FÊTE DU PREMIER JOUR DE L'AN
« C'est une fête que les Chinois célèbrent avec appareil et qui produit un grand mouyement dans toutTEmpire.
Elle commence dès la veille, dernier jour du douzième mois. Toutes les affaires, tant du gouvernement que de la nation, sont suspendues. Les tribunaux sont fermés dix jours h Favance, le serrice des postes est interrompu, tous les travaux cessent dans les ateliers. Dès le grand matin, une foule immense assiège les temples; on accomplit les rites sacrés. Les mandarins inférieurs vont saluer leurs supérieurs; les enfants rendent le même devoir a leurs pères, les domestiques à leurs maîtres. Toutes les familles s'assemblent le soir, et terminent leurs mutuels compliments de congratulation par un grand repas.
« Pendant les deux ou trois jours qui suivent , on ne s'occupe que de jeux, de festins, de spectacles. Chacun
revêt son plus riche habit. On visite ses voisins, ses amis, ses protecteurs; on se félicite, on s'accable de protestations d*amitié, on se fait réciproquement des dons et des ^eaux. Rien a cet égard, disent les missionnaires, ne ressemble mieux à nos visites du jour de Tan et à nos ètrennes. Comme chez nous, on consacre les derniers jours de Tannée qui finit à régler les comptes arriérés. »
FÉTË DES LANTËRiSES.
^< C'est la plus brillante des fêtes chinoises, celle qui ^t célébrée arec le plus dlvresse, de pompe et de dé- Phases. Elle est générale dans tout l'Empire ; et Ton peut ^ireque, pendant ces trois ou quatre nuits, toute la Chine est en feu. Les villes, les villages, les rivages de la mer, les bords des chemins et des rivières sont garnis d'une
i8 LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
multitude innombrable de lanternes de toutes les grandeurs et de toutes les formes. Les villes, les rues, les places publiques, les façades, les cours des palais en sont ornées; on en voit aux portes et aux fenêtres des maisons les plus pauvres. Tous les ports de mer sont illuminés par celles qu*on suspend aux mâts ef aux agrès ' des jonques et des sommes chinoises. On allume peut- ; être dans eette fête plus de deux cents millions de lanternes. Les Chinois opulents rivalisent de magnificence | dans ce genre dlllumination et se piquent de suspendre , diîvant h'ur maison les plus belles lanternes; celles que I font faire les grands mandarins , les vice-rois et Tem- | pereur même sont d'un travail si recherché, que chacune d'elles coûte quelquefois jusqu'à quatre et cinq l mille francs. On en construit de si vastes, qu elles for- i ment des salles de vingt à trente pieds de diamètre, o& ' l'on pourrait manger, coucher, recevoir des visites et représenter des comédies. On y donne en effet, par Tarti- ' fice de gens qui s'y cachent» plusieurs spectacles pour l'amusement du peuple. « Ils y font paraître, dit le P. Du- « halde, des ombres qui représentent des princes et des « princesses, des soldats, des houffons et d'autres person- « nages, dont les gestes sont si conformes aux paroles de u ceux qui les font mouvoir, qu'on croirait véritablement <i les enleudre parler. » Quelques-unes de ces lanternes i reproduisent aussi toutes les merveilles de nos lanternes magiques, autre invention joyeuse que nous devons peutêtre aux Chinois.
« Outre ces lanternes monstrueuses qui sont en petit nomhre, une infinité d'autres se font remarquer par leur élégante structure et la richesse de leurs ornements. La plupart sont de forme hexagone, composées de six panneaux de quatre pieds de haut sur un pied et demi de large, encadrés dans des bois peints, vernis ou dorés. Le panneau est formé d'une toile de soie fine et transparente, sur laquelle on a peint des fleurs, des rochers, des ani-