A BAS
(le) VICE.
He cette manière les mandarins ne peuvent les punir.
La sage administration des empereurs mandchoux, spécialement de Kang-hi et de Kien-lung, princes extrômeinent remarquables , neutralisa les efforts des ennemis de leur domination, et il paraît que la société secrète dont nous parlons a fini par ne se composer guère que du rebut du peuple.
Néanmoins la dynastie tartare a beaucoup perdu de 8a force morale sous les deux derniers empereurs, Kiaking et Tao-kuang, princes qui n'avaient pour le gouver- ^Went qu'une capacité médiocre. Leur principale faute aétéde recourir, pour couvrir le déficit annuel du trésor, la vente des emplois publics. Rien n'était mieux organisé, ni plus propre à relever les agents du pouvoir que système des concours, établi en Chine depuis la plus haute antiquité. Dans tous les pays du monde, sans exceples États constitutionnels* on voit monter au pouvoir, l^t quelquefois d'une manière imprévue, bien des hommes iitdigucs de l'exercer. Cela ne pouvait être en Chine,
m Lk CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
parce que pour arriver k remploi même le plus iufime, il était indispensable de passer par plusieurs examens rigoureux se prolongeant pendant des années. Mais oa a fait à cette admirable organisation une terrible brèche par la vente des emplois; et Ton peut dire que la cour a disloqué la machine gouvernementale et organisé le désordre et l'arbitraire* Les maux produits par cette dérogation aux lois et aux maximes anciennes sont si grands^ que Tao-kuang lui-même, malgré le peu d'étendue de son intelligence» les connaissait fort bieui mais il a*osait y remédier.
Je Tais rapporter ce qu*il disait k ce sujet au haut mandarin Pi-kuei, dans là conversation dont je donne quelques extraits dans un autre chapitre.
Il faut remarquer qu'à cette époque Pi*kuei avait été nommé surintendant des finances de la province de Canton , et que le fonctionnaire investi de cette charge est celui qui a lè plus de part à Texamen et à Fadmission des candidats, ainsi qu'à la distribution des emplois. Voici, les paroles de l'empereur :
a L'état des dépenses du gouvernement rendant nécessaire qu'une voie soit ouverte aux personnes qui désirent s'élever en payant, il est plus diiricile que jamais d'établir une distinction entre l'intelligent et le stupide«... Je n'ai qu'une seule chose à faire observer. (Vous n'êtes pas devenu employé au moyen de votre argent, autrement je ne dirais pas cela.) Parmi les gros, les riches marchands, il en est d'énormément stupides, qui ne savent rien d'aucune sorte d'affaires, qui n'ont pas mémo rempli les fonctions de magistrats assistants, qui, comme le dit le proverbe, connaissent seulement une soucoupe pleine de caractères, Aissent-ils même gros comme des lidiis
(") C'est-à-dire « les caractères que peut contenir une soucoupe. » Il est d'usage, en Chine, d'ornementer les tasses à thé et les soucoupes en y peignant des vers et des sentences. Le iichl est un fruit de la grosseur d'une noi:^,
INSURRËCTlOxN A<^ïl)ËLL£. 165
qu'on ne devrait avancer par aucun motif. Votre emploi comme surintendant provincial des finances est uu emploi permanent, et vous devez prendre garde de ne point laisser passer les incapables, confine d'autres ont pu l'avoir fait jusqu'à présent. »
Le discrédit dans lequel était, tombé, d,epuis quelques années, le gouvernement mandcbou, s'accrut beaucoup pendant la guerre de 1840 contre les Anglais; car, après avoir provoqué cette guerre, le gouvernement fut honteusement vaincu « et subit Thumiliation de céder une partie du territoire (Hong-kong), et de payer une forte indemnité en argent.
Toutes ces causes réunies contribuèrent k faire naître etadévelopperrinsurrection actuelle, ditedes Tae-pings, insurrection qui s'est présentée avec des caractères si singuliers et si inattendus, que si elle parvient à triompher, die opérera en Chine le changement le plus profond que cet empire ait éprouvé depuis qu'il existe.
Les données qu'on a pu obtenir sur l'histoire de ce mouvement politique sont encore insuffisantes et con-« fuses. Tout ce qui a été publié se réduit à quelques relnr tions faites par deux ministres protestants, MM. Roberts et liamberg, à celles de M. Meadows, qui a eu sous les yeux les livres des rebelles, et à des articles de quelques journaux de Ho^ig-kong et de Cliang-haï. Réunissant tous ces renseignements et quelques faits que j'ai pu m^ pro* eurer de mon o6té, je vais donner une idée de l'origine et de la marche de l'insurrection actuelle.
Après que la paix eut été conclue avec les Anglais, 1843, on licencia plusieurs corps irréguliers quiavairat été organisés pour la défense de la ville et de la province de Canton. Alors un grand nombre d'individus qui avaient perdu Thabitude du travail formèrent des bandes de voleurs, et se mir^t k rançonner les commerçants des provinces de Canton et de Kouan-si, qui venaient à Canton vendre des thés aux étrangers. Cet exemple fut suivi par
'I6i LA CHINË ET LES PUISSANCES CHBETIEKMES.
les Miao-tse, qui habitent des montagnes escarpées situées dans la méxue coDlrée, et qui ne se sont jamais complètement soumis au gouvernement des Mandchoux. A la fin de 1849 ces divers insurgés reçurent un renfort consîdérable et tout à fait inespéré. Une flottille de bateaux k vapeur anglais détruisit, le 23 octobre, à Textrémitè sud de la côte de l'empire, cinquante-huit jonques de pirates. Ceux-ci, quoique renommés par leur férocité, ne firent qu'une résistance insignifiante, s'enfuirent tous à terre avec leurs arme^, et, au nombre d'environ deux mille, se réunirent aux brigands dont nous venons de parler. Ce . fut alors que Tinsurrection commença à prendre un aspect sérieux ; vers cette époque aussi commença h figurer parmi les rebelles un homme remarquable appelé Hungseu-tsuen, qui bientôt devint le chef général du mouve* ment, et qui a achevé d'organiser rinsurrection en se dé« clarant empereur et en donnant à sa dynastie le titre de Tae-ping (la paix universelle). -
Sur les commencements de cet aventurier on ne sait absolument que ce qu'en ont dit les deux missionnaires déjà cités, MM. Roberts et Hamberg. Celui-ci vit arriver chez lui, à Hong-kong, en 1892, un Chinois de Canton appelé Iloung-jin, qui se disait parent ou ami de Hungseu-tsuen, et qui lui donna sur ce personnage quelques renseignements que IL Hamberg publia« En voici le résumé.
Les missionnaires, désirant faire des conversions, reçoivent ordinairement chez eux quelques Chinois pauvres qui pilraissént disposés \i se faire chrétiens, et les instruisent. Ces Chinois finissent quelquefois par être baptisés et par obtenir, avec des appointements mensuels, remploi de catéchiste, o\i celui de maître d'école ou d'infirmier, si la mission entretient une école ou un hôpital. Il est aisé de concevoir que parfois des Chinois sans ressources ont recours èi l'expédient de se présenter chez un missionnaire protestant ou catholique, où ils ont tout d'abord
mSlIRR£GTiOM ACTUELLE. M
la nourriture et le logement, et où, plus tard, ils pourront pettt-*être obtenir un emploi. 11 paraît que Hung-seu-tsuea, s'èlant trouvé k Canton dans une situation aemblable, alla, vers le milieu de 1847, avec un de ses amis, chez M. Roberts, demandant l'un et l'autre à être instruits dans la religion. Au bout de quelques jours« Tami s'ennuya et partit; mais Hung-seu-tsuen y demeura deux moi», après lesquels il demanda à être baptisé et à recevoir des appointements mensuels, liais M. Roberts n'accéda ni à l'une ni k Vautre de ces demandes, répondantkla première que rinstructron n'était pas encore suffisante. Ce refus de M. Âoberts prouve qu'il jugea que l'unique but de Uungseu-tsuen était de se procurer un moyen facile de gagner sa Tie. Quoi qu'il en soit, le fait est que Hung-seu-tsuen, n'ayant pu obtenir des appointements, s'en alla.
Des récits faits idors par lui, et plus tard, en 4852, par Houng-jin, il résulte que Hung-seu*tsuen est né en 1813, k dix lieues nord-ouest de Canton, dans un village où son père, pauvre laboureur, avait une petite propriété. Aidé par quelques parents, il fréquenta une école jusqu'à l'âge de seize ans, puis il seconda son père dans les travaux des champs, s'occupant plus spécialeipent de mener paître les troupeaux sur les collines. Cependant ses par vents parvinrent k le placer commé maître d'école, profession qu'il exerça tout en se préparant a subir des examens pour obtenir le grade ^ siutrsai, et dans ce but U se rendit plusieurs fois k Canton depuis 1833; mais il put jamais réussir. Dans un de ces voyages, il rencontra un Chinois converti et devenu missionnaire, lequel distribuait des fragments de la Bible; il en prit un, et ce fot probablement par suite de cette circonstance qu'en 1847 il eut Tidée d'aller chez M. Roberts. 11 raconta a ce ' dernier qu'en 1837, pendant une maladie que lui causa le chagrin d*avoir écboué dans ses examens, il eut une ^on dans laquelle il se trouva au ciel en présence d'un vieillard vénérable, etc. U ajouta que, peu de jours avant
1|6 LA CHINE £1 LES PUISSANCES CUBÉTlENiNES.
sa visite a M. Uoberls, lisant par hasard les brochures religieuses qu'il avait reçues des mains du Chinois missionnaire en 1833 , il avait reconnu que c'était le vrai Dieu lui-même qu'il avait vu durant sa maladie, et que cela avait opéré sa conversion. 11 est très-permis de regarder cette vision comme un conte inventé par Hung-6eu48uen pour donner une explication plausible de la démarche qu'il faisait en venant chez M. Iloberts» afin de demander l'hospitalité et ensuite un emploi.
Houng-jin assura èi M. Hamberg que Hung-seu-tsuen avait eu a 1 époque de sa maladie des manies et'des accès de folie. 11 paraît qUll avait conçu une grande haiae contre les autorités par suite de son échec aux Examens.
Hung-seu-tsuen, ainsi que lont raconté plus tard ses partisans et lui-mème« commença à prêcher le christianisme dans son village, en 1843 (avant d'avoir connu M. Roberts), et convertit quelques-uns de ses parents, notamment un autre jeune maître d'école appelé Fungyun-ean. Ge changement de religion leur ayant fait perdre tous leurs élèves, ils partirent, au commencement de 1844, pour aller répandre leurs doctrines dans les montagnes habitées par les Miao-tse, et, chemin faisant, ils convertirent plusieurs personnes. Arrivés dans les montagnes, ils errèrent quatre jours sanspouvoir se faire comprendre des habitants ; mais enfin ils rencontrèreat nn de leurs compatriotes, établi dans le pays comme maître de langue chinoise, qui leur donna riiospitalité. Puis, voyant qu'ils n'obtenaient aucun résultat, ils allé* rent à la redierche d'un parent de Hung-seu^tsuen appelé Wang, qui résidait dans le district de Kwei, province de Kouang-si, et qui pourvut à leur subsistance pendant cinq mois. Ils firent en cet endroit plus de cent conver* sions. Fung-yun-san partit alors de chez Wang pour re* tourner dans son village; mais, après deux ou trois jours de marche, il rencontra une troupe d'ouvriers de sa connaissance, qui allaient travailler dans le district d)e Kwei'
ttlSddŒCTIOK ACTtlBtiLË. ièt
piDg. Poussé par le désir de faire deseonvel^sions^ il se joignit h eux et travailla h cbarrief dd la tèrre. Il eravertit
plusieurs de ses compagDons, et enfin le chef ou directeur des travaux embrassa lui-même sa doctrine ; alors il fonda la Société des Adorateurs de DieUy et quatre ans après, en 1848, il retourna dans son village.
Hung-seu-tsuen, après avoir été chez Jf. RoberiSy retourna chez son parent Wang, dans le district de Kwe^gpin^, où il trouva la société fondée par Fung-yun-san. Comme il était leplus instruit de tous, (^'il avait conver|i Fang-yun-san lui-même, et qu'il parlait avec éloquence, on le reconnut pour chef, et il se trouva ainsi a la tête de la Société des Adorateurs de Dieu^ qui comptait déjà de nombreux adeptes.
Telles sont les explications données par les partisans elles protecteurs de Uung-seu-tsuen. Quant a moi, il me parait évident que lui et son compagnon étaient tout, simplement deux individus très-pauvres et très-peu honorables, qui, au moment des troubles survenus dans les provinces de Kouan-toung et Kauan-si, lorsque la guerre avec les A'nglais fat terminée, sortirent de leur village et allèrent, poussés par leur caractère ambitieux et hardi, à la recherche de quelque moyen d'existence. Leur pre« mière excursion fut dans les montagnes des Miao-tse ; et si en effet ils cherchèrent à y faire des prosélytes, ce ne fut certainement que pour organiser une bande de voleurs oa de perturbateurs. Sinon, comment se fait-il que Hung» seu-tsucn, après avoir, pendant trois ans, rempli les fonctions de missionnaire chétien et avoir opéré de nom*» breuses conversions, en commençant par celle de Fungyun-san, aille en 4847 chez M. Robejts pour être instruit, et, au bout de deux mois d'étude, demande à demeurer à son service moyennant des appointements? Et pourquoi ne dît-il rien & ce dernier des travaux qu'il a déjà exécutés en faveur de la religion, et des succès qu'il a obtenus?
(Test ici que doit trouver place un incident encore
ignoré du public. Pendant l eté de 1849, le gouverneur de Macao fut assassiné, ce qui donna lieu à des hostilités entre les Chinois et les Portugais qui prirent d'assaut le fort de Pasaglian. Le gouvernement de Lisbonne envoya comme nouveau gouverneur Iç contre-amiral A. da Cunhaf avec trois vaisseaux de guerre et quelques troupes ^u'on retira de Goa. On pensait que la demande d une satisfaction pour l'assassinat de M. Amaral donnerait lieu à un renouvellement d'hostilités sur une ' plus grande échelle. Au milieu de ces événements, qui se passaient au commencement de Tété de 1850, un Chinois bien vêtu se présenta un jour chez linterprete du gouvernement, M. t. Rodriguez. Il se mit h lui parler avec beaucoup de mystère, regardant de tous côtés d un air inquiet, comme pour s'assurer que personne ne Técoutait. M. Rodrigaei, qui sait parfaitement le chinois mandarin et celui de Canton, ne comprenait pourtant pas un mot à ce que lui disait cet homme, et trouvait par conséquent fort ridicule la peur quMl paraissait avoir d*ètre entendu* Enfin il rengagea par signes a écrire ce qu'il voulait lui dire ; on sait en effet que les Chinois de provinces différentes, qui ne se comprennent pas de vive voix, s'entendent parfaitement au moyen de récriture, qui est la même pour tous. Alors cet homme, qui probablement était des monts Miaotse, se retira ; mais il revint le lendemain, montrant toujours la môme crainte d'être vu ou -entendu, et lui remit un papier dont je donne plus bas la traduction, que m'a communiquée M. Rodriguez lui-même. Celui-ci crut que le Chinois était fou ou se moquait de lui, ou bien qu'on voulait tramer contre lui quelque intrigue ; il le congédia donc brusquement, il faut considérer qu*à cette époque, quoiqu'on sût qu'il existait dans la province de grandes bandes de voleurs, personne ne se doutait qu'il y eut là le principe (1 un mouvement politique. Ainsi M. Rodriguez ne songea même pas à parler à personne de cetinci-
mS(JRB£CT10i\ ACTU£U£.
dent, dont il ne comprit la portée que lorsque la révolte se fut formellement déclarée.
Cela m'étonne d'autwt moins de la part de M« Kodriguez, qu*il m'arriva à moi-même quelque chose de semblable vers la même époque. Étant un jour très-occupé à écrire (un navire à vapeur allait partir pour TEurope) , mon maître d'h6tel chinois vint me dire qu'un indigètae, qui vendait des cravates, demandait avec instance à monter jusqu'à ma chambre. Je lui répondis^ comme il s*y attendait, que je n'avais pas à acheter de cravates. Au bout d*an moment, le maître d'hôtel revint disant que le Chinois demandait avec instance à monter, et de fait il était monté derrière le maître d'hôtel, en sorte que, tandis que je répétais à ee dernier que je ne voulais pas le voir èt qu'il ne laissât monter pcrsônne, le Chinois entra tout à coup dans ma chamhre, ce qui mlmpatienta. Le maître d'hétel était resté à la porte avec un autre domestique qui» frappé de l'aspect du marchand et de son obstination, était monté derrière lui. Ce marchand chinois était un homme d'âge moyen, très*bien vêtu et d'une physionomie trèsintelligente. Il portait un petit paquet, qu'il ouvrit k Finstant, et dans lequel se trouvait une écharpe de filet de soie bleue* 11 la prit dans ses mains et me la montra en me regardant fixement, comme pour appeler mon attention. J'étais si préoccupé de ma correspondance, et si eni^uyé par la présence de cet homme qui était venu me déranger, que tout en pensant en moi-même : « Que diable cet homme veut-il que je fasse de son écharpe? » j^ordonnai a mes domestiques de le faire sortir, et en effet mon maître d'hôtel s'avança à l'instant, et le saisissant par le bras, le poussa hors de l'appartement Mais comme j'achevais l'alinéa que j'étais en train d'écrire, il me vint tout a coup à l'esprit que Técharpe que cet homme m'avait montrée était un signe de ralliement d'une société secrète ^ti*mandchoue. Me rappelant la description que Ton m'avait faite de ce signe, et réfléchissant au regard expressi f du
170 LA CHINE ËT LëS PDISSANCëS CHRÉTiENMES.
Chinois et à toutes les circonstances de sa visite, je fus con- Yaincu que cet individu était un agent envoyé par lès insurgés vers moi pour entrer en relation, rappelai aussitM mon jîîaître dliôteî, et j*ordonnai qu'on rappelât le marchand de cravates; mais personne ne put dire où il avait passé, et j'appjris ensuite que ce n'était pas un marchand de Macao, mais un étranger. Cela me confirma dans ma conviction et me fit éprouver un plus vif désir de parler à cet homme; mais toutes les démarches qn*on put Ikire pour le retrouver furent inutiles. Plus tard, je sus qu'il était parti pour Canton.
Ni cet homme ni celui qui se présenta à M. Rodriguez ne donnèrent aucune indication qui fît allusion au chrietianisme. ^
Voici le mémorandum du Miao^tse :
« Mous exposons à Son Excellence (*) qu'ayant sou- « vent ouï dire qu'elle a humanité et justice, prudence et tt résolution; que sa renommée s'est étendue par tout « Funivers, que tous lui rendent obéissance et étant « nous des millierset des milliers d*hommes, tous fidèles, « pourv us de vivres en abondance et ayant les mémos « opinions (***)^ nous venons nous mettre à ses ordres c pour nous emparer du pays En conséquence, « comme nous ne savons pas si elle partage notre ma^ « nière de penser, nous la supplions, dans le cas où il en « serait ainsi, de nous faire la grÀce de nous répondre.
« Nous nous prosternons devant Son Excellence^ la « suppliant de prendre en considération cette affaire. i>
M. Meadovvs, en 1853, à Nankin, eut une conversation àvec un taeping miao-^tse, qui lui dit que dans Tannée de
(*) Le gouverneur de Macao.
(") Compliments dans îe style chinois;
(*'•) Cela peut signifler : tous unis entre nous par les mêmes opinions^ ou ayant les mêmes opinions que vous, Fortugais» C'est-à-dire renverser le gcavernemeot.
LNSLRRECTION ACTUELLE. 171
Uung-scu-tsucn il y avait 3,000 Miao tses; il se vantait que les Miao-tses n'avaient jamais recoauu Mandchoux et ne s'étaient point coupé les cheveux.
11 n*e8t pas possible maintenant d'établir ce qu'était la Société des Adorateurs de Dieu^ que Fiing-yun-san fonda dans le district de Kwei-Ping, et que Ton suppose s'être étendue ensuite rapidement dans beaucoup d'autres districts ; mais, sans aucun doute, il y avait la quelque chose du christianisme. Le fondateur finit par être arrêté par les autorités, et, à cette occasion, Hung-seu-tsuen partit pour Canton, où il arriva le 20 mars 4848, dans le but de faire des représentations en faveur de Fung-yunsan, s'appuyant sur ce que Tempereur avait rendu un décret qui déclarait que la religion chrétienne était tolérée (*J. Mais il s'abstint de toute démarche, parce qu'il
(*) En 1839, un indigène des Phlllpplses, d'one apparence ordinaire, que j'ai personnellement connu, organisa à Manille une confrérie, ou société religieuse, en l'honneur de saint Joseph. Les (cères de ce^e congrégation se raMembiaient pour prier eerUios Joan déterminés, et tons les iliois ils entendaient une meue lo* lennelle. Les anterités civiles et ecelésiastiqnes ne voyant en cela qu'on but exclusivement pieux, ne conçurent nulle crainte sur la propagande de cette confrérie, qui bientôt s'étendit à plusieurs provinces. Plus tard, ayant remarqué que ces gens-là ne recevaient dans leur société aucun Espagnol, le gouvernement de l'archipel, dont les sonp^ns avaient été éveillés i»ar d'autres circonstances, interdit la eoafrérie. Ses directeurs réclamèrent contre cette interdiction par tous les moyens légaux ; m^is lenrsréolsmatlons n'ayant pss trouvé d'appui, ils se déclarèrent ouvertement en rébellion contre la domination espagnole en i84I. On envoya des troupes à leur rencontre; à la suite d'un combat, il furent vaincus, et leé principaux meneurs pris et fusillés. L'auteur du complot, nommé ipoltnarto de la Crwtf et ses complices avouèrent, avant d'aller à l*échsfa'ud, que leur projet était d'exterminer tous les Espagnols. A. de la Cruz avait même commencé à se donner le titre de roi des Pagaies. Il prétendait, commo Hung-scu tsuen, être en communication avec Pieut
8ut par r homme de if. ItoherU que Ki-ying venait de
partir pour Pékin; et aussi, peut-être, parce qu'on lui dit que le décret obtenu par ce vice-roi, en faveur de M. de Lagrenée, n'était quW docament illosoire.
llung-seu-tsuon et Fung-yun-san partirent bientôt pour leur village ; ils y demeurèrent jusqu'en juillet 1849, époque où ils se rendirent à Rouang-si. Vers le milieu de 1850, les autorités voulurent les arrêter, et, afin qu'ils * ne pussent s'échapper, elles apostèrent des soldats aux fesues d'un endroit où Hs s'étaient réfugiés. Un adepte nommé Lan-seu-tsîng, celiii-4à même qui depuis devint général en chef de l'armée sous le titre de prince Oriental, instruit du danger qu'ils couraient, rassembla autant de monde qu'il put, battit les soldats impériaux et délivra les doux chefs, qui furent portés en triomphe dans leurs montagnes. Uung-seu-tsuen adressa aussitôt un appel général à tous les rebelles , sans excepter ni voleurs ni pirates, et, pendant l'automne de 1850, il ouvrit la campagne contre les forces du gouvernement
11 ne faut pas oublier qu'à la fin d'octobre une flottille de cinquante-huit jonques avait été détruite par les Anglais, et que par suite de cet événement, deux mille pirates allèrent se réunir aux bandes de voleurs qui se trouvaient dans le pays. Ce fut probablement ce renfort qui, en 1850, commença à donner de l'importance au mouvement insurrectionnel, dont Hung-seu*t8uen, à cause de Tascendant que lui donnait l'éducation qu'il avait reçue, parvint k pr,endre la direction supérieure.
Ce qu'il y a de plus singulier et de plus imprévu dans ce mouvement, c'est qu'il s'est présenté à la fois comme une secte religieuse et comme un parti politique, et qu'il a renversé devant lui non-seulement les représentants du pouvoir impérial mandchou, mais aussi les idoles de toutes les religions qui existent en Chine.
. En ellét, Uung-seu-tsuen et ses partisans ont pour drapeau la croix, et proclament.un seul et vrai Dieu, père
II^SLRR£CT10iS ACILELLË.
de Jésus-Christ , obligeant tout nouvel adhérent k embrasser cette doctrine et à se baptiser lui-môme.
Ce fait singulier peut s'expliquer de plusieurs manières. Le chef a peut-être pris pour base de son parti la Société des Adorateurs de Dieii^ et, quelle qu'ait pu être originairement la cause de l'empreinte chrétienne donnée à cette société, Hung-seu-tsuen a jugé utile de lui conserver ce caractère, comme moyen d'y entretenir l'union et la fraternité.— Un des principes les plus fondamentaux de la doctrine de ce chef, c^est que ce qui est possédé par chacun en particulier appartient à la société tout entière. — Il est entré dans ses calculs qu'il lui serait avantageux de se mettre en rapport , sinon par une al-* liance, du moins par des sympathies , avec ces puissants étrangers qui venaient de prouver la faiblesse des troupes mandchoues. 11 avait sous les yeux les résultats de la . lutte de ces étrangers contre les pirates, dont plusieurs escadres avaient été détruites avec une merveilleuse facilité.— Peut-être aussi llung-seu-tsueu croyait avoir besoin de fasciner la multitude, en lui faisant croire que le ciel le guidait* et le protégeait ; pour cela il fallait révéler une nouvelle religion : or, ou bien il n'avait pas assez (l'imagination pour en inventer une de toutes pièces, ou bien il pensa que la i*eligion chrétienne, sur laquelle il y avait déjà beaucoup de livres imprimés en langue chinoise, serait plus facilement acceptée, — Qii'iifût guidé par l*une ou l'autre de ces considérations, ou par toutes ensemble , ce qui est positif, c'est qu'il annonça hautement sa nouvelle doctrine, empruntée au christianisme, et Timposa rigoureusement à quiconque^se rangea sous ^a bannières. Un des premiers soins des troupes de Hung-seu-tsuen, en entrant dans une ville, est de ren- ^erser les idoles des temples chinois. Quant à l'utilité ^u'il espère retirer des croyances religieuses, on peut a'en faire une idée en lisant les premières pages d'un volume iiuprimé par ses ordres pour l'instruction du public,
174 LA GHIME £T LES PIJlSSilNGfiS CHRETIENNES.
80U8 ce iitre : « Le livre des décrets célestes et des xnanir festations de la volonté impériale, publié laseconde année
de la dynastie Tae-ping, appelée jin-tsze (cest-a dire en * 1852).» De ce titre, onpeut conclure que Hung-seu-tsuen se proclama Ininnéme empereur eoi 1851. 11 se déclara aussi fils de Dieu et frère de Jésus-Christ , et prit le titre de Prince céleste. Voici le début de ce volume :
w La présente proclamation de l'empereur céleste a pour objet de faire savoir ceci :
» Dans le troisième mois (avril) de Fannée Mow*shiii (1848) , notre Père divin le grand Dieu et Seigneur suprême descendit d^ns ce monde et déploya sa puissance par d'innombrables miracles accompagnés de preuves évidentes; lesquels sont enregistrés dans le livre des . Proclamations. Dans le neuvième mois (octobre) de la même année , notre Frère ainé céleste le Sauveur Jésus descendit dans ce monde et déploya aussi sa puissance par des miracles innombrables accompagnés de preuves évidentes, lesquels sont enregistrés au livre des Proclamations. Maintenant, dans la crainte que quelque individu de notre armée entière, grand ou petit, homme ou femme , oiticier ou soldat, n'ait pas connaissance parfaite de la volonté sacrée et des ordres de notre Père céleste, et aussi une parfaite connaissance de la volonté sacrée et des ordres de notre Frère aîné céleste, et qu'en conséquence il péchât involontairement contre les ordres et les décrets divins, nous avons examiné soigneusement les différentes proclamations qui renferment les plus importants d|p décrets et commandements de notre Père céleste et de notre Frère aîné céleste, etles ayant classiliés, nous les publions en la forme d'un livre, afin que notre armée tout entière puisse les lire attentivement et les retenir dans la mémoire. Ainsi on évitera de masquer aux ordonnances divines, et au contraire on fera ce qui est^réable ii notre Père céleste et à notre ^>ère aîné
1NSURRËCTI0^^ ACTU£LL£. 175
céleste. Nous ayons annexé h la suite quelques-unes
de nos proclamations royales dans le but de vous faire bien connaître les lois, pour que vous viviez dans la crainte d'y manquer. Respectes cecL
> Le 14"** jour de la lune 3*"* (19 avril) de l'année sin-bae (1851), au village de Tong-hiang (dans le district de Vou-Siuen), le Père céleste adressa ces paroles à la foule : « O mes enfants! connaissez-vous votre Père céleste et YOtre Frère aîné céleste? » A quoi ils répondirent : « Nous connaissons notre Père céleste et notre Frère alaè céleste. » Alors le Père céleste dit : « Connaisse^vous votre seigneur (rempereur Hung-seu-tsuen), le connaissez-vous bien? » A quoi ils répondirent : « Nous cou naissons notre seigneur parfaitement bien. » Le Père céleste dit : « J'ai envoyé votre seigneur en bas sur la terre pour qu'il soit votre roi céleste ; chacune de ses paroles est un ordre divin; vous devez lui être obéissants; vous devez aider et révérencier votre seigneur et roi; vous ne devez pas agir désordonnéinent, ni manquer de respect. Si vous ne révères pas votre seigneur ^t roi, vous vous mettrez tous dans des embarras. »
» Le 18** jour de la 3"* lune (23 avril) de l'année
sin-hae, au village de Tung-hiang, le divin Frère aîné le Sauveur Jésus adressa au peuple ces paroles : « 0 mes frères cadets ! vous devez observer les commandements célestes, obéir aux ordres qu'on vous donne, et être eu paix avec vous-mêmes; si un chef a tort, et Tinférieur peutrétre raison; ou si un inférieur a tort, et le supérieur peut-être raison, et s'il survenait une légère contestation, n'en prenez pas note dans votre carnet de mémoire ; ne formez pas de partis et d'inimitiés. Pratiquez ce qui est bon et purifiez votre conduite ; il ne faut pas aller dans les villages s'emparer des biens du peuple. Quand vous êtes au combat , il ne faut pas re-
culer. Quand il vous arrivera d'avoir de Targent, faites-ea
la propriété commune, et ne pensez pas qu'il appar* tienne à quelqu'un en particulier. Vous devez^ les cœurs et les. forces uniSi conquérir les montagnes et les rivières. Vous devez agir de manière k trouver le chemin du ciel et à y entrer; quoique dans ce moment votre travail soit dur et Katigant, vous ne tarderez pas à être pn>> mus à de hautes places. Si, après avoir été instruits dans vos devoirs, un de vous quelconque manque aux commandements du ciel, aux ordres qui vous seront conununiquès, si vous désobéissez à vos ofBciers ou reculai quand vous vous trouverez en bataille, ne soyez pas su^ pris si votre haut Frère aîné donne des ordres pour vous faire mettipe h mort* »
C'est dans ce livre qu'il raconte un réve qu'il eut dans sa jeunesse : il se trouva au ciel en présence de Dieu.
Celui-ci se mit à pleurer, se lamentant du grand nombre de péchés que les hommes commettent, et de ce qu'ils le méconnaissent et adorent de vaines idoles. Hung^setf* tsuen lui offrit de descendre sur la terre et d exterminer les méchants ; sur quoi Dieu accepta ses services et lui donna une épèe.
Hung-seu-tsuen a publié un autre livre sons ce titre : De rorganisaLion de l'armée iae-ping. On y trouve un règlement militaire qui divise les troupes en armées , dif isions, régiments et compagnies; le tout emprunté à l'ancien art militaire des Chinois.
Depuis que notre héros se mit en insurrection déclarée, en 1850^ on l'a vu, au milieu d'alternativei^de victoires et de défaites dont le récit fatiguerait le lecteur, aller gagnant toujours du terrain vers le nord du pays et grossissant son armée. Le SO novembre lS5i, il donna à cinq de ses principaux lieutenants le titre de prince « de la manière suivante :
INSURR£GTiûN ACTUELLE. ITT
Noms des personnages. Titres.
Yaag-seu-tsing. Prince oriental.
Seaou'Chaou'-liwuy. Prince occidental.
Fung-yun-san. Prince méridional.
Wei-ching. Prince septentrional.
Shih-ta-kae Prince adjudant ou coadjuteur.
Le 23 décembre i855S, après avoir pris la grande ville
de Ilang-yang, les Tae-pings s'empareront de Han-kôu, ville encore plus considérable que la précédente, tout près de laquelle elle est située , sur les bords du Tangse-kiang. Han-kùu est peut-être le port de l'empire où se réunissent le plus de navires. Passant aussitôt le fleuve, ils prirent d'assaut, le 12 janvier 1853, Wou-chang, capitale de la province de Hou-pé. Ces trois villes sont si voisines l uue de Tautre qu'on peut les considérer comme n'en formant qu'une, contenant de deux à trois mil* lions d'habitants. Après Pékin 11 n'y a, sur aucun point <^e Tempire, une aussi grande agglomération de population.
Cette perte produisit à la cour une sensation profonde, et l'empereur ordonna que le vice-roi de la province eût immédiatement la tète tranchée, ce qui fut exécuté.
A partir de Han-kdu, les Tae-pings, sans rencontrer d'opposition , suivirent le fleuve sur un espace d'environ ioO lieues, jusqu'à la ville de Nankin, en vue de laquelle ils arrivèrent le 8 mars 1853. Elle était la résidence de
cour sous la dynastie précédente , et à l'époque des événements que nous racontons, il y avait une station de îartares, qui, hommes, femmes et enfants, pouvaient comprendre environ vingt mille individus.
Les Tae-pings, au moyen d'une mine qu'ils firent sauter le 19 de ce même mois de mars , ouvrirent une lïTèche dans les remparts. Les Tartares ne se défendirent point, ils se bornèrent à demander grâce; mais leur souinission ne leur servit de rien : les Tae-pings eurent la
178 LA Cm^iE £T LES PUiSSAMGfiS CHRËT1£NN£S.
cruauté de les passer tous au fil del épée, sans en excepter même les enfants, et ils jetèrent les cadavres dans fleuve.
Descendant ensuite ils se dirigèrent vers Chîng-kiangfou. Cette ville fut la dernière où les Anglais conibattircnt en 1841 et où ils rencontrèrent une vive résistance, mais dont néanmoins ils s'emparèrent; ce qui décida Tempereur a bi^acr le traité de Nankin.
Tandis que les Tae-pings prenaient Nankin, une terreur panique régnait à Ghang-haï. Les habitants aisés fuyaient dans toutes les directions. Le tauta! ou gouTerneur du département , qui résidait dans cette ville, était un ancien négociant hong de Canton, qui avait acnetè st charge. Il se trouva dans le plus grave embarras, et se vit abandonné même de plusieurs de ses domestiques. 11 s'adressa au consul anglais , demandant à fréter pour le compte du gouvernement impérial la corvette de guerre Lily^ qui se trouvait là; il implora ensuite officiellement son appui, et le supplia d'écrire à Hong-lLong pour solliciter en son nom de sir G. Bonham , représentant de la Grande-Bretagne, le secours de quelques navires à vapeur. Peu de jours après sir G. Bonham arriva avec deux vaisseaux de guerre, et le gouverneur chinois lui réitéra verbalement et officiellement sa demande; en même temps il envoya vers Nankin Tescadre impériale qu'il avait sous ses ordres , en y joignant treize lorchas (petits bfttîments portugais] qu*il avait fMtées.
Ces petits bâtiments , de cinquante à cent-cinquante tonneaux , sont construits à Macao et montés généralement par des Portugais. Ils ont des canons pour se défendre contre les pirates. Depuis plusieurs années les commerçants chinois sont dans Tusage de les fréter pour leur compte , afin d'escorter leurs flottilles de jonques; et, dans ces derniers temps, les mandarins en ont fait de même , comptant plus sur ces petits bâtiments que sur leurs jonques de guerre.
L'escadre impériale, avec les bâtiments européens, re-
iNSUAR£CTiON AQIÏjMÀA^.
moata le fleuve; mais à la vue de rimmcuse multitude de rebelles qui descendaient, elle s'enfuit k toutes voiles. Les bâtiments européens firent d'abord retraite en combattant , mais ils furent bientôt contraints de prendre euxHnèmes la fuite. On tient pour certain que Hung-^seutsuen conduisit au siège de Nankin au moins quatrevingt mille hommes; on peut juger aussi par là du nombre de ses jonques.
Hung-seu-tsnen ne poursuivit pas les impériaux jusqu'à Chang-haï, sans doute pour ne pas se trouver en contact avec les Anglais, et il retourna à Ghing* kiang-fou, qu'il prit sans aucune résistance. Les Tartares qui y formaient un corps d'environ vingt mille âmes, avertis par ce qui était arrivé à Nankin, prirent tous la faite avant Tarrivée des Tae-pings. CeuxMsi s'emparèrent sans coup férir d'une batterie longue de trois milles , qui se trouvait le long du fleuve.
Le gouverneur de Ghang-haî acheta quatre navires de commerce européens, les arma de canons , et les fit monter par des matelots européens. Aûn de trouver des hommes pour cet objet et aussi pour manœuvrer les canons des jonques de guerre, il offrit de si hautes payes, que même des matelots des vaisseaux de guerre anglais désertèrent pour aller se mettre au sen ice des maU'^ darins. La chose devint si grave, que les autorités britanniques demandèrent qu'on leur livrât les déserteurs^ et n'obtenant pas satisfaction , elles voulurent opérer elles-^mèmes une visite sur tous les vaisseaux de guerre impériaux. Les mandarins étaient tombés dans un tel abaissement, qu'ils se soumirent tous, en commençant par Tamiral, k une exigence aussi humiliante. Aucun Anglais ne put être retrouvé.
Ce fait prouve que les Chinois ne sont pas loin de prendre à leur service des instructeurs chrétiens poui' Tart de la guerre ; c'est Ik un des symptômes de la révolution d'idées qui se prépare dans cet empire.
m lA CHINE ET LES PUISSANOSS CmÈTIENNES.
Plas tardt un chef de rebelle» s'empara de Chang-hai , comme nous le verrons tout k l'heure, d'oA il fut chassé
par les impériaux avec Taide des Français. Ce chef n'appartçnait pasàTarmée de Uung-seu-tsuen, mais il opérait pour son propre compte. Ce n'est pas la le seul chef de partisans qui, sans avoir des relations avec les Tae-pings, ait pendant ces dernières années profité de Tanarchie dans laquelle se trouvait le pays, et de la faiblesse du gouvernement, pour lever l'étendard de la révolte; nous donnerons plus loin des détails à ce sujet.
Hung-seu-tsuen commença aussitôt à se fortifier dans Nankin, et envoya une division sur Pékin. C était une opération très-bien concertée : un coup de main pouvait mettre les Tae-pings en possession de la capitale, et, dans tolis les cas, les troupes impériales ne pouvaient manquer de se mettre à la poursuite de la division expéditionnaire , laissant ainsi Huifg-seu"tsuen s'établir à Nankin, qui fut de nouveau déclaré la capitale de l'empire.
Sir G. Bonham désirait voir de prés les rebelles, dé* truire la mauvaise impression qu'ils avaient pu recevoir
on voyant dans la flotte impériale des vaisseaux européens avec des équipages anglais ou américains, et des bfttiments portugais , démentir un édit des mandarins qui assuraient que l'appui des vaisseaux à vapeur anglais leur était assuré, enfin savoir quelle conduite les in« surgés tiendraient à l'égard des Européens s'ils confinuaient leur marche victorieuse jusqu'à Chaiig-liaï.
En conséquence, a la fin d avril 1853, il se transporta à Nankin sur le vaisseau à vapeur V Hermès. L'interprète, M. Meadows, descendit à terre pour arranger une entrevue avec l'empereur des Tae-pings, ou du moins avec quelqu'un des principaux chefs. Comme M. Meadows disait à l'un des princes que M. Bonham était un mandarin de haut rang, il lui fut répondu : a Quelque haut que soit son rang, il ne saurait être aussi haut que celui de la
INSUREEGTiON AGTUfiLLE.
lit
personae en présence de laquelle vous êtes présentement assis. »
M. Meadows, dans la relation qu'il a faite de cette expédition diplomatique, ajoute ce qui suit :
c En réponse à mes questions sur le Tàê'fing'Wang^ c'est-à-dire le prince de la paix (Hun^-seu-tsuen), le prince septentrional m'expliqua par écrit qu'il était a le ▼rai seigneur; que le seigneur delà Chine est le seigneur du monde entier ; il est le second fils de Dieu, et tous les peuples de Tunivers doivent lui obéir et le suivre. » Comme je lus cela sans faire aucune remarque, il dit en me regardant d*un œil interrogateur Leyrai seigneur n est pas seulement le seigneur de la Chine, il n'est pas seulement notre seigneur, il est Totre seigneur aussi. »
Les chefs tae-pings offrirent à H. Meadows dWyoyer une lettre à bord de VHermès^ au sujet de l'entrevue demandée par le ministre plénipotentiaire anglais. £n effet, ils y envoyèrent la communication suiTante :