VIE SOCIALE
Pour faire une visite, on envoie quelques heures d avance sa carte & la personne qu'on désire voir. Entre des
personnes de beaucoup de cérémonie, on envoie la carte même la veille. Quand un supérieur va visiter un inférieur ou dans des cas pressés, on fait passer sa carte ftvant d'entrer dans la maison. La carte consiste en une feuille de papier rouge plus ou moins grande, selon le respect qu'on veut témoigner. Les nom et titres du visii«ur sont écrits plus haut ou plu^ bas, avec des caractères plus gros ou plus petits, selon qu'on tient plus ou iiïoins a se montrer humble. La personne visitée refuse quelquefois, sous un prétexte quelconque, de recevoir la >^isite, mais elle se considère obligée à la rendre.
Le visHeur est reçu k la porte de la maison pour peu
qu'on veuille lui montrer de la considération , et on se fait des révérences multipliées* à ehaque porte qu'on passe jusqu'à ce qu'on arrive au salon des hôtes. Beaucoup de cérémonies ont lieu avant de s'asseoir, le visiteur refusant la place d'honneur^ et le maître de la maison l'obligeant à Faccepter. J'ennuierais le lecteur si je décrivais minutieusement toutes les cérémonies d'une visite, depuis le commencement jusqu'à la fin. Les indigènes les pratiquent machinalement à force d'habitude. Pour nous, elles sont très-fatigantes.
Un domestique apporte le thé. Chacun a sa tasse au fond de laquelle se trouve un peu de feuilles de thé; ou * verse l'eau bouillante dessus, et on met sur la tasse son couvercle. On n'y connaît pas l'usage du sucre ni du lait.
S'il fait chaudf le maître de la maison invite les visiteurs a se servir de leurs éventails. Chacun en porte un suspendu à la ceinture : il serait impoli de ne pas en avoir.
On apporte des pipes et on fume pendant qu'on cause. Quand il s'agit d'amis de confiance ou qu'il fait chaud, les visiteurs sont priés d'ôter leur chapeau et les vêtements extérieurs.
Quand un visiteur s'en va, le maître de la maison l'accompagne jusqu'à la dmii^e porte, bien que le premier veuille arrêter le second à chaque porte qu'on passe en lui disant: pou-kan^ pou-kan^ (je ne puis pas, je ne puis pas; c'est-à-dire, je ne puis pas accepter cet honneur).
Je vais émettre une opinion qui étonnera sans doute beaucoup d'Européens, et peut-être même quelques-uns de ceux qui ont vu les Chinois et frayé avec eux à Singapour, Hong-kong ou Canton : la société chinoise est d'une politesse plus raffmée que celle des peuples d'Europe les plus avancés; et ce quil y a de remarquable, c*est que cette différence est plus visible dans les classes inférieures que dans les supérieures. Lorsqu'on est nou-
I DBS MOEUBS ET USAGES DE LA CHINE. I8t
veilement arrivé dans lé pays, on est très-siget à se mëprendre et h regarder le premier Chinois venu, fftt-ce nn
pauvre, comme un homme de bonne famille. Quelque bien élevé que soit un Européen, il sera toijyours regardé en Chine comme un homme assez commun. En effet, nul de nous ne se gênerait , par exemple , pour vanter la commodité et l'élégance de nos chemius de fer, le confortable de no9 hôtels, la magnificence et le goût de nos théâtres, etc., et pour mettre ensuite en parallèle l'état arriéré où se trouve la Chine. £h bien, tout cela serait dans ce pays de la plus grossière inconvenance, l'étiquette exigeant que chacun déprécie ce qui est k lui pour relever ce qui est aux autres. Ainsi, par exemple, deux Chinois qui se rencontrent se parlent de la manière suivanie : — « Quel est votre illustre pays? ~ Je suis de la « modeste province de Chi-li. J*ai là ma petite chaumière, « et j espère que vous daignerez 1 honorer de votre noble ! « présence si jamais vous allez dans ce pays-là. — Ce i serait un grand honneur que d*étre reçu dans votre « belle maison. Combien de milliers de monnaies d'or « avez vous ? ( c est-à-dire combien de Jilles^ chaque fille « étant censée valoir mille monnaies d'or). — J'en ai trois « laides qui sont vos servantes.» Ils continueraient ainsi en se prodiguant une foule de compliments qui, parmi nous, seraient ridicules et ennuyeux.
Les ouvrages dont on se sert pour apprendre à lire sont des extraits du quatrième et du cinquième livres classiques ou sacrés. Dans le quatrième livre, Confucius donne des règles minutieuses pour Téducation des petits garçons, des petites filles, dos jeunes gens et des adultes. 1^ va jusqu'à expliquer la manière de se laver les mains et la bouche, de mettre les pantalons, d'attacher les souliers, et il indique aux femmes comment elles doivent se > coiffer et parfumer leurs cheveux. On y trouve également règles de courtoisie et d étiquette à obs^ver envers 1^ égaux, les supérieurs et les inférieurs. C'est probable-
m LA dBim ET LES PUISSANCES CHRfinENlIES.
ment le livre qui a le plus contribué à former le peuple chinois tel qu*il est dans ses relations, et qui Ta rendu
le plus poli de tous.
C'est en Chine que j'ai perdu le préjugé dont j etais imbu sur le duel, droyant, comme bien des gens, quMl est utile pour rendre les hommes délicats et polis. Les Chinois a ont pas la moindre idée du duel, et pourtant rien n*égale les égards qu'ils ont les uns pour les autres, par la crainte que chacun éprouve d*ètre signalé comm grossier, et puni par le mépris général. C'est précisément ce qui arrive en Europe entre les dames aussi bien qu'entre les prêtres; ils n*ont pas besoin du duel pour s'abstenir de toute insolence.
J'ai déjà raconté qu'à Chang-hai bien des Chinois venaient me visiter. Un d'entre eux était devenu trés-ennuyeux et fatiguait "beaucoup mon professeur, que j'avais toiyours près de moi, et mes domestiques chinois. Un jour, au moment oïli nous allions sortir pour nous rendre à un amusement, cet individu arriva et mit mes gens de très-mauvaise humeur. Je donnai l'ordre de lui faire dire par le concierge que j'étais absent; mais on me fit observer que cette consigne aurait dû être donnée d'avance, car le visiteur savait déjà que je me trouvais chez moi. « Alors, leur rèpondis-je, vous lui direz que nous avons h sortir, et que nous n'aurions pas le temps de nous arrêter, sous peine d'arriver trop tard. — Dans ce cas, nous devolis l'inviter à venir avec nous, et soyez persuadé qu'il est capable d'accepter , tant il est sot et importun. ^ Eh bien , puisque c*est ainsi, vous n'avez qu'à lui dire que je n'y suis pas. — Il regardera cela comme une impolitesse, et il eu sera choqué. — Tant mieux I répliquai-je, nous obtiendrons ainsi qu*il ne revienne plus. » Mes gens se regardaient les uns les autres d un air étonné, et j'en entendis dire à voix basse : urne ou H (il n'a pas d'éducation).»
« Dans le roman de Zu-Ma-K, trois lettrés sont ensem-
DES MO£LRS £T USAG£S DE LA CHII^Ë. 141
ble à se divertir en buvant du vin chaud et en composant des vers : on annonce un v ieux mandarin intrigant et d*un commerce ennuyeux et désagréable. « Imbécile, ditle maître à son domestique , pourquoi ne lui avesvous pas dit que je n y étais pas? — Monsieur, répond le domestique, je le lui ai assuré, mais il a vu les chaises de ces deux messieurs devant la porte, et il a connu par là que vous étiez ici. » Le maître se lève, prend son bonnet de cérémonie, court avec un empressement forcé au* devant de cet hôte importun , et le comble de politesses affectueuses, sur lesquelles les deux autres, qui le détestent, enchérissent encore. (*) »
J'allai un jour dîner chez un ami, et je ne sortis de sa maison qu*à onze heures du soir. Les porteurs de ma
chaise n'ayant pas été prévenus, ils restèrent toujours à ni*attendre et ne dînèrent pas du tout. Je sus qu'il y avait eu des porteurs d'autres chaises qui avaient dîné dans la cour de la maison ; je leur dis : « Pourquoi ne vous êtesvous pas joints à eux ? — Ils ne nous ont pas invités, me répondirent-ils, à dîner avec eux; comment pouvionsnous le leur demander ? »
Tallai un jour, accompagné de mon professeur de chinois, visiter un petit établissement industriel. On se dérangea beaucoup pour nous faire tout voir. Observant dans le personnel de la maison Tapparence de la pauvreté, je demandai à mon professeur si je pouvais leur offrir un pourboire de dix francs. « Oh 1 non, me i^pondii-il, ces gens en seraient offensés. Tenez, ajoutat-îlen apercevant un moutard de deux ans , donnezles a ce petit enfant-lii pour acheter des bonbons. »
£n Europe, les manières polies et raffinées des gens bien élevés ne sont souvent aux yeux des personnes du bas peuple qu une affectation ennuyeuse. C'est un peu ce
* (*) Abel RémuBat. Mélamges posthumes.
l«i LA GU1N£ £T LËS PUISSAKGËS GHRËTIEISMS.
qui arrive aux Européens qui vont dans le céleste Empire. Us trouvent insupportables les cérémonies des Chinois, et ils se conduisent k leur égard avec un sans gène grossier qui provoque de leur part une égale liberté. C'est là une des raisons pour lesquelles les Chinois , même ceux qui nous ont connus de près, nous appellent barbares. En 1845, lorsque je revins à Canton , après avoir visité les ports du nord, je fus frappé des procédés communs échangés entre les indigènes et les étrangers. Bientôt il en arrivera probablement de même k Change ! haï, à Ning-po , k Tien-sin et dans toutes les localités , où s'établiront des colonies européennes.
Je passais un jour dans la rue d*un faubourg de Changhaï avec deux ou trois Anglais, dont Tun avait à la main un cigare et désirait Tallumer. Ayant aperçu une cuisine , au fond d'une inaisdn, le gentleman y entra sans se découvrir ni foire le moindre geste pour demander excuse, et après avoir allumé son cigare, il sortit comme il était entrée Les gens de la maison en furent très^tonnés, et je ne pus que m*afflîger de voir les étrangers introduire dans ces villes les mêmes manières communes quHls avaient déjà introduites à Canton.
A ce propos je dirai, quoique Tobservation soit ici un peu hors de sa place, qu'il est regrettable que les négociants étrangers amènent avec eux dans tous les ports de ' la Chine des domestiques, des commis et des courtiers de Canton, en alléguant qu'ils ne peuvent s'entendre {tvec les négociants respectables du pays. Ces gens de Canton font contracter aux indigènes Thabitude de trai- I ter tes Européens avec insolence, et s'attachent k empé* cher qu'ils ne se mettent en rapports les uns avec les autres, dans le but de les tromper tous et de se réserver le monopole des opérations qui se font. Ils commencent, bien entendu, par nous désigner toujours sous le nom de diables {/an-quei)^ au lieu de nous appeler étrangers. Ce sont des gens tarés, vicieux , sans autre obcupatioa
t)ES MOEURS ET USAGES DE LÀ CHINE. liS
que celle de suivre partout les Européens pour vivre à
leurs dépens et gagner de l'argent a tout prix.
Un des bons effets des manières polies du bas peuple, c'est d'éviter les querelles qui sont si fréquentes diez nos gens grossiers, querelles suivies trop souvent de rixes sanglantes.
On ne s adresse pas d*injures sans un motif sérieux ; et quand cela arrive, on crie beaucoup, mais on arrive Irès-difficileaient aux voies de fait (*).
La parole âne nlmplique aucune offense ; c'est le mot 6(Bu/qui est offensant et remplace notre âne.
Voici conuDont ils expliquent cela : Jadis, racontentils, un général qui était très-aimé de l'empereur régnant, reçut à une bataille un coup de massue sur la téte qui lui fit sauter toute la cervelle. L'empereur en fut désolé, et lit venir tous les médecins de 1 armée pour tâcher de trouver un moyen de le guérir. Un d eux entreprit la cure de cette manière : Il fit apporter un bœuf, et lui ayant fait sauter Ic/ crâne, en prit la cervelle et la mît dans la tète du général) raccommoda les os, et parvint eniin à le rétablir. Il arriva pourtant que le général qui avait toujours été un homme de grand talent, fut depuis cette époque très-stupide
(*) Les Chinois sont des modèles de convenance et de calme dans leurs villes et dans leurs occupations jouroallères ; les troubles ^ont peu fréquents, on voit rarement un ivrogne, et Jamais un Ivrogne qui fasse du tapage. On ne rencontre presque jamais on officier de police dans une ville chinoise. Quel contraste avec Hong* Kong l où il y a Journellement des batailles entre les matelots ivres, ot du tapage la nuit (en dépit d'une police bien armée) capable <l'éveillcr les morts. {Iwelve years tn China, par J. Scarlh.)
r*) Ceci ne s'accorde pas avec Tinformation suivante que nons donne le marquis de Moges, un des secrétaires do l'Ambassade de Fwace en Chine pendant 1867 et 1868:
« Ches nous on front large est considéré d'otdinaire <M>mme ntt
lU LA GUINË £T LëS PliSSAKCËS GUAETi£NN£S.
Le mot chien est offensant comme en Europe, en Turquie, en Arabie et dans Tlnde. 11 est étrange que tous les peuples se soient accordés pour faire une métaphore lin-
sultante de Tanimal le plus ino£rt3usif et le plus fidèle à rhomme.
Dans rintérieur des maisons, pour peu que la famille
soit nombreuse, on fait deux tabler, Tune pour les hommes et Vautre pour les femmes. Il paraît pourtant que dans quelques provinces il n*y a qu*une seule table. On a le petit et le grand repas, qui équivalent k notre déjeuner et notre dîner.
Pour servir le dîner , on met sur la table plusieurs assiettes avec des mets. Chacun prend le morceau qu'il désire d'un de ces plats, en se servant pour cela de deux bâtons longs à peu près d'un pied et fort minces, carrés ou ronds. Chaque personne a près de soi une tasse rem* plie de riz bouilli. Après qu'on a mangé un morceau ou deux d'un plat, on approche la tasçe de la bouche , et à Vaide des deux bâtons ensemble; on fait passer du riz dans la bouche : c'est le pain des Chinois. Aussi, au lieu do demander : avez-voiis dîîié? on demande ordinairement ooea^ottf mangé du riz?
Les premiers plats qu'on sert sont les •fruits et les douceurs; après viennent les ragoûts, les œufs, les poissons, etc.
Dans les dîners des riches, après qu'on a mangé do tous les plats du premier service, on les enlève et on en apporte d'autres ; dans les grandes occasions, ceci se répète plusieurs fois, de manière que les plats différents servis sont comptés par centaines.
On seH quelquefois des mets très-délicats et coûteux, comme un plat de cervelleà de moineaux ou un plat des
apanage d'intelligence; en Chine l'esprit est réputé résider dans le ventre: plus on a un gros ventre, plus ou a de Tesprit. Que iaire d'an peuple qui part de celte donnée? »
. D£S MOfiUftS £T USAGES D£ LA CiUN£. U
petits œufs qui se trouvent dans rintérieur des poules. Tout le monde a entenda parler du nid d^oiseau. C'est en effet le nid produit par un petit oiseau qui se trouve dans les Iles de la Malaisie ; c est une espèce de colle ou de gélatine sèche; le goût en est fade et insipide, mais cuit et préparé avec des sauces, il devient plus agréable au palais. Les indigènes en sont très-friands par mode^ et ce plat ne saurait manquer k une table tant soit peu de luxe. Je suis persuadé que cette faveur doit son origine h l'idée qu'il est excessivement nutritif.
U y a des cuillers, généralement en porcelaine, avec un manche très-court ; on s'en sert pour prendre de la sauce d'un plat et la verser dans la tasse de riz que chacun a près de soi. Ils ont aussi quelques couteaux pour dépecer au besoin les volailles ou les grosses pièces de viande ; mais tout ceci est présenté excessivement cuit et le plus souvent coupé en petits morceaux*
11 est complètement faux qu'on serve sur les tables des rats et des chiens, quoiqu'il soit très-possible que des ûiendiants affamés (et dans ce pays il n'en manque pas) mangent de la chair de chien plutôt que de mourir d'inanition.
Dans les fêtes de famille, comme mariages, naissances d'enfants, décès et célébration de l'anniversaire du jour de naissance, il y a souvent des repas auxquels assistent les parents et amis. On ne connaît pourtant pas l'usage de s'inviter mutuellement sans motif spécial et seulement pour avoir le plaisir de dîner ensemble.
On boit une espèce de vin fait de grain fermenté : il est toujours servi chaud. Quand on verse du vin à quelqu'un, la personne servie doit se mettre debout et Joindre et avancer les deux mains en inclinant la tète ; signe de remerciment. 11 est rare qu'on s'enivre, mais cela se voit cependant.
Dans ces dernières années, les autorités chinoises ont donné à diner anx fonctionnaires européens, à l'occasion
146 LA CHliNE ET LES PUISSANCES CHhETIËISNËS.
des visites officielles pour négocier et signer des traités.
A la fin de 1860, les trois mandarins de Ghang-haï ont inrité à dîner, sans occasion' spéciale, tous les chefs an-
giais qui se trouvaient dans cette ville. C'est le premier cas, je pense, de ce genre.
* €es Asiatiques n*ont alicun préjugé semblable k cens
des Indous et autres Orientaux , qui les empochent de dîner avec les chrétiens.
Les femmes ne portent jamais de voile, excepté l€ jour .de leur mariage, mais il n*est pas facile de voir les dames. Quand elles sortent de la maison, c'est dans une chaise k porteurs fermée. Si un homme va visiter un ami, les dames ne paraissent jamais , et il serait impoli et indiscret de lui en demander des nouvelles.
On voit quelquefois par hasard des dames qui traver* sent la rue k pied pour aller faire une visite k des amies qui demeurent vis-a-vis. On peut en voir dans les fêtes de mariage ou de décès, ou le jour qu'on va faire Tadoration au tombeau- des ancêtres. Parfois aussi on voit des dames entrer ou sortir des pagodes.
Dans chaque maison, il y a sur la table une espèce de semavar avec un robinet, sous lequel se trouve une tasse vide. Le pot ou semavar est plein de thé, et celui qui désire boire ouvre le robinet, remplit la tasse et boit. On n'aime pas Veau seule ni aucune boisson froide, même en plein été*
Voyages, colrriëus.
Ces indigènes ne voyagent que pour des affaires ou pour aller au concpurs des grades littéraires. Peut-être y a-t-il une exception pour quelques riches curieux qui vont.
DES MOEURS ET USAGES DE LA CHINE. liT
pendant un court séjour, jouir de la vie des plaisirs à Sou-tchaou.
La manière la plus usitée de voyager est en bateau. On peut prendre passage sur un bateau ou en louer seulement la cabine, ou enfin Tavoir entièrement pour soi.
On se fait transporter aussi au moyen de chaises a porteurs. Vers Pékin, il y a des voitures traînées par un cheval; la voiture a la forme d'une haute chaise a porteurs avec deux roues. N'ayant pas de ressorts, le mouvement en est fort dur et incommode. Il y a aussi des chars qui sont tout fermés comme des caisses, avec des ouvertures prises du haut. Cette forme vient probablement du froid. Les militaires voyagent généralement a cheval.
Voici une chaise a porteftrs de montagne, que j'ai dessinée moi-«même d'après nature à Tien-toung, province de Tche-kiang.
148 LA GHINfi £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
Dans quelques provinces, on voit des chars poussés à lamaiO) avec une haute voile qui les aideà marcher quairà le vent est favorable.
Il n'y a pas de courriers publics comme en Europe. Celui qui reut écrire à un ami éloigné, lui envoie sa lettre par un batelier ou un voyageur. On écrit dessus la somme que le destinataire doit payer. Dans des cas pressés, on envoie un homme exprés. Il se trouve dans les grandes villes des individus qui se chargent d'envoyer ' les lettres de tous les côtés.
Le Gouvernement a seulement pwr lui un service de | courriers.
a Les pigeons voyageurs sont très en usage chez les Chinois pour envoyer des ménages de ville en ville. Près de la maison que j'occupais autrefois à Ghang^hai, était un endroit où Ton conservait ces oiseaux: ils paraissaient de la même race que les pigeons voyageurs d'Angleterre, mais étaient un tant soit peu plus petits. Leurs gardiens en avaient grand soin, et consacraient tout leur temps à les surveiller. On les envoyait dans des paniers vers le lieu d'oii devait venir le message,, et les personnes qui en étaient chargées prenaient les plus grandes précautions pour les préserver de tout accident
€ Les pigeons sont employés pour porter de différentes places les nouvelles des marchés , par exemple de Sou* tchaou et de Hankou à Chang-haï. La première et la dernière de ces places sont à quatre-vingts milles de distance Tune de l'autre ; de fréquentes cotes d'affaires sont envoyées de Chang-haï pour aller et retour, conce^ | nant les arrivées des jonques avec leurs cargaisons, le montant des importations et autres articles semblables; et de Sou-tchaou, relativement aux prix et aux ventes. Le renseignement le plus important est la valeur du dollar en monnaie de cuivre au cours du jour. Il y a 4es bureaux désignés où les banquiers et les changeurs s'assemblent à ceftaines heures de la journée. Un agent de change ,