‹ La ChineChapitre 52 sur 79 · HISTOIRE NATURELLE ET PRODUCTIONS · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE ET PRODUCTIONS

Classification chinoise. — Avantages résultant de la structure de la langue. — Recherches des Européens en Chine. — Zoologie. — Mammifères. — Oiseaux. — Reptiles. — Poissons. — Insectes.— Botanique. — Plante à thé. — Bois à bâtir. — Usages du bambou.

— Arbres nains. — Fruits. — Fleurs. — Géologie. — Couches de marne presque inconnues. — Abondance du charbon de terre. — Rochers. — Volcans inactifs. — Minéraux et métaux.

Après avoir analysé le grand ouvrage chinois , sur la matière médicale, intitulé Pen-lsao, et qui, malgré son titre exclusif A’ Herbier, contient réellement la classification des principales productions de la nature comprises dans les règnes animal , végétal et minéral ,

M. Rémusat fait les remarques suivantes :

« Je crois que l’on peut inférer de ce qui précède, que les Chinois, dès la plus haute antiquité, se sont occupés - de l’étude de l’histoire naturelle, et qu’elle excita pareillement l’attention des nations voisines (1), ce qui fut ' cause du progrès qu’elle a fait dans ces contrées. Le système graphique des Chinois leur fournit d’abord les

éléments d’une excellente nomenclature, et les mit sur la

(1) Celles qui font usage des mêmes caractères cu‘écriy«ol, c'està-dire le Japou et la Cochinchiuci

voie de la classification. Tout ce qu’il était possible d’apprendre, au moyen d’un examen superficiel, ils l’ont su ; mais tout ce qui demandait de la réflexion ou des recherches délicates, ils l’ignorent encore. Néanmoins, quelque superficielles que soient leurs connaissances , elles constituent un ensemble scientifique qui tire quelque valeur de l’excellence de la méthode dont il a été le résultat. »

Les descriptions chinoises ou japonaises , lorsqu’elles sont accompagnées des figures qui s’y rattachent , ne sont pas tellement imparfaites que nous ne puissions, en les examinant, distinguer les espèces que nous possédons et celles que nous ne possédons pas; par conséquent, elles agrandissent le domaine de nos connaissances, jettent quelques lumières sur divers objets de l’histoire naturelle de l’ancien monde , et peuvent être consultées avec fruit par les naturalistes.

Parmi les deux cent quatorze racines sous lesquelles toute la langue est classée dans les dictionnaires chinois, on en compte environ cent soixante qui servent tout à la fois (à l’aide d’autres caractères) de parties composantes dans les désignations écrites de tous les objets connus des règnes animal, végétal et minéral, et de divisions sous lesquelles ils ont été classés.

« Par suite de cet arrangement si simple , remarque M. Rémusat, on voit apparaître les idées mêmes qui réglaient la formation des signes composés , et qui coïncident souvent avec celles que les naturalistes intelligents reconnaissent et adoptent pour base de leur système de classification.»

Ainsi que nous l’avons déjà dit, la structure de leurs signes écrits permit aux Chinois de faire une nomenclature systématique et une classification rationnelle des objets naturels par familles, selon les analogies les plus saillantes qui existaient entre eux.

LA CUIN£.

Sur les Irente racines ou caractères radicaux qui constituent ces familles , quatorze renferment le règne animal; les mammifères sont compris sous neuf de celles-ci, savoir : trois familles de carnivores , une de rongeurs, et trois de ruminants , tels que les bœufs, les moutons , les daims , etc. ; le cheval et le cochon sont les types de deux autres familles.

Dans les détails de ces classifications , il faut nécessairement s’attendre à rencontrer beaucoup de confusion et un certain manque de discernement; les singes, par exemple , sont classés avec les chiens. On pourrait citei' une foule d’autres bévues du même genre.

Les oiseaux, qui composent l’une des classes d’animaux les plus nombreuses.de la Chine, ne forment qu’une famille. Ensuite viennent les tortues et les grenouilles sous deux divisions. Les poissons constituent une famille, èt renferment improprement les cétacés, les sauriens, divers crustacés et quelques mollusques.

La quatorzième famille des animaux, dans le système du dictionnaire chinois, comprend les insectes.

On peut maintenant se former une idée du système de classification observé parles Chinois. Ils divisent le règne végétal en onze familles principales. La première comprend toutes les plantes herbacées qui ont un type commun et qui sont très nombreuses; la seconde a pour caractère radical le bois , et comprend tous les arbres aussi bien que les plantes qui ont une tige de bois. Le bambou, à cause de son importance, est à la tète de la cinquième classe, dans laquelle se trouvent rangés tous les roseaux. Quatre caractères radicaux séparés indiquent les divisions sous lesquelles on classe les blés et les graminées qui servcntàla nourriture de l’homme. C’est dans celles-là qu’on remarque beaucoup de répétitions et de distinctions superflues. Les quatre ensemble n’auraient dû former qu’une seule et même famille.

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Î.A f.HINP.,

La huitième comprend les plantes légumineuses , et a la fève pour type. La neuvième se compose des eucurbitacées , telles que les courges, melons; et sous la dixième sont renfermées une douzaine d’espèces ou de variétés de plantes alliacées , telles que les aulx , les porreaux et les oignons.

La onzième et dernière famille est composée de plantes analogues au chanvre , qui , depuis les temps les plus anciens , a été désigné par un caractère simple et radical.

Le règne minéral a été classé par les lexicographes chinois sous cinq caractères radicaux. La première famille est composée des gemmes dont le fameux ju ou jade est le type ; on a fait entrer, très mal à propos, dans cette même famille toutes les pierres factices, de même que le verre, l’ambre, etc.

Les quatre autres familles comprennent les pierres , les terres, les sels et les métaux.

« Il faut se rappeler , dit M. Rémusat , que ces divisions ne constituaient pas un arrangement méthodique imaginé par les naturalistes, pour classer les objets qu’ils désiraient décrire, mais simplement une distribution de signes écrits , rassemblés selon leur orthographe , et classés par les lexicographes dans le but unique d’en faciliter la recherche (i). »

Grâce à la composition des caractères chinois, la classification des objets se rapportant à l’histoire naturelle y est comme spontanée, et l’on peut affirmer qu’il n’y a aucune autre langue au monde dont les mots, pris intrinsèquement sans explication accessoire, sans définition quelconque, puissent fournir des notions aussi justes sur les affinités naturelles des choses.

(l) Voyez l’article sor l'Étaf des sciences naturelles chez les peuples de l’Asie orientale, ( Asiatic Journal, tome IX. p. 8g.)

UK CHINE. î5l

Les animaux et les végétaux, en Chine, appartiennent presque exclusivement à la zone tempérée , car l’abaissement du thermomètre (dont la moyenne annuelle à Canton est un peu au-dessus de 70° Farenlieit) et les hivers froids , sont nuisibles à l’existence des nombreuses familles tropicales, qu’on trouve dans les latitudes correspondantes de l’Inde.

En fait d’histoire naturelle, on ne doit que fort peu de choses auxmissionnairescatholiques. Chargés d’examiner le pays , d’en dresser une carte fidèle , ils se sont admirablement acquittés de la tâche qui leur avait été confiée, mais ils ont laissé échapper l’occasion (occasion qui peutêtre ne se représentera jamais) d’étudier et de décrire l’histoire naturelle de l’empire. Les sciences de la zoologie, de la botanique et de la minéralogie n’étaient certainement point de leur temps, à la hauteur où elles sont parvenues depuis; cependant ce n’est pas la se ule négligence que l’on puisse reprocher aux révérends pères.

Le premier Européen , naturaliste de profession , qui ail visité la Chine, parait avoir été Pierre üsbeck (1), qui se rendit à Canton, l’an 1750, en qualité de chapelain d’un navire suédois se livrant au commerce des Indes- Orientales, et qui fit autant de découvertes qu’il lui fut possible dans la limite circonscrite de la ville. Il avait l’avaptage d’être disciple de l’illustre Linné, et des circonstances favorables lui permirent ensuite d’étendre fort loin le cercle de ses recherches.

Linné perpétua le souvenir de son zèle dans YOebeckia chinensis. Osbeck et Toreen furent, en effet, les deux seuls individus qui , sans être aidés par leur gouvernement, soient parvenus, jusqu’à la fin du dernier siècle.

(îj-Lc Chinese lieptsitory, Ionie 111 , p. 85 , contient quelque» dé taili sur Qslicck.

l.A CHINE.

à nous procurer d’excellents renseignements sur l’histoire naturelle du peuple chinois.

La situation des Européens dans le céleste empire est si précaire , si misérable, qu’il ne faut pas avoir peu de zèle pour surmonter les nombreux obstacles que partout on rencontre sur son passage. Ce qui a aussi contribué à ce que les recherches sur l’histoire naturelle chinoise ne fussent pas extrêmement actives, c’est que la plupart des Européens qui quittaient leur pays pour venir à Canton, n’étaient mus que par le désir d’y réaliser des bénéfices dans le commerce.

A l’ambassade de lord Macartney étaient attachés plusieurs hommes intelligents et éclairés , qui surent profiter des occasions qui se présentèrent à eux; aussi trouvet-on des détails étendus, sur le sujet du présent chapitre, dans la relation de Staunton, et dans le voyage de Barrow.

Le second volume du premier de ces ouvrages contient quatre listes considérables de plantes chinoises; la première comprend toutes celles qui existent entre les rives de la mer Jaune et Péking ; la seconde, celles qu’on trouve proche Péking et Jé-ho dans la Tartarie mandchoue; la troisième celles du Chan-tong et du Kiang-nan, et la quatrième celles de Canton (i). Sans la sotte jalousie et Jes ridicules appréhensions des indigènes, les ambassades auraient rendu de plus grands services aux sciences.

Un naturaliste des plus infatigables fut nommé en la personne du docteur Clarke Abel pour accompagner l’ambassade de lord Amherst; mais une série d’événements malheureux le frustra de ses espérances. A peine arrivé dans le pays, une fièvre cérébrale le retint au ht durant une partie considérable du voyage, et il faillit descendre au tombeau. Ses amis, pour lui être agréables, lui apportaient tous les échantillons qu’ils jugeaient di-

(i) Staunlon’t Embasty, toiuo II, i65, 276 , /J35 et 5a4-

gnes d’enrichir son herbier. Pendant un mois qu’ils resta à Canton, il s’occupa de classer ses plantes et ses minéraux, afin de les emporter avec lui en Europe. Mais, l’événement le plus désastreux était encore à venir. On sait que la frégate l’Alceste, à bord de laquelle lord Amherst et sa suite s’embarquèrent pour l’Angleterre , toucha contre un roc dans le détroit de Gaspard. Ce naufrage fut plus particulièrement fatal au docteur Abel qui y perdit le fruit de toutes ses recherches, ou, comme il s’écriait lui -même emphatiquement, ibi omnis effusus labor. Heureusement quelques échantillons qui avaient été déposés sur un autre vaisseau arrivèrent à Londres, où l’un d’eux, qui était une plante nouvelle, fut nommée Abelia chinensis, par sir Joseph Banks.

MM. Beale , Reeves et Livingstone doivent être comptés au nombre des résidents anglais en Chine qui ont le plus contribué à nous éclairer sur la zoologie et la botanique de cet empire. Dans le jardin que le premier possède à Macao, est une volière de 4° pieds de longueur sur 20 de largeur , et environ 3o de hauteur. Elle renferme une multitude d’oiseaux rares ou curieux, et est divisée en deux parties qui communiquent entre elles, que l’on laisse ordinairement ouvertes , mais qui peuvent se fermer à volonté.

Des fenêtres de la maison à laquelle elle est contiguë, les regards plongent dans l’intérieur de cette construction ; on y voit des arbres et des buissons plantés pour l’agrément de la population ailée qui l’habite. Dans l’épaisSeur du feuillage, on remarque de petits paniers attachés aux branches, et servant de nids aux femelles qui couvent leurs œufs. Enfin, une pièce d’eau, entourée de rocs artificiels, complète l’ensemble de ce lieu, qui offre toutes les commodités possibles aux oiseaux qu’on y conserve.

Les inàlcs d’humeur querelleuse sont enfermés à part

dans des cages-, puis retirés définitivement de la volière s’ils deviennent incorrigibles.

M. Bennett, auquel nous empruntons cette particularité (i), raconte que, durant une éclipse totale de soleil,, la colonie emplumée fut dans une grande perplexité ; tous ses divers membres se retirèrent pour se coucher sans avoir soupé : ils paraissaient consternés de se trouver si soudainement enveloppés d’épaisses ténèbres; mais lorsque le soleil se dégagea , ils firent éclater leur joie , le coq chanta gaiement , et tous reprirent leurs amusements accoutumés.

A peu de distance de Canton , près d’un embranchement de la rivière, sont plusieurs jardins bien connus sous le nom de Fa-ti (terrains à fleurs) ; c’est là que viennent s’approvisionner de plantes les Européens, qui, malgré le peu de succès qui avait couronné leurs efforts, continuèrent long-temps d’y faire des acquisitions sur une vaste échelle.

Vers i8o/| , on envoya un jardinier des terres de plaisance de l’empereur à Kieou pour enrichir la magnifique collection qu’on y admire des trésors naturels de la Chine. Cet homme expédia un certain nombre de plantes curieuses; mais comme il ne les accompagna pas , et resta dans le pays pour en découvrir de nouvelles , il s’ensuivit que les marins du bâtiment sur lequel il les avait embarquées les arrosèrent trop ou pas assez, et les laissèrent détériorer par l’eau de la mer, dans les gros temps.

Toutes les autres tentatives que l’on fera ne réussiront pas, si l’on ne prend pas en route les soins minutieux qu’exigent ces productions. M. Livingston# a calculé que

(i) {'Fanderings, etc lomo II, p. 5o Cet ouvrage contient la desel'iption fort intéressante d'un oiseau de paradis vivant appartenant à M. Beale. ' - i

la cniM:.

sur mille plantes embarquées à Canton , il n’y en a pas plus d’une qui arrive en bon état en Angleterre. Les autres meurent pendant la traversée.

Comme les animaux sont plus dispersés que les plantes sur la surface d’un pays, il n’est point étonnant que les observations que l’on a faites sur la zoologie de la Chine soient rares, en comparaison de celles qu’a fournies la botanique du même empire. On a remarqué que les plantes et les animaux y avaient plutôt le caractère des espèces qu’on trouve dans les climats tempérés’que celui d’un climat tropique. C’est pour cette raison que les quadrupèdes carnivores les plus gros et les plu3 féroces y sont peu nombreux.

Dans les forêts du Yun-nan, au sud-ouest, il y a, diton, des tigres semblables à ceux du Bengale. 11 est certain, d’après toutes les images qu’ils ont dessinées de cet animal , et la multitude de contes dans lesquels ils le . font intervenir, qu’il est suffisamment connu des Chinois. Cependant, à Canton, qui se trouve à peu près sous ' la même latitude que Calcutta, il est complètement étranger, de même qu’aux provinces septentrionales traversées par nos ambassades. Le père Gerbillon a vu plusieurs petits animaux de la même espèce lorsqu’il accompagna l’empereur dans son excursion au nord de la grande muraille. '

Le lion est un animal presque fabuleux chez les Chinois, quoiqu’on ait pu en envoyer à Péking d’autres pays; mais on sait que les lions d’Asie sont très différents de ceux d’Afrique, auxquels ils sont inférieurs sous le rapport de la force.

Les forêts de la Chine méridionale sont remplies de chats sauvages très redoutables, quoique d’une petite espèce. Les gastronomes chinois, dontle goût diffère si souvent du nôtre, considèrent la chair de cet animal comme

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