‹ La ChineChapitre 6 sur 7 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Origine. — De nombreuses théories ont été échafaudées sur l'origine des Chinois qu'on a été chercher chez les •Égyptiens, les Babyloniens et autres peuples de l'antiquité, mais elles ne reposent sur rien de sérieux. Au début de leur histoire, les Chinois sont campés sur les rives du Fleuve Jaune et de son affluent, la Wei. D'après la légende taoïste, le premier homme, P'an Kou ou Hou Touen (Chaos), a donné naissance après sa mort à l'univers : sa tête se changea en montagne, ses yeux devinrent le soleil et la lime, ses veines des fleuves et des rivières, ses cheveux des arbres, les poils de son corps des plantes, etc. ; cette légende fut introduite du Siam ou de la Malaisie au VI® siècle de notre ère. Au premier homme ont succédé les San Houang (Trois Souverains) qui comprennent les treize Souverains du Ciel, Tien Houang^ les onze Souverains de la Terre, Ti Houang, puis les neuf Souverains Hommes, Jen Houang. Nous avons ensuite la période des Cinq Empereurs, Wou Ti, (dont les noms varient) c'est-à-dire Fou Hh (2953), qui inventa les huit

trîgrammes (pa kpua) qui lui permirent de pénétrer (( Tefficace clés esprits divins et grâce auxquels il pénétra, il sépara par classes les natures des êtres », Chen Noung (2838), le premier, patron de l'Agriculture, Houang Ti (2697), lempereur jaune, grand réformateur, constructeur des premières maisons, Chao Hao (2598), Tchouen Hiu (2514), Ti K'o (Kou) (2436),, auxquels il faut ajouter Ti Che (2366). Depuis les neuf souverains jusqu'à Houang Ti, les Chinois comptent dix périodes ou Ki dont la dixième et dernière Lieou Ki correspond précisément à HouangTi. Il ne faut aborder le récit, entouré de légendes, des débuts de la nation chinoise, qu'avec beaucoup de scepticisme et le considérer comme relevant du folk-lore et non de l'histoire.

Histoires dynastiques. ■— On compte 24 Histoires dynastiques : Eul Che sèche:

1° Che Ki, Mémoires historiques, par Se-ma Ts'ien, depuis l'antiquité jusqu'à 122 av. J.-C, comprend 130 livies.

2P Tièii Han Chou, Histoire des Han antérieurs, par Pan Kou, 206 av. J.-C, 24 ap. J.-C, 120 livres.

3^ Heou Han Chou, Histoire des Han postérieurs, par Fan Ya, 26-220 ap. J.-C, 120 livres.

4*^ San Kouo Tche, Histoire dés Trois Royaumes, par Tch'en Cheou, 220-280, 65 livres.

5^ Tsin Chou, Histoire des Tsin, par Fang K'iao, etc., 265-419, 130 livres.

6° Soung Chou, Histoire des Soung, par Tch'en Yo, 420-478, 100 livres.

7^ Non Tsi Chou, Histoire des Ts'i Méridionaux, par Siao Tseu-hien, 479-501, 59 livres.

8^ Leang Chou^ Histoire des Leang, par Yao Se-lien, 502-556, 56 livres.

9° TcKen Chou, Histoire des Tch'en, par Yao Se-lien, 556-580, 36 livres.

10° Wei Chou, Histoire des Wei, par Wei Cheou, 386- 556,1 14 livres.

• 11*^ Pe Ts*i Chou, Histoire des Ts'l septentrionaux, par Li Pe-yo, 550-577, 15 livres.

12** Heou Tcheou Chou, Histoire des Tcheou postérieurs, par Ling-hou Te-feun, et autres, 557-581, 50 livres.

13° Souei Chou, Histoire des Souei, par Wei Tcheng, et autres, 581-617, 85 livres.

14° Non Che, Historiens du Sud, par Li Yen-cheou, 420-589, 80 livres.

15° Pe Che, Historiens du Nord, par Li Yen-cheou, 386-581, 100 livres.

16° Kieou T*ang Chou, les anciens livres des T*ang, par Lieou Hiu, et autres, 618-906, 214 livres.

17° Sin Tcmg Chou, les nouveaux livres des Tang, par Ngeou-yang Sieou et Soung K*i, 618-906, 255 livres.

18° Kieou Wou Tai Chou, Ancien Livre des Cinq Dynasties, par Sie Kiu-tcheng, 907-959, 150 livres.

19° Sin Wou Tai Chou, Livre des Cinq Dynasties, par Ngeou-yang Sieou, 907-959. 74 livres. '

20° Soung Che, Histoire des Soung, par T'o t'o, 960- 1279, 4% livres.

21° Leao Che, Histoire des Leao, par To t*o, 916-1125, 116 livres.

22° Kin Che, Histoire des Kin, par T'o t*o, 1115-1234, 134 livres.

23° Youen Che, Histoire des Mongoux, par Soung Lien, et autres, 1 206- 1 367, 2 1 livres.

24^ Mirus Che^ Histoire des Ming, par Tchang T'ingyu. 1368-1(543, 332 livres.

Yao et Chouen, — Les grands empereurs Yao (2357) et Chouen (2255) régnent ensuite ; c'est dans la 61® année (2297) de Yao qu'une terrible catastrophe frappa l'Empire : ime grande inondation causée par le débordement des eaux du Houang Ho qui se réunirent à celles du Houai et du Kiang et dévastèrent le pays. Cle fut Yu qui fut chargé de l'œuvre d'endiguement du Fleuve Jaune. En huit ou neuf ans, suivant Mencius, Yu aurait parcouru les neuf pro" vinces ou tcheou qui composaient l'Empire, et terminé ses travaux.

Yu. — A la mort de Chouen, Yu fut choisi pour le remplacer et fut le fondateur de la première dynastie impkériale, celle des Hia (2205" 1766) qui fut dépossédée par T'ien Yi, prince de Chang, connu sous le nom posthume de T'ang, qui créa la seconde dynastie (1766), celle des Chang, qui prit le nom de Yin (1401) lorsque la capitale eut été changée par l'empereur P'an Keng ; l'inconduite du dernier prince Sin, amena une grande rébellion conduite par Fa, cqnnu depuis sous le nom de Wou Wang, qui écrasa les troupes impériales dans la plaine de Mou Ye (Ho Nan) en 1122.

Tcheou. — Wou Wang était le fils de Si Pe, le chef de l'Ouest» un des trois Ducs dii Palais, qui fut canonisé sous le nom de Wen Wang, Wou Wang né en 1 169, est le premier empereur de la djmastie des Tcheou ; dès le début de son règne, il affaiblit la puissance impériale en faisant de larges distributions de principautés et d'apa-

nages entre ses partisans; quand il mourut, en II 16» au nom de son fils Tch'eng Wang, la régence fut exercée par son frère, le célèbre Tcheou Koung, auquel la légende attribue Tinvention de la boussole. Sous le règne de Mou (1001), on place le voyage légendaire de l'empereur dans les régions de TOuest chez un personnage nonuné Si Wang Mou dans lequel on a voulu voir la Reine de Saba. La décadence de la dynastie des Tcheou commence avec P*ing Wang (770), alors que pandit la puissance des princes de Ts'i, de Tch ou, de Ts*in et de Tsin ; c'est en 721 que Confucius fait commencer son ouvrage le TcKouen Tsieou (Printemps et Autonme) qui renferme les Annales de sa patrie, la principauté de Lôu' (72 1-481) au Chan Toung : l'Empire était alors divisé en 21 principautés ou royaumes ; l'histoire de la Œîne est considérée comme authentique à partir du commencement du Tdiouen Tsieou (721 av. J.-C.) ; nous rappellerons que c'est au VIII^ siècle avant notre ère que se placent la chute du premier empire d'Assyrie avec Surdanapale, la fondation de Rome, l'ère de Nabonassar (747).

Sous les Tcheou, la Chine était une fédéniti<m d'états unis par le lien bien fragile de la suzeraineté de l'un d'entre eux« cehii de Tcheou. L'état de Ts'in garait en puissance dé siècle en siècle ^ finalement réussit à mverser la dynastie des Tcheou dont le dernier en^iereur Nan mourut en

A la dynastie des Tcheou se rattachent Jes grands.noms des philosophes Confucius et Lao Tseu.

Confucius. — Confucius n'est que le nom latinisé par les missionnaires de K^oung Fou tseu (Maître Koung)

OU K*oung Tseu, né en 551 à Tseou, dans le royaume de Lou, province actuelle de Chan Toung ; il reçut le nom de K'ieou à cause d*une protubérance qu*il avait sur la tête. Elevé d*abord par sa mère, il perdit s6n père à Tâge de trois ans ; le jeune K'ieou . fut, à Tâge de sept ans, envoyé dans, une école tenue par un lettré distingué; il ne tarda pas à se faire remarquer non seulement par son amour du travail, mais encore par sa gravité précoce, et son maître le choisit pour faire répéter leurs leçons à ses condisciples moins bien doués que lui. A dix-sept ans, il accepta un poste de fonctionnaire inspecteur de la vente et de la distribution des grains. A 21 ans, sa réputation étant devenue grande, il fut nommé inspecteur général des campagnes et des troupeaux, avec. mission de réprimer les abus. Pendant quatre ans, il remplit ses fonctions avec un zèle qui lui permettait d'aspirer à de hautes dignités, lorsque la mort de sa mère, à peine âgée de quarante ans, en 528, lui fit prendre une retraite de trois ans, renouvelant ainsi une coutume qui est encore en usage aujourd'hui en Chine. Confucius continua à se perfectionner dans l'étude de la philosophie ; il fit (518) une visite à la ville de Lo (Ho Nan), où l'on place le récit apocryphe de son entrevue avec le célèbre Lao Tseu. En 501, Confur cius fut nommé gouverneur de Tchoung Tou, au pays de Lou, poste dans lequel il se distingua tellement que l'année suivante il fut nommé ministre des Travaux Publics, puis de la Justice. La prospérité de l'Etat de Lou sous la sage administration de Cx)nfucius excita la jalousie du roi de Ts'i ; celui-ci, pour détacher Ting, roi de Lou, de son ministre, lui envoya 80 des plus belles courtisanes de Ts'i et 120 superbes chevaux en présents. L'effet de ce cadeau dangereux ne tarda pas à se faire sentir. Confucius^ ■ alors

âgé de 54 ans (497), se décida à quitter le royaume do Lou, où il ne rentra qu'en 484, après avoir voyagé dans les divers États de la Chine. Il mourut en 479, à l'âge de 73 ans.

Sa doctrine est renfermée dans les Livres Classiques ou King écrits par lui ou ses disciples ; voici rénumération de ces King qui sont divisés en deux ordres :

I. Cinq Livres canoniques (IVou King) du premier ordre ou grands King :

1° Le Yi King, Explication des Koua, de 1 empereur Fou Hi.

2° Le Chou King, Livre d'Histoire.

3^ Le Che King, Livre de Poésie.

4*^ Le Li Ki, Livre des Rites.

5*^ Le Tdiouen Tsieou, Annales du Printemps et de l'Automne, Histoire du pays de Lou.

II. Livres canoniques du second ordre ou petits Kit^ : I^ Les Se Chou, ou Quatre Livres, comprennent : le

Ta Hio ou Grande Science, composé de onze chapitres dont le premier renferme les paroles de Confucius, les dix autres sont de Tseng Tseu, son disciple ; le Tehoung Young, ou le Juste Milieu, qui est de Tseu Seu, son petitfîls ; ces deux livres formaient deux chapitres du Ld Ki ; le Louen Yu, conversations entre Confucius et ses disciples ; enfin le Meng Tseu, livre du philosophe Mencius. ^

2^ Deux Rituels : Yi Li et Tcheoa Li.

3^ Le Hieto King ou Livre de la Piété filiale*

4P Les trois anciens Conmientaires du Tdtouen Tsieou*

5° Enfin le Dictionnaire Eul Ya*

La doctrine de Confucius est moins une philosophie qu'uni» morale ; Confucius qui, jusqu'à nos jours, a marqué

de sa forte empreinte personnelle la culture chinoise, fut un administrateur, un fonctionnaire, un homme d'Etat, en un mot un homme d'action, aussi bien qu'un moraliste ; il est entièrement dépourvu d'originalité ; il a été un col-* lectionneur de faits et non un créateur. La forme orthodoxe du Gïnfucianisme lui a été donnée par le célèbre philosophe Tchou Hi, au XI i^ siècle. Suivant le décret, promulgué en 629 par T'ang T'aï Tsoung, un Wen Miao ou temple de G>nfucius doit être construit dans chaque préfecture, souspréfecture, district, ville de marché, dans tout l'empire ; le temple doit faire face au sud et il se compose de trois cours qui se suivent en général du sud au nord ; le temple proprement dit est appelé la salle de la Grande Perfection, Ta Tdieng tien ; une des cours renfermant la salle des Ancêtres, Tsoung Cheng Tseu, Ce qui caractérise les temples de Confucius, ce sont les tablettes qui prirent la place des statues en l'honneur du Sage lui-même.

Piété filiale. — Un des résultats, le plus grand peutêtre, le plus pratique sans aucun doute de l'enseignement confucianiste, est la forme donnée à la Piété filiale d'où dérive le Culte des Ancêtres. La Piété filiale telle qu'elle est décrite dans le Hiao King n'est plus un sentiment naturel que l'on retrouve chez tous les peuples : c'est une doctrine officielle codifiée dont la pratique a fini ' peu à peu à se restreindre au culte rendu aux ancêtres.

Lao Tseu. — Lao Tseu est né en 604, à K'io jin, dans le royaume de Ts'ou ; gardien des archives, il quitta ses fonctions pour voyager dans l'ouest, le 5i Vu, et sur la demande de Yin Hi, gardien de la passe Han kou, il disserta sur le Tao^ la Voie ; on lui attribue l'ouvrage Tao

Te King, dans lequel il expose sa doctrine philosophique. Cette doctrine pure, abstraite, passive, égoïste et individualiste, a été transformée par Tchang Tao-ling au premier siècle de notre ère en un mélange de recherches alchimiques, de pratiques de sorcellerie, de superstitions qui composent aujourd*hui le Tao Kiao, la religion du Tao, qui a sa hiérarchie religieuse officielle et dont les prêtres sont désignés sous le nom de Tao Che.

Ts'iN. — Le chef des Ts*in, tribu jadis considérée comme barbare par les Chinois, Tcheng, fils de Tchouang Siang (249), était né en 239, à Han Tan, capitale du pays de Tchao, dans le Tche Li actuel ; il était, à la fin des Tcheou, le plus important des sept princes qui se partageaient l'Empire : Ts'in, Tch*ou, Yen, Tchao, Wei, Han et Ts*i ; le but des Ts*in fut dès lors d'absorber les autres principautés ; ils y réussirent et leur œuvre fut accomplie par Tannexion de Ts*i en 221 av. J.-C. ^ant terminé la conquête de la Chine et réuni tous les Etats sous son sceptre, Tcheng résolut de consolider Tunité de TEmpire en brisant les anciennes divisions territoriales et il divisa son vaste territoire en 36 ^lun, provinces ou circonscriptions. Des anciens titres féodaux, il ne laissa subsister que celui de heou, marquis. L'orgueil de Tcheng ne connaissant plus de bornes, il prit le titre de Che Houang Ti, le premier Souverain-Empereur sous lequel il est connu dans l'histoire, et ses successeurs devaient être désignés, non par leur nom personnel, mais par le numéro d'ordre de leur règne, c'est-à-dire qu'ils seraient le second, troisième, etc. Souverain^Empereur, mais la lignée s'arrêta brusquement avec le second, Eul Che Houang Ti. Pour mieux assurer encore la gloire de son

règne qui devait être le commencement de Thistoire du pays, il était nécessaire d'effacer toute trace du passé, aussi Ts'in Che Houang Ti, en 213, ordonna la destruction des livres, en particulier le Che King et le Chou King de G>nfucius. Pour arrêter l'invasion des barbares du nord, les Hioung Nou, qui s'étaient constitués en nation au III® siècle de notre ère, Che Houang Ti fit compléter par le général Moung T'ien la Grande Muraille commencée par son père et les princes de Tchao et de Yen (215). Dans^ le sud, il s'empara d'une partie de l'Annam. Ts'in Che Houang Ti mourut en 210 à Cha K'ieou, Tche Li, et son corps fut transporté à Hien Yang (Chen Si). Comme je l'ai dit ailleurs, la mégalomanie de Che Houang Ti, dont les résultats furent aussi éphémères que rapides, servit néanmoins à l'expansion de la Chine dont le premier Empereur recula les bornes en écartant de ses frontière les peuples hostiles et répandit le nom dans les pays loin^ tains. Le voyage de Tchang K'ien dans les régions occidentales au siècle suivant, sous Han Wou Ti, est une conséquence des conquêtes de Che Houang Ti ; de même les relations de la Chine avec l'Anneun résultent des campagnes dans le sud de l'Empire des Ts'in. Il est probable que le nom de 5m, Tchin, Sinae, Chine donné à l'Empire par les Occidentaux vient du nom même de la dynastie

Le prince Hou Haï, fils de Che Houang Ti, fut le second empereur Ts'in (Eul Che Houang Ti) ; trois ans après son avènement, il soulevait le peuple par ses cruautés, et était assassiné» L'Empire est partagé sous la direction suprême de Hiang Vu, roi du Tch'ou occidental, mais celui-ci est défait par Lieou Pang, chef des Han, qui prend le titre d'empereur dans le Ho Nan, le 28 février 202,

fondant la dynastie des Han. Toutefois on compte l'an^ née 206 comme la première de Lieou Pang.

Han. — Pendant la période d'anarchie qui accompagna la chute de Etil Che Houang Ti et la consolidation du pouvoir des Han avec Lieou Pang, nous voyons surgir vingt royaumes dont trois grands et 17 petits.

Lieou Pang, ayant écrasé les révoltés, mourut le 1®' juin 195 ; le long règne du sixième souverain de sa dynastie, Wou Ti, est aussi remarquable pour l'histoire intérieure de la Chine que pour l'histoire de son expansion à l'étranger ; on peut dire qu'à son époque se forme la nation chinoise et c'est dé son règne que datent véritablement les relations de là Chine avec les pays étrangers.

Au II l^ siècle avant notre ère, deux peuples se di^U" taient la suprématie dans le nord -de la Chine : les Hioung Nou, dont nous avons parlé, dispersés depuis le nord de la province de Chan Si jusqu'au lac Barkoul, et les Yue Tche, qui occupaient la région formant la province actuelle "^de Kan Sou. Les Hioung Nou, d'abord sujets des Yue Tche, défirent ceux-ci ime première fois à la fin du III® siècle et une seconde fois en 177. Les Yue Tchtf, dépossédés, quittèrent leur pays en 165, se rendirent à Koutcha et de là dans la région de l'Ili où étaient établis les Wou Souen» défirent ceux-ci et arrivèrent à l'Issik koul ; ils se divisèrent en deux branches, les petits Yue Tche, qui s'amalgamèrent aux K'iang ou Tibétains, les grands Yue Tche, qui arrachèrent Kachgar (163) aux Sakas qu'ils poussèrent devant eux et arrivèrent dans le Ta Wan (Ferghanah).

Désireux d'obtenir des Ta Yue Tche qu'ils fassent une diversion contre les Hioung Nou, ignorant d'ailleurs que

ces Yue Tché avalent déjà quitté la vallée de TIU pour descendre vers le sud, Wou Ti chargea en 138 av. J.-C, un de ses officiers nommé Tchang K'ien de se rendre vers eux avec une escorte dune centaine d'hommes. Mais à^ peine avait^il commencé son voyage que Tchang K'ien fut capturé par les Hioung Nou et gardé dix années en ^ captivité. Ayant réussi à s'échapper, il gagna le Ferghanah (Ta Wan) où il apprit que les Yue Tche se trouvaient au nord de TOxus ; ceux-ci ayant conquis le Ta Hia (Tokharestan) et occupé la capitale Lan Che, Tchang K'ieri les y suivit mais ne réussit pas à leur persuader de retoume^*^ dans leur pays d'originç pour lutter à nouveau contre le^ Hîoung Nou, d'autres intérêts les retenant dans leurs conquêtes. Tchang K'ien reprit donc la route de Chine (128 av. J.-C.) par le Tibet, mais il fut derechef fait prisonnier par les Hioung Nou et ne put s'échapper que deux''^ ans plus tard. Si Tchang K'ien n'avait pas atteint le but. qui lui avait été fixé, son voyage eut cependant des conséquences considérables : tout d'abord l'empereur chercha à se frayer une route vers l'ouest à travers les tribus turkes^ et tibétaines, ce qui lui fut possible lorsque le général Ho K'iu-ping eut conquis en 121 Kan Tcheou et Leang* Tcheou. D'autre part, Tchang K'ien avait remarqué dans la région de l'Oxus des bambous et des étoffes expédiées du Yim Nan et du Se Tch'ouan par la voie de l'Inde (Chen Tou) et de l'Afghanistan ; il préconisa pour se rendre dans l'Occident l'emploi de cette route méridionale, qui permettait d'éviter de traverser la contrée des Hioung Nou.

Une des conséquences du voyage de Tchang K'ien et de la recherche d'une route vers le sud fut la conquête du pays de Kiao Tche (Tong King) qui fut annexé à la Chine sous les Han de 1 1 1 av. J.-C. à 39 ap. J.-C, et de 42 à 186

et divisé en trois régions : Kiao Tche (Hanoï), Kiu Tchen (Thanh hoa ?) et Je Nan (Kouang binh). Le Tong Kîng devint le terminus de la route de mer au lieu du Tiao Tche (Golfe Persique), mais fut plus tard dépossédé par Ginton.

La lutte contre les Hioimg Nou continuait ; le général Ho K'iu-ping (t 1 1.7 à 24 ans) s'y illustra^ En 1 15/Tchang K^ien faisait un second voyage vers l'ouest et il rapportait de nouveaux renseignements sur le 5i Yu, c'est-à-dire la région de l'Occident, alors divisée en 36 royauhies.

L'administration des Han, quoique dérivée de celle des Ts'in, avait supprimé la division de l'Empire en ^mn, et rétabli la division en provinces au nombre de treize. Wou Ti mourut en 87 av. J.-C. ayant régné 54 ans.

Sous l'empereur Ngai, en l'an 2 av. J.-C, un savant nommé. KingHien reçut des livres bouddhiques d'un envoyé des Ta Yue Tche qui formaient alors un puissant empire dont la capitale était Lan Che. C'est la première connaissance qu'ait eue la Chine de cette religion originaire de l'Inde.

En l'an 9 ap. J.-C. Wang Mang usurpe le trône ; il fut massacré en 23. L'empereur Kouang Wou transféra la capitale de l'Empire de Tch'ang Ngan à Lo Yang et 1^ dynastie fut dorénavant désignée comme celle des Han (}rientaux.

On raconte qu'en 65 ap. J.-C, l'empereur Ming, à la suite d'un rêve, aurait envoyé aux Indes une mission qui en rapporta une statue du Buddha ; cette légende ne paraît pas avoir une base historique. C'est sous le règne de ce prince qu'apparaît le célèbre général Pan Tch'ao qui, s'il ne porta pas ses armées comme certains l'ont dit jusqu'aux bords de la Mer Caspienne, établit dans le Si Yu la puissance de la Chine. «

Sous l'empereur Ho, 97 ap. J.-C, le général Pan Tch ao.

désireux d ouvrir des relations avec leà régions occidentales, envoya un de ses officiers nonuné Kan Ying au pays des Tiao Tche d*où il devait s'embarquer sur le golfe Persique pour le Ta Ts'in ; mais il renonça à son voyage, effrayé de sa durée probable.

En 166, sous le règne de Houan Ti des Han, une mission arriva en Chine envoyée, disait-on, par Antoun, roi de Ta Ts'in (l'empereur Marc Aurèle) ; elle avait à sa tête un marchand syrien qui passa par le Je Nan, apportant des présents. Déjà en 120 des musiciens et des jongleurs étaient venus de Ta Ts'in en Birmanie montrant que des relations existaient par mer entre les deux pays ; ils étaient envoyés par le roi Young-yau-tiao qui régnait dans le pays Chan. Plus tard le Ta Ts'in, empire romain d'Orient, fut appelé Fou Lin. Ptolémée, au second siècle de notre ère, nous dit que la partie inhabitée de notre terre est limitée à l'est par la Terre Inconnue qui s'étend le long de la région occupée par les nations les plus orientales de l'Asie majeure, les Sinae à l'est de l'Inde transgangétique et les nations de la Sérique. Les auteurs latins nous parlent des Seres, qui fournissaient la soie à Rome ; nous en connaissons la route grâce aux renseignements fournis à Marin de Tyr par le marchand macédonien Maes Titianos.

San Kouo. — Les Han ne surent pas maintenir l'unité de la Chine qui au commencement du III^ siècle de notre ère se trouva divisée en trois royaumes (San Kovo)f époque célèbre dans les Annales et dans la Littérature chinoise : I. Les Han, Heou Han (Han Postérieurs) ou Chou Han (Han de Chou, Se Tch'ouan), qui comptent deux empereurs et ne subsistèrent Tque 43 ans (221-265). — IL Les Wei (221^265). qui régliaient à Lo

Yang, dans le Ho Nan, partageant le nord de^la Chine en douze provinces. — IIL Les Wou, qui divisèrent le sud de la Chine en cinq provinces^ leur Cour fut d*abord à Wou Tch'ang (Hou Kouang), puis à Kien K*ang (Nan King) (222-280). Comme les Wei, ils comptent qiuitre Empereurs.

Le chef des Han, Lieou Pei, fut aidé par Kouan Yu, devenu dans la suite des temps le Dieu de la Guerre Kouan Ti, et par le célèbre général Tchou-kouo Leang; le fils et successeur de Lieou Pei, Heou Tchou, fut détrôné par les Wei en 263 ; les Tsin détruisirent ceux-ci en 265 et les Wou en 280.

TsiN. — Les Tsin (Si Tsin, Tsin occidentaux) régnèrent 52 ans, d*abord, à Lo Yang, ensuite à Tch'ang Ngan (Si Ngan) ; ils avaient rétabli l'unité de l'Empire. L'empereur Youen transféra sa capitale à Kien K'ang (Nan King) et à partir de 317 on désigne la dynastie comme celle des Tsin orientaux (Toung Sin) qui dura jusqu'en 420, époque à laquelle elle fut renversée par Lieou Yu qui sous le nom de Wou Ti fonda à Kien K'ang la dynastie des Soimg (420-479).

Nan Pe Tch'ao. — La chute des Tsin et l'avènement de Lieou Yu marquent le conunencement de la période connue dans l'histoire de Chine comme celle de Nord-Sud, Nan Pe TcKao, Tandis que les Soung régnent à Kien K'ang, la Chine septentrionale est divisée en six royaumes ou principautés : Pe Yen, près de Young P'ing, Tche Li, détruit en 436, par les Wei ; Si Ts'in, district de Ping Leang, Chen Si, détruit en 431 par les Hia; Pe Leang, à Kan Tcheou, aujourd'hui dans le Kan Sou, détruit en 439 par

les Wei ; les Wci ; les Si Leang, à Tsieou Ts'iouen, Touen Houang, Kan Sou, détruit en 421 ; enfin Hia, à Hia Tcheou (Ordos), détruit en 431. Le dernier empereur soung, Chouen Ti, abdiqua et fut tué en 479 ; il fut remplacé par Siao Tao-tch'eng qui créa à Kien K*ang la dynastie des Ts'i qvà dura jusqu'en 502 et fut dépossédée par Siao Yen (Wou Ti), fondateur des Leang. Cette dynastie fut détruite par Tch'en Pa-sien (557), dont la famille Tch'en régna de 557 à 589.

Wei. — La dynastie étrangère des To-pa ou Toba, les Wei du Nord ou Youen Wei, qm régnèrent à P'ing Tch'eng, puis à Lo Yang, depuis 38(^fst importante pour r histoire de la sculpture sur pierré^i Chine ; nous en reparlerons au volume des Beaux-Arts. A partir de Hiao Wou Ti, empoisonné en 534, les Wei sont divisés en W« occidentaux avec leur Cour à Tch'ang Ngan qui duré*» rent iusqu*en 557 et en Wei orientaux considérés comme usurpateurs, dont le seul empereur Hiao Tsing Ti abdiqua en 550.

SoUEl. — Les Souei détrônèrent en 589 les Tch'en ; déjà ils avaient subjugué en 581 les Pe Tcheou (Tcheou du Nord) du Heou Tcheou qui avaient mis fin en 577 à la dynastie des Ts'i du nord qui depuis 550 régnaient à Ye (Ho Nan). Les Souei, qui une fois de plus avaient reconstitué l'imité de l'Empire, durèrent jusqu'en '618; ils ne comptent que quatre princes en 38 ans, mais ils laissèrent cependant une trace assez importante dans les Annales de la Chine. C'est à cette dynastie qu'on fait remonter l'inven-* tien des planches xylographiques destinées à l'impression desUvres.

TuRKS. — Nous voyons au XVI® siècle naître la puissance des Tou Kiue ou Turks qui devaient jouer un rôle important dans TAsie centrale.

Les Turks que les Chinois appelaient Tou Kiue étaient sujets des Jouan Jouah, connus en Europe sous le nom d'Avares au cours de la première moitié du VI® siècle de notre ère. En 546, ces Tou Kiue défirent les Tolcs. qui avaient attaqué les Jouan Jouan ; ceux-'ci, ayant refusé de récompenser les vainqueurs, les Turks, avec à leur tête T'ou Men (Bou Min), se tournèrent contre leurs maîtres qu'ils écrasèrent en 552. Ces Turks étaient composés de deux branches, l'une septentrionale ou orientale dite de rOrkhon, l'autre oéo^entale, qui s'étaient formées depuis le milieu du VI® siècle, mais dont la séparation politique due aux Chinois qui voulaient les affaiblir date de 582. Le chef des Turks septentrionaux portait le titre deQagan, tandis que celui des Turks occidentaux était le jabgou ; l'ancêtre de ces derniers fut le propre frère de T'ou Meh, Che-Tie-mi (Istâmi). La ruine des Jouan Jouan rendit les Turks voisins des Huns blancs ou Hepthalites adversaires des Persans dont le roi Khosrou Naochirwan fit alliance avec les Turks et épousa la fille de Che tie mi que les historiens occidentaux appellent Dizaboul ou Silziboul ; les Hepthalites furent les victimes de cette alliance et quand ils perdirent leur suprématie, entre 563 et 567» rOxus devint la frontière des alliés ; les Persans Sassanides devenant plus faibles, les Turks annexèrent toutes les possessions des Huns Blancs. Le principal commerce de l'Asie était entre les mains des Sogdiens qui passèrent de la domination des Hepthalites sous celle des Turks et profitant de l'esprit d'entreprise de ces derniers, et avec leur autorisation, désireux eux-mêmes de développer leur com-

merce, ils envoyèrent à Byzance, où régnait l'empereur Justin II» une ambassade. Les intrigues des Turks amenèrent une guerre entre les Romains et les Sassanides (571-390), qui en affaiblissant les dei^x pays les rendit incapables de s'opposer à la puissance grandissante des Arabes auxquels la victoire de Yarmouk (20 août 636) livra la Syrie. Maîtres de la situation, les Arabes se tour^ nèrent contre les Persans qui furent battus à Nehavend et leur roi Yezdegerd III fut obligé de fuir en Chine. Dès 630, commença la décadence des Turks. L'empereur T'ai Tsoimg, des T'ang, après avoir écrasé les Turks septentrionaux, attaqua, avec l'aide des Ouighours, les Turks occidentaux qu'il subjugua en 659.

T'ang. — Les Souei furent renversés en 618 par Li Youen qui créa la célèbre dynastie des T'ang qui dura jusqu'en 907. Li Youen, qui régna sous le nom de Kao Tsou, abdiqua en 626 en faveur de Li Che-min, le grand empereur T'aî Tsoung, qui étendit au loin la gloire du nom chinois. Les Chinois recouvraient une partie de leur influence en Asie centrale : Les Karlouk paraissent avoir succédé aux Turks comme influence dans l'Asie centrale. Les Tibétains T'ou fan, alliés des Arabes sur le Jaxértes, recevaieni en revanche leur aide à Kachgar dont ils s'emparèrent, fermant ainsi aux Chinois la route du Pamir, malgré l'expédition victorieuse conduite en 747 par le général Kao Sien-tche au Gilgit à travers les passes de Baroghil et de Darkot. La puissance tibétaine atteignit son apogée au VIII® siècle quand ils occupèrent Tch'ang Ngan, la capitale chinoise ; elle déclina lorsque les Ouighours se furent emparés de tout le pays entre Pei t'ing et Aksou.

• OuiGHOURS. — Les Ouighours étaient de race turke, cl*iin ancêtre descendant des anciens Hioung Nou ; à Tépoque des Wei postérieurs, ils étaient sujets des Tou Kiue et connus sous le nom de Tie le (Tolos), vivaient sur les bords de la Selenga ; au milieu du VII® siècle, leur chef Pou sa se révolta contre les Tou Kiue septentrionaux, défît leur chef Hie-li qagan ; en 646, les Ouighours envoyé* rent ime ambassade en Chine. Sous T*ai Tsoung, les Ouighours formèrent la préfecture de Han Hai, et leur chef T'ou mi fut placé à sa tête. Leur puissance continua d'augmenter depuis le commencement du VIII® siècle; d'abord nommés par les Chinois Houà Ho, ils furent ensuite désignés comme Houei Hu, et Wei wou eal ; les Tibétains paraissent les avoir appelés Dru ga.

Les Oufghours donnèrent un développement inattendu au Manichéisme, religion de Mo-ni ou de Ma-ni, sur laquelle les fouilles opérées dans l'Asie centrale et à Touen Houang, sur la frontière de Chine, dans les dernières années, ont jeté un jour tout à fait nouveau. Il semblerait que le premier pèlerin manichéen venu de Ta Ts'in, l'Empire romai» d'Orient, soit arrivé en Chine en 694, et U première mention qui est faite de la religioà.de Mo«ni, dans les livres chinois, l'a été par le fameux voyageur bouddhiste Hiouen Tsang au vii® siècle ; mais nous savons qu*un astronome manichéen arriva en Chine dès 719 et qu'à partir de cette date sa religion exerça une grande influence sur l'astronomie chindise. Le Manichéisme eut d'ailleurs de redoutables adversaires et, par un édit de 732, l'empereur Hiouen Tsoung déclara sa doctrine perverse se dissimulant sous le nom de bouddhisme. Sous le règne de Sou Tsoung, successeur de Hiouen Tsoung (t 3 mai 762), des troubles éclatèrent, et les Ouighours pénétrèrent à Lo Yang. iqu'ils

pillèrent et qu'ils ne quittèrent qu'en novembre 763 ; dans cette ville ils rencontrèrent quelques Manichéens qui con** vertirent à leur foi le chef qui emmena avec lui quatre prêtres quand il se retira. L'influence des Manichéens déclina avec la puissance des Ouighours dont la capitale sur rOrkhon fut prise en 840 par les Kirghiz qui prétendaient descendre du général chinois Li Ling capturé par les Hioung Nou en 99 av. J.-C. Les Ouighours avaient eupour capitales Kao Tch'ang, Khotcho ou Idiqout Chahri, près de Tourfan et Kara Balgasoun sur la rive gauche de rOrkhon ; leur écriture, d'où dérive le mandchou, provenait sans doute du sogdien, et non de l'estranghelo, auquel elle était apparentée.

11 y eut de bonne heure des relations entre les Arabes et la Chine dont Mahomet a connu le nom ; il semble que la première mention positive de ces relations remonte à la première moitié du V^ siècle de notre ère, époque à laquelle l'Euphrate était navigable jusqu'à Hira, d'où le commerce descendit à Al-Ubullah (l'antique Apologos), puis à Bassondi, bâti par le khalife Omar, puis à Siraf sur les bords du golfe Persique, à l'île de Kish et enfin à Hormouz. A l'époque des T'ang (618-907), les jonques chinoises s'y rendaient de Guiton. Les Arabes étaient connus «^«des Chinois' sous le nom dé Tazi ou de Ta shi, transcription du persan, ce qui semblerait prouver la priorité des voyages des Persdns. A l'époque des Soung (960-1272), les Musulmans étaient connus en Chine sous les noms de Houei Houeip ou de Houd Ho et de Houei Hu qui étaient donnés aux Ouighours sous les T'ang. Les Arabes avaient de bonne heure une factorerie à Canton ; ils fréquentaient les ports de la côte de la Chine, en particulier Zaïtoim (Ts'iouen tcheon), dans le Fou Kien, et Hang Tcheou (Khan fou)«

dftns le Tche Kiang ; ils connaissaient Si-ngan sous le nom de Ktioumclan.'

Les* empereurs T'ang tombèrent vite en décadence et, à la fin du Vli^ siècle, une femme, la trop célèbre Wou Tche t'ien (Wou Heou), femme de Kao Tsoung, exerça le pouvoir depuis 684; elle mourut en 705. Le dernier de» empereurs Tchao Siouen Ti abdiqua en 907 en faveur delTchou Wen. La période des T*ang a une importance capitale pour l'art, la littérature et le bouddhisme ; nous y reviendrons.

Wou Tai. — Une période d'anarchie de cinquante-trois ans qui succéda à la longue administration des T'ang est désignée dans l'histoire de la Chine sous le nom de Wou Tai, les « Cinq Familles », ou « Cinq Dynasties », ou de Heou Wou Tai, les « Gnq Familles postérieures », pour les distinguer des Ts'ien Wou Tai, les « Cinq Familles antérieures » qui régnèrent entre les Tsin et les T'ang. Ces Qnq Familles, qui n'ont d'ailleurs exercé l'autorité que sur une partie de la Chine, sont par ordre de succession les Heou Leang (907) avec Tchou Wen, à K'ai Foung, puis à Lo Yang. les Heou T'ang (923), à Wei Tcheou (Tche Li) puis à Lo Yang, les Heou Tsin (937), à Lo Yang puis à K'ai Foung, les Heou Han (947), à K'ai Foung (Pi«î Tcheou) et les Heou Tcheou (951), à K'ai Foung.

Il faut avouer que cette période de l'histoire de Chine n'offre qu'un médiocre intérêt avec ces chefs qui, convoitent le titre d'Empereur, guidés uniquement par leur ambition.

Le dernier empereur des Han postérieurs, Koung Ti, un enfant, abdiqua en 9^ en faveur de Tchao K'ouangyin qui inaugura la grande dynastie des Soung. L'empire

était menacé au nord par les Tartares orientaux K'i tsn, d'origine toungouse, qui avaient établi dans la Chine septentrionale un état dont le fondateur appartenant à la famille Ve liu se nommait Apaoki. En 937, Te Kouang (T'ai Tsoung), qui porta à partir de cette date le nten hao de Houei T'oung, donna à sa dynastie le titre de Leao; la capittde des Leao était Leao Yang, dans le Leao Toung, puis transférée par A-pao-ki à Yen King (Pe King).* Les Leao furent dépossédés en 1 125 par une autre tribu toungouse, les niu tche ou niu tchen, qui durèrent jusqu'à la conquête motigole (1234). D'abord tributaire de la Corée, Hien phu la' rendit indépendante ; son sixième successeur, Oukounai, en fut le premier vrai chef (1021) ; Agouda (0-ko-tai), cinquième successeur d'Oukounaï, est le fondateur de la dynastie des Kin (1113) avec le miao hao de T'aï Tsou. " '

Les Leao» chassés par les Niu Tchen, se retirèrent 'vers l'ouest, dans la Kachgarie, où ayant dépossédé, les Karakhanides, ils fondèrent la dynastie des Kara K'itaï. Cinq souverains ont appartenu à cette dynastie, dont le dernier Tche lou kou (1168) fut détrôné (1199) par sort «gendre Koutchlouk, chef des Naïmans, tribu turke, conquise à son tour par les Mongols. ^ ^

SoUNG. — Le fondateur de la dynastie des Soung, Tchao K'ouang-yîn, l'empereur (T'aï Tsou) qui régna de 960 à 976, Q'était qu'un bon militaire, mais il montra de grande$"qualités administratives et il réussit à reconstituer en Ipande partie l'unité de l'Empire, moins les Etats Leao.

Mongols. — A la fin du xii® siècle, l'Extrême-Orient allait entre les mains d'une nouvelle puissance, les Mongols,

subir une nouvelle transformation et recouvrer son unité. Le fils du chef Yesoukai, Temoudjin, né en 1 162, subjugua ses voisins de TOrkhon et de la Toula, les Merkites, les Keraïtes, les Naimans, et en 1206 il convoqua près de^ sources de rOnon une assemblée générale de ses tribus où il prit le titre, de Tchinguiz Khan (puissant Khan) dont nous avons fait Gengis Khan. Cinq fois il envahit le royaume de Hia (Tongout) dont il termine la conquête; il détruit (1220-' 1221) le puissant empire de Khwarezm qui s'étendait du nord'ouest de Tlnde à la mer d*Aral ; ses troupes envahissent l'Europe orientale ; il allait attaquer la Chine, déchirée par la lutte entre les Kin et les Soung, lorsqu'il meurt le 18 août 1227. Son 4® fils, Touloui, fut chargé de la régence jusqu'à l'arrivée de son second fils, Ogotaî, désigné par son père comme deuxième Grand Khan. A la mort de Tchinguiz khan, son immense empire s'étendait, à l'ouest, au delà de la mer Caspienne et de la mer Noire, jusqu'à la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Russie ; à l'Est juS" qu'à la mer Orientale, y compris la Corée ; au Sud il était borné par les débris de l'empire Kin, le Tibet, l'empire de Delhi «k ce qui restait de l'empire Khwarezmien. Sous la hi/ate direction d'Ogotai, deuxième Grand Khan, les vastes, possessions de Tchinguiz furent réparties entre ses quatre héritiers : l'aîné Djoutchi étant mort, le fils de celui-<i, Batou, occupa les pays à l'ouest de la mer Caspienne; le second Djagataï eut l'Asie centrale, c'est-à-dire la région qui s'étend du Lob Nor jusqu'à Boukhara, avec Al Maliq comme capitale; Ogotaî eut l'Asie orientale composée principalement de la Chine ; enfin, Tou loui obtint les territoires d'Extrême-Orient conquis ou à conquérir. La capitale de Tchinguiz khan était Karakoroum que les Chinois appellent Holin, entre l'Orkhon et le Kokchin (ancien)

Orkhon ; son emplacement est aujourd'hui occupé par le monastère d'Erdcni Tchao. Ogotaï (t 1241) qui continue lesxampagnes de son père, met fin à la dynastie des Kin (1234) aidé par les Soung qui ne se rendaient pas compte qu'ils prépai'aient leur propre ruine ; son général Souboutaï envahit encore l'Europe (1236) et écrase à Wahlstatt. près de Liegnitz, les forces chrétiennes réunies par Henri le Pieux, duc de Silésie (9 avril 1241). A la mort d'Ogolaï, la régence fut exercée par l'impératrice Tourakina qui assura le pouvoir à son fils Kouyouk qui mourut prématu-^ rément en 1248. Grâce à l'influence de. Batou, fils de Djou tchi, et à l'influ^içe de la princesse Siourkoucteni, veuve de Tou Loui, Mangkou, fils aîné de cette dernière, est élu Grand Khan, à l'exclusion d'un descendant de Djagataï. Son frère, K'oublaï, fait la conquête du Yun Nan (1253) ; un autre frère, Houlagou, détruisit la puissance du Vieux de la Montagne (1256) et s'empara de Baghdad (10 février 1258), mettant fin à la dynastie des Abbassides, fondant la dynastie de^ Ilklians mongols de l'Iran. Ces princes mongols étaient extrêmement libéraux, et nous avons aux Archives nationales à Paris des pièces qui témoignent des relations de deux d'entre' eux, Arghoun et Oeldjaïtou avec le roi de France, Philippe 1« Bel. Mangkou est tué à la 7^ lune de 1-259, au siège de Ho Tcheou, au Se Tch'ouan ; il avait transféré sa capitale de Karakoroum à K'aï P'ing (depuis Chang Tou). Mangkou fut remplacé par son frère, K'oublaï, le plus grand des Khans mongols et le premier empereur de la dynastie mongole qui reçoit le -nom de Youen (1280). Il écrase d'abord une rébellion de son frère Arik Bouga ; en 1 267, il entreprend la construction au nord-est de Yen King, capitale des Kin, d'une nouvelle ville, emplacement du Pe King actuel, connue sous le nom de Khan Baliq, ville

du Khan, que les voyageurs occidentaux appelèrent Cam" balech, Gunbalu, etc., au Moyen^Age. En 1271, elle fut nommée Ta Tou ou T aï Tou (Grande Cour) pour la distinguer de Chang Tou (Cour supérieure). K oublaï eut à lutter contre son parent Kaïdou et, en 1279, il mit fin à la dynastie des Soung : ceux-ci, chassés de K'aî Foung (Ho Nan), 8*étment réfugiés avçc Kao Tsoung (1127) à Lin Ngan (Hang Tcheou) dans le Tche Kiang, désignés à partir de cette date comme les Nan Soung (Soung méri-' dionaux). En revanche K'oublaj, en 1274 et en I28I, entreprit contre le Japon deux expéditions désastreuses ; il fut plus heureux contre le Mien (Birmanie) dont ses généraux écrasèrent les troupes à Nga çaung khyam (1277). K*oublaï mourut en 1294, âgé de 80 ans, dans sa résidence de Ta Tou ; il fut surtout administrateur.

Un des phénomènes les plus intéressants de leur histoire est le changement qui s'opère dans la manière de vivre des Mongols. A partir de Mangkou commence et sous K'oublaï s achèVe la transformation des tribus nomades en un peuple stable. Après la mort du cinquième Grand Khan commence en Chine la décadence de la puissance mongole qui sera plus rapide encore dans les autres parties de leur vaste empire. Le Mongol chinoise a perdu 1^ vertus qui lui étaient propres sans gagner celles de celui qu'il a vaincu, et il ne tardera pas à n'offrir à ceux qui devinent sa faiblesse et l'attaquent qu'une cible trop accessible à tous les coups de la fortune adverse. Neuf empereiu's succèdent à K'ou blaï :'Tîmour (Tch'eng Tsoung), t 1307 ; Hai Chan (Wou Tsoung), t 1311 ; Aïyulipata (Bou yan tou, Jen Tsoung), t 1320 ; Choutipala (Ying Tsoung), t '323 ; Yesoùn Timour (Taï Ting Ti), t 1328 ; Hochila (Ming Tsoung), t* 1329 ; Tou Timour (Wen Tsoung), t 1332 ; Uintchepan

(Ning Tsoung), f '332 ; enfin T o Houan Timour (Chouen Ti ou Houeî Tsoung), le dernier empereur mongol de Chine s'enfuit en 1368 devant le Chinois Tchou Youentchàng et meurt deux ans plus tard.

On peut dire que c'est sous la dynastie mongole que la Chine a été véritablement révélée à l'Europe. Les premiers souverains Mongols, barbares, après avoir terrorisé toute l'Asie et une grande partie de l'Europe, se sont mués sous leurs derniers Grands Khans en des princes accessibles, sans les adopter, aux idées occidentales, et lés voyageurs européens, libres de se rendre dans l'Extrême-Orient, nous en ont rapporté les premières notions exactes que nous en ayons possédées. Au moment des croisades, au Xll^ siècle, naquit la légende du Prêtre Jean, souverain de l'Asie centrale, chrétien ; ce Prêtre Jean était en réalité le chef des Ongut, la principale des tribus Cha T'o qui sous le nom de Heou T'ang ont régné en Chine de 923 à 936 et ont été dispersés par les K'i Tan ; ce Prêtre Jean était bien chrétien, mais chrétien nestorien. Pensant qu'il pourrait servir d'intermédiaire entre les chrétiens d'Occident et ceux d'Extrême-Orient, à la suite du Concile de Lyon (1245), le pape Innocent IV envoya aux Tartares tout d'abord le franciscain Jean du Plan Carpin (1247), puis les quatre dominicains Ascelin, Simon de Saint Quentin, Albéric et Alexandre (1247) ; une autre mission fut envoyée à Karakordiim avec le cordelier Guillaume de Rubrouck par saint Louis (1248). Le connétable d'Arménie, Sempad (1248) et le roi ^ême de la Petite Arménie (Glicie) en 1254 visitèrent la Cour du Grand Khan. Le véritable fondateur de la mission de Chine fut le franciscain Jean de Monte-- Corvino, envoyé à Khan Baliq en 1289 par Nicolas IV, avec des lettres pour Arghoun Khan, en Perse, et K'oublaï

à Khan Baliq. Nous apprenons par une lettre de Monte G)rvîno, datée de cette ville en 1305, qu'il était resté seul au dthay pendant onze ans ; et que deux ans avant sa lettre, un frère Arnold, de G)logne, était venu le rejoindre; il serait donc arrivé en Chine en 1292, c'est-'à'^dire avant la mort de K'oublaï ; le succès de la mission de Monte«Corvino fut si grand, qu en 1307 Clément V lui envoya sept frères mineurs, ayant rang d*évêques, pour le sacrer comme archevêque de Khan Baliq et primat de tout l'Extrême-

^ Orient ; seuls André de Pérouse, Gérard et Peregrin arrivèrent à Pc King en 1 308 et consacrèrent Monte-Corvino en gi;ande pompe. Successivement les trois missionnaires furent évêques de Zaïtoun (Ts'iouen Tcheou) au Fou Kien. En 1312, Clément V envoya trois autres suffragants à l'arche- •vêque de Pe King, les frères Thomas, Jérôme et Pierre de Florence. Ce Jérôme fut nommé, en 1320, évêque en Cri" mée. Monte-Corvino mourut vers 1328. Ce fut un Français, ancien professeur à la Faculté de Paris, Nicolas, qui le remplaça ; il était arrivé en Chine avec vingt-six moines

'et six frères laïques. En novembre 1338, Benoit XII envoya en Chine, où ils arrivèrent en 1342, quatre franciscains : Nicolas Bonnet, professeur de théologie, Nicolas de Molano, Je4n de Florence, et Grégoire de Hongrie ; Jean de Florence

^revint à Avignon en 1353. De grands efforts avaient été faits aussi dans l'Asie centrale ; une mission franciscaine fut éti^lie dans le territoire d'Ili, et son chef, Richard de Bourgogne, nommé évêque d'Ili Baliq, avait avec lui les moines Paiical dé Victoria, François d'Alexandrie, Raymond Ruffi, et

g^eux frères laïques : Pierre Martel, de Narbonne, et Laurent a Alexandrie. Cette chrétienté fut détruite en 1342. C^endant le Saint-Siège pourvoyait avec ardeur aux besoins sans cesse renouvelés de la mission de Pe King. En 1370, Ur«

bain V envoyait de nouveaux missionnaires ; Guillaume de Prato, professeur à l'Université de Paris, était nommé archevêque de Pe King. Ces religieux furent bientôt suivis de soixante autres; en 1371, François de Podio, surnommé Catalan, fut envoyé en Chine comme légat apostolique avec douze compagnons, mais on n'entendit jamais plus parler d'eux. Aux Mongols tolérants, avait succédé la dynastie chinoise des Ming et les progrès du christianisme furent arrêtés pendant près de deux cents ans ; la mission de Zaïtoûn et les autres chrétientés du Fou Kien et du Tche Kiang n'avaient pas plus que celles de Khan Bâliq et d'IIi Baliq échappé à la destruction ; en 1362, Jacques de Florence, cinquième éyêque de 2^ïtoûn» probablement suc-* cesseur de Pierre de Florence, fut massacré par les Chinois. Les franciscains observantins, avec le P. Pedro d'Alfaro, gardien des Philippines, de la province de Saint Joseph, né à Séville, et les P.P. Jean-Baptiste, de Pesaro en Italie, Sébastien de Saint-Francisque, et Augustin de Tordesillas, ne revisitèrent la Chine qu'en 1579.

De nombreux marchands visitaient aussi l'Asie orientale et parmi eux nous citerons le célèbre voyageur vénitien Marco Polo, fils de Nicolo et neveu de Maffeo, qui avaient fait un premier voyage à la Cour du Grand Khan K'oublaï et avaient été chargés par celui-ci de lui ramener un grand nombre de missionnaires pour évangéliser ses sujets, parti avec son père et son oncle en 1 27 1 . D'Aias, les Polo passèrent par Sivas, Mardin, Mosoul, Baghdad, Hormouz, où, au lieu de prendre la mer, ils remontèrent à Kirman, au Khorasân, à Ballch, traversèrent le Badakhchan, franchirent les Pamir, passèrent à Kachgar, Yarkand, Khotan, atteignirent le Lob Nor, pénétrèrent au Tangout, et parvinrent enfin à la Cour du Grand Khan en mai 1275.

Les voyageurs furent bien accueillis par IC*ou|blaî qui prit en amitié le jeune Marco à cause de sa bonne humeur, de son habileté à raconter des anecdotes et de son intelligence et il ne tarda pas à utiliser ses talents dans différentes missions, dont la première sans doute conduisit le jeune Vénitien au Chan Si, Chen Si,- Se Tch'oUàn, Yun Nan, probablement entre 1277 et 1280. Il est présumable que Marco occupa aussi .différents postes ; lui-même nous dit que, pendant trois années, il fut gouverneur de la grande ville de Yang Tcheou.

Cependant les Vénitiens, fatigués de leur long exil, craignant, d*autre part, les complications qui pouvaient surgir à la mort du Grand Khan, auraient bien voulu regagner leur patrie, mais K*oublaï faisait la sourde oreille à leurs discrètes allusions à ce désir de quitter la Cour. Il fallut une circonstance fortuite pour qu'il leur fût permis de réaliser leurs projets. Le souverain de Perse, Arghoun, petit-neveu de K*oublaï, perdit en 1286 sa femme favorite, la Khatoun Bouloughan, et suivant le vœu de celle-ci, il envoya des ambassadeurs chercher une nouvelle épouse dans la famille du Grand Khan, qui fit choix de la princesse Kokatchin, âgée de dix-sept ans. Les Polo ayant gagné les bonnes grâces des ambassadeurs, ceux-ci demandèrent à être accompagnés par eux dans le voyage de retour ; lé vieux Khan accorda son consentement à grand'peine, mais il stipula que les Vénitiens reviendraient après avoir accompli leur mission.

Le long voyage par mer entrepris pour conduire la, piincesse mongole à son fiancé nous a valu quelques*'uns des plus importants chapitres du récit de Marco. Il fut d'ailleurs accidenté ; embarqués à Zaïtoun, au commencement de 1292, la princesse, les trois envoyés de Perse et la famille Polo furent obligés par le' mauvais temps de

HISTOIRE lOf

faire un . long séjouf à Sumatra ; ils passent au sud de rinde ; deux des ambassadeurs meurent en cours de route et, lorsque la princesse arrive en Perse, elle apprend la mort d*Arghoun le 7 mars 1291 et l'avènement de son frère fCaikhatou ;" Kokatchin épousa le fils de son fiancé : Ghazan, de physique a^sez ordinaire» — tandis qu'Arghoun passait pour un des plus beaux hommes de son temps, — mais en revanche fort intelligent. La princesse se sépara avec tristesse de ses compagnons de voyage, qui, poursuivant leur route, arrivèrent à Tabriz, et enfin, par G>nstantinople, à Venise en 1295.

Marco, fait prisonnier à la bataille de Curzola sur la côte de Dalmatie (7 sept. 1 298) par Lamba Doria, dicta dans sa prison de Gênes en français à Rusticien de Pise le récit de ses voyages ; il est mort à Venise probablement en 1325.

MiNG. — Tchou Youen-tchang, le fondateur de la dynastie chinoise des Ming, qui de bonze était devenu général, vainqueur de ses rivaux, monta sur le trône sous le nom de Houng Wou (1368) ; son premier soin fut de briser les dernières résistances des Mongols et de refaire l'unité de l'Empire ; on peut dire qu'il y réussit. Le caractère de Houng Wou se modifia avec l'âge. Lorsqu'il n'était encore qu'un général victorieux, Tchou Youen-tchang avait gagné tous les cœurs par sa clémence. Devenu Houng Wou, il se laissa entraîner à des cruautés qui ont terni sa réputation dans les dernières années de son règne. Malgré tout, Houng Wou fut un des grands souverains de la Chine, dont il chercha à étendre au loin le prestige et l'influence que lui avaient valus les succès de ses armes.

Quand il mourut en 1398, il commit la faute de désigner pour son successeur son petit-fils Tchou Yun-wen qui monta

sur le trône sous le nom de Kîen Wen Ti. Les oncles du jeune souverain, et en particulier Tchou Tai, prince de Yen, se montrèrent fort irrités de ce choix. Le nouvel empereur se débarrassa de ses parents, sauf du dernier, qui leva l'étendard de la révolte et de sa résidence Pe King, marcha contre les troupes impériales qu'il battit. Kien Wen H s'enfuit, déguisé en bonze, menant une vie errante, tandis que Yen, proclamé empereur, prenait le nien-hao de Young Lo.

Le premier empereur Ming, Houng Wou, fixa sa capitale à Kiang Ning G^an King, G>ur du Sud), mais pour des raisons politiques, son second successeur, Young Lo, transféra de nouveau la capitale de Nan King à l'ancien Ta Tou des Mongols qu'il nomma Chouen T'ien et qui devint Pe King (Cour du Nord). C'est là qu'il reçut la visite des ambassadeurs de Chah Rolch, fils de Tamerlan (I4I9-142I).

TcHENG Ho. — Dans le double but d'augmenter au loin le prestige du nom chinois et de rechercher les traces de son neveu Kien Wen Ti, Young Lo expédia l'eunuque Tcheng Ho dans les royaumes de l'Océan occidental en 1405 ; il revint en 1407 ; les années suivantes, Tcheng Ho accomplit d'autres missions, dont la septième et dernière eut lieu en 1430 ; rentré en 1435, il mourut peu de temps après.

Il est bien rare dans l'histoire de la Chine qu'à la suite du fondateur de la dynastie, souvent un chef militaire heureux, vienne une lignée de princes de valeur ; le fondateur semble avoir concentré en lui toutes les qualités essentielles à un meneur de peuples, n'en laissant guère à ceux qui devaient continuer et consolider son oeuvre. Que de fantoches dans cette liste faistidieuse de noms que rhis-

toîre inscrit dans ses Annales, mais que la mémoire ne retient pas* Cette dynastie purement chinoise des Ming intercalée entre deux dynasties étrangères, les Youen et les Ts'ing, n*a laissé aucun souvenir dans la mémoire du peuple chinois qui se rappelle encore des Han Jen ou des T*ang Chan avec reconnaissance.

Sous le dernier Ming, Tchouang Lié Ti, monté sur le trône en 1628, un chef hardi, Li Tseu'tch*eng, se révoltait et s'emparait de Pe King, tandis que le malheureux sou* verain, abandonné de tous, sauf d*un serviteur dévoué, s'étranglait dans son pavillon ou se pendait avec sa ceinture à un prunier du Mei Chan le 19 de la 3^ lune (1644).

Mais si l'histoire personnelle des empereurs Ming n'offre que peu d'intérêt, il n'en est pas de même de l'histoire de leurs relations avec les étrangers qui, k i>artir du début du XVI® siècle, visitent les ports de Chine.

Portugais. — C'est en effet sous les Ming que commencèrent à l'époque moderne les relations des étrangers avec la Chine. Les Portugais ouvrirent la route. Sous l'impulsion du prince Henri, surnommé le Navigateur, quatrième fils du roi Jean I®', fondateur de la dynastie d'Avis, après la prise de Ceuta en 141 5, les Portugais s'avancèrent le long de la cdte occidentale d'Afrique : à Madère, au cap Bojador jusqu'au cap des Tempêtes, plus tard le cap de Bonnes Espérance, qu'atteint en 1486 Barthélémy Dias qui le dépassa, mfime. Le 22 novembre 1497, Vasco de Gama doublait sans difficulté ce cap redoutable, pénétrait dans l'Océan Indi^i, remontait à Mélinde d'où il se rendait à Calicut aux Indes. L'Islam était maître de l'Océan Indien par ses cinq forteresses d'Aden, à l'entrée de la mer Rouge, d'Hor* mouz, à l'entrée^^duf^golfe Persique, de Diu, au sud de la

presqu'île de Gouzerat, de Oïlicut, sur la côte du Malabar, et enfin de Malacca, à l'extrémité de la Péninsule malaise. A la suite des intrigues de la République de Venise — dont le commerce méditerranéen se trouvait lésé par l'ouverture de la nouvelle route du Cap — avec le Soudan d'Egypte et ses alliés, les rois de Calicut et de Cambaye, le roi de Portugal envoya en mars 1505 une grande expédition commandée par Francisco de Almeida, premier vice-roi des Indes, qui, le 3 février 1509, écrasa devant Diu les flottes des trois coalisés. Almeida fut remplacé p&x Alphonse de Albuquerque qui continua son œuvre et s'empara de Malacca (août 1511), dont la chute permit aux Portugais d'entamer des relations avec les pays d'Extrême-Orient. Ils arrivèrent en Chine, à Canton, dès 1514; en 1516, Rafaël Perestrello s'y rendait sur une jonque malaise ; la même année, Fernao Pères d'Andrade visita le Tchampa et Poulo Condor et l'année suivante il allait, accompagné du pharmacien Pires, envoyé du Portugal, avec quatre navires, pénétrer à Canton en septembre 1 5 1 7 ; les succès obtenus par Fernao d'Andrade furent compromis par son frère Simon qui fut obligé de fuir de Chine en septembre 1520; Pires, qui avait pénétré dans l'intérieur du pays, périt dans les prisons de Canton. Une flotte portugaise, commandée par Mello Coimtinho, fut dispersée par les Chinois en 1522* Des établissements créés au Tche Kiang, à Liampo, et au Fou Kaen, à Tchang Tcheou, furent détruits en 1545 et en 1549. Les Portugais s'établirent à l'entrée de la rivière de Canton à Macao dans l'île de Hiang Chan, en 1553.

Espagnols. — D'autre part les Espagnols ne restaient pas înactifs : les « rois catholiques » Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille avaient fait l'unité de l'Espagne en

k puissance afabe à Grenade (1 492) ; la même année, Christophe Colomb leur donnait un monde nouveau. Convaincus que la route des Indes était découverte, les rois catholiques s'adressèrent à Alexandre VI pour obtenir donation des nouvelles terres découvertes ; le pape accéda à leur demande par ses bulles de mai 1493, fixant la limite des possessions portugaises à cent lieues à l'ouest des Açores et du Cap. Vert. Le traité de Tordesillas, le 7 juin 1494, entre le Portugal et l'Espagne, établissait la ligne de démarcation entre les deux puissances qui n'avaient pas prévu que marchant l'un vers l'est, l'autre vers l'ouest, la terre étant ronde, les deux puissances devaient fatalement se rencontrer.

C'est ce qui arriva lors de la circumnavigation de Magellan qui mît à la voile le 20 septembre 1 520, traversa au sud de l'Amérique le détroit qui porte aujourd'hui son nom et pénétra dans le Grand Océan où il fut tué en face de Cebû, dans l'île de Mactan par les indigènes qu'il avait attaqués imprudemment (27 avril 1521) ; la flotte, privée de son chef, rentra en Espagne par le cap de Bonne-Espérance sous la conduite de Sebastien del Cano. Plus tard, les Espagnols, maîtres du Mexique, envoyèrent une expédition dans le Grand Océan sous le commandement de Legazpi, qui s'empara de l'archipel baptisé Philippines d'après le roi Philippe II et fonda la ville de Manille (1572). A la suite de la conquête des Philippines, les Espagnols entamèrent des relations avec la Chine et envoyèrent au Fou Kien les pères Martin de Rada et Jerônimo Martin (1575). Pendant soixante ans, d'ailleurs, le Portugal, annexé par Philippe II (1580), resta sous le joug espagnol.

Angieterre. — Depuis l'avènemerit de la maison de Tudor et d'Henri VII, l'Angleterre cherche à se frayer une

route vers les Indes et rExtrême«»Orient ; la route du cap de Bonne*'Espérance étant barrée par les Portugais, elle cherche vers le nord«ouest et vers le nord«est un passage qui la conduise dans ces régions éloignées, mais elle ne réussit qu'à découvrir des terres nouvelles. La destruction de la grande flotte espagnole, Ylntrincible Armaiot en 1588, lui donnait la liberté des mers, tandis que la capture de la caraque portugaise Madré de Deos (7 septembre 1392) lui dévoilait le mystère du commerce des Indes. En 1596, les Anglais entreprirent leur premier voyage vers la Chine avec un caractère officiel. Trois navires, sous les ordres du capitaine Benjamin Wood, The Bear, The Bear s Whelp et le Benjamin, avaient été équipés par les marchands dé Londres, Richard Allen et Thomas Bromfield, aux frais de Sir Robert Dudley principalement ; une lettre de la reine Ûizabeth (16 juillet 15%) à l'Empereur de la Chine était remise aux deux marchands. L'expédition se termina d'une manière mystérieuse et tragique. Leur premier établissement dans TExtrême-Orient fut créé par le capitaine Saris» commandant le huitième voyage de YOld Company qui» parti en 1611, établit en 1613 une agence à Firando que les mauvais procédés des Hollandais Tobligèrent k fermer. A la fin du XVII^ siècle deux Compagnies anglaises exploitaient le commerce d'Extrême-Orient : VOld Company et YEnglish Company, créée en 1698, qui furent réunies en 1708-1709 en une seule qui fut The HonouraUe East India Company, qui dura jusqu'à la suspension de son privilège en 1858.

Hollande. — Grâce à des renseignements puisés à Lisbonne en 1594 par Comelis van Houtman, d'Alkmaar, une Compagnie des Pays lointains organisa en 1 595 une expédition

aux îles de la Sonde; plusieurs autres Compagnieè furent créées qui furent toutes amalgamées en 1602 en une seule Compagnie Hollandaise des Indes Orientales qui, en 1609« établit avec Jacques Speckx une factorerie à Firando au Japon* En 1619, la capitale des Hollandais dans les îles de la Solide fut transférée par Coen d'Amix>ine à Jacatra» qui prit le nom de Batavia. En 1622, une expédition» commandée par Cornelis Reyersz, après avoir échoué devant Macao, s'empara des îles P*ong Hou ou Pescadores dans le chenal de Formose, mais, en août 1624, les Hollandais furent obligés par les Chinois à transférer leur établisse-* ment en face, à T'ai Wan, qu'ils occupèrent jusqu'en I66I.

Mandchoux. — Le triomphe de Li Tseu-tch'cng fut de courte durée : le général Wou San-kouei, qui gardait à Chan Haï kouan la frontière contre les Mandchoux, appelle ceuxo'Ci qui accourent, s'emparent de Pe King, mais, au lieu de rétablir les Ming, s'installent à leur place, créant une nouvelle dynastie, celle des Ta Ts'ing, avec Chouen Tche comme premier empereur effectif (22 sept. 1643). Ces Mandchoux appartenaient à la même famille que les anciens Kin ; leur ancêtre, Ngaisin Gioro, appartenait à la tribu des Sou Chen, établie dans le territoire actuel de Kirin. Ses descendants. T'ai Tsou (T'ien Ming) 1616, dont le nom tartare était Nourhatchou, t en 1626, T'aï Tsoung (T'ien Tsoung, puis Tch'oung Ti) commencèrent la conquête de la Chine ; ce dernier mourut le 21 septembre 1643, au milieu du triomphe qu'il avait remporté sur Li Tseu'tch'eng»

Le premier soin des Mandchoux fut d'écraser Li Tseu-* tch'eng qui fut mis à mort par des villageois de T'oung Tch'eng, Hou Pe, auxquels il allait demander des vivres. Les Mandchoux eurent l'habileté de ne pas changer la

forme de gouvernement ; ils ne supprimaient ni les emplois, ni leurs titulaires, il les doublaient ; seule la coutume de se raser le sommet de la tête imposée aux Chinois par les conquérants marqua Tavènement d'une dynastie étrangère. Profitant des dissensions des prétendants Ming, les Tar-* tares écrasèrent leurs partisans dans le Kouang Toung et le Kouang Si et s'emparèrent de Gmton. Toutefois les Mandchoux, se rendant compte combien était précaire leur domination, voulant étouffer les idées d'indépendance des provinces, décidèrent la création de trois grandes principautés dont les titulaires chinois se prêteraient secours mutuels.

Chouen Tche. — Chouen Tche avait des relations cordiales avec le Père Jésuite Adam Schall, Président du Tribunal des Mathématiques. Saint François Xavier, mort en 1552 à San Tch'ouan, n'avait fait que d'entrevoir le continent chinois ; le véritable fondateur des missions de Chine fut le P. Matteo Ricci, né à Macerata le 6 octobre 1 552, arrivé en 1601 à Pe King, où il mourut le 1 1 mai 1610.

Ce fut sous Chouen Tche qu'arriva à Pe King la première ambassade russe conduite par Baïlcov (1656). Chouen Tche mourut le 5 février 1661 ; il laissait le trône à son fils, né le 4 mai 1654, qui prit le nien hao de K'ang Hi qu'il a rendu illustre.

K'ang Hi. — L'administration de l'Empire par quatre Régents prit fin en 1667, avec la mort du plus âgé d'entre eux. K'ang Hi, fils de Chouen Tche, malgré son jeune âge, prit en mains les rênes du gouvernement (25 août 1667). Au début de son règne, les Hollandais avaient perdu l'île de Formose, prise par le pirate Koxinga le

1^^ février 1662; les Mandchoux mirent fin au royaume éphémère de Koxinag en 1683. Les Hollandais n'avaient pas perdu l'espérance de reprendre Formose. Le 29 juin 1 662, l'amiral Balthasar Bort fut envoyé à cet effet avec douze vaisseaux et 1 .2 84 hommes ; sa croisière d'une année n'amena aucun résultat pratique, pas plus qu'une nouvelle expédition partie de Batavia le l'^^ juillet 1663, égale-* ment sous son commandement.

Une ambassade hollandaise, sous les ordres de Pieter van Hoom, est envoyée à Pe King en 1666 ; elle revient à Batavia en janvier 1668 ; cette mission, aussi infructueuse que celle de Van Goyer et que celle de Campen et de Nobel, dépêchée ensuite, ne rapportait que la permission de l'Empereur d'envoyer des ambassadeurs de huit ans en huit. ans, et de faire leur commerce, non dans le Fou Kien, mais une fois tous les deux ans, à Omton. •

Le fameux Wou San-kouei, à qui les Mandchoux devaient certainement le trône de Chine, créé Prince Pacificateur de l'Occident avec le Yun Nan et le Se Tch'ouan comme apanage, s'étant révolté, à cause de la méfiance qui lui était témoignée (1674), une guerre s'ensuivit qui amena la défaite des rebelles : Wou était mort de vieillesse et de paralysie (oct. 1678).

Russes. — Les Russes, qui avaient créé le poste d'AIbasine sur l'Amour, envoyèrent en 1 674 une mission confiée à Nicolas Spatar Milescu qui conseilla à son retour aux Albasiniens de gagner les bonnes grâces des Chinois -au lieu de faire des incursions dans leurs territoires. En effet, en juin 1685, ils chassèrent les Russes d'Albasine qui fut rasée. L'année suivante, les Albasiniens étant revenus, le si^ de leur ville fut repris, mais le 27 août-6 septembre 1 689

un traité fut signé à Nertchinsk entre Russes et Chinois ; les premiers étaient refoulés au delà du He LcAing Kiang jusqu'à la chaîne de montagnes qui 8*étend jusqu*à la mer ; d'autre part, ils obtenaient une délimitation officielle, des frontières et« chose fort importante, la liberté de circuler et de faire le commerce en Chine pour leurs nationaux munis d'un passeport en règle. Une ambassade russe, dirigée par Evert Isbrand Ides (1693), n*eut aucun résultat pratique.

En 1712, un envoyé chinois, T*ou Li«chen, par la Sibérie, se rendit sur la Volga, chez les Mongols Tourgoutes pour les engager à retourner dans leur patrie d'origine : l'Asie centrale; ce ne fut que sous K'ien Loung que s'opéra cette transmigration.

Une nouvelle ambassade russe arriva k Pe King avec Ismaïlov (1720) ; le Suédois Lange resta comme agent de la Russie dans la capitale chinoise, mais les -questions en litige ne furent complètement réglées qu'en 1727 par le traité signé k Kiakhta par le comte Sava Vladislavitch.

Un nouveau danger menaçait l'Empire, les Eleuthes (Kalmouks ou Mongols occidentaux), qui dominaient dans les T'ien Chan, menaçaient de s'avancer jusqu'au Kou Kou Nor dont la route leur était barrée par les Kalkhas. Après deux campagnes en 1690 et en 1696, le chef des Eleuthes, Galdan, vaincu, mourait en 1697, et sa disparition contrariait les plans des Russes qui le soutenaient contre les Chinois.

France. '*— La France n'entra que tardivement dans la lice pour obtenir sa part dans le commerce d'Extrême-Orient. En 1 529'<' 1 530, les frères Parmentier , pour le compte d' Angp, le célèbre armateur dieppois, organisèrent avec la Pensée et le Sacre un voyage à Sumatra, où ils moururent. D'autre

, HISTOIRE m

part, des expéditions encouragées par le tsar Fedor I^, suc-^ casseur d'Ivan IV, étaient envoyées par la route du N.-E. en Russie. Henri IV, le 1^' juin 1604, créait une C>mpagnié française des Indes qui ne réussit pas. Ce n'est qu'à partir de la création d'une grande G>mpagnie des Indes, en 1664, que commence véritablement l'action française dont le commerce était doublé et appuyé par une action religieuse. A la suite des prédications d'Alexandre de Rhodes, jésuite d'Avignon, ancien missionnaire au Tong King, trois vicaires apostoliques français furent désignés pour les pays d'Ex-* trême-Orient : François Fallu, évêque d'Héliopolis, La Motte Lambert, évêque de Beryte, et Ignace Cotolendi, évêque de Metellopolis qui mourut en route. Pour appuyer l'action des évêques et leur fournir des missionnaires, sur un terrain cédé par l'éyêque de Babylone, fut établi k Paris un Séminaire des Missions étrangères (1663'«]664).

En 1697, la G>mpagnie des Indes céda pour la Chine son privilège à une société Jourdan, Decoulange et C^®, qui équipa YAmphitrite pour Canton ; les affaires périclitèrent ; une nouvelle Compagnie de Chine établie en 1712 fut réunie avec les autres Compagnies privilégiées deicom* merce à la grande Compagnie des Indes par un édit du roi de mai 1719.

En 1685, profitant du départ du chevalier de Chaumont pour le Siam, le Roi envoya six jésuites : Fontaney, Bouvet, Gerbillon, Visdelou et Le Comte à destination de Pe King et Tachard qui resta à Siam. Les cinq jésuites établirent dans la capitale de la Chine la mission française qui dura jusqu'à la suppression de la Compagnie de Jésus. Ils our^ à prendre parti dans la grande querelle des rites chinois soulevée par le dominicain Moralez au milieu du XVli^ siècle et renouvelée à la fin. Le Patriu'che d'Antioche, Maillard

de Tournon, envoyé par Qément XI pour régler la questîcm, ne réussît pas et mourut en prison à Macao en 1710. Un nouveau légat désigné par Clément XI, le Patriarche d'Alexandrie, Mezzabarba, ne fut pas plus heureux (1720). La querelle ne finit que par la publication, le 1 1 juillet 1742, p>ar le Pape Benoit XIV, de la bulle Ex quo singulari. On imposait aux missionnaires à diestination de la Chine, aussi bien qu*à ceux qui y résidaient déjà, une formule de serment par lequel ils ne devaient plus approuver le culte . rendu à Confucius et aux Ancêtres, et ils devaient accepter ' le terme unique de 7**ien Tchou, seigneur du Ciel, pour désigner Dieu.

En 1707, K*ang Hi décida de confier aux Jésuites de sa Cour la publication d'une carte de son Empire ; cette carte, commencée le 4 juillet 1708, fut terminée en I7I8. K*ang Hi fut un véritable lettré et ce fut sous son inspiration ou sous sa direction que parurent de grands dictionnaires ou recueils, en particulier le fameux dictionnaire qui porte son nom, le K*ang Hi Tseu Tien, paru pour la première fois en 1716, dans lequel les caractères sont rangés d'après le nombre de leurs traits depuis un jusqu'à 17 traits, sous 214 clefs. En 1671, il donna une série de seize mmdmes auxquelles son fils, Young Tcheng, ajouta des commentaires et l'ouvrage fut nonuné le Cheng Yu Kouang Hivai^ le « Saint Edit ».

K*ang Hi fut le plus grand prince de la dynastie mandchoue ; il mourut le 20 décembre 1 722 ; il fut remplacé par son fils, Yin Tchen, qui prit le nien hao de Young Tcheng ; il avait 44 ans.

YouNC-TcHENG. — Le nouveau souverain commença par punir ses frères et leurs partisans qui s'étaient montrés hos-

tiles à son avènement, II persécuta cruellement les chrétiens» et les missionnaires, sauf ceux qui étaient employés au Patais, furent expulsés non seulement de la capitale, mais aussi de toutes les provinces, et furent relégués à Macao (1 724). Toutefois Young Tcheng se montra bon administrateur ; ce fut lui qui, en avril 1 732, créa le Kiotm ki tcKou, <f Cour suprême des secrets de . l'Empereur ». Il était lettré. Il mourut le 7 octobre 1735 et son successeur fut son quatrième fils, Houng Li, qui prit comme nom de règne K'ien Loung.

K*IEN LouNG. — Le grand événement militaire' de ce réghe est la destruction du pouvoir militaire des Eleuthes et la tonquête de leur pays, les T*ien Chan, annexé à l'Empire (1759). Cette nouvelle région, Sin Kiang, fut divisée, suivant que le pays était au nord ou au sud des T'ien Chan, en 7"ien Chan PeLou et en Tien Chan Nm Lou, administrés par des gouverneurs militaires, Tsiang Kiun ; à côté des fonctionnisires chinois, on conserva les chefs indigènes, begs. K'ien Lx)ung fut moins heureux dans une guerre contre le conquérant birman Alompra qui fit l'unité de son pays et imposa aux Chinois une convention de paix à Kang tun, le 13 décembre 1769.

Ce fut sous ce règne que les Tourgoutes, jadis visités par T'ou Li Chen, retournèrent dans leur pays d'origine, l'Asie centrale (1771), et que les sauvages Miao tseu, répandus sur les frontières du Se Tch'ouan et du Kouei TcheoU, furent réduits (1775). D'autre part K'ien Loung établissait au Tibet la suprématie temporelle de la Chine. L'Empereur, avec le vice-roi des Deux Kouang, intervenait (1788) en Annam où avait éclaté la révolte des Tay So'n qui avait amené la chute de la dynastie des Le.

Le commerce des étrangers à Canton avait augmenté dans de grandes proportions ; il était conduit par l'intermédiaire de marchands privilégiés nommés par les Français Marchands hanistes et par les Anglais Hong Merchants; leur réunion était le Cohang ou Cohong ; ils étaient sous la dépendance d'un fonctionnaire désigné par les étrangers comme le hoppo. Les Anglais avec l'East India Co., les Français avec la G>mpagnie des Indes orientales faisaient un commerce actif ; les Suédois, les Danois, etc., puis plus tard les Américains visitaient également Gmton. Après la destruction de la G>mpagnie des Indes, en 1770, un consulat de France fut créé à Canton le 3 février 1776. Des difficultés avec les autorités chinoises, augmentant d^année en année, décident les Anglais à envoyer une ambassade à Pe King avec Lord Macartney (1792-1794) qur nobtint pas de satisfaction, pas plus que l'ambassade hollandiûse de Titsingh qui la suivit (1794).

K'ien Loung, ne voulant pas déi>asser le nombre d'années de règne de son grand-père K'ang Hi, abdiqua le 8 février 1796 en faveur de son fils Kia K'ing. K'ien Loung, qui était un grand lettré, mourut trois ans plus tard, le 7 février 1799.

Kia K'ing. — Le règne de Kia K'ing est marqué par les révoltes des sociétés secrètes, en particulier de celle du Pe Lien kioo, secte du Nénuphar blanc, qui envahirent à Pe King le Palais impérial, d'où ils furent chassés (1813) par le prince qui régna depuis sous le nom de Tao Kouang. A deux reprises, en 1802 et en 1808, les Anglais tentèrent de débarquer à Macao, mais ils en furent empêchés par les Chinois. Non découragés par l'insuccès de la mission de Macartney, les Anglais envoyèrent, en 181 6, une ambassade

dirigée par Lord Amherst, qui fut encore moins heureuse que ia précédente. Kia K*ing mourut .ie* 2 septembre 1820.

Tao Kouang. — Tao Kouang, qui remplaça son père Kia K*ing sur le trône, eut à porter le poids des enentÈ de son prédécesseur. Les difficultés avec les Anglais à Canton augmentaient de jour en jour ; une mission, confiée par ceux-ci à Lord Napier (1834), avait échoué devant Tintran-' sigeance des Chinois. La destruction de 20.243 caisses d*opium par le Commissaire impérial Lin amena la guerre qui se termina le 29 août 1842 par le traité signé à Nan King par Sir Henry Pottinger. Outre une indemnité, les Anglais obtenaient l'ouverture de cinq ports à leur conmierce : Canton, Amoy, Fou Tcheou, Ning Po et Chang Haï ; la cession de Hong Kong, le privilège des Hanistes était supprimé. Les Américains, avec Caleb Cushing suivirent l'exemple des Anglais et signèrent un traité à Wang Hia le 3 juillet 1844. Puis la Frarfce envoyait une ambassade dirigée par M. Théodore de Lagrené qui, par le traité de Whampoa, le 24 octobre 1844, obtenait les mêmes avantages, que les Anglais ; une importante mission économique complétaîi l'œuvre des diplomates.

Chang Haï, dans la province de Kiang Sou, sur le Houang Pou, fut sous le nom de Houa ting haï, l'ancien pbrf deSoung Kiang ; en 1360, elle fut élevée au rang de hien et elle fut entourée de murailles en 1570. Le capitaine Balfour y établit en. 1843 la concession anglaise ; la oxicession française fut créée par M. de Montigny et la concession américaine par l'évêque protestant Boone en 1848.

L'île de Hongkong (Hiang Kiang) était un rocher stérile.

volcanique, à l'entrée de la rivière de Ginton. La prise de possession par les Anglais fut, faite par Sir Edward Belcher (25 janvier 1841) et le premier gouverneur de l'île fut John Francis Davis en 1844.

E^ux nations suivirent l'exemple de l'Angleterre, de la France et des Etats-Unis, le 25 juillet 1845, la Belgique signait un arrangement commercial avec la Chine ; le 20 mars 1847, la Suède et la Norvège concluaient un traité réguliei de paix, d'amitié et de commerce.

Depuis le départ de De Guignes, rentré en France en 1801, la France n'avait pas été représentée à Gmton par un consul de carrière ; le 24 novembre 1827, on avait nommé un agent consul ho>noraire dans cette ville, Benoît Gernaert, après le départ duquel la gérance du consulat de France à Canton fut confiée à Lancelot Dent. En vue des événements considérables qui se déroulaient, en Chine, on créa le 8 juillet 1839 un consulat général aux îles Phi- Kppines (Manille) et on appela à ce poste Adolphe Barrot, qui envoya à Canton Eugène Çhaigneau, nommé àSingapore et C. A. Challaye, chargé comme élève consul de la gérance du consulat de Canton (10 sept. 1839) ; enfin, le 21 septembre 1842, on nomma consul dans ce port le cpmte de Ratti-Menton, qui fut remplacé l'année suivante par M. Lèfebvre de Bécour. A la suite du traité de Whampoa, signé en 1844 par M. de Lagrené, la France se décida à supprimer ses consulats de Manille et de Canton» et à créer une légation permanente à Macao et un vice-cônsulat a Chang Haï. Le consulat de Canton ne fut rétabli que sous le second E^HPire.

Tao Kouang mourut le 23 février 1850 ayant pour six:* cesseur son quatrième fils qvi fut le misérablç emperdir Hien Foung.

HiEN FoUNG. — Tout d'abord, une formidable rébellion, dirigée par Houng Sieou-ts*iouen, qui avait éclaté au Kouang. Si, s'étendit jusqu'au Kiang où Nan King fut pris le 8 ipars 18^3 et devint la capitale de Houng qui prit le titre de T'ien Wang et donna à sa dynastie le nom de T'ai P'îng. D'autre part, une grande révolte des musulmans du Yun Nan, aux environs de Ta Li, en 1856, créait dans cette ville un petit état sous le sultan Tou Wen-sieou, malgré la soumission des deux principaux chefs. Enfin la situation avec les étrangers, devenue de plus en plus mauvaise, conduisait à une guerre désastreuse avec l'Angleterre et la France alliées.

Le meurtre, le 29 février 1856, du missionnaire français Chapdelaine à Si lin bien au Kouang Si, la saisie le 8 octobre 1856 du bateau anglais Arroiù dans la rivière de Canton furent les causes d'une intervention de l'Angleterre et de la France en Chine. Canton fut bombardé les 27-29 octobre. Le Parlement anglais, dans sa séance du 24 'février 1857, s'étant montré hostile à la politique du Gouvernement, fut dissous ; le pays donna raison au Gouvernement. Le baron Gros pour la France, Lord Elgin pour l'Angleterre étaient nommés ambassadeurs. La rébellion des cipayes aux Indes en mai 1857 retarda un peu l'expédition des troupes anglaises, mais le 29 décembre Canton était pris et le vice-roi Yé , capturé, fut envoyé prisonnier à Calcutta où il mourut. Les alliés remontèrent dans le nord : le 20 mai, ils s'emparaient des forts de Ta K^ou, à l'entrée du Pei Ho et, remontant à T'ien Tsin, ils signèrent des traités, les Anglais le 26 juin et les Français le 27 juin. De nouveaux ports étaient ouverts au commerce.

L'année suivante, lorsque les plénipotentiaires français et anglais. Sir Frederick Bruce et BourboMlon, se présen-

tarent en juin 1839 pour la ratification des traités, ils furent accueillis à coups de canon. La guerre recommença : Gros et Elgin furent renommés ambassadeurs : Montauban et Chamer furent mis à la tête des troupes et des navires français, Hope Grant et Hope à la tête des troupes et des ni(vire$ anglais. Après la prise des forts de Takou, les alliés remontèrent à T'ien Tsin puis le long du Pei Ho, où ils furent, malgré un armistice, traîtreusement attaqués près de T oung Tcheou, le 18 septembre 1860 ; le 21 septembre, la cavalerie tartare était bousculée à Pa li k*iao et les alliés arrivaient sous les murs de Pe King ; les Français occupèrent, le 6 octobre, le palais d'Eté Youcn Ming Youen qui fut pillé et les Anglais le Wan cheou chan qu'ils incendièrent le 18 octobre par ordre de Lord Elgin lorsqu'ils l'eçurent les cadavres des victimes du guet^apens de T'oung Tcheou. L'empereur Hien Foung avait fui à Djehol ; son frère, le prince Koung, resté à Pe King, signa les 24 et 25 octobre des conventions avec l'Angleterre et la France qui complétaient les traités de T'ien Tsin et autorisaient l'établissement de légations à Pe King. Les Am^icains et les Russes obtenaient des avantages semblables.

La guerre de 1860 laissait la Chine dans la situation la plus lamentable : l'empereur, tyran sanguinaire et inconscient, était en fuite à Djehol, laissant son jeune frère» le prince Koung, se débattre au milieu des difficultés ; la rébellion était maitresse de Nan King ; au Chan Toung, les mm fei pillaient et ravageaient ; au Yun ^an» Ta li restait entre les mains des musulmans ; les ports du Nord n'étaient pas évacués par les étrangers, Chang Haï non plus, et ils tenaient Canton, le grand port du Sud. Le sort de l'Empire mandchou dépendait de l'étranger : se tourneraitil vers le rebelle T'aï P'ing et il y songea, ou vers le Cou-

vemement impérial ? Ce fut à ce dernier parti qu'il se résigna sans enthousiasme. La mort de Hien Foung, le 22 août 1861, simplifia les choses ; la camarilla qui entourait le misérable empereur essaya de s*emparer du pouvoir ; elle succomba devant Ténergie du prince Kbung et l'ambition ie9( impératrices douairières.

T'ouNG TcHE. — Hien Foung eut pour successeur son jeune fils T'sai Tchoun qui reçut le nien-hao de Ki Tsiang, changé en celui de T'oung Tche après un coup d*Etat à la suite duquel, le parti réactionnaire de la G)ur ayant été battu, la régence fut exercée par les impératrices douairières Ts'eu Ngan et Ts'eu Hi, avec le prince Koung, frère du défunt empereur comme conseiller. Le premier soin du nouveau gouvernement fut d'écraser les T aï P'ing ; il y réussit grâce au concours que lui prêtèrent les étrangers, soit des Américains, tels Ward et Burgcvine ; soit des Anglo-Chinois, tels HoUand et Gordon ; soit des Franco- Chinois, tels Tamiral Protêt, tué à Nanjao le 19 février 1863, Tardif de Moidrey, Lebrethon de Caligny, d'Aiguebelle et Giquel, ainsi qu'à la grande activité du vice-roi des Deux Kiang, Tseng Kouo-fan, et ' du fou taï du Kiang Sou, Li Houng-tchang. Sou Tcheou (5 déc. 1863), Hang Tcheou (21 mars 1864), et enfin Nan King (19 juillet 1864) tombèrent entre les mains des troupes impériales ; les chefs rebelles se suicidèrent ou s'empoisonnèrent.

Suivant l'exemple des Français, des Anglais, des Russes et des Américains, d'autres nations signèrent des traités avec la Chine : le roi de Prusse et le ZoUverein (2 sept. 1 861 ), le Danemark (13 juillet 1863), l'Espagne (10 oct. 1864). la Hollande (6 oct. 1863), la Belgique (2 nov. 1865), les Italiens (26 oct. 1866), les Autrichiens (2 sept. 1869).

Cependant une grande hostilité contre les étrangers et en particulier contre les Français régnait chez lès Chinois : le 21 septembre. 187Q,. le consul de France, Fontanier, son chancelier Simpn, l'interprète de la légation de Pe King, Thomassin, et sa femme, deux Français, deux Lazaristes, trois Russes et neuf sœurs de Saint- Vincent de Paul furent massacrés à T*ien Tsin. Malheureusement la guerre qui éclata entré la France et l'Allemagne nous empêcha de tirer de ce crime inouï la vengeance qu'il méritait. Le Commissaire impérial des Trois Ports du Nord, Tchoung Heou, fut envoyé en France pour apporter les excuses de son gouvernement.

T'oung Tche s 'étant marié en octobre 1872, devenait majeur, et prenait les rênes du gouvernement le 23 février 1873 ; le lendemain, il recevait en audierice solennelle les ministres étrangers accrédités à sa Cour.; mais le jeune Empereur ne devait pas régner longtemps : il fut emporté par la variole le 12 janvier 1875. Il laissait une situation difficile causée par de nombreux problèmes extérieurs. Comme il n'avait pas d'enfant, son cousin Ts'ai Tien, âgé seulement de quatre ans, monta sur le trône sous le nom de Kouang Siu : la régence fut exercée une fois de plus par Ts'eu Hi et Ts'eu Ngàn qui mourut en 1881.

Kouang Siu. — La Chine se trouvait en présence de questions ardues à régler à la fois avec la Grande-Bretagne, la Russie et la France ; elle sut habilement les traiter successivement, en évitant de laisser ces trois nations agir ensemble.

Tout d'abord une mission anglaise organisée par le Gouvernement de l'Inde et autorisée par la Chine, commandée par le général Horace Browne, devait se rendre de

Bhamo en Birmanie au Yun Nan ,* attaquée à la frontière le 21 février 1874, l'interprète Margary fut assassiné à Manwyne ; de longiies et pénibles négociations conduites par Sir Thomas F. Wade,. ministre d'Angleterre à Pe king, aboutirent à la signature de la G>nvention de Tche Fou (13 sept, 1876), divisée en trois sections : la première réglait l'affaire Margary avec excuses et indemnité de 200.000 taels ; la seconde avait trait aux relations diplomatiques et consulaires, et la dernière, toute commerciale, était relative à l'ouverture des ports de I Tch'ang et Wou Hou, sur le Kiang, de Wen Tcheou, dans le Tche Kiang, et de Pak Hoï, dans le Kouang Toung ; c'est à la suite de cette convention que des légations permanentes chinoises furent établies à l'étranger.

Les Dzoungares de l'Asie centrale s'étant révoltés sous la conduite du petit^iils de Djihanghir, Bourzouk, et sous ceBè de Yakoub Beg, les Russes redoutant leur entrée au nord des T'ien Chan, occupèrent d'une manière temporaire la région de Kouldja en 1871. Après la défaite et la mort de Yakoub, les Chinois réclamèrent le territoire occupé par les Russes et Tchoung Heou fut envoyé à Saint-Pétersbourg pour en négocier la restitution.. Tchoung Heou signa en 1879 à Livadia un traité qui cédait à la Russie non seulement Kouldja, mais aussi la passe de Mouzarte qui conduit du Pe Lou au Nan Lou ; il accordait en outre aux Russes des avantages commerciaux excessifs dans l'intérieur de la Chine. Le traité fut dénoncé par le censeur Tchang Tche-toung et Tchoung Heou fut condamné h mort ; la guerre faillit éclater entre les deux Empires ; d^s négociations heureuses, reprises à Saint-Pétersbourg par le marquis Tseng, ministre à Paris et à Londrçs, permirent de signer dans la capitale russe un nouveau traité

(12-24 fév. 1881) par lequel la Chine rentrait en possession d'une grande portion du territoire qu'elle réclamait.

Les difficultés avec la France naquirent de l'interventiofi ' de la Chine dans les affaires d'Annam qui seront traitées ailleurs ; après les exploits de l'amiral Courbet, la situation fut définitivement réglée par le traité signe à T'ien Tsin par notre ministre Patenôtre (9 juin 1885) et la convention commerciale conclue dans cette même ville par M. Cogordan (25 avril 1886), complétée par une convention additionnelle jd'Ernest Constans (26 juin 1887).

L'empereur Kouang Siu, ayant atteint sa majorité, se maria le 26 février 1889 ; c'était la fin de la régence, mais non de l'influence de l'impératrice Tseu Hi. Une gUerre désastreuse allait préparer la chute de la dynastie.

Guerre sino-japonaise. — Le 28 mars 1894, un des Coréens qui avaient pris part à l'affaire de 1884 à Séoul, dans l'intérêt des Japonais, Kim-ok Kyoum, fut assassiné à Chang Haï par un de ses compatriotes, Hong Tjyoungou ; celui-ci, renvoyé par les Chinois, fut accueilli avec honneur dans son pays. La situation tendue entre la Chine et le Japon depuis plusieurs années rendait la guerre inévitable. Le 25 juillet, le navire anglais Kowshing^ qui portait des troupes chinoises et des munitions à l'embouchure du Ya Lou, fut coulé par les Japonais qui le 1®^ août infligeaient une sérieuse défaite à l'armée chinoise qui s'était établie dans le sud de la péninsule coréenne à Sei kouan. La guerre était déclarée le ]^^ août. Le 26, les Japonais obligeaient les Coréens à signer une convention qui mettaient ceux-ci sous leur dépendance. Le 16 septembre les Japonais bousculaient les Chinois à P'ing Yang, tandis que leur flotte le lendemain dis-

persait la flotte chinoise à Tentrée du Ya Lou ; le 21 no** vembre, ils s'emparaient de Port-Arthur et, le 30 janvier 1895, de Wci Haï Wei ; le 6 mars ils occupaient Nîeou Tchouang.' Une nouvelle armée débarquait le 23 mars à Formose et prenait Ki Loung le 3 juin. Li Houng-tchang, envoyé au Japon pour négocier les conditions de la paix,, est victime de la part d*un fanatique japonais d'une ten-* tative d'assassinat. Après de longues et pénibles négociations, le 1 7 avril, un traité était signé par les deux puissances à Shimonoseki : les conditions en étaient dures pour la Chine qui était obligée d'abandonner les Pescadores, l'île de Formose et le sud du Liao Toung ; mais, par l'intervention de la France, de la Russie et de l'Allemagne, les Chinois obtenaient la restitution de ce dernier territoire. Le traité de Shimonoseki fut suivi de cessions à bail de divers (Sorts chinois aux nations étrangères : aux Russes échurent Port-Arthur et Ta Lien Wan ; les Anglais obtinrent Wei Haï Wei au Çhan Toung et les Français Kouang Tcheou Wao, au Kouang Toung ; plus grave fut la cession obtenue par surprise et violence par l'Allemagne de Kiao Tcheou, au Chan Toung.

Allemagne. — Pendant longtemps les Allemands, pour étendre leur influence politique et commerciale dans l'Extrême-Orient, avaient cherché, à l'exemple des Anglais à Hongkong et des Français eh Indochine, à s'établir sur un point de la côte de Chine. Amoy excita leur convoitise, mais la prise de possession des Pescadores et de Formose par les Japonais, à la suite de leur guerre avec la Chine, détourna les Allemands du littoral du Fou Kien et leur fit jeter leurs regards vers un autre point de la côte. Justement le géologue bien connu , baron Ferdinand de Richthofen, avait

i24 - LA CHINE

signalé à l'attention du Gouvernement allemand la baïé de Kiao Tcheou, au Chan Toung. Le 23 juillet 18%, la canonnière allemande //fis quittait Tchefou, ostensiblement pour Nagasaki, très probablement pour Kiao Tcheou ; elle n'arriva pas à destination : un typhon la fit échouer au nord du promontoire S.-E. du Chan Toung. L'occasion perdue Tut vite retrouvée : le meurtre de deux prêtres de Steyl, les PP. Nies et Henle, le 1 " novembre 1 897, donna à l'amiral von Diederichs un prétexte pour occuper Kiao Tcheou le 14 novembre.

La Qune, trop faible pour résister à cette agrràsion ■ nijustifiable. fut obligée, par une convention du 6 mars 1 898, de céder à bail à l'Allemagne pour 99 ans, tout en gardant tous ses droits de souveraineté, une zone de 50 kilomètres à partir de la marée haute autour de la baie de Kiao Tcheou, pour le passage en tout temps de troupes allemandes ; elle accordait aussi un droit de bail sur les deux rives de l'entrée de la baie ainsi que sur un certam nombre d'îles, avec l'autorisation pour l'Allemagne de construire deux lignes de chemin de fer au Chan Toung et de mettre en valeur les gisements miniers sis dans les 15 kilomètres de part et d'autre de la voie ; l'une de ces lignes, qui allait de Tsing Tao à Tst Nan, la capitale de la province, n'avait pas moins de 434 kilomètres de longueur.

D'ailleur.'i les prétentions de l'Allemagne augmentaient; par un échange de notes du 31 décembre 1913, elle obtenait le privilège de deux lignes de chemin de fer, allant l'une de Kaomi au Chan Toung à le grande ligne de T'ien Tsin- P'ou K'eou en face de Nan King ; l'autre de Tsi Nan à la lisne de Pe King à Han K eou : c'était ta prise de possessîcHi, seulement de tout le Chan Toung, mais aussi de la vallée du Canal Impérial, d'autant plus que l'Allemagne

obtenait un droit de préférence pour les lignes de Tche fou-Wei Hien, Tsi Ning-K*aï Foung, et même pour toute extension vers Touest de la ligne Tsi Nan-Choûn Te Gigiié de Pe^King-Han K*eou).

RÉFORMES. — L'empereur KouangSiu s*était rendu compte de la faiblesse du gouvernement mandchou et du mécontentement de la population chinoise. II avait senti plus qu'aucun de ses sujets la nécessité de niodifier la politique et l'administration de l'Empire a la. suite de la guerre avec le Japon : cette triste leçon n'avait pas été perdue pour lui. Alors qu'on cherchait des victimes expiatoires pour conjurer la colère nationale, qu'on chargeait injustement le signataire du traité de Shimonoseki, Li Houiig-tchang, de fautes dont il n'était pas responsable, l'empereur porta résolument la cognée dans l'édifice croulant de la dynastie mandchoue et tenta de la sauver en en arrachant lés portions vermoulues et en la consolidant par des éléments nouveaux. Il fit appel aux réformateurs, et sa tentative généreuse reste, quoique malheureuse, la dernière belle page de l'histoire des Mandchoux en Chine.

Dès le 14 juin 1898, un décret impérial appelle les réformateurs Siu Tche-tsoiing, K'ang Yeou-wei, Tchang Youen-ts'i, Houang Tsuen-houei et Tan Se-t'oung en audience impériale. Trop de précipitation dans les réformes, plus de zèle que de savoir-faire, le manque d'appui de l'élément militaire, l'hostilité des partis réactionnaires, firent avorter la tentative généreuse de Kouang Siu, et l'in^ratrice Ts'eu Hi, tenue à l'écart, reprenant le pouvoir, sacrifie à sa soif de vengeance empereur et réformateurs par son édit de proscription du 29 septembre 1898. K'ang Yeou-wei et ses amis sont condamnés à mort ; si le premier

réussit à échapper aux bourreaux, d'autres, moins heureux, périssent dans lès supplie^ ; toute autorité est enlevée à Kouang Siu.

Boxeurs. — Cette réaction fut suivie du soulèvement d adversaires des étrangers désignés sous le terme de « boxeurs », encouragés d*abord secrètement puis ouvertement par la G>ur. Le mouvement, du Chan Toimg, ne tarda pas à gagner Pe King : le 20 juin 1900, le ministre d'Allemagne, baron von Ketteler, était assassiné dans la grande rue de Ha ta men ; les légations étrangères ainsi que la cathédrale furent assié" gées par les boxeurs jusqu'au 14 août, date à laquelle elles furent délivrées par les troupes internationales envoyées à leur secours ; la G)ur, comme en 1860, s'était enfuie ; un grand nombre de victimes avaient été faites parmi les étrangers. Après de longues négociations, un protocole final fut signé à Pe King le 7 septembre I90t par les plénipotentiaires étrangers, Li Houng-tchang, le prince K'ing. Les principaux coupables étaient châtiés, une indenuiité de 450.000.000 de haï kouan taels devait être payée, un quartier spécial devait être réservé aux étrangers dans la capitale, des missions d'excuses devaient être envoyées en Allemagne et au Japon, un véritable ministère des Affaires étrangères, Wai wou pou, devait remplacer l'insuffisant TsounsAi Yamen. Li Houng-tchang, le principal des hommes d'Etat chinois, mourait peu après le 7 novembre ] 90t. La C>ur réfugiée au Chen Si, à Si Ngan, rentra à Pe King et Ts'eu Hi ne tarda pas à redevenir plus ptiis^ santé que jamais.

Sous prétexte dé maintenir le statu quo et la piaix générale en Extrême-Orient, la Grande-Bretagne et le Japon ^t-^ gnèrent un accord le 30 janvier 1902 ; la France et la Russie

y répondaient par laccord du 19 mars 1902 ; cette dernière puissance signait en outre un traité spécial le 8 avril 1902, dans le but de restaurer et de raffermir les relations de bon voisinage interrompues par la crise de 1900.

Guerre russo-japonaise. — Le Japon et la Russie se trouvaient en présence ; à qui appartiendrait Thégémonie dans TExtrême-Orient.

Le 7 février 1904, les ministres de Russie et du Japon quittaient par ordre, l'un Tokyo, l'autre Saint-Pétersbourg et, sans déclaration de guerre, l'amiral japonais Togo attaquait la flotte russe de Port-Arthur et torpillait le Reivisan et le Cesarevitchy dans la nuit du 8 au 9 février ; le 9, le Japon et la Russie publiaient des notes, et le M , cette dernière puissance déclarait la guerre ; le 23 le ministre du Japon Hayashi imposait un protocole à la G>rée. Le 13 avril, le Petropavlosk se perdait avec l'amiral Makarov ; l'amiral Skrydlov remplaçait ce dernier comme commandant des forces navales russes. Le général Kuroki, à la tête de la première armée japonaise, force le passage du Yalou ; deux jours plus tard, Togo fait une tentative contre Poft- Arthur. Le 3 mai, le général Oku, avec la deuxième armée japonaise, débarque à Pi tse wo (Leao Toung) ; le 6, l 'avant-garde de Kuroki pénétrait à Foung Houang tch'eng. Oku, le 26 mai, enlève les lignes de Kin Tcheou et, le 8 juillet, il occupe K'aï P'ing. Eji juillet, la troisième armée japonaise, commandée par Nodzu, débarque à Ta kou chan et rejoint Oku après avoir occupé la passe de Fen chouei lin ; d'autre part, la quatrième armée japonaise, avec Nogi à sa tête, débarque à la baie Kerr et commence le siège de Port- Arthur. Une grande bataille navale le 10 août se termine par un désastre russe. Du 25 août au 3 septembre une

grande bataille fait rage à Leao Yang entre les Russes commandés par Kurop>atkin ejt les Japonus avec Oyama, Oku, Nodzu et Kuroki ; elle est suivie d'une autre grande bataille livrée sur les bords du Cha Ho du 9 au 14 octobre. Mais en janvier, Port-Arthur, défendu par le général Stoessel, se rend à Nogi Ganvier 1905). Après une nouvelle grande' bataille à Mbukden du I®^ au 9 mars (1905) livrée par Tensemble des armées japonaises avec Oyama, Oku, Nodzu, Kuroki, Nt^i, les Japonais, victorieux, le 21 mars arrêtent la poursuite des Russes. L*çscadre russe de la Baltique qui avait quitté le 2 janvier 1905 Libau, sous les ordres de Tamirat Rojestvenski, est anéantie dans le détroit de Tsou shima par Tamiral Togo. Grâce; à l'intervention des Etats-Unis, un traité est signé entre les belligérants le , 23 août- 15 septembre, à Portsmouth (New Hampshire).

SioUEN TouNG. — La mort de l'impératrice Ts'eu Hi le 15 novembre 1908, précédée la veille par celle de l'empereur Kouang Siu, allait avec une Inouvelle Régence amener un changement radical dans la situation de la Chine. Kouang Siu fut remplacé par son neveu P'ou Yi, fils de.Tsai Foung (prince Tch'oun), né le 11 févjrier 1906 ; on lui donne le nom de règne de Siouerx T'oung (22 jan*. vier 1909).

Le régent, Tsaï Foung, commet la maladresse de disgracier Youen Che-k'aï, Président du Ministère des Affaires étrangères (4 sept. 1907) et Grand G>nseiller, qui se retire dans sa province ; on ne lui pardonne pas le rôle qu'il a joué en 1898, trahissant Kouang Siu pour Ts'eu Hi, mais il est l'honmie le plus capable en Chine de tenir tête aux événements qui se préparent. La révolution a commencé au Se Tch'ouan ; on a voulu y nationaliser le chemin de

fer, par un essai de politique générale ; or, le Chinois, essentiellement particulariste, veut bien payer pK>ur les travaux de sa province, mais non pour ceux de TEmpire en général. On envoie au Se Tchouan des troupes du Hou Pe ; le centre de la Chine, la grande agglomération des trois villes du Kiang et du Han, Wou Tch'ang, Han K*eou et Han Yang, dégarnie, sont la proie facile des révolution^ naires.

Les causes du mouvement révolutionnaire chinois sont multiples : il faut tout d'abord compter la haine, tantôt ouverte, tantôt latente, mais toujours constante du vieux Chinois pour son concurrent mandchou ; l'éclat des succès des Japonais contre les Russes, qui prouvaient que les Européens pouvaient être vaincus par les Jaunes : le bruit des victoires japonaises retentit k travers l'Asie entière et l'Hindou, comme le Siamois et l'Annamite, comme le Chinois, y virent le triomphe de l'Asiatique. De là, réveil d'aspirations que l'on pouvait croire étouffées. Les jeunes Chinois se rendirent en masse à Tokyo pour y étudier, tandis que la Chine, malgré son antipathie pour les habi^ tants de l'Empire du Soleil Levant, faisait appel aux ofBciers japonais pour instruire son armée, non seulement parce qu'ils coûtaient meilleur marché que les instructeurs euro^ péens, mais aussi parce qu'ils étaient victorieux ; les étu^ diants, en même temps que la culture scientifique, prenaient au Japon des idées de progrès ,* d'autres venaient en France, et absorbaient, sans pouvoir les digérer, Jean-* Jacques Rousseau et les philosophes du XVIII^ siècle ; d'autres allaient aux Etats-Unis; ils y puisaient des idées d'une liberté dont ils ne soupçonnaient pas l'existence. Tous ces exilés volontaires apprenaient à connaître ce qui faisait la

laiblesse de leur pays ; tout en s'^percevant que leur civi« iisatîon surannée ne pouvait coexista avec les progrès de la sodété moderne, ils s*en prenaient de leur infériorité aux Mandchoux, qui n'^aient que les continuateurs d'une tradition qu'ils avaient acceptée en s'emparant du pouvoir. Les sociétés secrètes, qui pullulât en Chine, travaillaient depuis longtemps au renversement de la dynastie mandchoue, mais leurs efforts manquaient de coordination, et Tunité dans l'action leur fut donnée par les novateurs qui avaioit été puiser en Occident leurs idées de liberté et de réforme. Leur venue amena l'écroulement de toute la machine gouvernementale vermoulue.

D'autre part, le gouvernement mandchou étsât sorti de la révolte des Boxeurs amoindri, humilié devant son peuple et devant les étrangers ; il cherchait le salut dans une réorganisation de son armée; il construisait des chemins de fer ; il se donnait même une apparence de moralité en prohibant la culture du pavot, mais ses efforts mêmes pour échapper à l'abîme vers lequel il se précipitait, allaient lui créer des ennemis parmi les vieux Chinois. Les chemins de fer ruinaient les auberges et les marchands qui vivaient des mandarins et de la suite nombreuse qui les accompagnait dans leurs pérégrinations sur les grandes routes de Chine ; les anciens cultivateurs du pavot, source de l'opium, s'empressèrent, dans le Yun Nan, de se joindre aux rebelles et de reprendre la culture de la plante proscrite lorsque le mouvement actuel se produisit. Et ainsi de suite. On peut dire que la révolution a été faite autant par les vieux partis que par les réformateurs, et c'est justement l'antagonisme des intérêts qui rendra plus difficile le règlemoit de l'imbroglio chinois. Concilier des intérêts séculaires avec des réformes radicales n'est pas chose aisée.

La G>ur mandchoue, affolée, désemparée, avec un empereur enfant, $ans homme, sans chef, fait appel à Youen Che-k*aî, le seul homme capable de sauver la dynastie. Celui-ci se fait désirer ; enfin il cède aux prières : il sera le sauveur de la dynastie mandchoue menacée. Il va inunédiatement envoyer à Han K'eou ses troupes bien exercées pour écraser les rebelles. Le grand homme va faire preuve de décision et d*énergie. Rien de la sorte 1 il garde ses troupes dans le Nord et négocie avec les rebelles qui, faisant appel à tous les mécontents et aux gens sans aveu toujours prêts à jouer un rôle aux journées de révolution, voient grossir leurs rangs de jour en jour : ils ont tout le temps de se rendre maîtres de WoU Tch'ang, de se répandre dans la vallée du Yang Tseu et d'établir à Chang Haï une sorte de Grand G>nfeil. Pendant ce temps, Youen entreprend de prouver aux Mandchoux que la situation est perdue pour eux ; il réussit ; les princes sont apeurés et TEmpereur enfant abdique (31 déc. 19H). La République est proclamée et Youen Che-k*aï en devient, le 1®^ mars 1912, le premier Président, alors que Soun Yat-sen, la véritable cheville ouvrière du mouvement réformateur, n*a accepté, avec un désintéressement qu'il faut reconnaître, que le titre de président provisoire. Cette haute situation à laquelle Youen est arrivé ne suffit pas à Tambitieux personnage ; il cherche à se débarrasser de rivaux possibles ; une nouvelle révolution se produit en 1913 dans les provinces du Sud. Youen en profite pour assurer ses projets : le 11 décembre 1915, il se fait offrir l'Empire qu'il refuse tout d'abord ; comédie qui ne trompe personne ; il l'accepte deux jours plus tard ; mais devant la révolution grandissante, il ne célèbre pas son accession au trône et il meurt peu après (6 juin 1916), plus rapidement qu'il ne l'eût désiré. Mais le gâchis con-

tînue et un grand danger menace l'indépendance de la République naissante.

Japon. — Le Japon s'est substitué à la Russie en Mandchourie et il transforme en annexion le protectorat qu'il avait imposé à la G>rée. Les circonstances allaient lui permettre de tenter d'établir son hégémonie sur l'Empire du Milieu, l'objet de son envie séculaire.

Au moment où la grande guerre éclata, le Président de la République chinoise proclama sa neutralité le 6 août 191 4. Le 15 août, le Japon envoyait à l'Allemagne un ultimatum pour l'inviter à retirer immédiatement des eaux chinoises et japonaises les bâtiments de guerre et navires armés ailednands de tout genre et à remettre aux autorités japonaises, le 15 septembre au plus tard, l'intégralité du territoire, cédé à bail, de JCiao Tcheou, en vue de sa restitution éventuelle à la Chine. L'ultimatum étant resté 'sans réponse, le Japon déclara la guerre à l'Allemagne le 23 août 1914. Le 7 novembre, Kiao Tcheou capitulait et les troupes japonaises et anglaises pénétraient dans la ville, qui fut ouverte au commerce le 1®^ janvier 1915.

Le 18 janvier 1915, le ministre du Japon à Pe King, Hioki, remettait au Président Youen Che-k'aï vingt et une demandes réparties en cinq paragraphes, qu'il avait reçues à Tokyo, le 3 décembre 1914. C'était la main-mise par les Japonais, non seulement sur le Chan Toung et la Mandchourie, mais aussi sur la politique et les finances de la Chine. Le gouvernement de Pe King hésite à accepter cette mise en tutelle.

Les Japonais renforcent leurs garnisons de Chan Toung et de Mandchourie et, le 7 mai 1915, le ministre du Japon à Pe King remet au Ministre des Affaires étrangères un

ultimatum exigeant une réponse satisfaisante avant 6 heures de l'après-midi, le 9 mai ; le 8, la Chine cédait, et le 25 mai, son représentant, Lou Tseng-tsiang, ministre des Affaires étrangères, signait avec Tenvoyé japonais Hipki Eki Juhsii une série de traités relatifs au Chan Toung, à la Mandchourie méridionale et à la Mongolie intérieure orientale. Le Japon, pour mieux assurer sa domination sur la Chine, s'opposait à ce que cette puissance, — qui s'offrait à le faire dès août 1914, — prît part à l'attaque dirigée contre Kiao Tcheou par les Anglo- Japonais ; de nouveau, en novembre 1915, le Japon l'empêche de se joindre aux puissances de l'Entente et ce n'est que le 14 août 1917 que la Chine peut déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche, alors que le Japon s'est assuré, en février, l'appui du Gouvernement Impérial de Russie au sujet de ses desiderata concernant la cession éventuelle au Japon des droits appartenant à l'Allemagne au Chan Toung et des iles allemandes occupées par les forces japonaises dans l'Océan Pacifique au nord de l'Equateur. Le Japon se fait donner d'autres promesses d'appui par la Grande-Bretagne le 1 6 février 1917, par la France le 1®^ mars 1917 et par l'Italie le 28. Il est certain que la Chine n'a signé que contrainte les accords de 1915. Mais, lésée dans ses intérêts, la Chine a refusé d'accepter le traité de Saint-Germain ; elle boycotte les marchandises japonaises et le parti favorable dit parti Ngan Fou aux prétentions de Tokyo vient, dans la personne du maréchal Touan Ki-jouei, d'être battu par le général Tchang Tso-ling, inspecteur des trois provinces orientales, sous les murs de Pe King (août 1920).

Outre la question japonaise difficile à régler, la République chinoise doit lutter contre ses propres divisions : elle est aujourd'hui plongée dans un état chaotique qui

peut se comparer à celui de la Russie. Le pouvoir ai^iartîent en entier aux armées que dirigent des chefs militaires luttant les uns contre les autres dans Tintérêt de leur ambition personnelle; ce sont eux qui entretiennent la désunion entre le nord et le sud de l'Empire ; entre leurs mains, le Parlement et le Président de la République lui-même ne sont que des jouets qu'ils font mouvoir à leur gré. L'accord n'est pas encore fait entre le Nord et le Sud» alors que la seule chance de salut pour la- Chine menacée aussi par le bolchevisme est dans l'union de tous les partis.

La Chine ne se maintient encore que par ses coutumes ancestrales et son droit coutumier : le peuple est excellent, mais l'administration est pourrie ; jalousie des fonctionnaires les uns contre les autres, rivalités personnelles, compétitions de toutes sortes, ambition démesurée, corruption sans égale, profonde ignorance, manque de désintéressement, absence d'idéal, patriotes plus bruyants que sincères : voilà ce que nous présente la nouvelle Chine, nous cachant les vertus réelles de la vieille Chine.

Page 1