‹ La ChineChapitre 11 sur 79 · LUN— YU · texte numérisé non relu

LUN— YU

Un disciple disait : « Que doit faire le sage pour mériter un beau renom? » Confucius répondit : « Qu’appelez-vous un renom ? » L’autre répliqua : « Être connu parmi les nations et dans sa "patrie. » Confucius dit :

« Ce n’est uniquement que de la notoriété, et non point un véritable renom; car le renom consiste dans une intégrité, une sincérité parfaites, dans l’amour de la justice, dans la connaissance du cœur humain , et dans l’humilité , » etc.

BOSWBLL.

( En parlant de Goldsmith, il disait :) « Monsieur, il a si peur qu’on ne prenne garde à lui, qu’il lui arrive souvent de parler, uniquement de crainte que l’on oublie qu’il est présent. — Bosivell. Oui , il se pose. — Johnson. D’accord , monsieur; mais l’homme qui veut se poser doit tâcher de se mettre dans une posture qui ne donne point de prise au ridicule , » etc.

A notre avis cependant, l’avantage reste au philosophé moderne. L’ouvrage consiste en tout en vingt chapitres, divisés en deux parties égales, les Chang et Ilia ( première et seconde). Les maximes roulent principalement sur la conduite particulière ou publique , sur la morale ou la politique. On raconte avec minutie les habitudes du philosophe. «Il était doux quoique ferme, majestueux sans être sévère, grave, et néanmoins agréable. » Il parait » avoir beaucoup aimé la retraite. « Les vertus des gens de «

„ la campagne, remarque-t-il, sont admirables; celui qui choisit une résidence , et qui refuse d’habiter au milieu des villageois , ne saurait passer pour sage.» . , .

Voici un échantillon du style dir Lun-yu. Confucius répondit à un disciple qui le priait de lui définir l’homme

d’une vertu supérieure : « Il n’a ni crainte ni souci. » Cela seul constitue-t-il le type? répliqua le disciple un peu surpris. — « Si un homme, continue le sage, se sonde, et ne trouve rien qu’il puisse se reprocher, doit-il avoir de la crainte ou du souci? »

C’est ce qu’a dit Horace :

« Nil conscirc sibi , nullâ pallcsccrc culpâ. »

Le philosophe chinois passe pour avoir aimé passionnément la musique, et pour avoir fait quelques efforts dans le but de l’améliorer. Plusieurs articles du Code pénal sont fondés sur ses maximes, celui entre autres où il est dit « que les enfants et les proches parents ou les serviteurs ne seront point punis pour avoir caché les fautes de ceux avec qui ils demeureront.» Le législateur parait avoir eu en vue par là de fortifier les liens de la parenté et les liens domestiques , en s’inspirant de ce précepte de Confucius : « Le père peut cacher les fautes de son fds , et le fils celles de son père ; la vertu consiste en cela. »

Le passage le plus remarquable des quatre livres, et la meilleure maxime de Confucius est la suivante. Comme on lui demandait s’il était possible d’exprimer par un seul mot la conduite la plus convenable que pût tenir un homme durant toute sa vie , il répliqua : « Le mot Chou ne siérait-il pas bien? » et il l’expliqua de cette manière : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fissent. »

« Il y a trois choses, dit-il encore , auxquelles il faut prendre garde dans la vie. Quand un homme est jeune, qu’il prenne garde à ses appétits ; quand il est d’un certain âge, à ses passions; et quand il est vieux, surtout à l’avarice.» ,

Le passage suivant est digne d’attention. .» Comment

» un homme , dans une position ordinaire , peut-il servir «son prince?» Réponse. « Lorsqu’il est privé d’emploi, «son unique objet est d’en obtenir un; et lorsqu’il l’a » obtenu, sa seule anxiété est de le conserver (i).«

L’extrême concision du langage dans lequel ces livres sont écrits en rend l’explication fort difficile en anglais , autrement qu’en employant des circonlocutions; de là les fautes apparentes que l’on a ridiculisées dans quelques unes des traductions des missionnaires protestants, qui croyaient qu’en se conformant au mot à mot , ils rendraient mieux l’esprit de l’original ; ce qui est bien souvent tout le contraire. Cette obscurité des quatre livres est quelquefois très commode aux gouvernants de la Chine , qui peuvent , dans l’occasion , interpréter leur grand oracle de la manière la plus favorable à leurs desseins. Telle est aussi l’opinion d’un de nos correspondants, qui a passé la moitié de sa vie à Péking. « Confu- «cius est toujours grave, sentencieux, laconique, mysté- » rieux; les lettrés y trouvent tout ce qu’ils veulent. »

IV. Immédiatement après Confucius ( similis aut secundus) vient le célèbre Mencius, ainsi appelé par les jésuites du chinois Meng-lseu, qui est son véritable nom. Il vivait environ un siècle après Confucius, dont il expliqua et propagea la doctrine. Son livre toujours joint aux trois ouvrages moraux, forme avec ces ouvrages les quatre livres classiques.

Comme à l’ordinaire, on dit que sa naissance fut précédée de divers prodiges ; mais la partie la n^pins fabuleuse de la légende attribue les vertus et le profond savoir de Mencius aux excellents préceptes et à l'exemple de sa içère, femme prudente et attentive, qui prit tant de soins de son éducation, qu’elle changea trois fois de résidence pour 'trouver un bon voisinage.

(ij Cltap. KlU) suct. là. ^

Elle l’envoyait à l’école , et restait à tisser pour subvenir à leur existence commune; mais n’étant point satisfaite de ses progrès, elle en demanda la raison , et apprit avec douleur qu’il était vagabond et paresseux. Là-dessus, elle déchira la toile qu’elle tissait, en partie de désespoir, et en partie pour exprimer figurativement ce qu’elle désirait qu’il se rappelât; car lorsque le jeune Mencius effrayé l’interrogea, au sujet de ce qu’elle venait de faire, elle lui donna à entendre que sans xèle et sans efforts, il lui serait aussi inutile d’aller à l’école pour devenir instruit, qu’à elle de commencer une toile et de la déchirer pour avoir des vêtements et de la nourriture.

11 saisit l’allusion, et devint si studieux, que plus tard il ne fut inférieur en sagesse qu’à Confucius seul.

Autre anecdote. Le jeune Mencius voyant quelques animaux récemment tués , demandait à sa mère ce qu’on allait en faire; elle, en riant, lui dit : « On les a tués pour te nourrir. » Mais après quelques réflexions , elle se repentit de ces paroles, parce qu’elles pouvaient apprendre à l’enfant à mentir. Elle acheta donc une portion de la viande de ces animaux, et la lui donna, afin de confirmer par le fait ce qui lui était échappé. Les Chinois la regardent comme le modèle des mères.

Mencius vécut jusqu’à quatre-vingt-quatre ans , et sa mémoire ne fut honorée publiquement que sous un empereur de la dynastie des Song, qui, vers l’année io85 de notre ère, lui éleva un temple dans la province de Chanlong, où il avait été enseveli, Mencius obtint alors une place dans le temple de Confucius. Kia-tsing, empereur de la dynastie des Ming, qui expulsa les Mongols, renouvela tous les honneurs que l’on rendait anciennement à la mémoire du sage , et nomma un de ses descendants , réel ou supposé , membre du collège des Han-lin , titre qui devait^rester héréditaire dans sa famille.

" Le livre de Mencius, dont le contenu excède celui des

trois autres'réunis, a principalement pour objet d’inculquer ce grand principe de Confucius, le gouvernement philanthropique. A notre avis, c’est le meilleur de tous ; et malgré quelques obscurités, le livre renferme des passages qui ne dépareraient pas des compositions écrites dans des temps plus modernes et plus éclairés. Il est curieux de trouver dans le manuel d’un gouvernement absolu des sentences qui ont avec les droits de l’humanité et le bien public en général, une affinité beaucoup plus grande qu’on n’aurait pu le croire. Rien effectivement n’est plus remarquable, dans ces quatre livres, que la liberté avec laquelle Confucius et Mencius donnent des conseils aux rois. Par exemple ( chap. VII ) , en réponse à une proposition du souverain, tendant à ce que certaines taxes injustes fussent seulement allégées pour l’année alors courante, puis abolies l’année d’après, Mencius répliqua : « Ce serait agir comme un homme qui déroberait les biens de son voisin, et qui, en étant blâmé, répondrait : Je lui en enlèverai moins chaque mois, et je cesserai tout-à-fait l’année prochaine. Si vous reconnaissez que la taxe est injuste, renoncez-y immédiatement. »

« L’amour du peuple » est considéré comme la base d’un bon gouvernement. « Si lorsque avec des forces égales ( est-il dit) vous envahissez un pays , le peuple vous reçoit à bras ouverts et vous approvisionne, n’est-ce pas parce que vous allez le sauver du feu et de l’eau ( i ) ? Mais si vous augmentez l’eau et attisez le feu , il vous abandonnera. » * ,

Ce langage serait bon à tenir à la puissance européenne qui serait tentée de s’emparer de la Chine , en renversant la dynastie tartare actuelle. Le gouvernement, qui redoute toujours cette probabilité, se montre très jaloux des relations qui s’établissent entre les Européens ; i*

i) t.e commentaire explique ces (leur mol» par celui de tyrannie.

et ses sujets chinois, et c’est là tout le mystère de leur système d’exclusion.

« Celui qui subjugue les hommes par la force (dit Mencius ) est un tyran ; celui qui les subjugue par la philanthropie est un roi ; ceux qui subjuguent par la force ne subjuguent pas le cœur, mais ceux qui subjuguent les hommes par la vertu gagnent les cœurs de ceux qu’ils ont subjugués, et leur soumission est sincère. »

Il explique ensuite très bien la nécessité d’un gouvernement, et aussi celle de l'inégalité des rangs. On ne saurait mieux démontrer qu’il ne l’a fait dans son quatrième livre les avantages résultant de la division du travail.

Il faut se ressouvenir que ceci a été écrit, il y a plus de deux mille ans , en réponse à l’objection qu’une portion de la communauté est obligée de produire de la nourriture pour l’autre. — « Est-ce que le fermier (dit Mencius) tisse le drap ou fait le bonnet qu'il porte? — Non, il donne du grain en échange. — Pourquoi ne les fabriquet-il pas lui-mème? — Cela ferait tort à sa ferme. — Fabrique-t-il ses ustensiles de cuisine et ses intrumenls aratoires? — Non, il donne du grain en échange. Les travaux de la mécanique et ceux de l’agriculture ne doivent pas être réunis. — • Alors (réplique Mencius) le gouvernement de l’empire et la direction d’une ferme sont-ils les seuls emplois qui puissent s’allier ensemble? — Il y a des emplois propres aux hommes d’un rang élevé ; il y a des emplois qui ne conviennent qu’aux hommes placés dans une condition inférieure. C’est de là qu’on a remarqué que quelques uns emploient les forces de l’esprit et d’autres les forces du corps; ceux qui emploient les forces de l’esprit gouvernent les autres; ceux qui emploient les forces du corps sont gouvernés ; ceux qui sont gouvernés nourrissent les autres , et ceux qui gouvernent sont nourris. »

C’est exactement ce que dit Pope : « Et toujours ceux qui pensent gouvernent ceux qui travaillent.!

Le commentaire ajoute : Les avantages récip roques résultant pour ces différentes classes des efforts de chacune d’elles ressemblent à ceux qui résultent pour le fermier et le mécanicien de l’échange de leurs produits respectifs. C’est ce qui démontre que l’exemption pour quel-*ques uns du travail manuel profite à toute la communauté.

Il parait, d’après le livre de Mencius, que les Chinois ont toujours considéré la terre comme la source originelle de toutes les richesses, et le principal objet des taxes. On nomme l’agriculture la raMne, et les manufactures et le commerce sont appelés tes branches; de là vient que l’on comble les fermiers de tant d’honneurs.

Après les quatre livres, viennent les cinq ouvrages canoniques, appelés King, et dont Confucius a été soit l’auteur, soit le compilateur,

1 , Le Chi-king , ou livre des poésies sacrées, a été décrit dans les Royal Asiatic Transactions (1) , comme une collection d’environ trois cents poèmes de peu de longueur, choisis par Confucius lui-même , après avoir rejeté les pièces licencieuses qui se trouvaient en grand nombre,

Les premières poésies chinoises paraissent avoir consisté en odes ou en chansons, destinées à être accompagnées de musique. Voici leurs notions sur le langage poétique. « Les sentimens , lorsqu’ils sont excités , prennent la forme de paroles; lorsque les paroles sorti insuffisantes pour les exprimer, les signes ou les sons inarticulés leur accèdent ; lorsque ces derniers aussi sont impuissant^ alors on a recours à la poésie.»

(1) Tome II , On the poetry of ihe chinesc,

Le livre des vers est divisé en quatre parties, dont la plus considérable et la plus intéressante est appelée Kout-fong, «les mœurs des différents états,» c’est-àdire ceux qui formaient alors une partie de l'empire actuel; tous relevant d’un souverain, qui, afin de connaître mieux les mœurs de chacun d’eux, possédait leurs chansons et leurs odes populaires. Ceci coïncide singulièrement avec la remarque suivante d’un écrivain du Spectator (i).

« J’ai entendu dire qu’un ministreyd’État , sous le règne d’Elisabeth, se faisait apporter toutes sortes de livres et de ballade^, pour pouvoir être à môme de juger des dispositions do? citoyens , et de baser sur ce jugement les règles gouvernementales qu'il convenait de leur appliquer. »

Le style de ces curieux vestiges de l’ancienne poésie chinoise ne serait pas toujours facile à comprendre, sans le commentaire qui l’accompagne. Tout Chinois bien élevé sait par cœur les pièces les plus célèbres, auxquelles» la poésie moderne et les écrits de tout genre font constamment allusion.

Les deuxième et troisième parties du livre des vers semblent avôir été composées pour être chantées ou récitées dans les occasions solennelles. Elles traitent des prouesses des héros, des vertus dos sages, ou expriment leurs sentiments. La quatrième et dernière partie de l'ancien canon poétique est appelée Song, c’est-à-dire panégyriques des ancêtres de la dynastie des Tchcou, alors sur le trône, et des grands hommes de l’antiquité. Ces éloges paraissent avoir été des espèces d’hymnes chantées devant l’empereur, lorsqu'il sacrifiait comme ponlifex maximus dans les temples du Ciel et de la Terre. Quelpue soit le caractère du Ghi-king, c’est toujours un monument curieux ,

(0 N* 5oa.

puisqu’il a été compilé plus de vingt siècles avant notre ère (1).

2. LeChou-king, qui est le second des cinq livres canoniques, est considéré par les Chinois comme imparfait , et partant obscur dans plusieurs parties ; il ne leur reste que cinquante-huit sections sur les cent qui composaient l’ouvrage primitif. Les sections qui manquent ont peutêtre disparu dans le grand feu de joie, allumé par le premier empereur de toute la Chine Chi-lioang-ti.

Le Chou-king est l'histoire des entretiens des empereurs Yao et Chun, et de ceux que Confucius appelle les anciens rois, dont il cite les maximes comme des modèles de perfection. Leurs notions de la bonne administration sont fondées sur des principes assez bons en eux-mêmes , lesquels étant observés font régner l’ordre, et qui étant négligés produisent l'anarchie. » — Ce serait en vain (poursuivent-ils) que l’on attendrait un bon gouvernement d’esprits vicieux. »

Ces maximes prouvent assurément que le gouvernement de la Chine est en grande partie basé sur l’opinion publique (2). Lorsque le peuple (dans le Chou-king) se soulève contre la tyrannie de celui qui termina la dynastie des Ilia , il est justifié par la maxime que « le cœur du peuple et l’ordre du ciel sont une même chose ; » ce qui revient à la maxime : V oxpopuli, vox Dei.

Nous avons déjà parlé du récit, transmis par le Chouking, d’une inondation générale ( que quelques personnes ont cru identique au déluge universel ) dont les

( 1 ) Royal dsiat. Transact., II, p. 4 2 2.

(a) Un philosophe célèbre a laissé ces maximes gouvernementales •• ■ Premièrement, choisir des hommes capables: secondement , consulter les vceux du peuple ; troisièmement , agir selon les circonstances.

eaux ne s’écoulèrent que, grâce aux efforts du grand Yu , dans le cours de neuf années. Il est probable que cette inondation ne fut simplement qu’une aggravation de ces terribles débordements auxquels le vaste pays, arrosé par le fleuve Jaune (qui descend des collines de la Tartarie dans une plaine immense) , est encore maintenant sujet. Il y a lieu de croire que le cours de ce grand fleuve, près de la mer, a été changé à une époque reculée, et qu’il a dû se décharger autrefois dans le golfe de Pé-tcbi-li , au nord du promontoire de Chan-tong.

5° Le livre des rites , Li-ki , que l’on peut considérer comme la base des mœurs actuelles des Chinois, est l’une des causes de leur immobilité. Les anciens instituteurs du pays attachaient une haute importance aux formes extérieures, et les efforts constants des moralistes et dès hommes d’Etat ont été d’amortir toutes les passions dès qu’elles apparaissaient , et de les réduire toutes à un niveau qui ne fût pas inquiétant. Les coutumes et cérémonies du pays prescrites par le rituel montent, dit-on, à trois mille , et l’un des six conseils ou tribunaux de Péking , appelé li-pou , est spécialement chargé de la conservation , et de l’interprétation de ces importantes jnatières qui forment en réalité une partie de la religion des Chinois.

4° Le Tchun-tsieou, histoire du temps où vivait Confucius, et de ceux qui l’ont précédé. Ce fut là le dernier, et peut-être, à proprement parler, le seul ouvrage original du philosophe. Il parait avoir pour but de donner des avertissements et des exemples salutaires aux gouvernements du pays, de blâmer leur mauvaise administration , et de leur inculquer les maximes des « anciens rois. » *

Cet ouvrage commence sept cent cinquante ans environ avant notre ère, et se termine aux événements qui

précédèrent la mort du philosophe. Ayant été entrepris au printemps et terminé en automne , le Tcliun-tsieou tire son nom de cette circonstance. Nous ne croyons pas que cet ouvrage ait jamais été traduit complètement dans aucune langue européenne.

L’opinion émise par le père Prémare sur les histoires chinoises en général est peut-être la raison réelle pour laquelle ils ne valent pas la peine d’être traduits en entier. « In ullimo gradu pono historicos, non quod malè scribunt, sed quia non adtnodum curoscire facta quœ referont. »

« Je mets leurs historiens au dernier rang, non pas à » cause de quelque infériorité intrinsèque , mais parce » que je ne prends pas le même intérêt aux faits qu’ils » l’apportent. »

5° Le dernier des cinq livres canoniques est le Y-king exposition mystique de ce que plusieurs personnes considèrent comme une très ancienne théorie de la création et des changements qui ont perpétuellemént lieu dans la nature; de là le nom du livre.

Le système doit être d’une origine fort ancienne ; le commentateur Tchou-tseu et d’autres qui florissaient dans le xi* siècle de notre ère l’ont singulièrement aœt plifié. Les diagrammes arithmétiques de Fou-hi, tels que nous les trouvons dans le Y-king, ont quelque ressemblance avec los nombres mystiques du philosophe grec Pythagore. C’est ainsi que les Chinois font usage , dans la divination et diverses autres branches de leur prétendue philosophie, des Pa-koua ou huit diagrammes de Foù-lii qui (si toutefois ils signifient quelque chose) pourraient représenter un système d’arithmétique binaire.

Les philosophes chinois parlent de l’origine de toutes les choses créées ou du premier principe matériel (ainsi qu’on l’a appelé dans les traductions françaises) sous le

nom d eTaï-ki, lequel est représenté dans leurs livres par une figure qui a cette forme :

Sur le demi-diamètre d’un cercle donné , décrivez un demi-cercle; et sur le demi-diamètre restant, décrivez en sens contraire un autre demi-cercle. La figure totale représente le Taï-ki, et les deux parties formées par la ligne courbe sont le type de ce qu’on appelle le yang et le yin. Ce mystère chinois a une singulière ressemblance pour le fond avec cette fiction de la mythologie égyptienne , l’intervention supposée d’un principe hermaphrodite dans le développement de Y œuf terrestre (i). Le Taï-ki passe pour avoir produit le yang et le yin, l’actif et le passif, ou le principe mâle et le principe femelle, et ces derniers passent pour avoir produit toutes choses. Ils appellent le cieljong, la terre yin; le soleil yang, et la lune yin; bref, ils poursuivent Cette analogie supposée par toute la nature. On pouvait être porté à croire, d’après leurs définitions du taï-ki, que c’est urt être intelligent; mais le Système en gé-

(l) Celte idée parait avoir été très répandue; dans un passage Mystérieux du Yadjour Veda, on dit de Brahma, après sa sortie de l’œuf d’or, qu’il éprouvait une espèce de crainte d’ètrc seul dans l'Univers; c'est pourquoi il voulut une compagne, et aussitôt il devint hermaphrodite. Les deux sexes, ainsi réunis dans un seul dieu, furent immédiatement , par un autre acte de sa volonté, divisés en deux, et devinrent homme et femme. Celle Iradiliou semble avoir passé en Grèce . car l'Amlrogine de Platon n'est qu’une autre version de oè Mystère oriental. The Hihdoot, tome I, p. lôfi.

néral est purement matériel, puisqu’il n’établit point de distinction entre la créature et le créateur. Ce dogme matérialiste se répandit, ou selon d’autres, prit naissance en Chine, sous la dynastie des Song qui précéda la conquête tartare mongole.

A celte époque parurent quelques commentateurs des anciens livres ; le plus célèbre fut Tchou-tseudè)k nommé.

A la fin, sous Yong-lo , de la dynastie des Ming , et au xiv' siècle, parutun ouvrage intitulé Sing-li-ta-tsiouen , ou Système complet de la nature dans lequel le mystère du Tai-ki se trouve traité tout au long. Tcbou-tseu s’exprimait ainsi :

« Le principe céleste était mâle, le principe terrestre » femelle ; toute la nature, animée et inanimée, peut être » distinguée en masculine et en féminine ; il n’y a pas » jusqu’aux végétaux qui ne soient mâles et femelles. I’ar » exemple, il y a du chanvre mâle et du chanvre femelle ,

» du bambou mâle et du bambou femelle; rien enfin de . »ce qui subsiste n’est indépendant du Vin et du Yang.n Bien que les Chinois ne caractérisent pas le sexe des plantes, et ne les arrangent pas systématiquement comme les Européens, d’après Linnée, ils font usage de la phraséologie ci-dessus, et ne la bornent pas seulement aux végétaux et aux animaux, mais l’étendent à toutes les parties de la nature (1). Les nombres eux-mêmes ont leurs genres ; une unité, et tous les nombres impairs sont mâles; deux , et tous les nombres pairs sont femelles. *

On pourrait donc avec raison appeler ce système le « système sexuel de l’univers. » Les Chinois disent que de l’union du Yang et du Yin sont sorties toutes Jcs existences animées et inanimées, et que le principe sexuel est devenu inhérent à leur nature. C’est ainsi que le ciel, le soleil, le jour, sont considérés comme du genre mas-

( i ) du m- sc (J laitier , lomc II , (>. K|/|.

l.A CHINE.

culin; la terre, la lune, la nuit, etc., comme du genre féminin.

Ces notions dominent toutes les branches de connaissances possédées par les Chinois ; elles existent également dans leurs théories d’anatomie et de médecine et ils y font constamment allusion à tout propos. Les principales divinités adorées par l’empereur, comme grandmaître de la religion de l’État, sont le Ciel et la Terre, qui, dans ce sens, paraissent correspondre jusqu’à un certain point à ovpavoç et yn dans la cosmogonie des Grecs.

Ils parlent quelquefois du Tien, ou du Ciel, comme de l’Être suprême, comme du dispensateur des rétributions ; c’est dans le même sens que l’empereur est appelé « Fils du Ciel; » d’autres fois, ils appliquent ce terme au ciel visible seulement. Le Ciel occupe le premier rang dans leur Système moral aussi bien que dans leur système physique. Le vulgaire lui applique une dénomination respectueuse, équivalente à vénérable père ou seigneur, et Tchou-tseu lui-même dit, dans une oraison, «que le Ciel signifie Dieu.» Ti, la Terre, est appelée ü 1ère par les Chinois , de la même manière qu’ils appellent Tien, le Ciel , Père. C’est de leur union que toutes les choses sublunaires ont, dit-on, été créées. »

Les combinaisons de lignes principales et brisées contenues dans le Y-king, et appelées Koua, figurent sur les cercles du compas de mer des Chinois. On les nomme Signes, formes ou espèces de toutes choses; elles ressemblent un peu aux nombres intelligibles de Pythagore, tels que l’unité, la dualité, etc., sur lesquels on ne sait rien de positif. Quel que soit l’usage que le philosophe grec en ait fait, les Chinois ne les emploient que pour dire la bonne aventure.

Le docteur Morrison remarque que chez les Confucéens les dieux n’ont aucune suprématie sans partage *

leâ saints nu les sages ( Ching-jin ) paraissant èlrc au moins d’une importance égale.

« Confucius avouait qu’il ne comprenait pas grand chose à ce qui concernait les dieux; c’est pour cela qu’il préféra garder le silence à leur égard , et Tchou-fou-tseu (ou Tchou-tseu) affirmait que l’on ne possédait pas assez de connaissances pour dire positivement qu’ils existaient, mais qu’il ne voyait aucune difficulté à sauter ce sujet.

Quoique les sages de la Chine n’aient point demandé à être mis au rang des dieux, ils parlent cependant l’un de l’autre d’une manière qui approche du blasphème.

Le Ciel et la Tei*re, disent-ils , produisirent l’homme , mais l’œuvre était incomplète; il restait à enseigner aux mortels les principes de la raison , ce que le Ciel et la Terre ne pouvaient faire. L’œuvre des Sages fut grande aussi; c’est pourquoi le Ciel, la Terre et les Sages forment une trinité de pouvoirs égaux entre eux (1).»

Les Chinois divisent les connaissances humaines en trois branches, qui sont le Ciel, la Terre et Y Homme.

Le Jou-Klao, ou secte des savants, dont la doctrine est si défectueuse par rapport à la divinité , garde aussi un silence absolu sur l’immortalité de l’âme , de môme que sur les récompenses et les peines à venir. La vertu est récompensée et le vice puni dans les individus ou dans leur postérité sur la Terre; mais ils ne parlent pas d’un état d’existence séparé (2).

( 1 ) « Alors , dit Confucius, le sage est uni au ciel et à la terre de manière à faire avec eux une trinité. Être uni an ciel et à la terre signifie être l'égal du ciel et de la terre. Ce sont là les actions de 1 homme qui est parfait de sa nature et qui n’a pas besoin du recourir à l’étude pour acquérir la perfection. » Les empereurs de la Chine sont compris dans cette catégorie.

(a) Leur philosophie fait consisler l'homme eu un Iling, figure ou corps visible ; cl en un Ki, esprit ou principe viviGant.Tant que l’union dure, le corps demeure sensible, et leur séparation occasionne la mort.

De tous les sages, il n’en est peu\-ètre aucun qui occupe un rang aussi élevé dans l’estime publique que le Célèbre commentateur Tchou-fou-tseu. Lors de l’ambassade de 1816, nous visitâmes le lieu qu’il avait habité. A l’est du lac Po-yang , près de la ville de Nan-kang-fou , est une rangée de montagnes , formées principalement d’ardoises de mica, dans lesquelles se trouvent de grandes quantités de grenats, le tout dans un état de mélange. Le mica existait en telle abondance que notre route, sur laquelle dardaient les rayons du soleil, paraissait une traînée de lumière. A peu de distance, quelques Chinois travaillaient de gros blocs de superbe granit. Au pied d’une belle cascade commençait une vallée des plus romantiques, où était situé le lieu qu’habitait le philosophe. On l’appelait « la vallée du daim blanc , » d’après une particularité de son histoire.

L’objet le plus remarquable du temple qui a été érigé en cet endroit est une figure de Confucius, dont le teint est représenté comme tout-à-fait noir. Sur la tablette audessous de ses pieds, on lisait ces mots : « Autel de Confucius déifié , le plus saint instituteur des temps anciens. »

De chaque côl^é de l’entrée étaient ces deux inscriptions :

« Depuis le siècle de Tcliou-tseu , la science a coulé comme d’une source authentique. »

« En étudiant dans la retraite des montagnes et des cascades, l’homme retourne à la beauté primitive de sa nature. »

Un passage de Mencius semble impliquer que les Chinois croient à l’existence d’un sens moral inné , ce qui est contraire à notre doctrine du péché originel et de la dépravation du genre humain.

Le culte public est divisé en trois classes, qui sont ; premièrement, les Ta-ssé, ou grands sacrifices.

Secondement, les Tchong-saé, ou moyens sacrifices;

Et troisièmement , les Siao-aaé , ou moindres sacrifices.

Sous la* première division, on adore le Ciel et la Terre; de cette manière , il semblerait que les Chinois adorent le Ciel visible et matériel , comme par opposition à la Terre; mais ils paraissent en même temps croire qu’il existe une Intelligence gouvernant le monde, qui récompense la vertu et punit le vice. Tien et Chang-ti , « le souverain suprême , » paraissent toujours être synonymes dans le Ghou-king.

Si les empereurs chinois se font adorer, le fait n’est pas sans exemple dans l’histoire européenne, car on se souvient que cette folie fut particulière à plusieurs empereurs romains, dont l’un, pour renchérir encore sur l’égarement de ses prédécesseurs , nomma son cheval consul. La différence est qu’en Chine cette extravagance fait partie du système politique , et n’est point le simple résultat du caprice ou de l’orgueil d’un individu.

Les objets de l’adoration qualifiée de « moyens sacrifices, » sont , entre autres, les dieux du territoire et des céréales. Les premiers sont ordinairement représentés par une pierre brute , placée sur un autel devant lequel on brûle de l’encens, et que l’on voit à presque tous les Coins de rues. Le Soleil et la Lune , autrement appelés « la grande lumière et la lumière du soir, » sont compris dans cette division. Les secondes sont des dieux, des génies, des sages; et les autres les inventeurs de l’agriculture, des manufactures et des arts utiles. Parmi ceuxci , et au premier rang , ligure le dieu de la littérature.

« Les moindres sacrifices » renferment une classe plus nombreuse, dans laquelle est l’ancien patron de l'art de guérir, avec une multitude d’esprits d’hommes d’Élat décédés , de savants illustres, de martyrs de la vertu, etc.; les principaux phénomènes de la nature sont aussi ado-

rés, tels que les nuages, la pluie, le vent et le tonnerre; tous ont un dieu qui préside sur eux.

Les cinq montagnes , les quatre mers, sont des expressions figurées plutôt qu’exactes, pour désigner la Terre et l’Océan en général. Comme les Romains, les Chinois adorent leurs enseignes militaires , et Kouan-ti, ancien guerrier déifié et respecté des soldats , est spécialement adoré par la dynastie actuelle , à cause de l’appui qu’il est censé lui avoir prêté. Le droit de l’empereur Mandchou étant celui de la victoire , il est tout naturel qu’il révère le dieu de la guerre. Long-wang, «le roi dragon » qui représente les rivières et le liquide élément, reçoit beaucoup d’olfrandes des gens chargés de l’entretien du fleuve Jaune et du grand canal, qui sortent si souvent de leurs lits.

Parmi une foule d’autres divinités de la même classe est la reine du Ciel, Tien-lidou (i). La légende dit qu’elle naquit dans la province du Fo-kien, et qu’elle se distingua de bonne heure par sa piété et par sa chasteté. Elle resta vierge, et fut déifiée au treizième siècle , sous la dynastie des Song; elle est la patrone des marins, qui implorent souvent sa protection sur mer. Elle est censée avoir le gouvernement du temps , et dans les grandes sécheresses, les autorités rendent des édits pour ordonner un jeûne général, puis passent plusieurs jours à prier dans ses temples, pour en obtenir de la pluie. 11 n’y a point de pays où les changements de saison soient plus fréquents, plus irréguliers et plus incommodes qu’en Chine.

« L’univers matériel est l’objet du culte des Chinois , et ce fait ne ressort pas seulement des noms des diverses divinités que nous avons donnés plus haut', mais aussi de plusieurs autres circonstances. Le grand-prôlrc im-

(i ) Elle est adorée aussi par les bouddhistes.

périal, par exemple, lorsqu’il adore le Ciel, porte des vètemens couleur d’azur, par allusion au firmament. Lorsqu’il adore la Terre, il se revêt de robes jaunes; lorsqu’il adore le Soleil, il est habillé en rouge; enfin, quand il adore la Lune, il est vêtu de robes blanchâtres. Les vicerois , les mandarins de distinction et la foule des hiérophantes officiels , sont en habits de cour.

L’autel sur lequel on sacrifie au Ciel est rond, pour représenter le firmament; celui de la Terre est carré; mais on ne sait pas si c’est dans une même intention.

Les prêtres de la religion de l’État, subordonnés à l’empereur, en sa qualité de Pontifex maximus , sont les vice-rois, les mandarins, les hommes d’État, et la multitude des officiers civils et militaires. La Jou-kiao, ou secte philosophique , monopolise les fonctions civiles et les fonctions religieuses.

A la grande adoration solennelle de la Nature par l’État, ni les prêtres, ni les femmes, ne sont admis; et ce n’est qu’au sacrifice fait à la patrone de la soie que l’impératrice et les dames de Péking peuvent prendre part.

« Oh exige des prêtres chinois qu’ils soient purs de tout crime légal récent, et qu’ils ne soient point en deuil de quelqu’un.

Pour les sacrifices de premier ordre , ils sont obligés de se préparer par des ablutions , un changement de vêlements, un vœu et un jeûne de trois jours. Pendant ce temps , ils doivent occuper une chambre propre , et s’abstenir :

i° De juger les criminels, a” D’assister â un festin ,

5° D’écouter de la musique ,

4° De éohabiter avec des femmes ,

5" De visiter des malades ,

6 “ De porter le deuil d’un mort,

7 0 De boire du vin,

oo

8° De manger des oignons on des aulx ;

« Car, dit le commentateur, la maladie et la mort viennent pendant que la table et le plaisir troublent l’esprit, et le rendent indigne de communier avec les dieux. »

Les victimes offertes en holocauste sont des bœufs, des moutons et des cochons; les autres offrandes consistent principalement en soieries. Il faut que les victimes soient entières et saines : on les préfère de couleur noire. Les temps des sacrifices sont ainsi marqués. Ceux au Ciel, au solstice d’hiver; ceux à la Terre, au solstice d’été; les autres ont aussi des époques régulières.

Les hiérophantes qui ont négligé de se préparer, ou qui ont offert des victimes imparfaites, sont quelquefois punis, tantôt parla confiscation de leur salaire pendant quelques mois ou plus long-temps, tantôt par un certain nombre de coups de bambou ; mais ils peuvent toujours se rédimer de leurs peines moyennant une faible somme. Il n’en est point ainsi cependant, lorsqu’un profane a l’audace de s’arroger le droit d’adorer le Ciel; car, dans ce cas, il est puni de quatre-vingts coups de bambou , el môme de la strangulation.

Malgré le caractère général de matérialisme qui appartient à la philosophie des Chinois, il est difficile de lire leurs écrits à l'égard du T Un ( Ciel ) , sans être persuadé qu’ils lui attribuent la plupart des perfections d’une intelligence suprême et toute-puissante.

La traduction suivante d’une prière adressée par l’empereur régnant, Tao-kouang, à l’occasion d’une longue sécheresse qui avait désolé l’empire en 1 83a, démontre que les Chinois ont la notion d’un Être suprême , qu’ils associent à leurs idées du Tien (i).

«Moi, le ministre du Ciel, placé au-dessus de la race

(>) Chines e Ucpository , lomc I, p. a3G.

i. \ ciiink.

» humaine pour la gouverner, je suis responsable de l’or- » dre du monde et de la tranquillité de l’empire ; dévoré » de chagrin , tremblant d’anxiété , je n’ai pu ni dormir, »ni manger, et pourtant aucune averse copieuse n’est » encore tombée

» Je me demande si, dans les sacrifices, j’ai été négli- » gent ; si l’orgueil et la prodigalité se sont glissés dans «mon cœur? Si j’ai prêté peu d’attention aux affaires du » gouvernement? Si j’ai proféré des paroles irrévéren- » cieuses , et mérité le blâme? Si l’on a observé les lois «de l’équité dans la répartition des récompenses et l’ap- «plication des peines? Si en élevant des mausolées et en «établissant des jardins, j’ai opprimé le peuple et fait » des dégâts dans ses propriétés ? Si dans la nomination » des fonctionnaires , je n’ai point choisi des gens capables, et rendu par là le gouvernement vexatoire pour » le peuple ? Si l’opprimé n’a pas trouvé de moyens d’ap- »pel? Si les largesses octroyées aux malheureuses pro- » vinces du Sud ont été distribuéés convenablement, ou si «l’on a laissé les indigens mourir dans les fossés?

» Prosterné, je supplie le Ciel impérial de me par-

» donner mon ignorance et ma stupidité ; car des myria- » des d’innocents sont perdus à cause de moi , à cause » d’un seul homme. Mes péchés sont si nombreux que je «n’espère point échapper à leurs conséquences. L’été est » passé, l’automne est arrivé.

» Il est impossible d’attendre plus long-temps. Pro • sterné , je supplie le Ciel impérial de daigner me déli- » vrer, etc. »

Selon quelques jésuites, en Chine la meilleure partie des lettrés n’a point embrassé le système matérialiste qui avait cours sous la dynastie des Song; mais elle adhère strictement à l’ancienne religion , dans laquelle pn reconnaît l’existence d’un Être suprême, appelé Tien, ou

Cliang-ti. Les mômes jésuites divisaient les philosophes Confucéens en deux sectes, composées :

Premièrement, de ceux qui, dédaignant les commentateurs et les philosophes modernes, conservaient sur le créateur de l’univers les notions qui avaient été transmises par l’antiquité la plus reculée.

Secondement, de ceux qui se mêlaient des doctrines spéculatives de Tchou-tseu et de son école, et qui expliquaient les phénomènes de la nature par des causes matérielles.

D’autres missionnaires catholiques étaient persuadés que tous les savants chinois n’étaient que des athées, et que, nonobstant la déclaration de Kang-hi, dans laquelle ce monarque affirmait au pape que ce n’était pas au ciel visible et matériel qu’il sacrifiait, mais au véritable Créateur de l’univers, l’on ne pouvait ajouter aucune foi à leurs explications. Nous avons déjà remarqué que les révérends pères, tout en exaltant la richesse, la civilisation et les ressources de la Chine , ont en général parlé avec prévention du caractère moral et religieux de scs habitants.

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