‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 60 sur 71 · DÉCRET · texte numérisé non relu

DÉCRET

« Des ordres sont donnés par ces présentes aux frères de rextèrieur, afin qu'ils puissent connaître les règles

ie l'étiquette.

< Dieu, le Père céleste, ayant envoyé sur cette terre notre souverain comme le rrai souyerain de toutes les nations du monde, tous les peuples de l'univers qui désirent paraître à sa cour doivent obéir aux règles de l'étiquette. Us doivent faire connaître préalablement, par des déclarations respectueuses, qui ils sont, ce qu'ils sont, et d'où ils viennent. Après la présentation de ces pièces seulement, l'audience leur pourra étré accordée. Obéissez à ces prescriptions.

« 24* jour du 3* mois de la 3* année de la dynastie céleste de Tae-ping (S8 avril 1853).

It

itt U CtflNE Et L£S pmSSyiNGES GHRÉTlËimES. |

« Noi€. U ii*a point été apposé de sceau k ce décret, parce que votre pétition d'hier n*en portait pas. » '

M. Bonhani écrivit, en date da 8S avril iSëS, an chef

des Tae-pings, pour savoir s'ils voulaient être en paix • avec les Anglais, et quelles étaient leurs intentions dans j le cas où ils descendraient jusqu'à Chang-hai. Dans sa communication, se trouvait le passage suivant : |

« Des autorités mandchoues ont lancé une proclama^ tion assurant qu'ils avaient obtenu le service de plus de dix bateaux à vapeur étrangers, lesquels monteraient le Yang-tsze pour vous attaquer. Ceci est coniplèlenieut faux : notre nation a pour habitude établie de n'intervenir en aucune manière dans les conflits survenant dans les contrées frcquonlécs par nos sujets dans des vues commerciales. U serait donc impossible que nous fournissions maintenant nos bateaux k vapeur pour aider k la lutte. Quant aux lorchas (barques portugaises) louées par les autorités mandchoues, et aux navires marchands étrangers achetés par elles, je n*en sais rien. Il n'est pas permis aux navires marchands anglais de louer leurs services dans de tels conflits. Mais je ne puis empêcher la vente J de navires qui sont la propriété particulière de sujets an- | glais, encore moins celle de vaisseaux d'autres nations, pas plus que je ne pourrais empêcher la vente de cotonnades ou de toutes autres marchandises,' avec lesquelles les navires susdits sont, au point de vue de la propriété, sur un pied d'égalité. 11 n'y a pas de différence entre la propriété d*un navire ou d*une marchandise : mais il n'est pas permis k un navire vendu d'arborer notre pa- , Villon national, et les sujets anglais n'ont pas le droit de | servir sur ce navire du moment qu'il appartient aux aato- | rités mandchoues^ et, dans ce cas, il ne sera protégé en aucune manière par notre gouvernement. En résumé, nous désirons demeurer complètement neutres dans k conflit existant entre vous et les Mandchous. «

INSURRECTION AGttJEU^ l8 Voici la réponse :

« Du royaume céleste de Tae-ping par la vraie conimission divioe.

« Nous,

« Yeang, Seaou,

« Le prince oriental, maî^ Le prince occidental, mitre Honae, seigneur guéris- nistrc-assistant et commauseur des maladies, premier dant en second de l'armée ministre et cbef de l'armée principale ; principale ;

« Par les présentes,

« Nous rendons un décret concernant les Anglais, lesquels ont jusqu'à présent révéré le ciel et sont Tenus

maintenant faire acte de vasselage à notre souverain, leur enjoignant spécialement de n'avoir nulle inquiétude, mais au contraire d*avoir ^esprit rassuré.

« Le grand Dieu, le Père céleste, le Seigneur suprême créa dans le commencement, en six jours, le ciel et Tuni-' vers, la terre et la mer, les hommes et les choses. Depuis cette époque jusqu'aujourd'hui, le monde entier a été une maison, et tous les hommes vivant entre les quatre mers ont été des frères; il ne peut y avoir de différence entre un homme et un autre homme, aucune distinction entre celui de haute extraction et celui de basse nais^ sance» Mais depuis que les mauvais esprits sont entrés dans les cœurs deç hommes, ils n*ont pas reconnu la grande grâce que Dieu, le Père céleste, fait en donnant et maintenant la vie, ni le grand mérite de Jésus, le Fils céleste, dans Tœuvre de la rédemption, et ils ont fait Jouer d'étranges rôles a des morceaux d'argile, de bois et de pierre.

< U en est résulté que les Tartares, les Huns démonià- ^ttes, ont réussi a s emparer, comme des voleurs, de notre pays céleste.

18i LA CHINE £T LES PUISSANCES CUKÉTIENNES.

« Mais heureusement le Père céleste et le Fils céleste ont, dès les premiers temps, déployé des manifestations divines paroii tous, Anglais, et vous avez longtemps révéré et adoré Dieu, le Père céleste, et Jésus, le Fils cë* leste, de sorte que la vraie doctrine a été préservée et que l'Évangile a eu ses gardiens.

« Heureusement encore, le grand Dieu, le Père céleste, le suprême Seigneur a manifesté sa grande grâce. 11 a envoyé des anges pour emporter dans les cieux le prince céleste,' notre souverain ; et là, il lui a donné personnellement le pouvoir de chasser des trente-trois cieux les mauvais esprits, qu'il a rejetés de là dans ce bas monde. Encore, pour notre grande félicité, dans le 3* mois de Tannée de mow-shin (avril 18'48), le grand Dieu, le Père céleste, a manifesté sa grande grâce et sa compassion en descendant sur la terre ; et, dans le 9* mois (octobre], le Seigneur, le Sauveur du monde, le Père céleste, a manifesté aussi sa grande grâce et sa compassion en descendant sur la terre* Depuis lors, pendant six ans, le Père céleste et le Frère céleste ont grandement dirigé nos affaires et nous ont aidés d'un bras puissant, déployant des manifestations et des témoignages sans limite, en exterminant un grand nombre de mauvais esprits et de démons, et en aidant notre prince céleste à s'emparer de la souveraineté du monde.

« Maintenant, puisque vous. Anglais, sans trouver les distances trop grandes, êtes venus ici pour y témoigner votre obéissance, non-seulement les armées de notre dynastie céleste sont en grande délectation et joie, mais dans les hâuts cieux même le Père céleste et le Fils céleste voient avec plaisir ce lémoigjiage de votre loyauté [*) et de votre sincérité. Kous, en conséquence, rendons ce pré-

(*) Le mot chinois est celui usilé pour expliquer les seotimeals qu un sujet doit avoir envers son souverain.

INSURRECTIim ACTUELLE. 185

sent décret, permettant que vous, le chef anglais, avec

les frères vos subordonnés, puissiez entrer et sortir librement selon votre vouloir et désir, soit pour nous aider à rextermination des démons (% soit pour suivre comme de coutume vos occupations commerciales. Et nous avons la plus ferme espérance que vous acquerrez avec nous le mérite complet de servir diligemment notre souveraiui et que, avec nous, vous payerez de retour la bonté du Père des âm^s.

« Maintenant nous vous favorisons) Anglais, dç Tenvoi des nouveaux livres des déclarations de la dynastie taeping, afin que le monde entier puisse apprendre a révérer et a adorer le Père céleste et le Fils céleste, et savoir aussi où le prince céleste existe, de sorte que tous puissent offrir leurs félicitations là où la vraie mission (de gouverner) est échue.

« Décret spécial pour l'instruction de tous les hommes, donné ce 26* jour du 3* mois de Tannée Icveo-haou (1^ mai 1853) du royaume céleste de Tae-ping. »

Les bâtiments portugais et les quatre vaisseaux européens montés par des Anglais et des Américains furent de peu d*utilité au gouverneur de Chang-hai dans sa lutte contre les Tae-pings. Lorsque VHermès fît Texpédition que nous venons de raconter, ce gouverneur profita de roccasion pour faire partir derrière ce navire h vapeur Tescadre impériale, afin que Ton crût que VHermès formait l'avant-garde des forces qui venaient attaquer les rebelles, et répandre ainsi la terreur parmi eux. Mais ceux-ci demeurèrent fermes, et l'escadre impériale fut obligée de se retirer.

Le voyage de VHermès à Nankin donna beaucoup de

n Tous ceux qui font opposition à la mission de Hung-seu- ' tauen sont supposés appartenir au royaume du diable, et sont nomloés démons.

m LA CllliNE ET LES PUISSAxNCES CHRÉTIENNES.

jour sur la position des Tae-pings et sur leurs idées reitgieuses, tant par ce que Ton put voir et entendre sur les lieux, que par les communications que nous venons de citer, et par les livres imprimés que l'on en rapporta.

Dans ces livres, on trouve quelques légères allusions aux mystères de la Trinité et de la Rédemption. La grande base de leur doctrine, ce sont les dix commandements de Dieu, un peu modifiés dans leur rédaction; ils les appellent les règles célestes. Ils racontent comme nous la création du monde en six Jours. Us n*ont ni prêtres ni églises.

Hung-seu-tsuen a emprunté au christianisme tout ce qu'il a de plus simple et de plus aisé k comprendre, et il a essayé de démontrer que les anciens rois et sages delà Chine reconnaissaientlatoute-puissancedu vrai et unique Dieu, que les hommes, par ignorance ou perversité, ont ensuite méconnu. Il tire ainsi parti de la disposition des fihinois à vénérer tout ce qui est ancien, et de leur répugnance pour les innovations.

Tan-seu-tsing (le prince oriental) tombait de temps en temps dans des extases et des paroxysmes, durant lesquels Dieu descendait dans son cœur et parlait par sa boucbe. Tous les assistants s'agenouillaient et écoutaient dans un profond silence; les paroles quil prononçait étaient recueillies et écrites. Quand il revenait àlui, il ne savait ce qui lui était arrivé, ni ce qull avait dit ; on était obligé de lui en donner connaissance. Quelquefois il dictait des ordres adressés a lui-même, et que, pieusement, il exécutait ensuite. Le plus souvent, les ordres quHl dictait étaient pour Hung-seu-tsuen, c*est-4i*-dire pour son empereur. Seaou-chaou-houi (Le prince occidental) éprouvait aussi des paroxysmes semblables; toutefois, Tétre surnaturel qui descendait en lui et parlait par sa bouche n'était pas Dieu, mais Jésus-Christ

Ces deux imposteurs furent dès le commencement les principaux chefs de l'armée. Yang-seu-tsing parait être

INSURRECTION ACTUELLE

celui qui en réalité dirigea les opérations militaires de l'insurrection. Aujourd'hui ils sont morts tous les deux.

lisse révoltèrent et furent assassinés par l'ordre plus ou moius secret de Uuog-seu-tsuen.

On ne connaît l'origine ni de ces deux individus, ni des autres qui ont été décorés de titres de princes, a l'exceptiou pourtant de Fuug-yaa-saa (le priuce méridional). 11 est très-probable que quelques-uns, sinon tous, ont fait partie des troupes de pirates que les navires a vapeur an-, glais, en 1849, obligèrent de se réfugi'erà terre.

En décembre 1853, le ministre de France, M. Bourboulon, alla a Nankin avec le vaisseau a vapeur le Cassinù Le représentant des États-Unis, M. M e Lane, y alla aussi à la fin de mars 1854, avec la frégate à vapeur laSusquehannah^ et, un mois après, les vapeurs anglais le. Raitler et leSiyx s'y rendirent également.

Mais chaque fois il devint plus difficile de communiquer avec les Tae-pings, et Tonne put voir que des chefs infé- Tieurs au titre de princes. « Cette suprématie, ditM. Meadows, fut alléguée dans des termes de plus en plus précis *a chaque nouvelle visite, et à l'occasion des deux visites qui leur furent faites dans l'été de 1854, les Américains et Les Anglais furent informés qu'il était de leur devoir de Imig Uing (présenter le tribut des vassaux) h leur seigneur. ))

A la fin, les Tae-pings parurent fatigués de ces visites des Européens qu'ils commencèrent k appeler barbareê^

tandis qu'au commencement ils leur donnaient le nom de frères^

Cette conduite prouve "surtout qu'ils étaient convaincus de leur prochain triomphe, et par conséquent ils ne croyaient pas avoir besoin de ménager les Européens.

J'ai dit plus haut que les Tae-pings, aussitôt qu'ils fa- ^nt maîtres de Nankin, envoyèrent une armée vers le nord. Cette armée passa le fleuve au milieu d'avril 1^53, combattant continuellement contre les forces impè-

Diyi

riales, elle s'avança toujours, jusqu'à ce que le 28 octobre elle eatra à Tsing-hae, ville située sur les bords du grand canal, à dix lieues de Tien-tsint et à un peu plus de trente lieues de Pékin. Le 30 octobre, les Tae-pings tirent une pointe jusque sous les murs de Tien-tsin (dont les champs étaient inondés par suite d'un débordement du fleuve Pei-ho), mais ils furent repoussés, et ils se virent assaillis par beaucoup de troupes, dont une partie venait de Pékin. Le général impérial qui commandait ces forces était San-ko-lin-sin , souverain de la principauté mongole de Khorchin. C'est dans cette circonstance qu'il se ût une grande réputation, et elle lui valut rbonneur de commander les troupes qui plus tard doTaîent être chargées d'arrêter la marche triomphée des Anglo-Français sur Pékin. Ce qui véritablement contribua le plus à l'échec des Tae-pings devant Tien-tsin^ ce fut un corps de quatre h cinq mille cavaliers tartaresmongols, venus depuis peu de Khorchin. Il est certain qu'ils ne purent pas pousser plus avant ; ils demandèrent du secours k Nankin, et, le 5 février 1854, ils évacuèrent . Tsing-hae et commencèrent leur mouvement de retraite.

Dès que Ilung-seu-tsuea apprit à Nankin que son armée expéditionnaire se trouvait arrêtée, il prit des mesures pour qu*une autre fût envoyée afin de la soutenir.

£n même temps que la première armée expédition* naire avait été envoyée vers Pékin en mars 1853, une seconde avait été dirigée au sud-ouest vers le lac Po-yang. Celle-ci avaitlaissé une division a Ngan-king, capitale de la province de Ngan-Huy. Plus tard, cette division devint le noyau d'une nouvelle armée auxiliaire, qui fut expédiée vers Pékin à la fin de novembre 1851^, et qui opéra sa jonction avec la première armée expéditionnaire du nord au commencement davriL Ces armées combinées prirent d^assaot Ling-tsing, vifle capitale de département dans la province de Shan-tung, à environ vingt-cinq lieues de Tsing-hae, malgré tous les efforts de la cavalerie mant-

INSURMCTIÛI4 ACTUELLE.

choue et mongole qui ne cessait de harceler les assiégeants. En mars i85(Vf las^Xae-pings évacuèrent encore ee territoire elle replièrent mir Nankin.

L'armée expéditionnaire du sud-ouest, sortie de Nankin en mars 1853, comme nous Tavons dit, remonta le Yangse^ang JtuBou'au fatc Po-yang, et s'empara d*ttn grand nombre de villes dans les provinces de Kian-si et de Nganhuy. Une autre division des Tae-pings se répandit ^l'ouest du lac Po-ynn, s^avançant au delà du lac Tung-ting dans la province de Hou^naa, et arrivant jusqu'aux chefs^lienx de département, Echang et Gan-lu, dans la province de Uou-péé Le S6 juin lasi, ils prirent une seconde fois la eaf^tale de cette province, Wou*eban]^, avec les deux villes conliguës Uang-yang et Han-kôu. Par suite de cet événement^ Tsing-ling, gouverneur général de la province de-Hott-pét eut la lète coupée sûr la place publique de bi capitale du Hou-nan (selon le récit {*) de M. de Curcy), la face en pleurs tournée vwrs Pékin et en présence .de toutes l€is autorités revêtues de leurs costumes oAciels. Le 1»ourreau cette fois ne fut autre que le général Kouen-voun, commandant en chef des troupes, condamné lui-màme par l'empereur, en punition de sa lâcheté, à remplir- dans cette scène tragîque les fonctions d'exécu* teur ; et il fut obligé d'égorger de sa main tremblante, devant un public terrifié, le malheureux gouverneur général auquel il obéissait peu de joors- auparavant. Le Tice^i de Hou-kouang fut destitué. Les Tae-pîngs évacuèrent le 1 4 octobre, pour se retirer sur Nankin, les villes dont la prise avait causé ce drame lugubre; mais ils s'en ^parèrent'Une troisième fois, le W février I85K. A Fassaut de Wou-chang le gouverneur général de la province mourut les armes à la main.

Linsurrection de Hung-siu-tsuen facilita la naissance de plusieurs bandes de rebelles non Tae-pings.

n B£tU€4t$ Dêu»-Monda,âh juillet ISSI.

ir

m LA CHINE £T IMA PUtt&àNCfiS CHRËTIENNE».

Le 4 septembre 1853» la viUe de Chaag-Mï fut prise par

de la grande société'secrète appelée triade^ Ils débarqué* rent tout à coup de plusieurs joxiques veuant du Foukien el de GenloQ* U paraît que la petita giunùson de Cbaochai était de eonnivaiee avec les enTabieseuve. Le gouverneur de la ville fut tué, et le chef du district (Taoiaij put se sauver, peut^tre parce qu'il était Cantonais.

Ces rebelles flreutdespreclaïaatioiis aapeuple,«i bTeur delà dynastie indigène ou des Mings^ contre les Mandchoux qu'ils traitaient de tyrans de la Gbiue* .C'est a eause de cela qulls n^obtiorent jamais le aeceurs dés Ta^-pinga•

Ils s'emparèrent de trois millions de francs qui étaient dans les^ caisses du gouvernement et qui devaient être envoyés à Pékin le jeur même de la prise de la ville. Be l4u8, ils firent payer des cMtributione au» capitaliflles irt marchands, et pillèrent beaucoup de riches articles des habitants qu'ils euvi^èrent dans des jenques- bars du port, probiddement dans des pays où Ils pussent être vendus, afm d'en faire de l'argent. Ils respectèrent les propriétés des étrangers et leur permirentde mettre leuiu efiéle en sûreté. Beaueoup de négoeianis indigènes sai^ vèrent leurs biens en les faisant passer pour Européens.

Les consuls et les officiers 4e marine, chrétiens, se dé» elarèrent neutres ; les navire» marebauds étrangère qui arrivaient ne payaient pmnt dé droits de douane ; à leur placeon faisait donner aux consignataires des billets de promesse de payeuienL

. Vers la fin de septembre des troupes impcrialee arri» vèrent et mirent le siège devant la ville. Les triades démêlent toutes les maisons qui se trouvaimt entre le mur et le fossé, et condamnèrent toutes les pertes de la ville, excepté celle de l'Est, près de la rivière. Le chef impérial établit .une batterie contre le mur au nordH>uest On creusa des puits, et aprèa en avoir extrait Feau qui s*y trouvait en abondance, on ouvrit des mines qui, partant

DiSURRECnON ACTUELLE. iM

des paiU, irayersaient par-dessous le fossé et le mur qui entourent la ville, et en faisant sauter la mine, on ouvrait une brèche praticable. Dans une de ces explosions, le général tartare et plusieurs officiers et soldais sauté* rent en Tair. Us croyaient être à c6té do terrain miné, et ils étaient dessus. Les insurgés défendirent courageusement jusqu'à cinq ou six Inrèches ouvertes par les mines. Ils rétablirent les murs et en élevèrent un second a quelque distance derrière celui qui était exposé au feu des impériaux.

Les assiégés faisaient souvent des -sorties et ne rentraient que lorsque toutes les forces impériales se réunissaient pour les charger. Les campements desassail* lants étaient entourés de tranchées et de puits, couverts de broussaillos ou avec de la terre étendue sur des supports. Au fond de ces puits il y avait des pointes de bambou dressées perpendiculairement. Malheur à celui qui y tombait I 11 y avait aussi des trous masqués, d'un pied de diamètre, dans les parois desquels on avait placé -des pointes de bambou se dirigeant vers le fond, de manière <!ue celui qui y mettait le pied ne pouvait plus l'en reti^ rer et se trouvait pris.

Les insurgés avaient de pareilles défenses autour de la ville; et dans les maisons qui se trouvaient au second niur, ils pratiquèrent des trous, ils blanchirent les murs extérieurs de ces maisons , puis ils placèrent un papier blanc qui couvrait le trou. Le papier était facilement soulevé avec le canon du fusil, on ajustait et on lâchait le coup ; en retirant Tarme, le papier retombait et couvrait le trou^ qu'il était ainsi impossible de voir de loin. Les Impériaux possédaient des camps àVouest de la ville une flottille de jonques sur la rivière du côté de Test. Les insurgés avaient armé quelques jonques marchandes ^t acheté le vaisseau européen Glenlyon^ où ils avaient placé de gros canons. Ces navires étaient mouillés près de batterie construite H la porte de TEst.

i9i LA CHINE ET LËS PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Un jour la flottille impériale monta la rivière, et attaqua la batterie et les vaisseaux des rebelles pendant que les troupes tentaient un assaut du côté de Touest. Deux jonques impériales s'emparèrent courageusement du Glmlyon et remmenèrent en triomphe. Enhardis par ce succès, l'attaque fut tentée de nouveau quelques jours plus tard, et les deux mêmes jonques qui avaient capturé le Glenlyon s'approchèrent de la batterie de l'Est dans Tespoir de s'en emparer; mais bien loin d'y réussir elles prirent feu Tune après Tautre, et leurs équipages périrent dans rincendie sans en excepter leurs deux braves commandants.

Les chefs impériaux, désespérant de prendre la ville

par la force des armes, cherchèrent à y réussir par trahison. D'abord un secrétaire du Taotaï était venu prendre parti avec les Triades; il fut découvert par ceux-ci au moment où il écrivait une lettre à son maître, et fut coupé vivant en morceaux. Plus tard des Cantonais s'étaient mis d'accord avec les Tartares pour leur rendre la ville. Ils se révolteraient a l'intérieur pendant que les soldats attaqueraient les murs. Le feu mis à une certaine maison serait le signal pour agir.

Le chef triade eut connaissance de la conspiration, mais dissimula jusqu'au moment où elle éclata. Il s'était . préparé et connaissait les complices : il en saisit d'abord treize qu'il fit attacher et jeter dans les flammes de la maison incendiée; il parvint ensuite à en arrêter jusqu'à deux cents environ qu'il fit décapiter dans la coor devant le temple de Gonfucius, vis-à-vis de la maison qu'il habitait. Ce sanglant épisode se passa aux premiers jours de janvier 1854.

Des combats entre les deux partis avaient lieu chaque jour. Des paysans s'approchaient des murs pour vendre des provisions qui étaient bien payées : les Impériaux coupèrent les oreilles à plusieurs de ces malheureux, et l'avertissement n'étant pas assez puissant pour les éloi-

LNSURR£CTiON ACTU£LLË. 195

gner, quelques tètes furent tranchées et exposées sur des poteaux avec des écriteaux signalant leur crime. Les batteries que les Impériaux avaient dressées contre la place furent prises et reprises plusieurs fois. Les soldats se ré-

pandaient dans les villages voisins où ils se faisaient exécrer par leurs avanies. Tous les arbres furent coupés pour faire du feu. Aucun navire de commerce n'approchait du port, et le pays entier présentait Tiuiage de la désolation.

Des négociants européens vendaient parfois des armes et des niunitions aux insurgés. Le chef des Impériaux

envoya, une nuit (mois de novembre), trois cents soldats, avec Tordre de reconnaître les maisons européennes et saisir les armes qui s'y pourraient trouver. Quelques matelots et soldats de marine des navires étrangers faisaient sentinelle autour des factoreries : ils voulurent empêcher les soldats de pénétrer dans le quartier européen; quelques coups de fusil furent échangés, les Européens s'éveillèrent; plusieurs accoururent armés et aidèrent les sentinelles à chasser ces soldats dont quelques-uns restèrent morts; l'on trouvasur eux des matières incendiaires, ce qui fit connaître qu'il y avaiteule projet de mettre le feu aux établissements étrangers.

Le mauvais vouloir des Impériaux continua à se manifester de mille manières, et dès lors les consuls de France, d'Angleterre et des États-Unis exigèrent du chef tartare l'éloignement des camps qui étaient situés près des factoreries. Il donna des réponses évasives, après lesquelles des marins et des canons furent débarqués des vaisseaux anglais et américains qui se trouvaient dans le port; cette force, unie au corps des volontaires armés, qui s'était formé parmi les négociants européens, attaqua le plus voisin des camps impériaux, et après deuxbeuros de combat parvint à le détruire. Les Chinois battirent en retraite, ayant perdu beaucoup de monde. Du côté des Européens, il y eut deux morts, et quinze blessés dont

deux succombèrent. Ce fait se passa dans les premiers jours d'avril.

Les Triados envoyèrent leur soumission aux Tac-pings de Nankin, en leur demandant des secours. Ils déclarèrent qu'ils voulaient devenir chrétiens, et ils enlevèrent aux autels indigènes un grand nombre didoles qu'ils firent briller ou jeter dans la rivière. Les Tae*pings cependant refusèrent leur alliance.

Une manqua pas même d'une héroïne dans cet épisode de la présente guerre civile chinoise : ce fut la belle et jeune tille d'un Gantonais qui s'était mis depuis le commencement dans le parti de ces Triades qui avaient fait la conquête de Chang-hai. Il était tombé dans les mains des Impériaux qui l'avaient torturé et décapité. Sa fille en jura vengeance ; elle obtint le commandement 'd'une compagnie, et passait pour le nuûileur des guerriers triades. On dit qu'au combat elle était une vraie furie. Le jour où la rébellion expira, elle crut que ses vêtements de femme la déroberaient aux poursuites des Impériaux i et eut le sang-froid de rester dans la ville ; mais elle fut bientôt découverte, et exécutée sans pitié. L'histoire chi- i noise présente beaucoup de femmes gacrrièrcs, et l'on en voit souvent dans les pièces de théâtre.

Les mandarins offrirent plusieurs fois des emplois et des sommes d'argent aux chefs des rebelles, mais ils n'obtinrent pas leur reddition. Les autorités européennes essayèrent aussi vainement de leur faire évacuer la place en leur offrant complète amnistie.

Une frégate et une corvette de guerre françaises {la Jeanne^arcei le Colbert) étaient arrivées à Chang-hai aux ordres du contre^amiral Daguerre. Il faut dire que les autorités françaises dans cet empire n'ont jamais vu de bon œil l'insurrection des Tae-pings, surtout parce que ceux-ci professent une sorte de christianisme tiré des livres protestants. Or le gouvernement français s'est toujours vanté de protéger en Chine la religion catholique

INSUBBECTIÛN ACTUELLE. m avant tout, et il agit très-souveat sous Tiofluence des

lèft îMurgés ayftidnt cooslniit une batterie hon la

porte du Nord, pour protéger leurs sorties. Le contreaaiirai Daguerre eugea sa démolitiim, exposant que les km ifoé mrigeraienl les im^pèriaux contre cet eiiTrage pourraient atteindre le consulat et la maison d'un sujet 4e France, qui se trouvaient de ce côté. On étaitau mois de dkembre 1854, quud ll« Dagiime envoya une force ie um escadre pour démolir la batterie, qui n'était pas encore armée. Les rebelles lancèrent un boulet aux hommes q(û y travaillaient. Aussitôt tes Français ouvrîr^t le ftti for la place, et les assiégés répondirent avec vigueur. Les deux vaisseaux de Tamiral Daguerre envoyèrent des centaines de boulets et de tN>mbes contre les murs et la viOe» Les treupes impériales attaquèrent du cMè de Torient tandis que les Français nourrissaient un feu vio* leot au nord et à rest« Les rebelles tinrent fèrmOt et il Mtit se désister pour cette fols* ^

Quelques jours après,. Tamiral envoya une expédition de batewx qui surprit une batterie que les rebelles avaient Itla porte de Test de la ville. Les homAies qui la gardaient furetit tués et les canons encloués, mais les rebelles accourant en nombre, les Français durent opérer leur retraite. Les assiégés i<iirent de nouveaux canons à la place de ceux qui avaient été encloués.

Les vaisseaux français bombardèrent encore la place, mais sans résultat Alors l'amiral fit construire une batterie de siège à une centaine de mètres du mur. Aussitôt quUjeut une brèche pratiquable, l'assaut fut décidé: quatre cents hommes débarquèrent (le 6 janvier 1855) des deux frégates, et les troupes impériales accoururent en nombre. Elles furent dirigées sur la porte du Nord guidées par quarante Français ; deux cent cinquante de ces derniers montèrent avec un grand courage à la hré^ che, quii fut bien défendue.

19e LA CHINË ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Les troupes impériales entrèrent par la porte du Nord, montèrent sur ks remparts et s'introduisirent en grand Bombre dans la ville. La plupart des assises étaîmt cachés, et probablement ce fut à dessein qu'ils laissèrent entrer les impériaux* Tout à coup ils sortirent ettombè* refit sur les soldats, qui prirent la- fuite* Beaucoup se jetèrent ou furent jetés eu bas des remparts ; raille eo^* viron furent blessés et quatre cents restèrent morts dans la ville. Quant aux Français, ou compta quatise^offieiers et soiEante marins morts ou blessés^ La retraite devînt indispensable après un infructueux engagement de quatre heures, pendant lesquelles les deux vaisseaux de guerre ne cessèrent de- lancer siir là, ville des projectiles, qui causèrent de graves dommages et mirent deux temples en flammes. »>Le& assiégé^ entourèrent de matières combustibles un temple où soixante impériaux s'étaient enfermés, ilsy mirent le feu, et le toutfu^ réduit en cendres.

Le contre-amiral Daguerre renonça h de nourelles attaques, vu le peu de moyens doutai pouvait disposer; il se

borna, de concert avec les troupes impériales, à ceindre de près les murs ^ k bloquer le port. Par suite de ce système, les assiégésmanquèrentbientôt de vivres.

Vers le milieu de février, les Triades se trouvaient dans la plus grande détresse faute de nourriture. L'amwal Daguerre invita tant les rebelles que les citoyens de la ville à se mettre dans ses mains. Beaucoup d'entre eux se sauvèrent, vinrent se soumettre et lui demander protection. 11 les reçut avec bonté ^t lea rendit au cbef tartare sous promesse formelle de respecter leurs vies. 11 apprit plus tard à sa grande indignation, qu'ils avaient tous eu la tète traucbée.

Les chefls triades eurent entre «ux d*orageuses discussions^ sans pouvoir s'entendre. Enfin, le 17 février, ils m débandèrent. Les uns se réfugièrent dans les factoreries étrangères, les autres près d*une garde d'Américains

INSUKAËCTION ACTUELLE.

débarqués dé la corvette de guerre Vandalia^ d'autres résolurent de se faire jour à travers l'armée ennemie, afin d'opérer leur joDction avec les Tae-piogs de Ghin-kiang* fou. 11 n^est pas facile de savoir combien accomplirent ce but. A peu près deux mille furent pris et décapités. Quelques-uns des chefSf réfugiés dans les factoreries des Européens, eurent la chance d'être cachés et sauvés par eux.

Les principaux personnages de ce gouvernement rebelle, qui occupa Chang-hai pendant dix-huit mois, étaient deux courtiers de sucre et de thé, et un garçon d*écurie qui avait soigné les chevaux d'un consul étranger.

11 y eut avec» eux quelques chrétiens, déserteurs des navires européens et américains. Ces hommes périrent tous, a ce qu'il parut.

Après révacuation de la place par les membres de la Triade^ les soldats impériaux mirent le feu de tous côtés afin de dénicher les rebelles qu'on supposait cachés dans le fond de plusieurs maisons. On a dit aussi que ce furent les Triades qui, en sortant, incendièrent la viUe; mais ceci me paraît tout a fait improbable.

La vie et les propriétés des malheureux habitants de Chang-hai, contrairement aux habitudes chinoises, furent respectées dans celte occasion , grâce aux bienveillants efforts de 1 amiral Dague rre et du consul de France, llungseu-tsuen, comme nous Tavons déjà dit, ne voulut pas porter secours aux frères de la société JiHade (San-hohuei) qui s'étalent empares de Chang-hai. Il n'a pas trani>igé avec cette société, et aucun de ses membres n'a été ftdmis dans son camp avant d*avoir. accepté la doctrine qu'il enseigne. Voici son opinion sur cette société, opinion qui est, il faut Tavouer, fort raisonnable sous bien des points de vue :

^ Quoique je ne sois jamais entré dans la société la Triade^ j*ai souvent entendu dire qu*elle a pour objet de

l^nverser la dynastie Tb'in^ et de rétablir celle des Mings.

Cette idée était bonne au temps de Kang-hi , lors de la

formation de la société; mais maintenant, après que deux siècles se sontécouléSf s! nous pouvons encore parler de renverser les Tsings, nous ne pourrions parler cobvenablement de restaurer la dynastie des Mings. Sans doute, quand nous aurons recouvré nos rivières et nos montagnes natales, il sera nécessaire d'établir une non* velle dynastie. Comment pourrions-nous aujourd'hui réveiller l'énergie de notre race eu parlant de rétablir la dynastie des Mings? Il y a dans la société la Triade certaines mauvaises pratiques que je déteste. Lorsqu'un nouvel adepte entre dans la société, il lui faut adorer le diable et proférer trente-six serments ; une épèe nue lui est tenue sur la gorge, et il est obligé de donner de Tar* gent pour les besoins de la société. Le but réel de ses membres est devenu maintenant aussi indigne que me^ quin. Si nous prêchons la vraie doctrine en nous reposant sur Taide puissante de Dieu, un petit nombre de nous vaudra autant qu'une multitude d'autres. »

«Quelques hommes riches de la ville reçurent l'ordre (après la fuite des rebelles) de payer de fortes sommes au gouvernement local. L'un d'eux, en particulier, qui avait été tenu prisonnier sur parole dans sa propre maison par les Triades^ s'était vu déjà, disait-on, rançonné par ceuxci d'une somme montant h, 300,000 dollars. Lorsque les Impériaux reprirent Chang-haï, le général l'informa que, puisqu'il avait payé si généreusement aux Triades, il devait maintenant se racheter en payant SI00,000 dollars au gouvernement. Nous avions demandé à cet homme, alors que la ville était occupée par les Triades, pourquoi il ne cherchait pas à s'échapper, il dit que cela ne servirait à rien; qu'il pourrait s'enfuir, mais que sa famille ne le pourrait pas; qu'il serait peut-être tué ou ruiné s'il restait, mais quesa famille serait tuée s'il s'échappait; en sorte qu'il était résolu à courir la chance. Cet homme et les autres riches

INSURRËGTIOK ACTUELLE. ' 199

de Tendroit durent, àleurs propres frais, reconstruire les édifices publics, d'après des plans qui leur furent en« voyés, et mettre en bon état de réparation les murs, les portos, les corps de garde et les autres défenses delà ville (*).»•

La ville d*Amoy (un autre des cinq ports ouverts au commerce étranger), fut prise aussi en 1853, par des Cantonais et des Foukienais appartenant a la société Sanho-huei. Presque tous les habitants, fatigués des avanies du gouvernement impérial, prirent parti pour eux : bieiilot pourtant ils s'en repentirent, à cause des nouvelles extorsions dont ils furent les victimes.

Le chef de Fescadre rebelle, appelé Ma-gae, avait été domestique de bas étage. Quand un amiral impérial arriva avec des forces considérables, et commença à lancer des projectiles contre la ville, Ha-gae lui écrivit en l'invitant a se battre avec lui sur mer, loin de la ville, afin d'épargner ses habitants et ses maisons. L'amiral n'accepta pas le duel. Cette rébellion eut à peu près la même fin que celle de Chang-hai: les insurgés manquèrent de vivres , mais ils n'étaient pas bloqués comme là par des vaisseaux européens : ils purent donc s'embarquer sur leurs jonques, et ils sortirent il travers l'escadre impériale.

Les mandarins entrèrent alors dans la ville en triomphateurs, et firent payer aux malheureux habitants le

crime des rebelles qu'ils n'avaient pas pu chasser. Les lâches soldats commencèrent a égorger de tous les cotés, n y eut des femmes tuées et d'autres auxquelles on coupa les seins. On conduisît aussi beaucoup de victimes ^ux jonques de guerre, et on leur coupait la tète sur le pont, puis on les jetait a la mer. Deux navires de guerre anglais (le Hermès et le Biitern), se trouvaient dans le port : ils envoyèrent dire qu'ils allaient tirer sur la jonque

n Th9 Médical Missionary in China, by W. Lockhart.

200 LÂ CUIiNE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

qui continuerait ce carnage. Des marins forent débarqués

et chassèrent soldats et bourreaux. Malgré ces efforts humains, deux mille cinq cents personnes forent décapitées dans une journée. Cette sanguinaire canaille impériale se répandit ensuite dansles villages voisins» sous prétexte de chercher des rebelles, etcommirentlesplus révoltantes horreurs.

Mais rinsurrection non Tac-ping la plus importante fot celle de la province de Canton. Aux nombreux éléments de désordre existants, certaines circonstances vinrent se joindre pour faire éclater ce volcan.

Les habitants d'un village appelé Tse-ma, dan^ le district de Toung-kouang, se révoltèrent contre leur mandarin, probablement a cause de ses avanies. Sur ce fait les autorités supérieures envoyèrent une force armée contre ce village : les hommes qui s'étaient révoltés révacuèrent, ' mais les soldats passèrent au fil de Tépée vieillards, femmes et enfants, réduisirent en cendres toutes les maisons et rasèrent les champs jusqu'à un mille aux environs.

Un officier de la marine impériale appelé Ho-Alouk, qui avait sous ses ordres plusieurs fortes jonques bien armées, et dont le frère avait été massacré a Tse-ma, releva le drapeau de la révolte pour venger tant d'atrocités. Il organisa une bande considérable, composée principalement de gens du district de loung-kouang,- et ne tarda pas k s'emparer delà ville de ce nom et de plusieurs autres.

Le vice-roi de Canton, le sanguinaire Ye, envoya une force nombreuse contre Toung-kouang ; elle sema la terreur sur tout son passage en assassinant des malheureux qu'on prenait, afin de faire de brillants rapports sur la destruction des rebelles. Ho-Alouk et le chef Yang, qui commandait ses hommes de terre, ne crurent pas pouvoir tenir et évacuèrent la ville. Les Impériaux en y entrant firent comme sur la route : ils décapitèrent des milliers jd*habitants en les qualifiant de rebelles; et,

INSURRECTION ACTUELLE. tOt

comme trophée de leur TÎctoire, ils envoyèrent k Canton

trois caisses pleines d oreilles droites. 11 aurait été difficile d'enToyer les tètes en entier!

A la nouvelle de ces barbaries, toute la Société San-hohuei, qui est très-répandue au sud de FEnipire, se leva, • pour ainsi dire, en masse. De tous les côtés les mandarins furent ou tués ou chassés ; et en peu de jours il ne resta au gouvernement dans toute la province que la ville de Canton.

Cette capitale fut assiégée par les San-ho-huei ; mais

toutes les forces du vice-roi s*y trouvaient concentrées; et, ce qui avait bien plus de gravité pour les insurgés, Canton était Tancien port ouvert aux négociants chréfiens, qui avaient dans le pays leurs riehes factoreries et magasins.

Yé, ce même orgueilleux et entêté mandarin qui méprisait tant les Européens et qui plus tard provoqua la

guerre dont la prise de Pékin a été le dénoûment, Yè s humilia jusqu'à demander le secours des Européens et les prier de protéger la ville contre les rebelles assiégeants. Les autorités anglaises se mirent en mesure d empêcher que Canton ne tombât dans les mains des rebelles {*). Ceux-ci durent lever le siège, et étant mal organisés ils perdirent du terrain. Alors commencèrent les sanglantes exécutions dont Técho retentit jusqu'en Europe. On prit très-peu de rebelles armés ; ceux-ci passèrent dans la province de Riang-Si pour aller rejoindre les Tae-pings; mais les habitants ne pouvaient pas s en

O Malgré tous les sujets de pUlnte que las aotorltés anglaises aient pu avoir eontre les Chinois^ rien n*a été négligé pour gagner la bonne volonlé des Mandarins. En 1854, Yé, craignant de ne pouvoir défendre Canton contre les rebelles, demanda le secours des vaisseaux de guerre des paissances cbiéUennas. Sir iohn Bowring dlaavecramlfalet la flotte anglalie dans les eaux de cette capitale» ^tie mettant d*aocord avec lea Américains, ils prirent ensemble

m LA CUl^E £ï LES PUISSANCES GHRÊTiENNES.

aller; on saisissait tous ceux qu'on supposait partisans de rinsurrection et oa en décapitait plusieurs centaines par jour. J'épargnerai au lecteur les détails de ces massacres. Je dirai seulement que Yé lui-même, quand il fut prisonnier des Anglais, avoua dans une de ses conversations qu'il avait fait couper à Canton plus de cent mille têtes! Lui ayant été demandé comment il en connaissait le nombre, il répondit qu'il était oblige de faire un rapport à Pékin chaque fois qu'une exécution avait lieu. Ces atrocités furent commises pendant Tannée 4854 et le commencement de 1835, et on a calculé que dans cette malheureuse province de Canton un million de personnes périrent alors par le feu et l'épée.

Ces barbaries ne rétablirent pas la paix de TEmpirr. Au commencement de 1S56, iiang-tcheu, la capitale de la province de Tche-Kiang, et Tune des quatre plus grandes villes du royaume, tomba au pouvoir d'une bande de brigands dont le drapeau n'est pas bien connu. Les Tartares qui .y demeurent en station s'étaient retranchés dans leur quartier, le seul non occupé par les insurgés. Le générai impérial Cbang assiégea la ville et la prit d'assaut, de concert avec les Tartares, auxquels il lança, en signal de Fattaque , un dard avec un fusil. Ceci eut lieu le 24 mars !8;56.

A la ûn de cette année, Mang-ki-houi, chef de rebelles non Tae*>pings, fut sur le point de s'emparer de la grande capitule Sou-tchaou, qui est en beauté, sinon en étendue, supérieure à Pékin»

£n i857| les provinces de Gnang-houi et de Honân

des mesures si effectives pour la protection de la ville, que les rebelles 86 retirèrent* La population do Canton fut très-reconnaissante de ce service; mais il y a tout lieu de croire que le commissaire Impérial, en faisant son rapport à la coar» représenta notre hitenrention amicale comme m acte do Tasselage, et le secours prêté comme un acte d'obéissance aux ordres donnés par Tautorilé impériale. (Twelve yean in China, par J.Scarlh.)

liNSlRHEGTlON ACTU£LL£.

étaient troublées par les rebelles appelés JVïé-/?; Kiang-si était dévastéepar les San-ho-huei, et Kang-sou par d'autres agitateurs que son vice-roi appelait fatirfin; dans le Tun-nan il y avait des bandes de musulmans soulevés ; d'autres insurgés appelés Hak-kas dévastaient la province de ïche-kiang. Dans le Chang-toung , des troubles avaient lieu et toute la côte occidentale était en désordre. La grande insurrection Tae-ping avait perdu de nouveau Ou-chang et beaucoup d'autres conquêtes, mais elle. ne mourait pas. Son avant-garde à droite était à Tchingkiang-fou; àgaucheàKiu-kiang^etau centre vers le nord à Gnang-houi : vers le sud elle atteiguaiti soit par ellemémesoit parles San-bo-huei| les provinces de Foukien, Quang-si et Quang-toung.

Le gouvernement impérial S3 trouvait accablé par les demandes qui lui arrivaient de tous c6tés d'argent ou de secours, tandis que les ressources s*amoindrissaient d'une manière effrayante. Les revenus provenant du sel et de la soie avaient beaucoup diminué; les jonques devant porter les grains vers la capitale, étaient prisés ou blo^ quées par les escadres des pirates ou des rebelles. Le tribut des grains envoyés par les provinces de Kiag-nan et Tche-kiang n'était plus que d'un demi-million de quin-» taux,tandis qu'encore l'année antérieure il avait été d'un million et demi.

Les ministres à Pékin eurent encore recours, pour se procurer de l'argent, à la vente d'emplois et de boiitons honoraires de mandarin. On en baissa les prix : on accorda même ces grâces à des personnes appartenant aux classes flétries par les lois et qui ne peuvent aspirer •ux places ofliciellcs : tels sont les comédiens ou leurs ûls, les bonzes, et ceux qui ont subi des condamnations dans les cours criminelles. On obligeait aussi des individus qui n'en avaient aucun désir, d'accepter des boutons honoraires moyennant des sommes pour lesquelles ils étaient obligés de souscrire.

20 i LA CHI]S£ ET L£S PUiSSAiNCËS CHRÉTIENNES.

La mer n*était pas moins troublée que la terre. Les joii-

ques de guerre ayant été indispensables dans les ri- Tières à cause des insurrectioDS sur lesquelles j*ai donné quelques détails, la mer l*esta libre aux pirates. Ceux-ci infestaient toutes les côtes, de manière à rendre impossible la navigation indigène. Des négociants imaginèrent de faire convoyer leurs Jonques par des lorchas portugaises de Macao. Ce sont de petits bricks de 60 ou 80 jusqu'à 150 tonneaux, très-fins voiliers et armés avec des canons. On payaitpour ces larchas jusqu'à 5000 francs et plus par mois. Cet emploi des lorcluu devint très-profitable à leurs propriétaires de Macao, et on en fit construire un plus grand nombre.

Des amiraux impérialistes prirent quelquefois à leur service des lorchas. Le gouverneur de Chang-haï en fît autant pour les envoyer contre les rebelles de Nankin.

Le commerce indigène payait, pour les frais de convois entre Ningpo et Fou-chaou seulement, plus d'un million de francs par an.

Bientôt les capitaines qui commandaient ces navires commencèrent à prendre le goût, que la force inspire, de rindépendance et du despotisme. Beaucoup d'entre eux ne rendaient plus de comptes et n'écrivaient même pas à leurs maîtres de Macao ; ils descendaient dans les villages, exigeaient des tributs, enlevaient )cs femmes, et ils devinrent, en un mot, des pirates aussi détestables et plus forts que les pirates chinois, qu'on les avait appelés à combattre.

Le gouverneur de Macao nomma un consul à Ningpo, dans le but de remédier à ces désordres , mais il ne lui. fut pas possible d'y mettre un frein ; beaucoup d'Européens même crurent que sa conduite était basée plutôt

(•) Canton, Naokio^ Amoy (Ëmouy) Chang-hai, Sou-tchau, Hangtcheu, Ningpo, etc., sont bâties aux bords de rivières^ à quelques lieues de la mer.

UfSUR&ECTlOM ACTUELLE.

sur le désir de s enrichir que d'empêcher le brigandage de ses subordonnés.

Plusieurs de ces torchas eurent enfin une bataille k Ningpo avec des bateaux armés cantonais. Voici comment l'affaire eut lieu.

Peu d'années auparavant, les autorités de Ningpo ne pouvant détruire un grand pirate cantonais, nommé Âpak, transigèrent en lui donnant de l'argent et une place de mandarin inférieur. Il promit que son escadre resterait sous le commandement de son frère; qu'elle ne serait employée qu'à des transactions honnêtes, et prindpalement à servir de convoi aux navires marchands contre les pirates. Les négociants indigènes furent charmés de trouver un moyen de se passer de la protection des Portugais, qui leur devenait insupportable. Les capitaines des larchas^ furieux de se voir sans emploi, se lancèrent k des actes ouverts de piraterie et attaquèrent surtout les jonques cantonaises qu'ils rencontraient sur mer.

Plusieurs lorchas s étaient réunies k Ningpo. La flotte dApak y arriva et se prépara à les détruire. Quelques unes s^enfuirent, d'autres furent prises à la sortie du port : sept restèrent et purent remonter la rivière ; elles jetèrent Tancre devant le consulat portugais et débarquèrent de grosses pièces pour défendre la maison, voi* sine des autres établissements européens.

Ceci n'arrêta pas la flotte d'Apak, qui alla droit contre les lorchas^ le 26 juin 1857. Les Portugais firent quelque feu pour se défendre, mais bientôt ils sautèrent à terre su nombre de cent-quarante hommes Portugais ou Manillois. Deux cents Cantonais les y suivirent : ils se battirent dans les rues et dans les sépultures adjacentes aux bctoreries européennes. Les Manilloîs tinrent bon, mais les Portugais, à ce qu'il paraît, ne songèrent qu'à se sauver. Quarante hommes furent tués. Du côté des Cantonais ^ n'y eut que deux morts. Un de ces hommes était An-

« la

LA CHINE ET LES PUISSANCES CURÉTIENiNES.

glais, car plusiturs déserteurs des raisseaux chrèfiens

se trouvaient au service de cette canaille.

Ce conflit eût été plus sanglaui saus la prompte intervention delà corvette de guerre française fo Caprideute: elle remonta la rivière, fit feu sur les Cantonais qui saccageaient le consulat de Portugal, arrêta la lutte et reçut à son bord le consul lui-même et les matelots qui avaient échappé aux couteaux des Cantonais.

La Capricieuse les conduisit à Macao; et après son départ de Ning-po le brick de guerre portugais Monéego^ accompagné de douze lorchas armées, parut dans ce port et présenta des réclamations au gouverneur de la ville sur les faits précédents ; il demanda les lorchas prises par les Cantonais. Le gouverneur répondit que c'étuent des affaires qui ne. le regardaient pas, et que les flottes de convoi portugaise et cantonaise devaient régler leurs difiérends entre elles.

La dernière se trouvant encore en rade , un combat entre elle et les officiers portugais parut imminent. Le commandant d^un bateau à vapeur de la marine royale britannique, appelé Nemrod^ fit savoir au commandant du Mondego que si le consulat ou quelque maison ^iglaise recevait un dommage quelconque ^ il se verrait obligé d'intervenir pour arrêter la lutte. Sur cela les Portugais firent voile vers Chang^^baï*

Les mers de l'extrême Orient ont toujours horriblement souffert du fléau de la piraterie. 11 serait beaucoup trop long d'en faire l'histoire, mémo très-abrégée. Je noterai seulement qu'au dernier tiers du xvu* siècle, un nommé Kong-seng réunit une escadre de plus de millejonques, avec cent mille hommes de débarquement , et se dirigea sur rile de Formose où existaient des forts défendus {mt deux mille soldats hollandais européens ; il les assiégea, et parvint à les faire capituler et sortir du pays.

Vers 1810, il y eut deux escadres de pirates, Time commandée par Kuo*po*tae et Tautre par Pa-ou. M. Glass-

INSTRUCTION ACTUELLE

tOT

pooie les évaluait ensemble à huit cents grandes jonques

et mille plus petites, montées par soixante-dix raille hommes. Deux officiers anglais tombèrent au pouvoir de ces forbans. L'un d'enx , M. Turner, qui publia un livre en 4834, raconte qu'il se trouvait dans une escadre de cinq cents jonques qui remonta le fleuve de Canton pour lever des contributions dans ies villes et villages bâtis sur ses bords.

A la même époque , le gouvernement de Macao arma quelques navires pour prêter secours aux autorités de Canton. Les deux chefs pirates furent jaloux Fun de l'autre et se battirent. Le vice-roi de Canton finit par négocier avec ces chefs : ils se soumirent et devinrent à Pékin de grands mandarins. C'est un moyen assez fré* quemment employé en Chine pour anéantir les voleurs

et les pirates.

La piraterie aurait certainement atteint de nos jours de gigantesques proportions, inconnues auparavant,

sans l'intervention des vaisseaux de guerre européens, et surtout des vapeurs anglais; pendant ces douze ou quinze dernières années ^ ils ont détruit au moins un millier de jonques armées. Dans ces combats maritimes et les exécutions de pirates qui souvent en ont été la conséquencCi un nombre Immense d'innocents ont péri. Ces forbans s'emparaient des gens honnêtes , soit des villages , soit des navires marchands, pour en tirer des rançons. Le vaisseau pirate était pris ou br&lé, et les bons tombaient avec les méchants. Je puis affirmer q ue la récente destruction d'escadres de pirates dont je viens de faire mention, a gagné aux Européens l'estime de tous les indigènes éclairés du littoral de FEmpire.

En même temps que 1 armée anglo-française prenait Canton aux Impériaux (28 décembre 1857), ceux-ci repre* Raient Tchin-kiang-fou auxTae-pings, le 27 décembre 1857. S*il faut s'en rapporter aux renseignements fournis par des indigènes, les rebelles auraient évacué la place et se

tOS LA CHINE £T LES PUISSANCES CVttTIENNES.

seraient volontairement embarqués pour Nankin « aa

nombre de six mille, moyennant la somme de 300,000 taels (environ 2 millions de francs) que le$ généraux tartares leur auraient donnés.

11 paraît pourtant que cette transaction n'empècba pas que les troupes impériales , lors de leur entrée dans la ville, ne commissent des horreurs de toute espèce.

Depuis cette époque Vétoile des Tae-pings commença k pâlir. Au mois de novembre 1858 l'ambassadeur anglais, lord £lgin, remonta le Yang*se-Kiang jusqu'à Hang-k6u, . avec cinq bateaux à vapeur; il les trouva dans un mauvais état, sans aucune marine, ayant perdu la plupart des villes qu'ils avaient occupées auparavant, et toutes les localités en leur pouvoir dévastées , dépeuplées et couvertes de ruines.

La flottille anglaise arriva devant Nankin le 20 novembre 18S^. Le petit bateau à vapeur Le devança les autm d'un mille : quand il se trouva au milieu de la ligne des forts qui défendent la ville, Tun d'eux lui lança un boulet et puis sept autres encore ; alors le Le répondit au feu des Tae-pings. Pendant ce temps, les quatre autres bateaux à vapeur de la flottille arrivèrent devant les forts, et en reçurent les projectiles, qui tuèrent et ^lessèi^at quelques hommes. La flottille rendit le compliment en passant, et jeta l'ancre un pea au-dessus de la ville. Le lendemain elle redescendit la rivière et canonna de non-* veau les forts, fieux-ci ne répondirent qu*à peine.

Quelques milles au delà de Nankin, une batterie, bâtie en un lieu appelé Tae-ping, tira, quoique faiblement, sur la flottille: A une villé nommée Wou-hou, à 250 milles de la mer, quelques officiers furent envoyés à terre par l'ambassadeur : on les reçut bien et on leur remit une dépèche du gouverneur de la place, très -ronflante et pleine de titres chrétiens, SiàTessée aux frères cadets extérieurs de Jésus-Christ. Son objet était de demander aux officiers ce qu'ils désiraient. Le lendemain, le secrétaire

INSURAEGTION ACTUELLE.

de lord Elgin avec d'autres offieiers allèrent à terre, virent

le gouverneur et lui demandèrent des vivres pour l'un des vaisseaux, qu'on allait laisser là à cause de son trop de tirant d'eau.

Le 26 novembre la flottille arriva k Gnan-King, der« ûière ville occupée alors par les Tae-pings sur le Yangse-Kiang. Les forts de cette place tirèrent aussi sur les Anglais, et le feu fut rendu ; mais l'affaire ne dura en tout qu'une demi-heure.

Au retour vers Ghang-hai, quelques officiers débarquèrent dsms cette ville, parvinrent k parler avec un chef des rebelles et lui demandèrent pourquoi ils avaient tiré sur les bateaux à vapeur. 11 leur fut répondu que cela provenait d'une erreur, que leur empereur avait fait décapiter les auteurs du feu, et qu un tel malentendu ne se renouvellerait pas.

J*ai dit qu*uii bateau k vapeur avait été laissé en arrière. Cn officier des rebelles vint k son bord, demanda Fambassadeur lord Elgin, et quand on lui dit qu'il était allé vers Uang-kôu, il laissa pour lui une espèce de dépêche qui n*était adressée k personne en particulier. Sur l'enveloppe il écrivit : « Pour la haute inspection de Son Ex- ^ cellence lord £lgin. » C'était un morceau de soie jaune, sur lequel était écrite une composition poétique avec de l'encre rouge; ce qui signifiait que Tempereur lui-môme Tavait tracée de sa main. Les vers racontaient l'histoire religieuse déjk connue de Uung-seu-tsuen, son ascension au ciel et la mission que Dieu lui avait donnée pour gou* ▼erncr. Il décrit une bataille que Dieu et Jésus-Christ soutinrent en sa présence contre les diables , dont deux tiers furent anéantis. Il paraît évident que ces vers furent écrits pour le public, et que llung-seu-tsuen, les croyant très-beaux, voulut en envoyer une copie k lord £lgin. Après les vers, l'écrit continuait en prose. Voici les principaux passages :

tlO LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

« Ohl nos frères cadets étrangers, nous déclarons fldè*

lement pour votre connaissance le résumé du sacré plaisir de Dieu • . 0 nos frères cadets de

rocéan occidental , écoutes nos paroles. Unisse&>voii8 k nous, pour servir le père et le frère aîné (Dieu et Jésus* Christ) et anéantir les reptiles pestilents (les manchoux). Venez, mes frères, arec enthousiasme, et rendez des services méritoires. Quand nous voyagions dans le Qouang-toung (province de Canton), nous avons dit à Lo-Hian-tsiuen (le missionnaire américain Isaac Roberts) dans le salon des prières (Féglise on chapelle) que nous étions montés au ciel, et que le Père céleste et le frère aîné céleste (J ésus-Christ) nous avaient conféré une grande autorité. Lo-Hian-tsiuen (Roberts) esiril maintenant venn? S*il est venn, qu'il paraisse a la cour pour parler avec nous. Nous soniiues le second fils de Chang-ti (Dieu). Le frère ainé (iésus-Christ) et le roi oriental Yangseu-tsing ('*') sont nos frères utérins. Noos

formons une famille sous le Père céleste Jadis,

quand nous sommes monté au ciel, nous avons vu ce qui était décrété par le Père ; c*est-k-dire que toutes les nations nous aideraient à monter a la tour céleste (le

trône) Employez vos efforts pour l'amour

du ciel ; c'est un devoir. Tuez les maudits démons (les manchoux) pour le Père et le Frère aîné (Dieu et Jésus- Christ) Nous le souverain, nous avons

obtenu de faire adopter le jeune souverain (notre fils) par Jésus, pour s'asseoir dans la capitale céleste. Le jeune souverain, comme fils a moitié de Jésus et à moitié de nous-môme, est l'objet de la protection du ciel. C'est ainsi que le jeune souverain comme fils de Dieu hérite du Frère

n On se rappellera qn'il jooait le rôle du Saint-Esprit, mais il

paraît que Hung-sen-tsucn le ût assassiner par jalousie. Le jour où ce document fut écritt 11 n'existait plus.

INSURRECTION ACTU£LL£. 811

aîné (Jésus) et de nous-mêmederenipire entier. 0 Ircres de rOcéan extérieur, adorez le Seigneur suprême. »

Ici l'empereur Tae-ping fait allusion aux tatûUes qu'il a gagnées, et il continue :

« O frères de l'Océan extérieur, vous adorez'Ghang-ti, c'est-à-dire le Père et le Frère aîné qui nous ont conduit

à nous asseoir sur le trône de r£mpire Venez gais h

la conr et remerciez le Père et le Frère aîné. Nous avons été informé, par les exposés de nos ministres, de l'arrivée des frères (les Anglais) à la capitale céleste. Nous avons ordonné à nos^ ministres de vous traiter avec civilité. Comme frères que vous êtes d'une communion harmonieuse, n'ayez point de doutes ni de soupçons. Dans la crainte que les frères (les Anglais) ne connussent pas nos sentiments, nous avons écrit cette déclaration pour montrer notre sympathie envers vous. 0 mes frères de l'Océan extérieur, adorez Chang-li. Les félicités de l'homme en dépendent. Respectez ceci. »

La flottille fut devant Nankin le 29 décembre, faisant route vers Chang-hai. Quelques officiers allèrent k terre où ils furent reçus par un général, gouverneur de la ville; on leur fit des excuses pour les boulets qu'on leur avait lancés quelques semaines auparavant. On leur donna à entendre que s'ils s'arrêtaient, ils seraient reçusk lacour ; mais ils étaient pressés et restèrent dans la ville une demi- heure. Six des treize portes de cette ville étaient fermées avec des briques.

Le coinnierce était défendu à Nankin, mais ces officiers anglais virent sur les murs des rues une proclamation ^ vertu de laquelle il était permis de le recommencer, vu la misère de la population.

l a lutte entre le gouvernement impérial et les Anglofrançais ne pouvait manquer de ranimer les rebelles.

tlS LA CttiM£ ËT LëS PUISSANCES CttEËTlËNNËS.

Quelques troupes de la garaison de Hang-tcheou furent envoyées vers Nankin pour en presser le siège. Les

chefs I ae-pin^s détachèrent alors une forte division qui attaqua et prit, le 19 xuars 1860, cette grande ville de Hang-tcheou, Fane des quatre plus importantes de TEmpire et capitale de la province de Tche-kiang. La garnison tartare qui s'y trouvait se retrancha et attendit le retour des forces qui étaientallées vers Nankin. Aussitôt que leur jonction fut opérée, ils reprirent la ville le 24 du roénae mois. Il est inutile de dire que la destruction de vies et de bleus fut immense. Les détails seraient effrayants et trop tristes k lire.

La prise et reprise de Hang-tcheou fut expliquée, a Soutchaou, par quelques ïae-pings, à des missionnaires anglais, de la manière suivante : on.manquait a Nankin de vivres et d*argent. Hung-seu-tsuen détacha une division qui, trompant la vigilance des assiégeants, put sortir de Nankin et courut à Hang-tcheou afin de piller cette immense ville. Aussitôt que le général tartare qui assiégeait Nankin, eut connaissanec decemouvenient, il envoya des forces pour sauver llang-tcheou , affaiblissant ainsi son armée, il était trop tard. La division expéditionnaire Taeping revenait déjà à Nankin et elle opéra sa jonction avec les assiégés; ils firent ensemble une sortie (avant le retour des troupes expédiées au secours de Hang-tcheou), battirent les Impériaux et s'emparèrent ensuite de Ghangcheou et de Sou-tchaou. Je trouve quelque difficulté à admettre cette manœuvre stratégique , a cause des dates. Hang-tcheou fut prise par les Tae-pings le 19 mars, et le siège de Nankin ne fut levé que vers la fin de mai.

Deux ou trois semaines après la reprise de Hang-tcheou par les Impériaux, une grande force, commandée parle renommé chef tae-ping Chi-ta-kae, parut dans la province de Tche-kiang, prit et rançonna plusieurs villes. Peutêtre était-il venu dans cette direction pour soutenir Toecupationde Hang-tcheou.

INSURR£CT10N ACTUELLE.

Au mois d'avril 1860, il y avait dans la province de Cantoh trente mille insurgés non tae-pings, commandés par plusieurs chefs, à la tôte desquels se trouvait Chiuking-kau. Le vice-roi du district les soumit au moyen de grades et d'argent. On accorda audit général un bouton bleu (emploi de iieuienantrcolonel), aux autres chefs inférieurs, celui de capitaine, etFon distribua la somme de 200,000 fr. aux simples soldats. A quoi donc avaient servi les barbares exécutions de Yé? Ce traité fut négocié par un colonel Taou-chang-pei, qui avait été auparavant chef de rebelles lui-même, et camarade de Chin-kingkau.

Mais revenons à Nankin : ce qu'il y eut de positif à propos de la défaite des Impériaux devant cette capitale,

c'est que les troupes qui l'assiégeaient étaient mal payées, et peut-être avaient-elles été diminuées pour renforcer les défenses de Pékin, menacé parles Anglo-Français.

Le 24 mai 1860, les Tae-pings, aidés par une force venue du Sud (peut-être le reste de 1 armée de Chin-king* kau), firent une sortie, mirent complètement en déroute les Impériaux, et détruisirent tous leurs ouvrages de siège.

Le général Ghang-kouo-Siang, qui avait été un des chefs des Tae-pings, mourut ce jour-lk, ainsi que Pa-

nouan-Koua, fils du plus vieux ministre de la couronne à Pékin, et beaucoup d'autres officiers. Ho-choun, le général en chef, se suicida, et soixante-dix mille hommes de l'armée impériale (selon les journaux anglais de Uong- .kong) passèrent au service de l'insurrection.

Celle-ci ne tarda pas à menacer la ville de Ghangchoou, résidence temporaire de Ho-kouei-tsing, viceroi des deux provinces de Quiang et commissaire impérial pour traiter avec les plénipotentiaires des nations chrétiennes. Ho-kouei-tsing alla i. Sou-tchaou et y leva une contribution de 2 millions de taels (près de 15 millions de francs), avec lesquels il retourna k Ghang-choou.

m LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Le gouyerneur de Cbang-haï s'adressa otRciellement

aux chefs européens pour leur demander d'assurer la défense de la ville contre les rebelles. En conséquence, MM. Bruce elBourboulon firent débarquer des troupes et prendre possession militaire des remparts. En même temps ils publièrent (26 mai 1860) une proclamation annonçant que les forces anglo-françaises protégeraient la ville en cas de besoin.

Le gouverneur chinois voulut alors^ engager les alliés à marcher au secours de Sou-tchaou, qui était en grand danger. Les missionnaires catholiques demandèrent au général Montauban d'acquiescer.à cette prière, et il se laissa persuader. Il dit aux chefs anglais qu'il était prêt k envoyer, au secours de Sou-tchaou, quinze cents hooimes, si M. Bruce lui donnait seulement quatre cents soldats anglais qui prissent part à l'expédition. M. Bruce s'opposa à ce ))rojet, et dès lors il fut abandonné.

Les autorités chinoises cachèrent aux ministres de Pékin que Chang-hai avait reçu une garnison anglo-française qui s'était chargée de la défendre, en cas de besoin, contre les rebelles.

Aussitôt les Tae-pings s'approchèrent de Chang-chooUt le vice-roi prit la fuite. Les habitants voulurent l'en empêcher, et il fit feu sur le peuple pour s'ouvrir un passage.

Après la prise facile de Chang-choou par le prince Gboung-iwang, celui-ci marcha sur Sou-tchaou, qui ouvrit ses portes le S juin 1860.

Cette capitale a environ deux millions d'habitants, et est ceinte d'un rempart de dix milles. En dehors des murs il y ft^ait quatre faubourgs considérables. Peu avant sa chute, le vice-roi les avait fait détruire afin que les rebelles ne pussent s'y abriter. On donna trois jours aux maîtres des maisons pour emporter leurs meubles.

Le gouverneur de la province (Fu-tae), Su, fht fait prisonnicr a Sou-tchaou. 11 demanda à être tué, mais Choung-wang l'engagea, au contraire, k prendre du ser-

LNSlRKËCTlOiN ACTUELLE. . m

▼Icc arec les rebelles. Il répondit que, s'il acceptait, l'empereur ferait coadamuer à mort toute sa famille. On lui offrit de la mettre hors de danger ; il accepta, et, dans ce but, une troupe hardie fut envoyée avec lui; il entra dans la ville de Hou-chaou et ëmmena à Sou-tchaou tons ses parents. Ensuite il fat mis k la tète d'une colonne tae-ping, avec Tordre de s'emparer de Hang-cheou. Ceci fut raconté, k Sou-tchaou, au missionnaire J. B. Uartwell. 11 paraît que Choung*wang tenait beaucoup k encourager les désertions des Impériaux pour augmenter le crédit de Ilung-seu-tsuen. L'empereur, en apprenant la chute de Sou-tchaou, envoya au général Uoehoun Tordre d'arrêter et d'envoyer k Pékin Ho-koueitsing, vice-roi des deux provinces Kiang et commissaire impéiîal pour traiter avec les ministres étrangers. Hochoun s'était suicidé I

Sou-tchaou une fois au pouvoir des rebelles, llo ouei- ^g se réfugia k Chang-hai (7 juin) avec beaucoup d^autresmandarins.Il visita les représentants d'Angleterre, de France et des Etats-Unis, et leur demanda des secours pour aller reprendre Sou-tchaou.

Dans Tentrevue qu'il eut k cet efiét avec M. Bruce, il était accompagné du gouverneur de Chang-haï et de Sieh, intendant de la province et adjoint commissaire impérial pour traiter avec les étrangers*

Ils lâchèrent de le persuader en lui exposant que si les . autorités anglaises prêtaient leurs secours pour détruire la rébellion, il (Ho-kouei-tsing) pourrait faire k Tempereur des représentations en leur faveur.

Sieh observa que jusqu'ici les Européens avaient été i^présentés k la Cour, seulement comme des gens turbulents, cherchant toujours des querelles (quel aveu!), et <IQe maintenant une occasion se présentait pour détruire ces mauvaises impressions.

H. Bruce leur fit remarquer combien il serait absurde que les troupes qui étaient venues en Chine pour obtenir

par la force, à Pékin, Faequiesceinent aux demandes de réparations présentées par les gouvernements anglais et

français, fussent détournées de leur destination et employées, au contraire , au service de Tempereur. 11 leur conseilla d'engager Sa* Majesté- k faire proniptement la l)ai\ avec les Anglo-Franrais^ afin qu'il put envoyer sur les rebelles les troupes qu'il avait réunies au Pi-chi-li pour défendre la capitale contre les Européens. Il leur indiqua inônie que, dansée cas, Saii-ko-lin-sin et ses soldats pourraient être conduits, sans délai, de ïien-tsin à Changhai, sur les hateaux à vapeur des escadres chrétiennes.

On ne peut qu*étre frappé de la singularité dfes événements qui se passent dans cet empire. Déjà en 1858, pendant que les troupes européennes et les impériales se i battaient k quelques lieues de Pékin, le commerce étran- ' ger se faisait tranquillement dans les ports du littoral, et les autorités locales étaient dans les meilleurs termes avec les consuls chrétiens. Maintenant le plénipotentiaire de l'empereur chargé de traiter avec les représentants des puissances étrangères, demande la coopération armée de ces puissances contre des bandes d'insurgés, et sollicite I Toccupation militaire de Chang-hat, laquelle s'effectue avec une partie des troupesqui sont en route pour attaquer | et prendre Pékin I — £t ces faits n'ébranlaient pas la fatuité des grands de la Cour! Il est vrai qu'ils y étaient peu ou mal connus.

Uû-kouei-sing adopta, k ce qu'il semble, Tidée qui lui avait été suggérée par M. Bruce. Lui et Wang-yu4in, viceroi de la province de ichc-kiang, adressèrent conjointement, en date du 13 juin, un mémoire assez hardi k Tempereur, dans lequel ils disaient en substance : « Le si^e de Nankin a été levé, l'armée impériale a été déroutée, Sou-tchaou a été prise par les rebelles, et Hang-tcheou court de grands risques d'essuyer le même sort Noos n^avons ni troupes ni argent. Nous avons demandé avec instance l'un et l'autre, mais nous ne recevons aucun

UiMJRaBGTION AGTOSLLE.

tl7

secours. Le désordre règne par tout Tempire, Oaos de telles circonstances, Votre Majesté ferait mieux de conclure la paix avec les étrangers en acquiesçant à leurs demandes, puisqu'après tout ils ne veulent pas conquérir le pays. La paix une fois faite, ces puissants étrangers pourraient nous aider a anéantir les rébellions. A présent il serait inutile de penser à ce moyen ; on ne peut pas espérer que, tant que nous serons en état de guerre, ils emploient pour notre bénéfice les forces qu'ils ont fait venir dans le but d'obliger Votre Majesté à céder,»

Ho-iLouei-sing ne tarda pas à être destitué de sa place • de commissaire impérial.

Chang-haï étant seulement à 27 lieues de Sou-tchaou, plusieurs Européens se hasardèrent à visiter le^ rebelles établis dans cette dernière ville. Ce furent d^abord trois missionnaires protestants qui y arrivèrent le 23 juin. Ils y furent reçus par un chef cantonais qui voulut leur donner de Targent pour s*assurer de leur médiation envers les autorités européennes de Chang-hai, avec les* quelles les Tae-pîngs tenaient beaucoup à s'entendre, il voulut aussi leur donner de Fargent pour acheter des armes et de la poudre pour eux. Les missionnaires refusèrent ces offres, en disant qu'ils ne s'occupaient que de la propagation de la foi chrétienne.

Dans les premiers jours de juillet, une société de cinq Anglais, principalement missionnaires, arrivèrent aussi à Sou-tchaou, et y furent reçus par Chung-wang luimême. 11 les dispensa de la cérémonie de s*agenouiller, mais il ne les invita pas à s asseoir quoique lui-même lût assis pendant l'audience. Ils virent aussi un autre chef supérieur, et furent trè&^atisfaits des politesses dont on lescombla: on les appela toujours frères, eton leur témoigna de sincères désirs de vivre en bonne amitié avec les étrangers* Us parlèrent sans détour de leur résolution d'aller à Chang-hai. Beaucoup d'autres Européens se rendirent à Sou-tchaou et y furent bien reçus.

èl8 LA GHIN£ ET LES PllSSANCËS GHBÊTlENMES.

Sur le point de la religion, voici les renseignemenU que- ces Tisitears recueillirent : Les Tae-pings détruisent les temples non chrétiens des pajs quMIs occupent ; souvent ils se contentent d'enlever les idoles qu'ils lancent parfois dans les rivières, où elles flottent parmi les cadavres. Quelquefois ils ne font que les mutiler.

Quand ils se disposent a détruire un temple, ils se placent en cercle à rentour, et le chef crie : <k Au nom de Dieu le Père sacré et par Tautorisation de Jésus son fils, nous démolissons ce temple», et Touvrage de destruction commence.

Pour baptiser, ils lavent la poitrine avec de Teau, en signe de laver le cœur. G^est pour les femmes comme

pour les hommes et les enfants.

Us ont des prières pour le matin et le soir, que je ne traduis pas ici pour abréger ce chapitre; en voici un

passage : « La miséricorde de notre Père céleste est sans bornes. 11 n'épargna pas son fils aîné , mais au contraire il renvoya sur la terre pour qu'il donnât sa vie comme

une rançon, afin qu'il pût pardonner les péchés des hommes. »

Voici une autre prière pour dire avant le dîner, mais

k gehoux : « Oh! le Père céleste, le grand Chang-ti (Dieu), bénis-nous, petits que nous sommes. Donne-nous journellement des vêtements pour nous abriter et de la nourriture pour tnanger. Bélivre-nous du mal et de la calamité , et reçois nos âmes dans le ciel .» ' Pendant la semaine chacun fait ses prières chez soi , mais le samedi ils se réunissent ches le cbef supérieur et ils prient en commun et en chantant. Ils brûlent des prières écrites, après les avoir chantées, et ils placent sur une table des verres avec du vin et des mets qu*on ofifre à Dieu. Ceci est pris des usages nationaux.

Le missionnaire américain 1. J. Roberts a raconté , dans une de ses lettres, une grande fête religieuse qui eut lieu h Sou4ehaou le 24 septembre 1860. 11 y dit que

les Tae^ings apportèrent une quantiié immense de mou-

toiis^ cochons^ canards^ oies, poules^ tant morts que vivants; des fruits; toute espèce de choses.

Lai-mème y assista, revêtu d'une longue tunique jaune et avec une couronne sur la tète.

Ils croient que Dieu a une épouse qu'ils appeUeni la mère céleste; et Jésus-Christ est aussi marié avec la belle-fille céleste, chef Seaou-chaou-houi, qui avait le litre de 'prince occidental^ monta au ciel après sa mort et s'y maria avec une sœur de Jésus; aussi esidi appelé maintenant Te-sue (6^at^ fils suprême) .

Ils admettent la polygamie, llung-seu-lsuen a épousé trente femmes et possède un harem de deux cents con<^ culrines. Les princes peuvent en avoir trente, et les autres chefs proportionnellement a leur rang.

Le missionnaire anglais J. L. llolnios séjourna à Nankin depuis le 9 jusqu'au 16 août 1860. 11 y fut très-bien reçu par Chang-wang,un des princes, qui le logea chez lui. 11 fut question de le présenter à l'empereur, mais M. Holmes ayant refusé de s'agenouiller en sa présence, les négociations sur ce point se prolongèrent pendant quelques jours.

L'empereur (ïien-wang) expédia à cette occasion un décret adressé à toutes les nations étrangères en général. Il y parle des devoirs de tous les hommes envers Dieu et Jésus-Christ, et il déclare que son fils à lui (un enfant de quinze ans) a été adopté par Jésus et déclaré seigneur de l'empire. C'est une manière d'expliquer qu'il a abdiqué en lui le pouvoir temporel, en se réservant le pouvoir spirituel. «Le Père, dit-il, et le frère ainé (Jésus) ensemble avec moi, trots personnes différentes, nous n*en formons qu'une. Elles ont véritablement ordonné que le Seigneur fils (le fils de Uung-seu-tsuen) soit « le chef des dix mille nations » (c'est-ài-dire de toutes les nations du globe).

Un autre document fut conmiuniqué en même temps à

m LA CHIfŒ ET LES PUHSANCSS CtMÈTIENNES.

M. Holmes; il était intitulé : « Premier décret du Seigneur fiUy » adressé, de même que le précédent , aux chefs dee tribus étrangères. Pour ne pas ennuyer le lecteur, J*en donnerai seulemrat ces mots : « Quand vous viendrex dans mon palais, écrives sur un papier vos actions méritoires, et faites-les-moi connaître. Ceux qui auront un grand mérite recevront une grande récompense. »

£nân M. Holmes reçut un second décret du nouveau jeune empereur, plein de bavardage sur le Père et le Frère aîné céleste, et la fidélité due h, Lui et à son Père;

on lui annonçait en substance qu'il serait reçu en audience.

Le 11 août 1860, il fut conduit de bon matin, en grande

procession de drapeaux et de musique, au palais du Tien-wang : ce titre est celui qu on donnait aux empereurs du temps des Cbeons. Chang-wang et d*aatres princes étaient de la î?uite dans de belles chaises à porteurs. M. Holmes allait à cheval.

Pour abréger, disons qu'ils entrèrent dans un vaste salon.au fond duquel se trouvait une grande et haute chaise vide pour Temperour. Une espèce d'autel en pierre était placée devant cette chaise, et sur la pierre on entretenait un feu en flamme. Plus loin il y avait sur une table un cochon rôti et un mouton mort.

Tous s'agenouillèrent, la face tournée vers la chaise de Tempereur, et récitèrent une prière k Jésus; ensuite, s agenouillant encore et tournant la face au côté opposé, ils adressèrent une prière à Dieu, son père; puis ils s^ retournèrent de nouveau vers la chaise et firent une prière k Hung-seu-tsuen. Enfin , ils se tinrent debout et chantèrent, lis attendirent longtemps l'arrivée de rempereur, mais H ne parut pas. Probablement il avait' changé de résolution, ou peut-être il n avait jamais eu la pensée de venir, à cause du refus de M. Holmes de prosterner devant lui.

INSURRECTION ACTUELLE

SSI

Je crois même très^robable que Fespèce d'abdication que Hung-seu-tsuen a faite en son jeune fils n a eu d'autre objet que celui d'éviter les audiences qu'il craignait de se Toir forcé à accorder à des Européens. Du moment qu'il veut jouer le rôle d'empereur, il croit fatal pour son prestige qu'un homme quelconque arrive en sa présence sans se prosterner: il ne serait plus alors on vrai empereur de la Chine.

M. Holmes entra avec Chang-wang dans des discussions sur les divergences qu'il trouvait entre leurs doctrines et les livres sacrés. Il lui fut répondu que notre révélation date de plus de dix-huit cents ans, tandis que Uung-seu-tsuen a été récemment au ciel , a parlé personnellement avec Dieu , et a reçu des révélations addi* tionnelles. M. Holmes lui démontra que les paroles de Dieu ne pourraient jamais être en opposition avec la Bible; mais le Chang^veang, tout en avouant que la révélation de Hung-seu-tsuen n'est pas d'accord avec la Bible, revenait à son thème qu'elle a plus d'autorité par le fait d'être la dernière.

M. Holmes écrivit un mémorandum où il mit en relief les points de la doctrine des Tae-pings, qui sont en opposition avec les saintes Écritures, et il pria le Ghang-wang de le présenter èr son empereur; mais il ne voulut en aucune manière s'en charger.

Quand M. Holn^ annonça son dessein de quitter Nankin, le Chang-wang le pria de rester encore quelques jours. Ceci entre dans les règles de la politesse chinoise. M. Holmes, pourtant, le prit au sérieux. Peut être en était-U ainsi, mais en ce cas c'était dans la croyance qu'on pouvait tirer quelque parti de lui, ainsi que d'autres missionnaires, pour négocier une alliance avec les Européens.

De tous les missionnaires qui sont allés dans les camps taepings, aucun n'a trouvé qu'on fûtdisposé à recevoir ses instructions spiritueHes : an contraire, les chefs de cette

^2 LA CUIN£ ËT LES PUISSANCES GHRÈTIËNKES.

insurrection se croyaient tous en mesure de nous donner des leçons à ce sv^et.

n faut remarquer que Hung-seu-tsuen a présenté sa nouvelle religion comme une découverte qu'il avait faite, comme une révélatioa reçue par lui au ciel de la bouche de' Dieu : il n*a jamais voulu parler dans ses publications de Tancienne existence de la foi chrétienne dans la plus grande et la plus civilisée partie du monde. Ceci, observons-le en passant, donne une bonne idée de rignorance de ces Asiatiques par rapport aux contrées étrangères.

Le lecteur se rappellera, sans doute, un nommé

Houng-jin, dont j*ai fait mention au commencement de ce chapitre. 11 est parent de Hung-seu-tsuen et se trouvait avec lui au début de Tinsurreetion. Il avait été, ainsi que le chef de la rébellion, maître d'école de village. 11 ne tarda pourtant pas à être effrayé des conséquences du mouvement» et il se rendit à Hong-kong oà il ne craignait pas la persécution des mandarins. 11 alla diez les j missionnaires protestants, peut-être parce qu'il manquait . du nécessaire pour vivre. 11 passa à Chang-hai, revint à ! Hong-kong, et enfin retourna k Cbang-haî (toujours au I frais des missions), pour se rendre à Nankin. Il fut baptisé j à Hong-kong, en novembre 1833, par le rév. Th. Uamberg, et ce fut de lui que ce missionnaire obtint les ren^ i seignenionts qui lui servirent à publier son petit volume sur la rébellion tae-ping.

Houng-jin n'arriva à Nankin qu'à la fin de 185S. 11 y Ait bien reçu par son parent l'empereur, lequel le nomma <• premier ministre sous le titre de Kan-wang. Il publia une • brochure religieuse et politique contenant plusieurs pièces en forme de proclamations et de mémoires à l'empereur tae-ping. Il y recommande la liberté de la presse, les journaux, les télégraphes électriquesi les chemins de fer, les cours d*appel pour Tadministration de la justice, la photographie et beaucoup d'autres choses, qui démoa-

INSURREG110N ACTUELLE. 225

trenit le contact dont il a joui avec les Européens. Après

son arrivée a Nankin, il écrivit aux missionnaires de Uong-kong, et Uleur envoya même le manuscrit de quel* ques-uns des ouvrages qull a publiés depuis.

La conduite postérieure de Houng-jin, qui a adopté les hérésies de &on cousin ^t s'est entouré d'un harem, a £ait croire à beaucoup de personnes que ees brochures fiurent écrites seulement dans le butde procurer aux Tae-pings la sympathie et la protection des missionnaires.

Chang-haï était occupé par les soldats français et anglais, mais les autorités chinoises y fonctionnaient avec toute régularité : elles touchaient même les droits payés à la douane par le commerce étranger; ces droits étaient perçus par des employés auglais et français. Ceci avait lieu en môme temps que l*armée anglaise et française prenait les forts de Ta*-kou et la capitale de Fempire!

De cette occupation de Chang-haï par les Anglo-Français^ il s'ensuivit que les hauts fonctionnaires indigènes, chassés de leurs postes par les rebelles, firent de Change haï leur quartier généraL Ils y organisaient des expéditions contre les Tae-pings, soit par terre soit par la rivière; et quand ils étaient battus, ils venaient se réfugier à Chang-haï. Ils y décapitaient tous les rebelles, ou les espions et agents des rebelles qu'ils parvenaient à prendre. C*est k cette époque que le gouverneur de Chang-haï forma un corps étranger composé de trois cent cinquante ManiUois commandés par un appelé Gough, nord^amé^ ricain.

Les navires nlarchands espagnols sont tous équipés par des indigènes des îles Philippines ; ces hommes reçoivent ordinairement une trentaine de francs par m<ris. En sortant de Manille ils sont très-satisfaits de ce salaire; mais une fois dans les ports de Chine, ils sont tentés par les appmntements de 60 à 80 francs qu'on donne à bord des vaisseaux anglais et américains qui font le com-

Hl LA CflINE ET LES PUISSANCES CHEtTIENlIES.

inerce de Topium et à bord des lorchcu armées dont j'ai

déjà parlé. Ces Philippinois désertent alors, et il est arrivé souveal que le capitaine du navire espagnol est resté sans un seul matelot et a dû louer des Chinois pour reconduire son vaisseau à Manille. Or ces Manillois déserteurs récitent en Chine sans contrôle d'aucune espèce, adonnés aux vices et souvent aux crimes. C'est de ces gens-la que le gouvernement de Ning-po forma son bataillon étranger, qui commit dans les villages les plus horribles atrocités. Par cette raison et parce qu'il s'est laissé battre une fois par les insurgés, ce bataillon de canaille mercenaire chrétienne lui a été jusqu'à présent d'une utilité fort douteuse.

Chang-haï étant l'arsenal et le quartier général des mandarins, il devenait urgent pour les Tae-pings de s'en emparer. Chang-wang adressa des dépêches aux ministres d'Angleterre, de France et des États-Unis, pour obtenir qu'il lui f&t accordé de l'occuper. Ces écrits restèrent sans réponse. Houng-jin fut envoyé expressément de Nankin à Sou-tehaou afin de négocier avec les autorités européennes par rentreniise des missionnaires. Il adressa des dépêches aux consuls étrangers de Chang-hai , qui ne lui répondirent pas. Il envoya ane seconde lettre au consul anglais, mais elle resta également sans réponse.

Malgré cela les rebelles décidèrent de se porter vers

Chang-haï. Ils ont assuré, depuis, que plusieurs Européens qui étaient allés à Sou-tchaou les avaient invités à venir. . Le 47 août 1860 ils se présentèrent du côté des portes du Sud et de l'Ouest. Pendant la nuit on avait expédié deux bateaux a vapeur (l'un anglais et l'autre français) par la rivière : ils portaient des dépêches pour les chefs rebelles dans lesquelles oh leur mandait de ne pas s'approcher de la ville ; mais les rebelles étaient arrivés par une autre route sans rencontrer les steamers.

Us attaquèrent un camp retranché de trois cents Tartares qui se trouvaient hors de la ville. Les Impériaux se

INSURRECTION ACTUELLE. lift

sauvèrent en courant vers la porte^ mais les insurgés ne parvinrent pas à y entrer pèlennèle a?ee eux, comme

c'était leur intention.

Toute la ville de Chang-hai fut en émoi. Le bataillon de Yolontaîres, qui a été organisé là avec les négociants étrangers de toutes les nations, se mit sous les armes et fit des barricades. Les batteries montées par les Anglais et les Français firent feu sur les Tae-pings avant d'être attaqués par eux, et malgré les signes qu'ils faisaient avec leurs luains. En effet, il paraît certain qu'ils ne veoaient pas dans Tintention d'emporter la place de ^forcef mais désireux seulement de se mettre en communication avec les autorités européennes. Quelques coups d'arquebuse furent tirés, mais peut-être à l'insu des ch»b de l'expédition.

Les officiers français furent les premiers qui mirent le feu au grand temple de la Eeine du ciel et à tout le faubourg de FEst» dans lequel se trouTsient les plus riches maisons commerçantes de Chang-haï et d'immenses magasins de sucre et d'autres marchandises. Le but de ce désastreux incendie fut de dégager la ville. Les Anglais brftlérent aussi les faubourgs du Sud et de TOuest.

Le lendemain les deux bateaux à vapeur revinrent de leur infructueuse expédition , et en voyant douze difierents incendies dans les environs de la ville, causés, les uns par les Européens et les Impériaux, et les autres par ies rebelles, ils n'avaient pas besoin de demander si ces derniers ayaient paru.

Le 20 août les Tae-pings se présentèrent en plus grand nombre que le 18 devantla ville, du côté où les Européens ont établi une course de chevaux : ils plantèrent des drapeaux à 200 mètres des murs et restèrent plusieurs heures a portée, sans riposter par un seul coup de îusil. Us espéraient, par cette attitude et en fiûsant des signes avec les mains, que les Européens cesseraient ^^ur feu et eptreraient en pourparlers. Deux chaloupes

M LA CU1N£ £T LES PUISSAMCËS GHRËTIËNNES

canonnières a vapeur leur lancèrent des obus bien dirigés, el après avoir souffert beaucoup pendant quatre heures, ils se retirèrent.

Durant ces trois jours, les soldats rebelles commirent des désordres dans les environs de la ville. A un villa^ appelé Zi^a^vouei, Choung-wangse logea dans ojse église catholique ; et l'église d'un autre village un peu plus éloigné, appelé Tsa-ka-vouei, fut envahie, et devint le théâtre de la mort d'a6 missioniiaire italûen , habillé en Chinois, et do quelques jeunes orphelins indigènes appartenant au séminaire établi là. Le missionnaire succomba entre lee mains d'un soldat qui lui demandait de Fargent et des munitions.

« Samedi le R. P. Lemaître recevait. un exprès de Tsaka vouei....» situé k trois lieues de Chang-hai, Ijoquel lui annonçait que la veille iil aoûtiSSO), à quatre heures du soir, les insurgés avaient fait irruption dans la maison; que le père Louis Massa était tombé frappé de deux coups de lance ; que plusieurs enftuats avaient été mis à mori, et que d'autres s'étaient noyés en voulant passer le canal qui se trouve devant la liaison, pour échapper à la fureur des rebelles (*). » •

Après la retraite des Tae-pîngs, on leur fit parvenir les dépêches qu'on leur avait envoyées quatre jours auparavant par les bateaux h vq^ur français et anglai». Choonf- Wang répondit en témoignant sa surprise pour le fco qu'on lui avait fait et pour le langage des. dépèches que les autorités européennes lui avaient adressées. 11 affilé mait quH était venu parce qu'il y avait été invité par beaucoup d'étrangers ; il rappelait qu'eux et nous, nous appartenons à la même croyance religieuse ^ déclarait que si son empereur parvenait au pouvoir suprême , nous pourrions faire le commerce partout sans exception ; il

(*) Lettre de Mgr. GufUemin, évôque de Cybislra. Voyei AnnaU^ de la propagation d$ la fou Mars» 1861» n* 196»

iNnmœGTum actuelle. ttr

lirait de rédiser un trtitè, et invitait à en présenter les bases. Il ftnissait par la menace, en cas de guerre, d'attaquer Chan^-hai avec ses nombreuses troupes.

On trouva un plaeard qui avait été affiché suvles murs de l'église, catholique k Zi4[a*voue!. €houng-^wang y oi^ donnait qu'aucun dommage ne lui fût fait, et qu'on ne devait pas toucher a la plus petite particule de propriété étrangère^ sous peine d'immédiate décapitation. II j était déclaré, pour la connaissa)ice des nouveaux soldats ^ que la religion des Tae-piogs et celle des Européens est la même, et qu'ils doivent se considérer comme des lirères.

A un An^ais qui d^neurait hors de 4a porte du Sud, Ghoung-wang écrivit un morceau de papier en le priant de le coUer sur sa porte. En voici lés paroles : a Le Choung" Wang Li ordonne que les maisons des étrangers à Chang» haï ne doivent point être endommagées par ses officiers et soldats. Celui qui désobéira à cet ordre auralatéte coupée, ji

H6ung*jin avoua à des missionnaires que les Tae-pings avaient voulu profiter de la guerre entre les Impériaux et les étrangers pour obliger ces derniers k entrer en relations avec eux. Ces rebelles croyaient probablement que le& Anglo-Français, étant peu nombreux k Chang* haï, leur laisseraient prendre possession de la ville.

Fendant les événements que je viens de raconter le ehef de la province, et les autres autorités civiles ou mi^ litaires indigènes de Chang-haï, furent dans la plus grande frayeur et ne servirent pas à porter le moindre secours. Mais une fois les rebelles éloignés, le gouverneur adressa son rapport à Pékin, où Ton n'avait nullement connaissance de l'occupation de la ville par les troupes anglo-françaises.

Aussi le mandarin gouverneur ne les nomma même pas, et il fabriqua le plus étonnant tissu de mensonges qu'on puisse imaginer. Il eut l'effronterie de dire 4^e lui et les antres chefs s'étaient battus pendant sept ienrs et sept nuits contre les myriades de rebelles qui

m LA CHINE £T LB8 PUlSfiANGfiS Cm&riEN!«S.

ftYEîenl asftiégi ChaDg-bai, %i il donnait des détails romanesques de tous ces faits d*annes. 11 finissait son rapport

en recommandant aux faveurs de l'empereur ceux qui s'étaient le plus distingués, et il demandait sli devait envoyer une seconde liste des noms de cenx qui méritaient encore d*ètre signalés.

Sur ce rapportrempereur renditun décret daté du 12 septembre 4860, accordant an gouverneur le bouton ronge de rang, et d'autres récompenses aux différents man darins recommandés par luil Ces document^ parurent dans la Gazette de Pékin.

Au mois d^aoftt 1860, un grand soulèvement eut lieu dans la province de Chcn-si. Voici Torigine de la rébellion, diaprés le récit que je trouye dans les journaux anglais de Chine, auxquels j*en laisse la responsabilité.

11 y a quelques années, Tempereur, aux prises avec de pressants embarras financiers, emprunta quelques millions à nne très-riche Cimille, Kong, de cette proTince. Au bout de quelque temps on lui rendit la somme dans des caisses fermées et cachetées avec les sceaux officiels. Le trésor Ait conduit chez H. Kong, sous bonne escorte. Il paraît que ce monsieur ouvrit une des caisses et n'y trouva que des pierres. Ne pouvant pas douter que le vol avait été commis par des personnages influents, jonissant de la confiance de l'Empereur, il n'osa se plaindre, craignant peut-être qu'après la perte de l'argent il n'eût h perdre la téte: il se tut donc et garda ses caisses de pierres. Quand l'armée anglo^hin^aise s'approchait de Pékin, Tempereur voulut qu'on demandât de nouveau des fonds à M. Kong. Celui-ci envoya les caisses en disant que n'ayant pas eu besoin de cet argent , ils les avait gardées sans leur ôter les sceaux. L'empereur fut désappointé et irrité en ne trouvant que des pierres au lien de métaux précieux. On envoya un ordre pour arrêter M. Kong. Ce richard jouit dans son pays d'une grande considération, et son arrestation amena une sérieuse

U(S(JBR£GTION ACTUELLE. IM

émeute, dont le résultat fut la délivrance de Kong. Une forte partie de la population se porta daas la prison et Ven tira de vive force.

Une fois la province en insurrection, un nommé Lia se mita la tète du mouvement et envoya son adhésion et sa scmmiasion à Hung-eeu-tsuen.

Au mois de juillet 4860, le chef Chi-ta-kae, qui passe pour être le meilleur et le plus capable général tae-ping, était sorti de Nan-kin avec sop armée, sans autorisation de Hang-eeu-tsuen, avec lequel on pense qu'il eut des divergences. 11 se dirigea vers la province de Tz-chouen dont il s'empara sans en excepter la capitale. Beaucoup de personnes craignent que Ghi-tarkae ne devienne un rival de Hung-seu-tsuen. Yang-tseu-tsing (le prince oriental) et SeaoU'Chaou-hwuy (le prince occidental), Tétaient déjà devenus, mais ils moururent, et le premier, au moins, par Tordre de Hung-seu-tsuen.

Le missionnaire américain Isahacar J. Roberts chez lequel Hung-seu-tsuen était demeuré quelques mois à Canton, se rendit à Sou->tchaou vers la fin de septembre. Je donne ici traduction de la lettre qu'il publia dans le * Chinor-Herald de Chang^haï.

SoQ'tchaou, 29 septembre 1860.

« Samedi , SM septembre courant , Leu , secrétaire du

roi, m'envoya chercher. 11 me conduisit et me présenta à Choung-wang, le hdéle roi, qui commande les troupes de Tae*ping-vrang, lesquelles s'emparèrent de Sou-tchaou , et qui se montent actuellement à plus de cent mille hom« mes, suivant Taffîrmation de Leu.

« Quand nous arrivâmes au palais, ces troupes nous saluèrent et battirent quelque peu du gong; mais comme il pleuvait, il n'y eut pas un grand déploiement, et, en outre, il était samedi, jour que les rebelles ont adopté pour leur sabbat^ imitant en cela les Juifs, à qui/ nous

m LA CHINE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

n'én doutons pas, cela ne peut manquer de causer quelque plaisir.

c Lorsque nous entrâmes dans la salle de rècej^iont le roi était revêtu de la robe royale et ceint de sa couronne.

Le parquet était couvert d'un tapis écarlate, et les sièges aiusi que la table devant laquelle il était assis , étaient décorés avec smn. Le secrétaire s'avança veira la taUe et s'agenouilla; pour moi, je me découvris simplement, comme je Taurais fait devant noire président. Personne ne parla avant que le secrétaire, ne se fi)it relevé ; alors je m'avançai vers le roi , qui me demanda si j^étais Lo Sien-sen, ce a quoi ayant répondu affirmativement, il m'invita immédiatement à prendre un siège. Lo eet mon surnom chinois et Hou«ehuen mon nom;. Sien-sen est une appellation qui signifie professeur.

tt Le secrétaire s'assit à ma droite et servit d'interprète* Le roi entama avec moi une libre conversation qui dwa au moins deux heures. Il commença par me complimenter sur ce que j'étais depuis longtemps en connaissance avec Hung-seu, l'empereur actuel, maintenant afiyelè Tien* ' Wang, son vrai et saint seigneur, comme il le qualifia; il s'excusa sur ce qu'il avait ignoré jusqu'à présent que j'avais été, à Canton, ily aenviron treize ans,le précepteur religieux de l'empereur, ajoutant qu'il m'aurait reçu alors avec les honneurs dus au professeur de Sa Majesté. II me parla ensuite de position singulière coxnme instructeur de Tien-wang et ine dit avec l'emphase chi* noise qu'il n'y avait pas au monde d'homme semblable à moi. 11 m'accorda aussitôt la permission quçi je lui demandai d'aller à Nankia et s'offrit de son propre mouvement à m'y accompagner. M'ayant demandé combien de temps je me proposais d'y rester, il parut très-satis£ait d'entendre que j'y serais en permanence.

« Le .sujet de sa visite ii Chang-hai fut ensuite introduit Il dit qu'il avait été invité a y aller, mais qu'en s'y rendant, il n'avait pas eu la moindre pensée de combattre les

lNSURK£CTlûxN ACTUfXLË. m

étrangers. Je tâchai de lui expliquer que cette invitation lui avait été faite par des gens non revêtus de caractère officiel et que les jper80ime& offi(Çiel|e8 l'avaieiit repoussé, lui et les siens ; que si Je m*étais prouvé près de lui en ce moment,, je l'aurais empêché de tomber dans cette faute. Il me papla après de rinconaèqfienoe des wmèes alliées qui leur faisait combattre les Impériaux dans le Peï-ho et les protégera Chang-haï. J'eus à confesser (yie * ce n'étaU.pil^ sçulepient une iaconséqumce daa^ laquelle mon pays n*ayait aucune part^ mais encore une violation des lois de neutralité prescrites par les gouvernements bellig^raats a leur^ généraux et ambassadeurs. Il me parla encore des accusations dirigées contre lui et les siens par un certain nombre d'étrangers qui les chargent des vols et crimes commis par d'autres hommes avec les^ quels l|ii et se^ braves soldat^ n'wi .aucun rapport.

« l'eus à convenir une seeonde fois qu'une partie des Européens agissaient ainsi, diffamant son nom et ternissant sa rèputatifmi spècialeipent les hommesqui appuient les ImpMaux; mais que ses amis, je le croyais , ùâ^ saient généralement la distinction; que je pensais aussi que les missionnaires américains ea Chine étaient pour la plupart de ce nombre.

« Naturellement il me demanda ce que les Anglais et les Français avaient l'intention de faire à son égard. Ceci était un sujet critique et délicat duquel je ne pouvais donner une explication satisfaisante. Je lui dis seulement que je pensais que leur devoir était de maintenir une stricte neutralité; que la solution était imminente; que lorsque les difficultés séraient réglées à Pékin , les ambassadeurs décideraient si la neutralité serait maintenue, mais que, dans tous les cas, on se montrerait plus sévère k leur égard , si même on ne décidait qu'ils seraient attaqués par les forces étrangères. A cela , il devint grave et pensif , et se récria sur l'inconséquence des étrangers de eombattre des chrétiens eosune eux, tandis que les

fOè LA CHINE ET IMS PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Impériaux, qui sont idolâtres, seraient laissés en paix. U me dtmiaifda 8*il n*y nurait pas quelque moyen pour

correspondre avec les rois engagés dans la question ; je lui répondis qu'il y en avait, quoique indirects, mais que 9II Toulait écrire une lettre aux ambassadeurs, je la loi traduirais, et qu'elle serait non-seulement publiée à Chang-hai, où les plénipotentiaires la verraient, mais qu'elle serait aussi envoyée aux États-Unis, en France et en Angleterre par le système des journaux , de sorte que non-seulement la reine d'Angleterre, Fempereur des Français et le président des États-Unis la liraient, mais que leurs peuples, dont l'opinion aurait beaucoup de poids dans l'affaire, pourraient en prendre connaissance, La voie des journaux fut pour lui une idée entièrement nouvelle , à laquelle il prit beaucoup de plaisir et rit de tout son cœur. Il consentît immédiatement à suivre l'avis que je lui donnais et à écrire la lettre dont la traduction est plus bas , laquelle est recommandée k llmpartiale considération des^ ambassadeurs et plénipotentiaires en Chine, a la reine d'Angleterre, à l'empereur des Français, au président des États-Unis et à tous ceux qui auraimt quelque intérêt dans la question , comme un document établissant , je le crois , les vrais sentiments des révolutionnaires. »

Voici maintenant la lettre du roi ou plutôt du général en chef des rebelles aux ambassadeurs :

Le fidèle roi Ckoung'^wang et général en chef des forces

impériales de la dynastie Tae-ping-tin-kok , aux^pléni^ potentiaires et ambassadeurs en Chine.

«Salut,

• instruit, pour l'avoir entendu dire depuis longtemps, que vos honorables pays suivent plus particulièrement

INSURRBCTION ÂGTU&LLE.

ItS

le céleste système religieux qui a été publié depuis plus de 1860 ans ; je présume que vos honorables pays obtinrent de bonné heure une pleine évidence de cette merveilleuse doctrine et la propagèrent dans tout l'Occident. Qu'elle est excellente I Mais notre vrai et saint seignettr Tien- Wang (l'empereur) , dans Tannée 484S , Ait enlevé au ciel par un messager céleste, et eut une entrevue avec le Père céleste et le plus âgé Frère céleste. Là il reçut Tordre de prédier la vrai doctrine dans tous les pays.

« Il revint du Kouang-Si a Nankin, et publia le céleste système religieux qu'il avait enlevé de la pierre sur laquelle il était gravé, imprimé les écritures et administra la cérémonie purifiante (laver la poitrine avec un chiffon, je pense, comme le mot chinois cirli Tindique). Quoiqu il y ait une différence entre Tépoque où vous avez reçu le céleste système et celle à laquelle il nous est parvenu , nous avons néanmoins le même système de culte et en avons suivi les principes comme vous-mêmes. Mainte* ûant le peuple chinois, TEmpire du Milieu, connaît la vraie doctrine ; mais quand je considère que nous en avons été privés pendant des milliers d'années , je ne puis m*em pécher de le regretter vivement. Anciennement H était difficile, sans connaissance de ses principes , de profiter de tout ce qu'elle a d'excellent.

« En examinant , je trouve que depuis Tannée 1851 , la ^isiènie année du règne de notre vrai et saint empereur au trône impérial, le désir de devenir disciples de lésQs prévalut et que tous se rangèrent à sa doctrine : les «avants, la cour de l'empereur devinrent bientôt des '^ileptes,et maintenant elle s'est largement étendue et s imprime de plus en plus dans ses principales idées et ^at observée dans ses rites. Tout cela s'est accompli par la puissance divine, car ce n'est pas un pouvoir humain qui aurait pu faire de telles choses.

< f ai préparé pour vos honorables eompatrioles ce manifeste et cette explication sincère dans l intention d'à-

23i l A CHINE £T L£S PUISSANCES CHRtTIENNES.

planir les dificoltés, et pour que nos rapports ne re»*

semblent pas à une navigation dans des mers inconnues et difficiles, ou à rasceusion d'une montagne rude et escarpée. Le poisson habite la profèndeiir des eami, et Voie sauvage les pays éloignés ; leurs sons mutuels et leurs paroles sont difficiles à entendre à une aussi grande distance. U faut nous rapprocher les uns des autres» afin de nous comprendre. Le soin d'augmenter mon année et mes nombreuses affaires m'ont empêché, de mon côté, de le faire comme je Taurai désiré.

c Pendant cette année, et comptant snr le secours én ciel, j'ai réussi à m'emparef de Sou-tchaou et de Hangcheou ; maintenant , il me serait agréable que des missionnaires de tous les pays vinssent enseigner mon peuple et lui faire connaître les vrais principes de TÉvangile ; si cela pouvait arriver, je m'en réjouirais au delà de toute expression, désirant que ceux qui suivent la même doctrine n'aient plus qu'un seul cœur. La publiciH tion de cette céleste doctrine deviendrait bientôt générale et le droit chemin serait frayé; avant peu de temps tout le pays, jusqu'à ses frontières, même les plus reculées, pratiquerait le culte du Christ, et le propagerait sans limites. Ne serait-ce pas vraiment un magnifique et glorieux résultat ?

«J'ai reçu avec respect l'ordre impérial de marcher sur Cbayou-tchou, Fou etliin; j'ai désiré avoir une entrevue avec les différents commissaires étrangers, de manière à donner des explications et avoir des instructions qui nous permissent de nous maintenir mutuellement dans de bons termes; mais, en dernier lieu, je suis allé à Chang»haï sans avoir prévenu ; il y avait un vaisseau de vos honorables compatriotes, que nous ne nous attendions pas à trouver là, et qui parut disposé à noiis empêcher d'approcher de la place.

(*j Districts soyeux qui sont encore en sa possession*

INSURBEGTION ACTUELLE. m

« Maintenant que notre céleste dynastie révère le même cixlte céleste que vos honorables pays, et que nous appartenons aussi naturellement à la même communion, pourquoi alors nous repousser avec tant de vivaeité? Pourquoi douter et craindre avant de connaître mes desseins? Si vous pouviez connaître mes raisons et mes plus secrètes pensées, vous verriez que je considère avec la même bienveillance vos honorables pays et le mien pro- ' pre. Si, vraiment, vous nous avez repoussé sans connaître réellement mes intentions, je ne suis pas disposé k vous chercher querelle à ce sujet, que je n'ai, du reste, pas examiné bien à fond, parce que, dans le moment de ma visite, quelques-uns de mes officiers, qui avaient dressé leurs tentes à 3 ou 4 milles de là, me hrent prévenir que Ka-hîng était en danger; j'ai dû alors rassembler précipitamment mes troupes et m'éloigner pour volera son secours. Ces faits se rapportant h ma première visite k Ghang-Haî.

«c Je prie maintenant les honorables pays dont les nationaux possèdent et exploitent des comptoirs commerciaux à Chang-Haï, de remarquer que^ leurs établissements, malgré notre présence dans les environs et dans les districts soyeux, ont continué tranquillement leurs affaires durant les trois dernières années. Pourquoi alors ne pas continuer sur le même pied que par le passé 1 Je suis tout disposé k traiter avec les commerçants étrangers sur les règlements qui régissent la douane, et d'après les conditions qui ont été faites, agissant complètement sur les mêmes bases : je n*ai certainement pas Tintention d'augmenter les droits, au contraire ; parce que notre céleste dynastie suit le même culte céleste que vos honorables pays, et que je désire qu'on puisse dire que nous tous qui sommes sous le ciel appartenons à la même famille et que nous nous traitons en conséquence. Pourquoi les frères des quatre mers de TEst, de TOuest. du

iS6 LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.

Nord et du Sud ne pratiqueraientrils pas la paix et la

bonne volonté les uns envers les autres?

c Je supplie donc vos honorables pays de considérer attentivement toutes ces choses et de prendre meUleure opinion de nous.

« Il y a maintenant dix ans que notre vrai et saint seigneur Hung-seu-lsuen a été élevé au pouvc^r impérial, en 1851, et c'est à la même époque qu'il reçut la mission céleste d'aller et de gouverner le peuple bien-aimé, de tranquilliser les bons, mais de punir les méchants, de conserver k la tête du peuple les hommes et les offi* ciers loyaux, cherchant ainsi à imiter les grands Yao et Chun, deux anciens fameux empereurs ; par-dessus tout h suivre le culte de Christ qui a depuis longtemps été pratiqué par les peuples occidentaux et qui fleurit dans l'Empire duMilieu(laGhine)seulementdepuisravénement de notre saint empereur. Chaque ministre étranger dans notre pays doit connaître parfaitement ces choses, les voyant de ses propres yeux et les entendant de ses propres oreilles ; j'ai donc la confiance qu'ils se hâteront de préparer un document destiné à les faire connaître k leurs honorables pays. Bien qu'en y réfléchissant vous puissies supposer que vos capitales sont bien éloignées en«* core , les voiles et les vents vous y porteront dans un temps très-court; que la vue du grand fleuve ne vous effraye pas, ne vous fasse pas retourner en arriére (il semble, par ces mots, ne pas encore être bien renseigné sur notre service postal).

« Bien que, durant cette année, je vous aie adressé des messages à plusieurs reprises, cependant je n'ai pas eu, jusqu'à présent, la bonne fortune de recevoir une réponse qui me tire de Tanxiété et de l'incertitude dans laquelle je suis.

« J'ai reçu récemment Tordre de subjuguer le Sud, le Mord, r£st et rOuest, sans distinction de place. Quoique dans le moment où je recevais ces saintes instructions je

l!«SLAh£CTiON ACTUELLE.

me dévouais, d'une manière absolue, à leur entier accomplissement, cependant je me réservais la manière d'arriver à leur réalisation. J'étais bien éloigné d*y parvenir parle désordre et la destruction, et d'assumer ainsi i>ur moi-même la honte et les remords.

t Maintenant que le missionnaire américain Lo-bousien-sen, qui a connu autrefois notre vrai et saint empereur Hung-seu-tsuen à Canton, sans tenir compte de la distance de plusieurs milles (/»), est venu près de moi, et avec lequel j'ai eu une entrevue, profitant dë sa connaissance des dififéreats pays qui vénèrent le céleste système de religion f de son habileté à enseigner les myatères de rÉvangile avec des paroles qui en donnent une connaissance vraie, et qui ouvrent des voies nouvelles à l'intelligence, et, par-dessus tout, m'ayant pleinement renseigné sur raiOTaire de ma première visite à Chang-hai ; c'est pourquoi, étant allé a 70,000 H de sa pairie natale, avec le désir de prêcher la vraie doctrine en Chine, il est convenable qu'il ne soit pas gêné dans Facqomplissement de ses projets. Notre céleste dynastie, dans rétablissement d une telle œuvre, pour des myriades d'années, s'unira de toutes ses forces et encouragera la publication de rÉvangile, qui seul mérite, en vérité, le nom de doctrine; car il n'existe pas dans le monde un autre système religieux d'une semblable origine. Même si cela ne devait pas produire immédiatement l'harmonie parmi les hommes et adoucir les mœurs , cependant, avec des efforts de corps et d'esprit, les saintes doctrines atteindront, avant peu, le résultat désiré. Et alors où les frères ne pourront- ils pas être trouvés?

«Encore une fois, le Nouveau-Testament, que vos honorables pays tiennent en si grande vénération, et que notre céleste dynastie a extrait de la pierre pour le faire imprimer, quoique dans un langage différent, signiûe absolument la même chose, et bientôt nous lui obéirons,

respecterons et le ferons circuler dans toute la Chine.

Diyiiizea oy VjOOgle

238 LA CUUSË £T L£S PliSSANG£S CURËTIENiNËS.

« Mais je crains vraiment que les officiers du palais elle commun du peuple ne se trompent sur Tobjet de vénération dans lequel notre sainte dynastie et tos honorables peuples sont unis; et, s'ils se sont réellement trompés. Terreur peut se perpétuer de génération en génératian, et s'étendre sans limite.

« rai rédigé cette lettre pour vos honorables compatriotes, et je vous prie instamment de luire traduire, pour ceux qui ne comprennent pas notre langue, les importantes idées sur les si^ets variés qui y sont contenus, de manière qu'il soit connu que notre vrai et saint enjpereur a déjà publié la vraie doctrine, qui va s'étendant rapidement dans r£*mpire du Milieu. Si, désormais, nous agissions de concert, et non en opposition, les efforts de nos pays réunis comme un seul corps perfectionneraient les moyens de propager les lumineuses manifestations de notre sainte doctrine ; elle serait alors enseignée k des myriades de contrées, et les saintes Écritures couleraient comme un ruisseau limpide de générations en générations parmi les hommes attentifs et obéissante.

De ce pays central, l^Évangile se répandrait au loin, et aucune distance ne Tcmpécherait d'arriver aux peuples, qui s'y soumettraient avec bonheur.

«Alors toutes les bénédictions du ciel descendraient sur les hommes et les rempliraient d'une grande joie. »

Le missionnaire américain Isahacar J. Roberts se rendit en effet à Nankin. 11 y resta plus d*un mois sans voir l'empereur, a cause de la cérémonie du Ko-tou. a J'étais bien décidé, dit M. Roberts dans sa narration, a ne pas le voir du tout dans ce monde, si je devais le faire à genoux. » 11 lui fut enfin annoncé que l'empereur le recevrait en le dispensant de la cérémonie de l'agenouillement. 11 se revêtit de beaux habits chinois et on le conduisit en procession, d'après l'habitude du pays. II ne nous a pas donné de détails, ce qui eut été curieux, sur les cireonstances de sa présentation. Voici d'ailleurs ses

OMttRBËCmaN ACtUELLE. . m

propres parole»: «Novembre iSt (isaa). Aujourd'hui j'ai^té

conduit en la présence du Tien-wang (le prince céleste : c'est le titre qu on donnait aux empereurs de la dynastie Cbeou). C'est un homme beaucoup plus beau que je ne le croyais. Grand, bien Hidt, avec des traits réguliers, do belles moustaches noires qui lui vont très-bien, et une voix sonore. Son imagination paraissait entièrement occupée de la religion ; bien différent dii Choong-wang qui me parla presque toujours politique, le Tien-wang lit a peine allusion à ce sujet. Sa théologie, il faut que je Tavoue, n'est pas très-correote, mais quand j'en eus Focca- ' sion et le temps, je tâchai de la corriger. Je lui déclarai que j'étais venu pour prêcher le christianisme d'après les saintes Écritures, et qu'elles seraient le seul guide de ma foi et de mon enseignement. Ged ne lui plut pas, mais il n'y iit pas d'opposition. Mon entretien dura à peu près une heure, et pendant des intervalles, une vingtaine de princes et hauts olHciers, qui étaient présents, se -mettaient a genoux et chantaient ses louanges : ceci eut lieu deux ou trois fois. Je ne pris aucune part à cette cérémonie* Pevsemlie ne s'assit excepté lui-même et son fils, un enfant qui est son héritier. Il m'invita a dîner, non pas avec lui-même, mais avec les autres princes, dans un autre 'appartement : personne ne raccompagne dans ses repas. Il ordonna aussi qu'on me donnât tout ce dont j'aurais besoin de sa bonté; il me témoigna le plaisir qu'il avait eu à m'avoir vu, et il enjoignit à ses princes et ottciers, au moment de soitir, de traiter avec respect Lohaou-chuen (le nom donné en chinois a M. I. J. Roberts), le Père céleste (Dieu) lui ayant dit qu'il est une bonne personnel »

Le devoir d'historien m'oblige a indiquer que M. Roberts ne jouit pas, dans la société européenne de Chine, de la meilleure réputation. On trouve dans up journal an* glais qui se publie dans cet empire, cette qualification ^n parlant de lui : « That illiterate.mendicant Mr Ro^

ti6 LA GBlNfi ET LB& PClâ&àNGfiS €1IEET1£N!(£S.

berts. » llliterate s'applique a quelqu'un qui est ignorant* et fMndicant à celui qui vit en demandant de Targent aux uns et aux autres.

Dans une lettre datée de Nankin, 31 décembre 1860, adressée à un journal de Hong-kong, il avoue qu'il a été vingt-trois ans en Chine et plus de la moitié de ce temps sans aucun salaire, et ayant à nourrir sa femme et son fils. Il avoue qu'il a reçu en aumônes, de divers Européens, plus de 10,000 dollars (53,000 fr.)* Il déclare qu*à Nankin, il a reçu des Tae-pîngs 14,538 dollars pour lui et pour bâtir une chapelle ; des robes de cour, une couronne et un anneau d*or, et un ordre pour qu'on lui donnât du trésor impérial tout ce dont il. pourrait avoir besoin pour son entretien.

Le journal de Uong-kongi Chma ofoerlandirade report^ duliavril 1861 , qui l'appelle aussi illttercAemendicant^ raconte qu'en Amérique il était cordonnier ; que peu après son ^arrivée en Chine il fut congédié par la société biblique américaine qui l'avait envoyé dans cet «mpire, et dit, enfin, que des Européens qui l'ont visité à Nankin, au mois antérieur (mars), Tout trouvé vétu dune tunique de soie jaune (la couleur impériale), et servi par quatre très-jolies jeunes filles.

Au mois de décembre 1860, le missionnaire protestant B. Jenkins publia à Ghang-^iaï la narration d'un voyage quMl venait de faire b Hang-cheou, en compagnie de deux autres missionnaires. Les autorités indigènes leur refusèrent la permission d'entrer dans cette capitale. Revenant vers Chang-hai et à une quarantaine de milles de Hang-cheou, ils rencontrèrent sur le grand canal (le 16 décembre 1860), uue armée tae-ping. « Aussitôt, dit* il, qu'ils s'aperçurent que nous étion» Européens, les uns crièrent : des diables étrangers 1 et les autres des/rires étrangers ; ils baissèrent leurs drapeauxet leurs lances et se mirent à rire. Nous restâmes à Tancre pendant deux heures, espérant que la division passerait tout entière.

UiSURRËCTION ACTUELLE. Ui

Biais voyant que la in n'arrivait jamais, nous résolûmes

de pousser en avant. Nous marchâmes pendant vijiigt •milles au milieu de lafoule de bateaux qui encombraient le canal. Si nous étions restés à Tancre, un jour n'aurait pas suffi pour que toute Tescadre eût passé devant nous.

On nous dit qu il y avait plus de dix mille bateaux Un

grand nombre d'entre eux portaient de trois jusqu'à six canons. Cette force était sous le commandement du général Liaou. Nous visitâmes le général Li, qui nous reçut très-polincient U nous dit que le Choung-wang était allé vers le Nord, et le Ken-wang à Nankin. »

On savait à Chang-hai, à la fin de décembre, que e Ghoung-wangetle Yin-wang étaient partis de Sou-tchaou; on les supposait en marche vers le Sud. U était certain que des Tae pings s'étaient emparés de la ville de Hohaou dans le Kiang-si; et du célèbre passage de Gheungyok-san qui se trouve dans la chaîne des montagnes qui séparent les provinces de Kiang si et de Fou-kien.

On a pu voir, par ce récit, que la rébellion tae-ping, née à peu près en 1850, se trouvait k la fin de 1860 plus puissante que jamais. Elle avait publié au delà de 50 volumes : Tun de ces ouvrages contient le règlement pour Tarmée de terre \ les devoirs des officiers et soldats dans toutes les circonstances y sont prescrits. On y trouve les principes de Forganisation des troupes. Un quinquevir commande quatre soldats; un rexzV/afre commande cinq quinqvevirs (25 hommes) , et se distingue par un drapeau de deux pieds et demi carrés; un centurion commande quatre vexillaires (100 hommes), et porte un drapeau de trois pieds carrés ; un tribun commande cinq centurions (cinq cent vingt-cinq hommes)«et se distingue par un drapeau de trois pieds et demi carrés; un préfet commande cinq tribuns (deux mille cinq cent vingt-cinq hommes), et se distingue par un drapeau de quatre pieds carrés, il «enût trop long de suivre les détails de cette organisation niilitaire.

i(s La chine 6t les puissances chrétiennes.

Les missionnaires protestants MM. Rlockers et Grif-

fitb John partirent de Chang-haï le 6 novembre et revinrent le 1*' décembre 4860 , après avoir resté huit jours k Nankin. Ils y eurent de longues conférences avec M. Roberts et avec Houng-jin (maintenant le prince Kan). Celui-ci leur déclara que si des missionnaires venaient parmi les Tae-pings, on ne leur permettrait pas de prêcher aux soldats la foi ehrétienne selon la Mble et en opposition aux doctrines proclamées par Hung-seutsuen. 11 résultait de ces déclarations que Houng- jin^qui avait vécu plusieurs années avec les missionnaires, avait été baptisé par eux depuis 1853 et jouissait de la réputation d'un vrai converti, transigeait avec les hérésies de son parent l'empereur prétendant.

' Oisons aussi que ee l>ien-«imé des missionnaires protestants entretient un harem pour ne pas froisser^ selon lui, les êentiments de ses frères moins éclairés.

Cet exemple de la fausseté de Houng-jin servira de leçon aux missionnaires protestants et leur fera comprendre peut-être que la plupart des individus qui se groupent autour d'eux sont des fainéants qui ne cherchent que Targent ou au moins leur nourriture. Il est vrai que ces missionnaires ont besoin d'écrire aux sociétés de propagande qu'ils font quelques prosélytes; autre* ment les souscriptions des p^eux contribuables pour«> raient manquer ou diminuer.

MM. Klockers et Griffîth John reportèrent des écrits que Houng-jin leur donna« Il en découlait ce qui suit, sur les points déjà connus :

Hung«8eu*-tsuen ayant reçu uiie nouvelle révélation au moyen de miracles, un nouveau livre serait publié. Après l'Ancien et le Nouveau Testament, nous aurons le vrai Testament, Dieu et Jésus-Christ ont été tous les deux sur la terre. Jésus n est pas égal à Dieu ou proprement divin.

OiOURIIECTIÛIf ACnJELLfi. • MS

Le Samt'-E^frii est un autre nom pour signifier Dieu ou le Père céleeie,

Hung-seu-tsuen , son fils , le Père céleste et Jésus- Christ, forment une quoUemité^ de manière qu'en priant Femperenr on prie Dieu.

Houng-jin chercha à donner a ces deux missionnaires des explications raisonnables sur le titre que son parent 8*arroge àLcm^eur de Unne lee paffe du monde^ frère de Jésus-Christ, etc.

Ces deux prêtres protestants firent, dans le récit de leur visite à JNankin, beaucoup d'élogea de Tordre qu'ils virent régner dans tous les districts dominés par les Taepings.

Au mois de décembre ië60 les deux chef Ghang-4ohing et Koun-ou-hia-tsi venus de Canton avec dix mille

hommes, après avoir fait soumission a Tempereur Taeping, envahirent la province de Ghan-toung et s'approdièrentà quinze ou vingt lieues de Pékin.

Vers cette époque, Choun-wang, le chef qui prit Soutchaou, envoya des émissaires à la province deKouang-si, pour obtenir la soumission d'une puissante bande de rebelles, appelés les rouges. Ce renseignement est Aùl à H. I.-J. Roberts, qui siège maintenant à Nankin.

Outre les .rebelles. Tae-pings et les Mientes de Chan-

tonng, il y a les rouges et les Miao-tsc dans la province de kouang-si, les Nieh-fils dans celle d'Honan, les Hakkas dans celle de Ghe-kiang ; et des Musulmans se sont ftussi soulevés au Yun-nan. Les Tac-pings sont désignés par les mandarins sous le nom de rebelles aux cheveux (tchangHoiao). 11 a été déjà dit qu'ils ne se rasent pas Is tète et se laissent croître les cheveux à l'ancienne et véritable manière chinoise.

Le il février (1861) Tamiral Uope entra dans le Yai^^«e- Usng avee huit vaisseaux de guerre et remonta la rivière jusqu'à Hankôu, oii il arriva le 41 mars. Il fil a Nankin une convention avec les Tae-pings ; de sa part il promit

S4i U CHIMË ËT LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

que le gouvernement anglais ne les empêcherait pas d^itaquer et prendre les villes situéessur la rivière occupée par les Impériaux ; et les rebelles promirent de ae pas inquiéter les navires et les sujets britanniques. Un bateau à vapeur resta de station à Mankin. Le Yang-sekiang est désormais ouvert au commerce* étranger.

Les officiers de cette expédition ont pu reconnaître, mieux que dans aucune occasion précédente, toute Tétendue des dégâts commis par les Tae-pings. La célèbre ville de Nankin (litt. H capitale du Sud) est un amis de ruines : sa population ne dépasse pas le chiffre de vingt mille âmes; elle en contenait plus de cinq cent. mille, il y a dix ans. 11 estbon de remarquer que depuis le jour où Hung-seu-tsuen entra avec son armée dans cette malheureuse ville, il n'en est pas sorti. Tous les endroits occupés par ses partisans se trouvent dans le même état de destruction.

Hung-seu-tsuen publia i en date de Nankin, 19 mars (1961), un édit en faveur des étrangers, dont les formes

sont assez singulières. On y trouve ces passages :

« Le Seigneur (c'est-k-dire Dieu), le frère (Jèsus-6brist], moi-même et mon fils, nous sommes ensemble le seul Seigneur du genre humain, distribuant k tous la bienveillance et Tamour

«Les négociants étrangers, occupés k faire le commerce,

doivent être considérés comme des frères. Celui qui tuerait un étranger payera positivement de sa vie. *

Dans ce décret, il invite les étrangers k nommer des consuls qui siègent a Nankin, et les engage aussi à choisir parmi eux un homme honorable pour qu'il soit le magistrat de tous les étrangers. Ce magistrat chrétien, dans l'exercice de ses fonctions, devra se mettre d'accord avec le ministre des affaires étrangères. Hung-seu-tsuen crée un sceau officiel (avec une légende chinoise), qu'il destine au nouveau magistrat de tous les étrangers. *^

lUftlMUËCTiOli ACTUELLE. M

San-kolin-sin, qui fut si complètement vaincu par le» Aiiglo «- FraafaU àm les forts de Takott et. dans les ptalMS de PkM-li , a Mè mssi- tettu i^usieurt fèis par les rebelles appelés Nien-té dans la province de Chantrang. Les joumaiu de Hong-kong à la fin de mars (1861) |M«Mt te iioiidm de «ee rebellée k deiix'^l cé

%ue je crois exagéré.

Le China Trade Report^ du 14 avril, publie une lettre du mAeetiiimaire AoberUi écrits de Neakis, dMs Isqiirile il dit qwsept généra» tie*pings sonteii campagne dans différents lieux^ ayant chacun une armée, et il donne des

Verele miUeodeee'mèiiie'iiiois, Tchang-lo-sionn (aA'-

cien Tao-taï renvoyé du service impérial pour mauvaise conduite }f chef d'une grande bande de rebelles, #enppmlMt|«s4n%att kttoméiree de Pékin^ Heaimsemeiil pour les habitants de cette capitale , une rixe survint entre les chefs Inférieurs rebelles ; Tchang-lo-sioun s'inimposa pour rétablir la pus, et il liit tué. Sur cela les^B<« stfrgés se^ débmdèmtl et Mtoumèrsnl'verB le Sud.

Peu de jours après ces événements, les Tae-pings furent sur le point de s'emparer de Uang-kéu, le grand port sur le.TaiigHse-4iao9, demUMmeni ouvert au commerce

étranger, où un consulat anglais a été établi. * •

La grandeur et la durée de ces immenses rèbet»

lioMeeni des hits d*ttBe eatrème graidié. Les Tae-pings,

eoftts du fond de la province de Kouang-si, presque

h Tettrémité méridionale de la Chine proprement dite,

outiravereé peu à peu, et teejours en grandissant, Tem^

pire iMt entier dans sa partie la plus florissante, et sont

arrivés jusqu'en vue de la capitale ; depuis plus de huit

^1 ils sont étabUs à Nankin , la seconde capitale de fempirs.

' Le gouvernement de Pékin n'ayant pu les empêcher de faire ces progrès quand ils commentaient, et que par ^sé^eat ik étaient eeeme faiMes, on né reit pas eom-

. m lA ciiiNfi a IMS yiihSi^Mat& i:iumi£NN£s. I

ment il pourrait les Uéiruire luainteaant qu'ils sont forU i et qo*Uft diqpoftol des ressourees ponnaMitlfé qoe lewr 1 procure to pùmn Ë i aa mom tfapi^te d'ane piitie coaaidfc* I

rablede l empire.

Us ee Imitent presque toujoitre à i'anae bie^ehe» c*esi^ li-diie avee 4es eabree et des Imees. 11 est iaeentesIMe

que, tant sur la terre que sur Teau, ils inspir^^ot le plus , souveoi de la terreur aux Impériaux.

L'emperair HteD-fomig deit être dteoneidérè «ux yettt des lettrés et du peuple de la Gkine^ faot k eemè des ré» ' bellidOÂ qui pullulent de tous côtés que par suite des revers essuyés devant ies quelques milliers de soldais européens qui ont pti iuceniKer* les Iubmu palais de Youen-ming-youen en octobre 1860.

L'empereur rebelle, de son côté, a fait preuve d'inca*paeité aéœinîetrillve : il n'a tiiMtvé. d*aulfe - moyen de nourrir ses armées qu'en autorisant le pillage , accom- i pagne naturellement du meurtre. Les Tae*pings sont comme les eautereiles^ Us ravagent !et anéantiseenl tout ce qu'ils oeoupent Ils emmèneat de fime tous les hommes jeunes pour en faire des soldats ou des esclaves t et enlèvent les jeunes femmes,- surtout celles qui sont bdles. Ils en ont à Nankin dea mUliers, et ooih vent ils les font travailler a ouvrir des fossés ou à réparer des remparts. Ils offrirent aux oiUders de rexpédition anglaise qui visita le Yan'-ee4iiang au prialempe dei^ nier (4861), de leur donner autant de ces filles qu'ils voirdraient pour un flacon de poudre chacune. Les populations craignent les ïae^pings comme une ealamité et ks ont en grande horreur, et eela malgré les méftntft des soldats impériaux qui sont souvent aussi voleurs et sangi^naires qu'eux* 11 est évident que leur religion chrétienne est une mauvaise ' fàrce. Le grand apôtre Huag • seu-tsuen lui-même a soixante-huit époube^ et n'est serti dans son palais que par des lemmea*

« D'après tous les renseignements que j'ai pu mepre-

INSURRECTION ACTUELLE

curer, leur système ne diffère en rien de la conduite d'une grande bande de brigands. Je ne doute pas que si le gouvernement impérial venait à être renversé, les cheb tourneraient Tun contre Vautre les forces qu'ils commandent. Il y a à peu près trois ans, le Prince oriental et ses vingt mille partisans furent massacrés à Nan-kin. Il prétendait être rinstrument élu par le Srint-Esprit , et ceci l'avait rendu un rival dangereux pour Ilung-seu-tsuen.» (♦) Jusqu'ici aucun personnage tantsoitpeu important n'est passé dans le camp des Tae -pings, quoiqu'il y ait dans l'empire une infinité de mandarins, grands et petits, de sang purement chinois. Le fait est digne de remarque, si l'on considère que ces partisans prétendent restaurer la nationalité indigène en chassant les conquérants manchoux.

Le seul moyen que les gouvernants de Pékin auraient pour rétablir Tordre dans Tempire, serait d'adopter les

idées des deux vice-rois Ho-kouei-sing et Wan-yu-ling (voyez page 216), et de demander le secours de quelque puissance chrétienne. Mais le stupide orgueil qui les aveugle leur permettra-t-il de se tourner vers cette planche de salut?

Je termine par cette observation. L'état d'inextricable anarchie oiSrse trouve l'empire explique comment, pendant que la guerre a eu lieu entre les Anglo-Français et le gouvernement de Pékin, le commerce avec les étrangers se continuait cependant dans les ports, il eût été, en effet, impossible aux ministres d'envoyer des subsides aux autorités du littoral, qui était en grande partie coupé par les rebelles.

n Dépêche de M. Broee à lord J. Russell, datée du 4 septembre

iseo.

Page 1