ACTE IV, SCÈNE II
[[.a arèno est dans le palais de justice de T sou • rheou. |
TEOU-TIEN-TCHANG, l’oMBRE DE TEOU-NGO.
Teou-tien-tchang. — Je vais examiner quelques pièces. (Il lit.) « Dans la foule des criminels se trouve une jeune » femme, nommée Teou-ngo, qui a empoisonné son beaupère. » Je vois par les pièces du procès que cette femme porte le même nom que le mien. Cette action atroce d’avoir tué son beau-père parle poison est au nombre des dix crimes qu’on ne pardonne jamais. Après tout, Teoungo n’a pas craint de violer les lois de l’État. C’est une affaire consommée; je n’ai rien à y voir. Mettons celte piècé officielle sous les autres, et continuons. (Il bâille.) Malgré mes efforts je me sens défaillir de lassitude. Les fatigues d’une course longue et pénible, dans un âge aussi avancé que le mien, ont épuisé mes forces. Je vais appuyer ma tète sur cette table et prendre un peu de repos. (Il s’endort.)
L’ombre de teou-ngo, approchant. — Esprits conservateurs , génies qui veillez à la garde des portes , laissez-moi entrer. Je suis la fdle du juge suprême Teou-tien-tchang. Comme mon père ignore la sanglante catastrophe qui a mis fin à mes jours, je vais la lui faire connaître en lui envoyant un songe. (Hile entre, regarde et pleure.)
Teou-tien-tchang, pleurant aussi. — Touan-yun, ma fille, est-ce toi? (L’ombre s'évanouit,)
Teou-tien-tchang, se réveillant. Voilà qui est bien extraordinaire. Il m’a semblé tout à l’heure, durant mon sommeil, que je voyais en songe ma fille Touan-yun. Elle est véritablement apparue devant mes yeux* Je vais
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continuer l’examen des pièces oiricielles. (L'ombre de Teou-ngo voltige autour de la lampe.)
teoe-tien-tchang. — O chose bizarre ! maintenant que je veux examiner les pièces officielles, d’où vient que cette lampe jette par moments un éclat très vif, puis s’obcurcil tout-à-coup? Comme l’officier de justice dort profondément , je vais moi-même moucher ma lampe. (Il mouche ta lampe. L'ombre retourne les pièces officielles.)
Teod-tien-tchang. — Procédons de nouveau à l’examen de quelques pièces. (Il lit.) « Au nombre des cri- »minels est une jeune femme, nommée Teou-ngo, qui a • empoisonné son beau-père. » (// est saisi de crainte et d' étonnement.) Cette pièce officielle que j’ai déjà vue, je l’avais placée sous les autres, comment se fait-il qu’elle se trouve maintenant la première? J’ai cherché pendant quelque temps le mandat d’exécution. Iteplaçons-la audessous, et passons à une autre. ( L’ombre de Teou-ngo voltige autour de la lampe.)
Teon-tjen-tchang. — Voilà encore ma lampe qui tantôt brille et tantôt semble s’éteindre. 11 faut que je la mouche. (Il mouche ta lampe. L’ombre de Teou-ngo retourne encore une fois les pièces officielles.)
Teou-tibn-tchang. — Ma lampe éclaire enfin. Je vais choisir une autre pièce pour l’examiner. (Il lit.) « Dans »la foule des criminels se trouve une jeune femme, nom- »mée Teou-ngo, qui a empoisonné son beau-père.» Voilà qui est bien extraordinaire ; je viens de placer, dans l’instant même, celte pièce officielle sous les autres, comment donc se fait-il qu’elle se trouve encore la première ? Y a-t-il ou n’y a-t-il pas des démons dans ce palais de Tsou-chcou ? Je crains bien que cette affaire ne soit le résultat d’une imputation calomnieuse. Continuons. (L’ombre de Teou-ngo joue de nouveau avec la lampe.) D’où vient que cette lampe n’éclaire plus ? Il faut qu’il y
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ait un démon qui joue avec cette lampe. Mouchons-Ia encore une fois. (Il mouche la lampe; l’ombre apparaît et bondit autour, Teou-tien-tchang , tirant son épée, se précipite sur elle.) Il y a un démon, j’en suis certain. O ciel ! démon ou esprit malfaisant, sais-tu que je remplis une mission de l’empereur, et que je tiens à la fois l’enseigne dorée et le glaive, symbole de la puissance ? Partout j’examine les plaintes des prisonniers et je revise les arrêts. Si tu viens devant moi , je t’assène deux coups avec cette épée. OQicierde justice, réveillez-vous; liàtezvous de vous lever. Il y a des démons ! il y a des démons ! O ciel ! je vais mourir de frayeur!
L’ombre de trou-ngo. — ( Elle chante.) « Je vois que » son cœur, plein de méfiance, est en proie au soupçon » et à la haine. Écoutez celte voix plaintive qui va détruire » vos incertitudes et vos craintes. Si vous êtes véritable- »ment Teou-tien-tchang, investi d’une grande puissance » et d’une grande majesté, recevez les salutations de votre » fille Teou-ngo. »
Teou tien-tciiang. — O ombre ! vous dites que Teoutien-tchang est votre père; recevez, avez -vous ajouté, les salutations de votre fille Têou-ngo. Osez-vous proférer un semblable mensonge? Ma fille s’appelle Touan-vun. Il y a sept ans que je l’ai laissée dans la maison de madame Tsai, après l’avoir fiancée. Vous vous appelez Teou-ngo; votre nom diffère beaucoup du sien; comment pourriez-vous être ma fille ?
L’ombre de teou-ngo. — Mon père , quand vous m’avez fiancée dans la famille de madame Tsaî, j’ai changé mon nom en celui de Teou-ngo.
Teou-tien-tciiang. — Eh bien I si vous êtes ma fille Touan-yun, je ne vous demande qu’une chose, est-cc vous qui avez empoisonné votre beau-père ?
L’ombre de teou-ngo. — C’est votre fille.
Tkot-tien-tcuang. — Arrêtez, malheureuse! dans ma
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douleur d’ètre séparé de vous, )’ai versé tant de larmes, que ma vue s’est troublée. Voyez ma tête blanchie par le chagrin ! Pour avoir commis un des dix crimes que la loi punit de mort , vous avez reçu votre châtiment. Aujourd’hui j’occupe la charge de taï-seng ; j’examine partout les plaintes des prisonniers , et je revise les arrêts; sa majesté m'a chargé en outre de scruter la conduite des magistrats prévaricateurs et des employés infidèles à leurs devoirs. Si vous êtes véritablement ma fille, et que je ne puisse pas vous juger, comment jugerai-je les autres ? En vous introduisant pour la première fois dans la famille de madame Tsai, je vous avais recommandé d’observer les trois devoirs de dépendance et de pratiquer les quatre vertus spéciales ; la femme a trois sortes de dépendances, vous ai-je dit; fille, elle doit suivre son père; femme , elle doit suivre son mari ; veuve , elle doit suivre son fils; elle a quatre vertus spéciales à pratiquer : elle doit honorer et servir sa belle-mère , respecter son mari, vivre en paix avec ses belles-sœurs, avoir de la commisération pour les pauvres. Maintenant, toutes ces saintes obligations, les avez-vous respectées? Loin de là, vous avez commis un de ces dix crimes épouvantables que la loi pnnit de mort. Savez-vous que dans notre famille, durant le cours de trois générations, il n’y a pas eu d’exemple d’un homme qui ait violé les lois de l’État; que, pendant cinq générations, on n’a pas vu une femme veuve contracter de nouveaux nœuds? Aujourd'hui vous flétrissez les vertus héréditaires de vos ancêtres; vous compromettez mon nom honorable et pur; hâtezvous de confesser la vérité jusque dans les détails les plus minutieux. Point de réticences , point de réponses évasives, car si je découvre dans vos paroles l’indice de quelque mensonge, je vous avertis que vous subirez tous les supplices de l’enfer; vous ne pourrez jamais transmigrer daiïs un corps humain ; attachée sur une t . 11. £% 27
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montagne-obscure, \ous serez éternellement un démon affamé !
L’ombhe de teoe-ngo. — Mon père, suspendez votre courroux ; adoucissez un instant cet aspect plus redoutable que celui du loup et du tigre. Daignez écouter jusqu’au bout l’histoire des malheurs qui ont affligé votre fille. (Ici l'ombre de Teou-ngo révèle à Teou-tien-tchang, dans le plus grand détail, l’origine et toutes les circonstances île la catastrophe i/ui a mis fin à ses jours.)
Teoe-tiek-tchang, versant des larmes. — Si vous êtes le spectre de ma fille, vous me ferez mourir de douleur. Je ne vous demande plus qu’une chose : est-ce vous qui êtes la cause de cette sécheresse qui , depuis trois années , afflige l’arrondissement de Tsou-cheou?
L’ombre de teoü ngo. — Cette sécheresse est le signe de mon innocence.
Teou-tien-tciung, — Puisqu'il en est ainsi, je vous rendrai justice. ( L’ombre se retire.) Ah! le jour revient. (A l'officier de justice.) Tchang-tsien , cette nuit, pendant que j’examinais plusieurs sentences judiciaires, une ombie m’est apparue pour me révéler une accusation fausse. Je vous ai appelé plusieurs fois, vous n’avez pas répondu. Véritablement vous dormiez d’un profond sommeil.
L’officier de justice. — Je n’ai point fermé les yeux de la nuit, et je puis attester qu’aucune ombre n’est venue dénoncer une accusation fausse. Je n’ai pas entendu la voix de son excellence.
Teoe-tiïk-tchang, d’un ton courroucé. — Ce matin, je vais m’asseoir sur mon tribunal ; allez faire l’appel dans la salle d’audience.
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