‹ La ChineChapitre 16 sur 79 · LA CH1SE. - 4,J · texte numérisé non relu

LA CH1SE. - 4,J

» lance de 97,000 lis de la Chine (voyage de près de trois

• ans), commencent les bords du Si-kiang. Dans ce pays » il existait autrefois une vierge nommée Ma-li-a. La pre-

• mière année du règne de Youen-tchi, de la dynastie des » Han , un dieu céleste se présenta devant elle , disant :

« Le seigneur du ciel t’a choisie pour être sa mère. » Après »,ces mots, elle conçut et enfanta un fils. Pleine de joie

• et de vénération, elle l’enveloppa d’un drap et le plaça

• dans une crèche : une troupe de dieux célestes (d’anges)

» chantaient et se réjouissaient dans l’espace vide. Qua-

• rante jours après, sa mère le présenta au saint institu- » teur, et le nomma Yé-sou. Il n’avait encore que douze » ans, quand il suivit sa mère qui allait faire ses dévotions » dans le temple, mais, en revenant, ils se perdirent. Après

• avoir cherché son fils pendant trois jours, Ma-li-a le » trouva dans le temple , assis sur un siège d’honneur, et a conversant avec de vieux et savants docteurs sur les » œuvres et les doctrines du Seigneur du ciel. Il fut ravi de

• revoir sa mère , s’en retourna avec elle, et lui demeura » soumis en fils respectueux.

» A l’âge de trente ans, il quitta sa mère et son précepteur, et, parcourant le pays de ïu-té-a, il enseigna » aux hommes à pratiquer ce qui- est bien. Les miracles

• qu’il opéra sont très nombreux. Les principales familles » et ceux qui occupaient des emplois dans le pays étant

• orgueilleux et méchants à l’excès, lui portèrent envie » à cause de la multitude des individus qui se réunissaient » à lui ; ils formèrent donc le projet de le faire périr.

• Parmi les douze disciples de Yé-sou, il y en avait un

• fort cupide, nommé Yu-ta-ssé. Moyennant une somme

• d’argent, il guida la nuit une troupe d’hommes qui, .

• s’étant emparés de Yé-sou, le chargèrent de liens, et » l’entraînèrent devant Ana-ssé, dans la cour de la maison

• de Pi-la-to. Là , ils le dépouillèrent de ses vêtements ,

• l’attachèrent à un pilier, et lui infligèrent environ

» 5, 4oo coups, de sorte que tout son corps était déchiré #eten lambeaux; néanmoins il gardait toujours le sinlence, cl, comme un agneau , ne murmurait point. La » populace cruelle prenant un bonnet fait d’épines aiguës, » le lui abaissa de force sur les tempes , lui jeta un vilain

• manteau rouge sur les épaules, et se prosterna hypo-

• critement devant lui , comme s’il eût été roi. Ses persë- » cuteurs construisirent ensuite une machine de bois très » grande et très pesante, ressemblant au caractère len ( î ) , » et l’obligèrent à la porter lui-même ; elle était si lourde,

• que plusieurs fois pendant le chemin, il tomba : enfin » on lui cloua les mains et les pieds au bois, puis, comme

• il avait soif, on lui donna une boisson acide et amère..

• Lorsqu’il expira, les cieux s’obscurcirent, la terre

• trembla, les rochers se heurtant mutuellement furent

• brisés en petits morceaux : il avait alors trente-trois ans.

• Le troisième jour après sa mort, il revint à la vie, et » son corps était beau et resplendissant. Il apparut d’abord

• à sa mère afin de la consoler. Quarante jours après, au » moment de monter au ciel, il commanda à ses disciples,

• qui étaient au nombre de cent deux, de se séparer, et » d’aller partout sous le ciel pour enseigner les nations, » et administrer une eau sacrée qui devait laver les péchés

• de ceux qui se joindraient à leur secte. Après avoir » achevé de donner ses ordres, une troupe d’anciens sages » s’éleva avec lui vers le céleste royaume.

» Dix jours après, un Dieu descendit pour recevoir sa » mère , qui monta aussi au ciel. Placée au-dessus des t » neuf ordres , elle devint l’impératrice du ciel et de la

• terre, et la protectrice des humains. »

, On peut être induit à penser que la légende de la province du Fo kien sur la Reine du Ciel tire son origine des traditions catholiques de la Vierge Marie , puisque la

(i) Ge caractère cliiaoia a la forme d’une croix.

dénomination' par laquelle les Chinois désignent leur déesse est Tien-lieou-niang , qui signifie « Notre-Dame, la Reine du Ciel. » D’un autre côté, les Chinois de Canton , qui sont passionnés pour les parallèles et les ressemblances de cette espèce, prêtent, en conversant avec les Européens, le nom de la Vierge à leur idole bouddhique Kouan-yin , et appliquent celui de Kouan-yin aux images catholiques de la Vierge. C’est ainsi qu’ils donnent à tous les saints qui ont une église à Macao un nom fondé sur une analogie supposée avec leurs propres jdoles. Par exemple , ils appellent saint Antoine « le dieu du feu. » La vérité est qu’il n’y a rien dans le culte catholique qui puisse imposer aux Chinois; les moines rasés, leur célibat, leurs rosaires, leurs cloches, leurs messes, leurs processions et leurs images, tout en eux leur rappelle trop les prêtres de Bouddha. Quelques missionnaires catholiques font cependant encore un petit nombre de prosélytes parmi les gens de la classe pauvre et ignorante, qui vont de temps en temps à l’église, et reçoivent chacun quelques mesures de riz ; c’est pour cette raison qu’on les appelle en portugais « chrétiens de riz. »

Les rapports curieux qui existent entre le catholicisme et le bouddhisme vont encore plus loin. Le docteur Milne, dont une mort prématurée a interrompu les utiles travaux, a inséré les observations suivantes dans le Ch.inc.st Gleaner (1).

« Il y a quelque chose h dire en faveur de ces chrétieps qui croient au pouvoir magique de mots étrangers , et qui pensent qu’une prière est plus agréable à la divinité, ou plus propre à édifier les fidèles, lorsque la généralité de ceux-ci ne la comprennent point. Ils ne sont pas les seuls de cet avis. Quelques Juifs l’ont partagé; les sectateurs de Bouddha et les mahométans le partagent égalc-

(l) Tome III , p. i^i.

LA Clll IV H.

ment. Depuis le trône ])ontincal, à Rome, jusqu’à l’antre des yama-bous do Japon, cette opinion est reçue. Les druides sanguinaires de l’EurQpe ancienne, les gymnosopkistes nus de l’Inde, les hatib mahométans, les hochang (prêtres bouddhiques) de la Chine, les bonzes du Japon, et le clergé catholique, tous pensent (ou ont pensé) que les mystères religieux sont d’autant plus révérés qu’on les comprend moins.

» La langue sacrée des bouddhistes se nomme l’idiome de Fan (Fan est le lieu où naquit Bouddha); elle est tout-à-fait inconnue aux Chinois, etles prêtres eux-mêmes n’en savent rien, à l’exception de la prononciation et de quelques formules. Il existe, il est vrai, des glossaires attachés à un petit nombre de leurs livres religieux, et qui servent à expliquer ces billevesées techniques; mais la définition est quelquefois donnée dans d’autres termes techniques non moins inintelligibles.

» Ils considèi'ent la langue de Fan comme d’origine céleste , et attachent à la simple prononciation de ses syllabes une importance telle, qu’ils répètent quelquefois les mêmes mots des centaines et des milliers de fois de suite. Je demandai un jour à un prêtre : « Quel avantage espérez-vous tirer de la répétition de mots dont vous ne comprenez nullement le sens? » Il répondit : « Il est vrai que je ne les comprends pas; c’est un sens profond, mystérieux; mais le bien qui résulte de la répétition fréquente de ces mots sacrés est immense, incalculable. »

» Les sentiments des Malais à cet égard ne varient guère. Leurs opinions religieuses sont dérivées du Coran, dont ils professent les principes. Ils n’emploient dans leurs cérémonies religieuses que la langue arabe ; et bien qu’il ne se trouve pas paimi eux cent individus qui la comprennent, ils poussent la superstition si loin à ce sujet, qu’ils croiraient inellicace et profane toute prière qui serait offerte en malais , en japonais, en bornéen , en

Principale porte d'un temple bouddhique près de Canton.

liindouslani ou en loule autre langue que la langue arabe, par la raison que l’ange Gabriel eut ordre de dicter dans cet idiome le Coran à Mahomet. »

Mais revenons au bouddhisme. « Le paradis de Fo renferme ces sources de félicité sensuelle que les fondateurs de toutes les religions fausses ont promises à leurs sectateurs. Ce ne sont cependant point des houris qui attendent les élus de Bouddha; car les femmes qui y seront admises changeront premièrement de sexe.

« Les coqis des saints reproduits du lotus (1) sont

• purs et odorants; leurs traits beaux et régulièrement

• formés, leurs cœurs pleins de sagesse et exempts d’af-

• fliction. Ils ne s’habillent pas, et cependant ils n’ont

• point froid; ils s’habillent, et cependant ils n’ont point

• chaud; ils ne mangent pas, et pourtant n’ont point

• faim; ils mangent, et cependant ne sont point rassa- » siés. Ils ne sont assujettis ni à la douleur, ni à l’irrita-

» tion , ni à la maladie ; ils ne vieillissent point Ils

» jouissent de la contemplation des fleurs de lotus et des

• arbres de diamant, délicieusement agités comme les » mouvements ondulatoires d’une vaste pièce de soie bro-

• dée. En levant les yeux, ils aperçoivent le firmament

• rempli de fleurs de to-lo , tombant dans une admirable » confusion comme la pluie. C’est à juste litre que l’on «peut appeler suprême lafélicité que l’on savoure dans ce

• royaume. L’âge de ses habitants est illimité ; on nomme

• ce lieu le Paradis de l’Occident (2). »

La description suivante de l’enfer des bouddhistes chinois est extraite de la traduction faite par le docteur Morrison du texte apposé au bas de ces gravures sur bois que l’on a prises en Europe pour la représentation des

(1) Le lotus, qui est l'emblème de la puissance créatrice, se trouve mêlé à tout ce qui concerne le bouddhisme.

(a) Cltinese Gleaner , tome III, p 288.

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supplices; de là les fausses idées que l’on s’est formées sur la prétendue barbarie de la juridiction pénale du céleste empire.

Avant leur condamnation, les âmes comparaissent, pour le jugement, devant les cours des C ki-mPn^-wang,

« les dix rois des ténèbres (i). » La procédure est la même que celle qui est observée en Chine, à la différence des châtiments. Dans l’une des gravures dont nous avons parlé, on voit le siège infernal et les officiers de justice, auxquels la déesse miséricordieuse Kouan-yin apparaît afin de sauver du supplice une âme qui avait été condamnée à être pilée dans un mortier. D’autres peines consistent, pour les réprouvés , à être sciés en deux , à être attachés à un pilier de cuivre brûlant, etc. Les menteurs ont la langue coupée; les lilous et les voleurs sont jetés sur une colline de couteaux, etc. Quand les jugements sont terminés, les hommes de la première classe, ceux qui ont toujours pratiqué la vertu, montent dans le séjour des bienheureux; les hommes de la classe moyenne retournent sur la terre, dans d’autres corps, pour y jouir des richesses et des honneurs , tandis que les méchants sont tourmentés en enfer, ou transformés en divers animaux, dont ils ont, durant leur vie, imité le naturel et les habitudes.

Comme l’un des empereurs de la dynastie des Ming , qui aimait les doctrines bouddhiques, se proposait, vers le commencement du seizième siècle, d’envoyer *un ambassadeur dans l’Inde , pour ramener avec lui quelques uns des sages les plus célèbres de la secte de Fo , un de scs ministres lui tint le discours suivant;

« On respecte et l’on aime Chakia, parce qu’il prêcha- ■ «ses doctrines pendant quarante ans, et qu’il mourut à » l’âge de quatre-vingt-deux ans. C’est assurément un

(i) On célèbre une fête eu leur lionncur , vers le mois d'août.

Ii A CHINE.

«grand âge; mais Chun vécut jusqu’à cent dix ans, et » Yao jusqu’à cent vingt ans. Maintenant je suppose que «Votre Majesté ait uniquement en vue de chercher le «principe de la vérité, et non la forme qu’il peut revêtir;

» eh bien 1 je la supplie de ne pas affectionner le nom «seulement, mais plutôt la chose; de ne pas examiner «exclusivement la doctrine de Fo, mais celle des sages ries plus vertueux; non pas celle des étrangers; mais «celle des nationaux. Si Votre Majesté appréciait nos «sages autant qu’elle aime Fo , elle se pénétrerait des » doctrines de Yao et de Chun, et n’enverrait point cher- «cher dans l’Occident, à plusieurs milliers de milles, ce

«qui est sous sa main, sous ses yeux J’invoque le

«témoignage de Konfucius, qui dit : « Du moment que «je désire être vertueux; l’objet de mes désirs est at- > teint, etc. »

M. Hodgson dit ( 1 ) que dans le Népaul, où le bouddhisme est à la fois plus près de sa source et mieux compris qu’en Chine , le premier motif qui induit ses sectateurs à faire le bien, est, selon les Écritures bouddhiques du pays, «l’espérance de pouvoir être absorbés dans la nature du dieu* et d’être affranchis des transmigrations. » Ceux qui font le bien par la crainte de l’enfer sont aussi au-dessus de la classe des pécheurs, et leurs souffrances sont adoucies ; mais ils auront à souffrir plusieurs transmigrations) et à endurer dans ce monde de la joie èt de la 'douleur, jusqu’à ce qu’ils obtiennent enfin le movitki, ou l’absorption.

La syllabe mystique Aum n’est pas moins révérée par les bouddhistes que par les brahmanes; ées derniers l’appliquent à leur Trimourli , ou trinité de Brahma, yichnou et Siva, tandis que les premiers l’appliquent à Bouddha , à Dharma et à Sanga , trinité représentée par

(«) Royal Asialic Tram., tome II , p. 25 a.

les trois images dorées dans le temple de Canton , que nous avons décrit plus haut, et à laquelle les Chinois font allusion dans leurs livres , lorsqu’ils disent que « Fo est une même personne sous trois formes différentes.» Leurs Écritures contiennent dans des caractères qui imitent , autant que possible , les sons du sanskrit , l’invocation suivante à la trinité : Namo Buddhâya , Namo Dharmâya , Namali Sangâya. — Om ! c’est-à-dire : « Adoration à Bouddha, adoration à Dliarma, adoration à Sanga Aum ! » Elle se termine , comme on voit, par le monosyllabe mystique qui représente les trois termes unis en un seul signe (i).

Les trois divinités sont appelées par les Chinois « les trois purs, précieux ou honorables Fo. » Rémusat en a donné l’explication ci-après :

« Selon la doctrine intérieure , Bouddha , ou l’intelligence, produisit Dharma, la loi , et les deux unis constituèrent Sanga , l’union , ou la combinaison de plusieurs. Selon la doctrine publique, ces trois termes sont encore l’intelligence , la loi et l’union, mais considérés dans leurs manifestations extérieures, l’intelligence dans les Bouddha à venir, la loi dans les écrits révélés, et l’union dans la multitude des croyants, ou l’assemblée des prêtres. De là vient que ces derniers ont parmi toutes les nations professant le bouddhisme le titre de Sanga , unis, qui , abrégé dans la prononciation chinoise , a formé le mot Scng , que les missionnaires ont traduit par «bonze, » mais qui signifie littéralement ecclésiastique. Tels sont le sens et l’origine de ce mot bien connu , et dont on n’avait cependant point encore cherché l’étymologie. »

Le même écrivain remarque , à propos de la déesse Kouan-yin, que De Guignes, désirant expliquer les noms

(>) Abel llémusat, sur la doclriuc samaiiécnuc , p. 27.

chinois de Pou-sa et de Kuan-clié-yin, s’appuie d’un passage de Kircher, qui suppose que l'être auquel ces noms sont appliqués est la nature, et l’appelle là Cybèle des Chinois. Il fait observer qu’on l’appelle aussi »yeux de lotus » et « née de la fleur de lotus. » Kouan-yin, conclut-il, est donc la Lakclimi des Indiens. Rémusat, avec assez de raison , combat cette opinion , et donne sa propre expli- * cation dans les termes Suivants (i) :

«L’intelligence suprême (Bouddha) ayant par sa pensée (Dharma) produit l’union ou la multiplicité (Sanga), il naquit de l’existence de cette trinité cinq abstractions ou intelligences du premier ordre , c’est-à-dire cinq Bouddhas, dont chacun produisit une intelligence du second ordre, Bhodisatoua ( 2 ). C’est de ce nom que les Chinois ont, par abréviation, formé celui de Pou-sa, commun non seulement à ces cinq intelligences secondaires, mais aussi à toutes les âmes qui ont atteint le même degré d’élévation. Kouan-chc-yin , ou Kouan-yin, est placée au premier rang ; mais Padmanetra (aux yeux de lotus) est le nom d’une autre divinité de la même espèce.

Le nom sanskrit de la première (Kouan-yin) estPadmapani , qui représente , à cause de sa puissance créatrice, le second terme de la trinité, et qui, dans la doctrine extérieure, est caractérisée par plusieurs signes appartenants aux divinités femelles.»

Il est certain qu’aucune idole en Chine n’est plus honorée que Kouan-yin (3).

Dans le mot de Pou-ta-la, nom d’un temple, ou plutôt

( 1 ) Observations , page 5 1 .

(î) Pou ië-sa-to , mol indien introduit avec le bouddhisme, et que l'on a contracté, selon le génie de la langue chinoise, en Pou-sa. ( Morrison's Chiiiese Dietionary, deuxième partie, p-HSn.)

(5) M. Itémusal remarque avec raison que le bouddhisme chinois ne pept être approfondi qu’en comparant les versions chinoises avec les textes sanscrits.

d’un monastère, qui est très bien décrit dans la relation de l’ambassade de lord Macartney, on peut aisément re- <

connaître la prononciation chinoise de Bouddha. Ce vaste monastère, qui fut fondé dans la Tartarie mandchoue , au-delà de la grande muraille , est de forme quadrangulaire, et d’une hauteur considérable, puisque chacun de ses côtés a deux cents pieds d’élévation , et que tout l’édifice peut loger huit cents prêtres ou lamas (i). (

Dans la cour carrée est une chapelle dorée, avec des images de la trinité. Ce monument offre, en un mot, une ressemblance frappante , quoiqu’il soit plus vaste , avec les monastères du Népal , tels qu’ils sont décrits par M. Hodgson.

On retrouve aussi la prononciation chinoise de Bouddha dans le nom Pou-to, appliqué à une lie de l’archipel des Cliusans, par 5o° 3’ de latitude, et 121 0 de longitude, où M. Gutzlaff ( 2 ) visita, en i833, un monastère de Fo, dont la réputation était telle qu’on venait de fort loin pour le voir.

« A peu de distance, l’ile paraissait stérile et à peine habitable; mais à mesure que nous en approchions, nous aperçûmes les toits étincelants des plus hauts édifices. lin temple , bâti sur un roc faisant saillie sur la mer, qui couvrait incessamment de l’écume blanchâtre de ses Ilots sa base inébranlable , nous donna une idée du génie de scs habitants , qui choisissaient ainsi l’endroit le plus pittoresque pour y célébrer les orgies de l’idolâtrie. Dès que nous eûmes débarqué, une troupe de prêtres, sales et mal vêtus, vinrent à nous en chantant des cantiqtics. Quand nous leur offrîmes des livres, ils s’écrièrent : « Louange à Bouddha! » et reçurent avec

( 1 ) Slaunton , toinc II, p. a58.

(a} Journal of a P oyage (Hong (lie cuas l uf China , i83a-33. *

Go

empressement tous les volumes que nous avions. Nous montâmes alors vers un grand temple, entouré d’arbres et de bambous. Un portique élégant nous conduisit dans une cour spacieuse, qui était environnée d’une longue rangée de bâtiments assez semblables à des baraques, et où logeaient les prêtres. Les images de Bouddha et de ses disciples , celles de Kouan-yin, la déesse de la miséricorde, et d’autres idoles que l’on voit à l’entrée, présentent un coup d’œil imposant.

»Le grand-prêtre désira nous entretenir; c’était un vieillard sourd et cassé , qui paraissait avoir peu d’autorité, et qui nous débita quelques lieux communs. Nous suivîmes ensuite une route pavée. Durant notre marche , nous aperçûmes divers autres petits temples , mais nous ne nous arrêtâmes qu’au pied de quelques rochers , sur lesquels étaient gravées des inscriptions en très grosses lettres. L’une d’elles portait que Ta Chine a des sages.

• Les excavations étaient remplies de petites images, d’idoles dorées. Tout d’un coup , nous découvrîmes un temple fort grand , avec des tuiles jaunes , ce qui nous le fit reconnaître pour une fondation impériale. C’est le plus vaste que j’aie jamais vu; les représentations des divinités étaient les mêmes que celles que nous venions d’examiner, mais exécutées avec infiniment plus de goût. L’intérieur contenait de nombreux spécimens de l’art chinois.

» Les statues colossales étaient en argile et assez bien dorées. Nous remarquâmes d’énormes tambours et de grosses cloches cylindriques. Nous assistâmes aux vêpres des prêtres qui les chantaient en pâli, comme les ecclésiastiques catholiques chantent les leurs en l&tin. Ainsi que ces derniers , ils avaient des chapelets , et un desservant tenait à la main une clochette qu’il agitait pour régler le service. De temps en temps, ils battaient du tambour et sonnaient des cloches pour éveiller l’attention de

LU CIIINi:.

Prêtre il’ Bouddha officiant.

Bouddha sur leurs prières : ils répétaient des centaines de fois le môme mot. Aucun des officiants ne paraissait prendre intérêt à la cérémonie ; car, pendant que quelques uns marmottaient leurs prières, les autres regardaient autour d’eux d’un air distrait, ou causaient et riaient. Les fidèles qui étaient' présents semblaient n’ètre entrés dans le temple que pour nous regarder.

» Quoique le gouvernement décrie quelquefois les doctrines bouddhiques comme dangereuses, nous vîmes plusieurs placards par lesquels on engageait le peuple à se rendre dans les temples de Fo pour y prier le ciel d’accorder un printemps fertile : ces exhortations étaient faites par l’empereur lui-même. Quelle contradiction !

» On nous dit que l’ile renfermait deux mille prêtres, bien qu’elle n’eût pas plus de douze milles carrés. On ne permet à aucune femme d’y résider, et l’on n’y souffre d’autres laïques que ceux qui servent les prêtres. Pour

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