‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 9 sur 71 · AUBERGES^ CAFÉS · texte numérisé non relu

AUBERGES^ CAFÉS

Il y a dans les villes de la Chine des cafés qui contiennent plusieurs petites tables. Une personne ou plusieurs amis s'y assoient, et un garçon leur sert du thé et la pipe. Très-souvent on sert avec le thé des graines sèches de melon d'eau, que les clients s'amusent à éplucher et à manger. Cela £ait passer le temps et excite à boire le thé.

En été on donne aux assistants des -serviettes imbibées d'eau chaude pour s essuyer la li^jure et les mains.

a LA CHINE £T LES PUISSANCES CHRETIENNES

Fréquemmentdes vendeurs de gâteaux et de confitures ' traversent les salles du café en offrant leur marchandise aux amateurs*

Des chanteurs, des comédiens, des prestidigitateurs se présentent aussi parfois , et débitent leur talent pour récolter quelques dons volontaires.

Quelquefois même c'est un letlré qui s'assoit grave- I ment derrière une table et prononce des discours éloquents sur un fait historique ou sur tout autre sqjet | sérieux. Souvent ce sont les propriétaires des cafés qui payent ces personnages pour attirer des consommateurs. Des hommes distingués assistent volontiers à ces lectures.

Les journaux étant inconnus en Chine H, les cafés sont les foyers des nouvelles politiques. C'est de là qu'elles se répandent dans les populations. 11 y a tel café qui a plus d'autorité qi(e d'autres à cause de la clientèle choisie qui s'y réunit. On peut juger de Fesprit public par les conversations qui se tiennent dans ces cafés. Aussi dans certaines circonstances les mandarins ne manquent pas d'y envoyer des espions qui les renseignent sur Topinion publique.

Certains cafés contiennent plusieurs compartiments séparés par des jardins. Dans quelques-uns on donne aussi k manger.

11 existe des cafés exprès pour fumer lupiuin : on y voit des bancs en bois, assez larges, avec un oreiller; et . sur chacun d'eux se trouve un homme étendu, savourant la fumée odorante du narcotique. I

Ainsi que des cafés, il existe aussi des hôtels oii Ion peut avoir un logement et la nourriture; mais ces éta- |

(■) il s'imprime bien un recueil de décrois de TEmpereur et de rapports des fonctionnaires publics, qui est distribué à tous les mandarins. C'est ce que les Européens appellcot la Gazette de Pékin. Ces documents sont toujours imprimés longtemps après l'événement dont ils traitent. Plutôt qu'à un journal, ces eahieis pôurraient être comparés à notre Bulletin deê laU.

DES MOEURS ET USAGËS DË LA GHINË.

blisseincnis sont pour nous dégoûtauts de malpropreté et de misère.

Les indigènes riches vont généralement se loger, ou chez des amis, ou dans quelque pagode servie par des prêtres ou des nonnes. Dans tous ces couvents il y a quelques chambres que les supérieurs louent aux voyageurs. Dans les monastères de nonnes, les hommes rencontrent souvent, eu sus de la nourriture et du logement, quelque bonne aventure.

Ces prêtresses, disons-le en passant, se laissent voir, vont dans la rue sans voile et font des visites (toujours par couples). La plupart d'entre elles ont été élevées dès leur enfance dans le couvent, et n*ont aucune vocation pour la vie religieuse; de la vient que leur conduite, par rapport au vœu de chasteté qu'on les oblige à faire, n'est pas toujours sans reproche. Le plus souvent elles commettent leurs péchés a Tinsu de Tabbcsse, mais quelquefois celleci en a connaissance et ferme les yeux si elle y trouve &on avantage.

A Sou-tchaou surtout, il paraît ri u une grande corruption a prévalu depuis longtemps dans les couvents de nonnes. Récemment encore, un vice-roi fut si indignédu désordre qui y régnait, qu'il fit vendre toutes les nonnes à l'enchère publique, a tant la livre. On pesait une prè- Ucssc, et celui qui l'achetait payait la somme sans voir la marchandise. Quand l'argent avait été compté et reçu, on lui remettait la victime; c*est alors que Facheteur s'apercevait sïl avait eu bonne chance. Des indigènes de cette province m'ont eux-mêmes raconté ces faits.

En voici un autre qui se rattache aux auberges de ce pays; je le tiens de la bouche d'un respectable missionnaire catholique :

Dans les grandes villes et surtout h Példn,il existe des maisons où vont coucher, pendant la nuit, les mendiants. Au milieu d'un grand salon on jette des plumes de poule en abondance, ce qui forme un vaste et épais matelas sur

lequel chaque mendiant s'accommode de son mieux. Dans une de ces maisons, à Pékin, on fournissait au commencement une couverture à chaque pauvre, mais il arrivait que souvent les couvertures disparaiftsaient"; on prit alors la mesure d'établir une énorme couverture de la grandeur du salon, laquelle était suspendue en l'air, et on la fiEtisait descendre au moyen de cordes et de poulies, a une certaine heure du soir, quand tous ces misérables étaient déjà rassemblés. Des coupures longues d'un pied, pratiquées dans plusieurs endroits de la couverture, permettaient à chaque mendiant de chercher un trou par où il passait la tôte au dehors aiin de respirer à son aise tout en dormant. .

ART DE GDÉRIB.

Les écoles et académies de médecine n'y sont pas connues. Les médecins ont avec eux de jeunes élèves qui les aident à préparer les médicaments, car chaque docteur confectionne et fournit les remèdes qu'il ordonne. Point d'autre pharmacie.

Les élèves accompagnent très-souvent leurs maîtres et les aident a passer les malades; quelquefois môme ils les remplacent, si le maître est malade ou trop occupé. C'est ainsi qu'ils apprennent par pratique la science médicale; peu il peu ils s'émancipent et chacun de ces jeunes gens, sans besoin d'examen ni de titre académique, devient un médecin-chirurgien qui a lui-même des élèves, ou plutôt des apprentis.

11 y a sur l'art médical des ouvrages imprimés, avec des gravures anatomiques qui donnent souvent les plus absurdes idées sur Tarchitecture humaine. On ne fait jamais l'autopsie des cadavres.

DES MOEURS ET USAGES DE L\ CHINE. i

Bien plus que dans les livres imprimés, les étudiants de médecine puisent la science dans des recueils de recettes manuscrits, qui se conserrent dans les familles des docteurs, et dont souvent on fait un seeret.

Ces manuscrits se transmettent de père en fils et de fils en petil-fils. Plus un docteur a d*aîeux médecins, plus de confiance il inspire au public, parce qu*on suppose quil possède rexpérience accumulée de ses anciHres. Aussi troUTe-t-on de ces Gaiiens qui mettent sur leur carte : Hf. un tel, docteur dequaire((m de cinq) géfnèratiens.

Parmi ces docteurs, il en est qui s'attachent à des spécialités pour certaine maladie, comme on eu voit en Europe.

Ceux qui se vouent aux opérations chirurgicales ont moins de valeur dans 1 estime publique, que les médecins proprement dits. Ceci vient de ce que l'art et les instruments de la chirurgie sont extrêmement arriérés, et que par suite très-peu d'opérations de quelque importance sont essayées; les cas de réussite sont rares»

On attache beaucoup d'importance à racifptfficftm,qui consiste à traverser la tête d'un tempe a l'autre avec une longue et line aiguille d'acier. On fait aussi un grand usage du moxa. On guérit les fièvres intermittentes an moyen de rarsenic-IXans ces dernières années, cette substance a été employée pour le même but et avec un excellent résultat aux États-Unis et en Angleterre.

Ils n'ont pas de remède pour guérir Thydrophobie. Heureusement les cas de cette maladie y sont rares.

La vaccine y est bien connue; elle commença à Être pratiquée Tan iOii de époque eù elle fut inventée par un médecin de la province de Tz-chouen, nommé So-mei-chan. L'inoculation se fait en introduisant dans les narines un peu de coton imbibé de virus, ou en met* tant sur un enfant les vêtements qui ont- été portés par un autre enfant atteint de la petite vérole.

Un médecin appelé Lion-lau écrivit, par ordre de Tem-

Ojgjtized

ê LA GfllM £T LES PUISSANCES CUB£T1£NN£S.

pereur, un petit traité sur la vaccination, dans lequel est expliquée miautiettsemenl la manière de Vexèculer avec succès.

Je ne pourrais aller plus loin sur ce sujet en donnant des détails sur la scienee des Chinois. Je dirai seulement qu'il n'y a point de science comme nous l'entendons; on ne connaît que la pratique et la tradition.

Les docteurs t&teniles deux pouls du malade alternatif vement, et cette opération est de très-longue durée. Il est de règle que le bon médecin connaisse la maladie par les pouls, sans faire de questions sur les symptômes.

Souvent les médicaments qu'ils donnent sont composés do plusieurs herbes et drogues diverses : pins il y a dhcrbes différentes, plus le calcul et la sagesse du médecin sont dignes d'admiration. La combinaison atteint peut-être le nombre de cent ingrédients I c'est le comble du charlatanisme. J ai vu préparer des remèdes dans des boutiques ouvertes, sur le seuil de la porte ; tous les passants pouvaient parfaitement voiries manipulations.

11 est assez commun que des Européens qui ont habité la Chine racontent des merveilles de leurs médecins. Je crois que ces derniers connaissent des simples puis» sants ; leur uiatière médicale serait très-digne d'un examen sérieux par quelque docteur européen qui saurait la langue du pays. Nous avons déjà le camphre et la rhubarbe qui nous sont venus de la Chine : pouniuoi ne pourrions-nous pas en recevoir dautres médicaments précieux ?

Quant à la seience, je l'ai déjà dit, je pense que ces médecins asiatiques sont fort arriérés. Dans le pays même ils sont moins estimés que les Européens, bien que nous y soyons appelés barbares. Lorsque j'étais à Ningpo, un docleur missionnaire des États-Unis ouvrit un hôpital dans une pagode; les malades commencèrent bien vite à y affluer; ils arrivaient de plusieurs lieues à l'entour. lU devinrent si nombreux, qu'il n'y avait plus de place dans les cours

DES HÛËURS £T USAGES D£ LK GUNE.

de la pagode pour les contenir, et ils encombraient les rues adjacentes où ils attendaient. 11 n'en arrivait pas moins de sept ou huit qents par jour. Bientôt il fut impossible d'accorder des consultations et des médicaments à tant de malheureux, et l'hôpital fut fermé. Le docteur alors consentit seulement à aller dans Tintérieur de quelques maisons où Ton désirait sa présence.

Il se trouvait dans cette ville un docteur indigène qui était une spécialité pour les maladies des yeux. Des patients venaient de très-loin pour se faire guérir par lui. Voilà que son propre fils tomba malade des yeux : il ne sut pas le guérir et eut recours au médecin américain dont je viens de parler. Celui-ci mit bientôt TenCant dans un parfait état de santé. Ayant eu l'occasion de bien connaître la capacité du docteur chinois, mon amile médecin américain m'assura qu'il était tout à fait ignorant.

Je pourrais citer plusieurs cas semblables dont j'ai été témoin, dans lesquels des docteurs européens ont guéri facilement des maladies qui avaient résisté longtemps h la science des indigènes.

Us connaissent la préparation du mercure à peu prés comme nous, et la fabrication ^u carbonate de plomb [blanc de céruse) , ou de zinc et du sulfate de cuivre ; mais ils manquent de presque tous les autres produits de nos laboratoires chimiques.

BAINS, PBOPRETlfe.

Il y a des établissements de bains; ils sont toujours chauds, et les chambres en sont aussi très-chauHees. Ces bains ont asses de ressemblance avec ceui^ de Turquie.

Voici la description qu*eii fait le cbirurgien M. W.

Lockhart dans son excellent livre The MedkalMissionary in China:

« A Chang-haï il y a de nombreux établissements de bains fondés par des particuliers pour en tirer profit. Ces maisons sont pour la plupart très-commodes et très-propres, et elles sont fréquentées par les Chinois, surtout vers la fin du jour. Le prix d'un bain est de 6 sapèqucs ( i 1 ou 12 sapèques = 5 centimes ) ; si Ton y joint une tasse de thé et une pipe de tabac, la dépense est de 9 sapèques.

« Sur le dçvant de la maison est une grande salle garnie déloges et de compartiments^ où les baigneurs placent leurs habits sous la surveillance d'un gardien, qui leur fournit une serviette blanche, et est responsable de leurs effets tant qu'ils sont au bain. Un passage conduit de cette salle à la chambre de bain, qui est un cabinet dont Vespace est pris en grande partie par une grande auge creuse d'environ un pied, faite en tuiles ou en dalles de marbre blanc. A travers le fond de cette auge en tuiles sont pratiqués deux ou trois trous circulaires, auxquels sont adaptées des chaudières en fer, dont les bords sont scellés avec soin. Quand Tauge est remplie d'eau, on allume le feu sous les chaudières dans un fourneau construit pourcet objet, etreau est vite chaude. Les baigneurs siègent sur des planches posées en travers de l'augo et se laventà la vapeur. Un de mes professeurs qui prenait un jour son bain de cette manière, glissa de la planche dans l'eau et fut cruellement éehaudé.

« L'eau n'est ordinairement renouvelée qu'une fois, deux fois cependant dans quelques établissements , pendant le cours de la journée, — circonstance qui , bien qu'elle répugne aux habitudes des Européens , n'affecte en rien les Chinois; ils jouissent de leur bain avec autant de plaisir le soir que dans la matinée, alors que Teau est fraîche et propre. On ne saurait contester la valeur de ces établissements (fréquentés seulement par les hommes)

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