CHINE
rigoureusement (juc les hommes remplissent les devoirs de, la vertu; il suffisait, selon eux, pour expier les péchés , de faire des offrandes aux idoles et aux prêtres. Un temple bâti en l’honneur de Bouddha et richement doté pouvait ell'acer toutes les souillures, racheter tous les crimes. Au moment de la mort , ils promettaient à leurs élus un prompt avancement dans l’écliellc de la métempsveose, jusqu’à ce qu’ils fussent absorbés dans le néant (Nirupan ou Nirvana) ; et c’est avec ces illusions d’avenir que la pauvre dupe de leurs fourberies quittait ce monde. Pour faciliter son départ du purgatoire , ils disaient des messes , et mangeaient les aliments offerts aux esprits affamés des trépassés. Comme Confucius avait érigé la vénération pour les ancêtres en un culte idolâtre (t) , ils étaient prêts à officier devant les tablettes des morts.
» Quelque accommodante que soit leur foi, le gouvernement chinois l’a de temps à autre fortement désapprouvée. Comme l’importance du mariage a été reconnue en Chine depuis des siècles, le célibat du clergé de Fo fut considéré comme une coutume extrêmement dangereuse. Bouddha regardait la contemplation et l’abnégation des soucis de ce monde, comme l’approche la plus sensible du bonheur et de la perfection ; c’est pour cela que ses adorateurs passent leur vie dans l’indolence, et mendient pour avoir de quoi se nourrir. De pareils préceptes étaient diamétralement opposés aux institutions politiques de la Chine , où l’empereur lui-même , pour donner l'exemple du travail, met la main à la charrue. Les adversaires de la doctrine étrangère prirent occasion de ces défauts si graves pour demander son abolition ; on la poursuivit donc comme une hérésie dangereuse, et une persécution cruelle eut lieu immédiatement après : mais comme elle
(>) Ceci n est pas tont-àfait exact ; les Cliinnis sacrifient à !'F.spril invisible, et non pas à aucun de ses représentants, sous (orme d'idole
avait déjà jeté de profondes racines, elle ne put être extirpée du sol de la Chine. Par la suite, quelques empereurs l’adoptèrent, ayant une meilleure idée de ses préceptes; tantôt inquiétée, tantôt tolérée, au demeurant, elle ne put jamais devenir la religion de l’État. Les Chinois sont trop rationalistes pour croire implicitement à toutes les fables absurdes des bouddhistes , et pour s’imaginer que leurs innombrables idoles sont autant de dieux. »
La situation actuelle du culte de Fo en Chine est loin d’être florissante ; les magnifiques édifices fondés dans des temps plus prospères tombent aujourd’hui en ruines ; il est rare que l’on l'encontre quelques unes de leurs pagodes, à neuf ou à sept étages, en bon état de réparation , bien que ces élégantes constructions soient fort nombreuses. Entre Macao et Canton, il n’y en a pas moins de quatre ou cinq, situées sur des points culminants, et toutes sont dégradées ; elles tiennent lieu de bornes ou de signaux pour la navigation de la rivière.
Les monastères des prêtres mendiants sont, pour la plupart, bâtis dans les endroits les plus romantiques du pays. L’un d’eux attira particulièrement l’attention de nos deux ambassades ; c’était un temple dédié à la déesse Kouun-jrin (l’une des principales idoles des bouddhistes) , situé dans un rocher de pierre à chaux perpendiculaire, cl haut d’au moins 5oo pieds; on ne peut y aborder qu’en bateau , attendu qu’il s’élève sur le bord de la rivière à environ trois ou quatre journées de marche de Canton. L’ouverture naturelle qui existait dans le roc a été élargie par les hommes; les cellules des prêtres sont taillées dans la pierre , et superposées les unes au-dessus des autres; on y monte par des escaliers aussi taillés dans le roc : de la façade de l’étage du milieu pend une énorme masse de stalactite, du poids de plus d’un tonneau, et qui menace d’écraser tous ceux qui oseraient approcher du temple par en bas.
Le révérend M. Gutzlaff remarque ce qui suit, à propos de la ressemblance que nous avons déjà signalée entre les rites de Fo et ceux de l’Église romaine :
« Qu’ils aient des rosaires pour compter leurs prières, qu’ils chantent des messes pour le repos des morts, qu’ils observent le célibat et se rasent la tète , toutes ces choses ne sont que de simples coincidences entre des erreurs dans lesquelles les hommes tombent assez facilement; mais il ne parait point en être ainsi du culte qu’ils rendent à Ticn-heou , la reine du ciel ( appelée aussi Cliing-mou, la sainte mère); ils doivent l’avoir emprunté à des traditions étrangères, il nous est impossible de dire vers quelle époque. I ne légende moderne , accréditée parmi les habitants du Fo-kien, porte que c’était une vierge de cette province qui , ayant vu dans un songe ses parents en danger de périr, alla hardiment les sauver : mais cette explication n’éclaircit rien. Il est probable que quelques chrétiens nestoriens ont amalgamé leur foi et leurs cérémonies avec les superstitions chinoises, et ont fait adopter leurs rites aux prêtres bouddhiques. » M. Gutzlaff a vu, dans un temple, un buste en marbre de Napoléo7i devant lequel on brûlait de l’encens. « Il ne serait point extraordinaire , dit-il, qu’ils eussent de la même manière reçu la Vierge au nombre de leurs idoles. »
Mous ajouterons ici des détails fort curieux sur le Christ, tirés, par le docteur Milne , de l’histoire mythologique chinoise, dans laquelle Jésus est rangé au nombre des dieux. D’après les épithètes données à la V ierge, il parait évident que les Chinois tiennent ces détails des catholiques. L’ouvrage d’où ils sont extraits est intitulé : « Histoire complète des Dieux et des Génies, » et a été compilé en vingt-deux volumes in-octavo par un médecin chinois, sous le règne de Kang-hi, époque à laquelle il se trouvait en Chine un grand nombre de catholiques.
« Les nations de l’extrême occident disent qu’à la dis-