‹ La ChineChapitre 10 sur 79 · RELIGION. SECTATEURS DE CONFUCIUS · texte numérisé non relu

RELIGION. SECTATEURS DE CONFUCIUS

Confucias. — Caractère de sa morale. — quatre livre*. Le*

cinq livre* canoniques.^ Livre de vers. — Le Chon-king , jfrag ment d’une histoire ancienne. — Le livre des rites. — Ouvrage historique de Confucius. — ï-king, livre mystique. — Ses analogies avec la doctrine de Pjlhagore. *- Théorie de la création. — Objets du culte .public. — Sacrifices. — L'Être-Suprême reconnu par l’empereur.

On a remarqué que les erreurs de l’esprit humain formaient une partie considérable de son histoire : c’est pour cette raison que les différentes sectes religieuses ou philosophiques, qui divisent l’ii»mense population de la Chiné, réclament toutes également notre attention, quoique la doctrine de Confucius ait droit à la plus grande part, comme constituant La base même du système gouvernemental. Cette dernière doit peut-être une partie de sa prépondérance au temps où elle s’établit, c’est-à-dire à lepoqqsjr où le pays était partagé en une multitude de petits É&ls, dépendant, il est vrai, 5’ un chef unique,* maÿi toutefois régijÿar des lois particulière?, situation beautfbsjp plus favorable à la liberté et à la bonne administration que la réunion de l’empire sous un maître absolu, t ,•>

ü * LA CHINE.

Rong-fou-lseu ou Confucius, comme les jésuites l’ont • appelé, naquit cinq cent cinquante ans avant Jésus- Christ, dans le district appelé aujourd’hui Rio-feou-liien, dépendant de la principauté de Lou , à l’est du grand canal (province de Chan-tong) .On remarquera, d’après la date, qu’il était contemporain de Pythagore.

On dit que Confucius, dès l’âge le plus tendre, était indifférent aux amusements ordinaires des enfants de son âge , et qu’il se livrait à de graves et sérieuses études. Fils du premier ministre du royaume où il était né, il se consacra entièrement à la science morale et politique , et ne s’inquiéta point des superstitions populaires de son pays. Sa doctrine constitue donc plutôt un système philosophique, sous lif point de vue de la morale alliée à la politique , qu’un système religieux quelconque. Les efforts du sage tendaient principalement à corriger les vices qui s’étaient introduits dans l’Etat, et à remettre en vigueur les maximes des ancien» rois, tels que Yao, Chun et autres, célèbres dans l’histoire ou la tradition.

On voit qu’il était sincère, et qu’il n’avait point l’intention de faire servir ses théories réformatrices à des projets d’ambition, par l’empressement avec lequel il abandonna le poste où scs talents l’avaient élevé, lorsqu’il crut que ses conseils éjaienl inutiles et son inlluenco sans effet pour le rétablissement de l’ordre.

La partie de la Chine moderne qui est au nord du grand Riang , se trouvait alors divisée en une communauté d’Etats, dont le royaume où était né Confucius formait seulement une partie intégrante. Il traversa ces divers paysvoyageanten simple particulier, dans une condition voisine de findigence, se consacrant â l’instruction de toutes les classes et à la propagation de ses préceptes de vertu et d’ordre social. Telle fut l’influence del’exemple qu’il donnait, qu’il réunit bientôt trois mille disciples, dont soixante-douze se distinguèrent plus par-

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ticulièrement par leur attachement à sa personne et la pratique de sa doctrine. Les chefs de plusieurs Etals le recherchèrent alors, et l’employèrent dans des postes importants qui tendaient à donner à son expérience et à ses talents un nouveau degré de maturité ; mais à la fin il se retira dans la compagnie de ses disciples de prédilection, pour étudier la philosophie et composer ou compiler les ouvrages célèbres qui ont transmis son nom à la postérité, et sont devenus les livres sacrés des Chinois,

Parmi les doctrines de ce grand moraliste Oriental, on pourrait citer celles qui ont obtenu l’assentiment de tous . les peuples, et qui ne sauraient être surpassées en excellence, comme règles de conduite. U enseigna aux hommes à «traiter les autres comme ils voudraient qu’on les traitât eux-mêmes, et à surveiller leârs pensées secrètes » comme les sources et l’origine des actions!

Il y a cependant beaucoup de choses à blânter dans les principes du sage Chinois, comme dans toutes les doctrines philosophiques purement humaines. 11 a poussé ses prescriptions sur le devoir filial jusqu’à un point absurde et pernicieux , comme par exemple d’enjoindre à un fils *de ne pas vivre sous le même ciel » que l’assassin de son père, pu en d’autres termes, d’exercer la loi du talion, et de le mettre à mort. C’est ce principe queleshommesd’ElatdelaChineonttoujours eu en vue, parce qu’il tendait, selon eux, h corroborer Ta utorité*de l’empereur, du moment qu’ils la présentaient comftie fondée sur les droits qu’un père exerce sur ses enfants.

Confucius était renommé pour sa modestie et son humilité sincères ; mais cette partie de son manteau ne s’eH point étendue jusque sur ses disciples modernes; car se distinguent par quehjues unes des qualités des ; ciensV^lessêm^lexÿt'^fen plu» encore à cette seÿte tfjjps le rapporî^^» vanité, et de suffisant qui ’mgfajfent

j^ur conduite ^ ^ f-

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Le philosophe n’avait eu qu’un fils du mariage qu’il contracta à l’âge de dix-neuf ans; ce fils mourut avant lui • en laissant un enfant qui hérita des vertus de son aïeul, et parvint aux premières dignités de l’empire;

Le fondateur d’une autre secte, dont les membres s’appellent Tao-ssé , ou « les docteurs de la raison , » fut w contemporain du grand philosophe qui lui valut peutêtre une partie de la vénération qu’on a aujourd’hui pour sa mémoire, êar on assure que Confucius se rendit chez lui dans le seul dessein d’examiner cl d’approfon- . dir ses principes.

Après avoir achevé son dernier ouvrage , le Tchuntsieou qui était l’histoire du- siècle où il pvait vécu, Confucius mourut à l’ûge de soixante-treize ans, vivement regretté des chefs des petits Etals, dont il avait réformé • les mœurs publiques et privées. Le temps n’a fait qu’ajouter à sa réputation, car, après plus de deux mille ans, sa mémoire est encore révérée en Chine par les individus de toutes les sectes et de toutes les opinions. Des temples et des châsses lui ont été élevés.

Le docteur Morrison, dans la première partie de son Dictionnaire, cite diverses particularités extraites de livres chinois, concernant la vie du sage. Confucius avait, diton, plus de neuf coudées de haut , et quelles que pussent être alors les proportions de celte mesure, il est certain qu’il était d’une taille élevée, puisqu’on l’appelait généralement « l’homme à haute stature. » Plusieurs prodiges marquèrent sa naissance. Au moment de son apparition sur la terre, deux dragons entourèrent la maison de son père, et une musique céleste se fit entendre aux oreilles de sa mère. Lorsqu’il naquit, on trouva celle inscription sur sa poitrine : • L’auteur d’un système pour le gouvernement du monde. » r 2

On fait remonter la généalogie de Confucius jusqu’au monarque mythologique Iloang-ti qui passe pour avoir

existé plus de deux mille ans avant Jésus-Christ. Malgré cette ancienne origine , la moralité de sa famille et lu sienne môme donnèrent quelque prise à la censure, car il répudia sa fenqne légitime, et cet exemple fut suivi par son fils et son petit-fils.

Lorsqu’il eut terminé ses voyages, et qu’il se fut retiré dans son pays natal, à l’àge de trente ans , il lui arriva un grand nombre de disciples. « A quinze ans (dit le philosophe dans le Lun-ju) je commençai à me vouer j au culte de la sagesse, et à trente ma résolution fut invariablement fixée. » La fin de sa vie ne fut rien moins que tranquille, car il était sans cesse occupé des affaires publiques ou mêlé aux querelles des petits Etats.

line bataille dans laquelle le souverain de Lao fut défait * obligea Confucius à fuir au nord, vers le Royaume de* * Tsi , situé dans le golfe moderne de Pé-tchi-li. Entrera cinquantième et sa soixante-dixième année, il fut absent* de sa patrie durant quatorze ans. Il avait soixante-dix ans lorsque son disciple favori , Yen-hoeï, mourut; il en demeura inconsolable et s’écria dans l’amertume douleur :

a Le ciel , le ciel m'a détruilj «

Dans sa soixante-treizième année, peu de jours ava de mourir, il fit quelques pas en s’appuyant sur son bâton , et soupira en s’écriant f •

« La montagne s'écroule , -> - ,

» La grosse poutre cède , f ‘

» Et le sage se flétrit comme une plante. »

En faisant remarquer à un de ses disciples que l'empire avait été long-temps plongé dans un état d’anarchie , il lui raconta un rêve qu’il avait fait, et qu’il regardait comme le présage de sa mort. Ce présage se vérifia, car,

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après sept jours de maladie , il rendit le dernier soupir.

Le dix-huitième jour de la seconde lune est observé par les Chinois comme l’anniversaire de la mort de leur législateur. Sous la dynastie des Han , long-temps après sa mort, on l’honora du plus haut titre, celui de Kong, et plus tard on l’appela le précepteur souverain.

La dynastie chinoise des Ming, qui succéda à celle des Mongols, le nomma « le plus saint Instituteur des temps anciens , » titre que la famille tartare actuelle lui a conservé. Quoiqu’il n’eût laissé pour seul descendant qu’un petit-fils, son nom s’est perpétué pendant soixante-sept ou soixante-huit générations jusqu’à ce jour.

* Des honneurs et des privilèges ont toujours été accordé§ à sa famille. Les chefs ont été anoblis, et du temps "de Kang-hii le nombre total de ses descendants mâles s’élevait à onze mille. Dans toutes les villes, il y a un temple ‘ dédié à Confucius ; l’empereur lui-même, les magistrats •et tous les lettrés lui rendent hommage.

Le philosophe s’exprimait quelquefois comme s’il était convaincu d’avoir reçu la mission spéciale d’instruire le mùnde. Dans un moment de danger apparent, il s’écria : » Si le ciel a décidé que ma doctrine ne périrait pas, les hommes de Kouang ne peuvent rien sur moi. »

Le docteur Morrison a observé avec raison que Confucius ayant passé toute sa vie au milieu des affaires politiques, ses maximes se rapportent principalement aux devoirs sociaux qui ont une portée politique. Son système n’est pas, comme beaucoup d’autres, fondé sur des notions abstraites d 'indépendance et d 'égalité (notions qui n’ont aucun fondement naturel), mais sur des principes de dépendance et de subordination. C’est probablement ce trait distinctif de sa doctrine, qui l’a rendue chère à tous les gouvernements qui se sont succédé en Chine depuis tant de siècles. Il a certainement sur tous les philosophes de l’antiquité païenne, sur tous les grands insti-

tuteurs, l’avantage d’avoir exercé une influence plus considérable, et d’avoir laissé après lui un souvenir que les siècles ont rendu de plus en plus glorieux. Il est certain qu’aucun philosophe païen n’a influencé une portion aussi immense de la race humaine. Quels que soient les sentiments ou les opinions d’un Chinois à son égard , il a toujours soin de le traitér avec respect. Ainsi que nou» l’avons déjà remarqué , le Confucianisme est plutôt une philosophie qu’une religion ; c’est ce qui' fait qu’il ne saurait entrer en opposition directe avec une croyance religieuse quelconque. Les catholiques n’ont été molestés en Chine que du jour où ils ont voulu heurter de front les institutions civiles et sociales : jusqu’alors ils avaient vécu sans être inquiétés.

lin coup d’œil sur les ouvrages originaux, ou lescomjiilations de Confucius et de ses disciples, nous mettra à même de porter un jugement sur l’école philosophique et littéraire dont il a été le chef, et qui constitue encore à présent le type de l’orthodoxie chinoise.

Les livres classiques ou sacrés sont au nombre de neuf en tout, savoir : les « quatre .livres » et les « cinq ouvrages canoniques. » »• > . . .

Dans le cours d’une éducation réguliè/e, on étudie et l’on apprend par cœur les premiers; on passe ensuite aux autres; et une connaissance approfondie de ces neufs livres, ainsi que des commentaires et des, éclaircissements qui les accompagnent, est indispensable à ceux qui veulent postulef des grades littéraires ou des emplois. , - •

Le texte de ces ouvrages tient peu de place , mais les nombreuses gloses dont on les a augmentés, à différentes époques, les ont considérablement grossis. L’imprimerie, qui donne au* Chinois un avantage si grand sur les autres peuples de l’Asie , jointe à la modicité du prix du

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papicf , a contribué puissamment à multiplier les copies ad înfinitum, et à les mettre entre les mains de tous les individus.

I. Le premier des quatre livres est le Ta-hio, titre que les jésuites ont très bien traduit par « l’école des adultes,» car il signifie littéralement «l’étude des* grandes personnes. » Ln ouvrage d’une composition plus récente, nommé par opposition Siao-hio, « l’étude de la jeunesse, » précède ordinairement l’autre dans l’éducation.

Le Ta-hio démontre d’abord que l’économie et le gouvernement d’une famille doivent avoir leur source dans la connaissance et l’empire de soi-mème ; ensuite, partant de là pour étendre le principe de direction domestique au gouvernement d’une province, il déduit de ce dernier point les règles et les maximes qui doivent présider au gouvernement de tout l’empire.

La première section de l’ouvrage est attribuée à Confucius lui-même , et les dix autres à son principal disciple. On aura une idée de l’obscurité et de la concision du stj le de ces antiques compositions, lorsqu’on saura que le texte seul contient moins de deux mille mots ; il embrasse cependant de vastes sujets : le perfectionnement de soi-même, la direction d’une famille, le gouvernement d’une province et la règle d’un empire. Le but de l’ouvrage est évidemment politique, et dans cet exemple, comme dans d’autres, le philosophe et l’homme d’État de la Chine pose sur la morale les fondements de sa politique, et c’est ainsi qu’il présente la conduite d’un père de famille envers ses enfants, comme le prototype de celle d’un monarque envers ses sujets.

Dans la sixième section de l’ouvrage, on inculque «la » beauté de la vertu » un peu à la manière des stoïciens, et l’on en recommande la pratique comme une espèce de touissance. 11 y a beaucoup de sagesse dans cette maxime:

« Celui qui gagne le cœur du peuple affermit son trône; mais celui qui perd le cœur du peuple perd aussi son trône. » On peut croire que le souvenir de cette sentence a tempéré dans la pratique la théorie absolue du gouvernement, et assuré sa stabilité.

Une analyse détaillée des classiques chinois serait ici déplacée; nous terminerons donc notre notice sur le Ta-liio par une citation tirée de la dixième section. On pourrait la signaler à l’attention des financiers européens.

« Que ceux qui produisent le revenu soient en grand nombre , et ceux qui le consomment en petit nombre ; que les producteurs aient toutes les facilités désirables , et que les consommateurs soient économes ; c’est ainsi qu’il y aura constamment un revenu suffisant.»

Et (on aurait pu ajouter) point de dettes nationales. Il existe une excellente traduction du Ta-hio, accompagnée du texte, dans la C lavis sinica du docteur Marsliman,

II. Le titre du second des quatre livres est Tchongyong , qui signifie « l’invariable dans le milieu. » C’est l’application de la maxime grecque

il Si (iCTOTYi; tv naaiv ixuipaharipx

que « le milieu est en toutes choses la règle la plus sûre.» Quelques vicissitudes qu’un homme puisse subir, on lui apprend à n’ètre jamais ni hautain dans une position élevée , ni vil dans une position humble. Il ne faut pas croire cependant que les trente-trois sections qui divisent l’ouvrage soient toujours d’une nature pratique , car elles contiennent beaucoup de choses obscures , et quelquefois presque inintelligibles. L’ouvrage sert en général à exposer les idées des Chinois sur la nature de la vertu.

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Us divisenl ordinairement l’espèce humaine en trois grandes classes.

1 . Les C’hing parfaits ou inspirés, qui sont sages ou vertueux, indépendamment de l’instruction ; les saints de la Chine.

2 . Les Uien, bons ou moraux, qui deviennent tels à l’aide d’études et d’application.

3. Les Va, vicieux ou indignes, qui dégénèrent en cet état malgré l’enseignement.

Les Chinois pensent que l’homme est originairement pur et enclin à la vertu, et qu’il ne se pervertit que par la force du mauvais exemple, en devenant souillé de ce qu’ils appellent la poussière du monde.

Hésiode a dit dans le même sens :

« Il est vraiment le meilleur des hommes celui qui de lui-même est sage en toutes choses ,

» Et il est bon celui qui est docile aux leçons d’un bon maître ;

» Mais celui qui n’est sage ni de lui-même, ni en écoutant les autres ,’

» Et demeure indifférent aux avis , celui-lè est l’homme indigne.»

La meilleure traduction du Tchong-yong est celle de feu Abel Rémusat , professeur de chinois à Paris ; mais on a condamné avec raison la servilité du traducteur, car cet ouvrage demandait , à cause de son obscurité même , à être traduit avec quelque liberté , afin de paraître intelligible.

111. Le Lun-yu, les conversations ou « les sentences» de Confucius, recueillies par ses disciples, avec le récit des actions remarquables de sa vie , fonne un Boswell chinois des plus complets. C’est aussi le style de la conversation qui a été choisi, ainsi qu’on peut le voir par ces 4 exemples.

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