide et étendu et d'une paroh pleine de charme. S'il réfléchit mûrement, il pourra pai lui-même distinguer parfaitement le vrai du faux; mai! qu'il ne se laisse pas égarer par les hommes qui l'entou rent... Quand le roi de ladite nation aura connaissance de ces ordres répétés et de ces réponses officielles, il saurt aussi tous les mensonges de l'inspecteur barbare; mais dans tout ce qui s'est passé, on ne pourra pas reproche! au Céleste Empire de n'avoir pas porté aussi loin qut possible les égards pour la vertu et la respectueuse obéissance pratiquée par le roi de ladite nation. »
Deux semaines après la publication de cet édit, le vice roi en rendit un autre, qui suspendait le commerce an-