I.A CHINE
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Je citerai à l’appui le passage suivant , extrait de la relation inédite de la dernière ambassade., par sir George Staunton:
« Ln message du légat portait que le passage de la plus prochaine écluse sur le Canal étant un peu périlleux, l’ambassadeur ferait mieux de suivre le rivage, et qu’il serait prêt à recevoir sa seigneurie dans une tente le lendemain matin. On répondit que s’il s’agissait de traiter quelque affaire, l’ambassadeur se rendrait au Heu indiqué , mais qu’autrement il s’y refuserait, parce qu’il avait remarqué que le légat prenait toujours le siège le plus élevé, quoique, dans ses visites à l’ambassadeur, celui-ci lui eût constamment donné la première place. Kouangta-jin répliqua qu’il ne s’était conduit ainsi que parce que le poste qu’il occupait l’y avait obligé. ,
Oii envoya dire alors que Son Excellence serait charmée de s’entretenir avec le Pou-tching-ssé ou trésorier , lequel n’était point dans une position qui l’obligeât à prendre le siège le plus élevé. Le matin, après l’heure du déjeùner, trois chaises à porteurs vinrent chercher l’ambassadeur et les commissaires. Lorsque ceux-ci eurent passé sur l’autre bord , ils trouvèrent une tente dans laquelle on les invita à entrer. Le légat ne tarda point à arriver, suivi du trésorier. Après avoir conversé debout pendant quelques moments, l’ambassadeur pria Rouangta-jin de s’asseoir , en lui disant qu’il renonçait à la première place , bieq que sa qualité d’hôte lui donnât des droits. Sur celte invitation courtoise; le légat s’empara de la place d’honpeur, et le trésorier, sans la moindre cérémonie , se dirigea vers la seconde. Mais l’ambassadeur l’arrêta , et lui dit qu’il voulait bien consentir à céder le pas à son maitre , mais qu’il sç refusait à siéger au-dessous d’un employé inférieur tel que lui. Le trésorier n’entendit nullement raison sur ce point, et,
plulôt'que de prendre la troisième place, il sortit de la tente. »
Celte incivilité pour les Européens est d’autant plus impardonnable, qu’entre eux ils rougiraient de se conduire de cotte manière. Quand ils reçoivent quelqu’un ; ils ont toujours coutume de lui céder la place d’honneur. Mais, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, ils considèrent les étrangers comme une caste à part. Leurs fauteuils sont toujours rangés d’une manière symétrique , etcomme ils sont extrêmement massifs, il n’est pas aisé de les changer de place. « Dans les appartements chinois, il y aune largecouche assez semblable à un lit pour la grandeur et appelé kang; au milieu s’élève une petite table haute d’environ un pied ; elle sert d’appui pour les bras, et souvent l’on y pose des tasses à thé; des deux côtés de cette petite table, sur la couche, s’asseyent les deux principaux habitants de la maison vis-à-vis l’entrée , et, depuis les extrémités de la couche , se prolongent à angles droits deux rangées de fauteuils pour les visiteurs, lesquels s’asseyent plus ou moins près de la couche , selon leur rang(i).»
Lorsqu’un individu sort èn chaise pour rendre une visite, ‘ses domestiques donnent à la porte sa carte, qui consiste en une feuille de papier rouge , roulée et ornée dé dessins en or. Cette feuille , qui contient le nom et le titre du visiteur , est assez grande pour occuper toute la longueur d’une chambre ordinairei Si Je visiteur est en deuil , sa carte est blanche et les caractères sont tracés en bleu. Selon le rang respectif des parties, la personne visitée va plus ou moins loin à la rencontre de son hôte, et , lorsqu’ils sont en présence . ils font des génuflexions réciproques ainsi que.des efforts pour prévenir ces mar-
(i)j3uraal du D^Morrison, 1816.
LA CUinB;
ques de politesse, le tout en se- conformapt aux lois de l’étiquette. Le salut ordinaire entre égaux est de joindre les mains fermées l’une contre l’autre , et de les élever deux ou trois fois au niveau de la tête, en disant : Haoising-tsing i c’est-à-dire « comment allez -vous? Salut I salut ! » De là, à ce que nous croyons, est dérivée l’exprcs-' sion tchin-tcfiin usitée dans le jargon de Canton.
Peu après 1 entrée du visiteur, les domestiques apportent des tasses en porcelaine , à couvercles , qui contiennent des feuilles de thé sur lesquelles on a jeté de l’eau bouillante. C est ainsi qu’ils le boivent, sans y ajouter ni lait ni sucre. L’arome délicat du thé de qualité supérieure se fait mieux sentir de cette manière; aussi beaucoup de résidents européens ont-ils pris l’habitude chinoise.
Tusses à tbé.
Quoique l’infusion ait ordinairement lieu dans la tasse , ils se servent parfois de théières , d’une forme antique et ' gracieuse, qui sept souvent fabriquées extérieurement avec du tutenag , lequel couvre la faïence à l’intérieur. Dans les visites, on apporte fréquemment une espèce de baquet vernis, déformé ronde, ayant de nombreux compartiments, partant en rayons depuis le centre etrenfermantdes *
CniME.
bonbons assortis ou des fruits secs que l’on prend avec une petite fourchette d’argent. A la fin de la visite , le maître de la maison reconduit celui qui l’est venu voir, jusqu’à son palanquin, s’il désire l’honorer, et ne s’en retourne point avant qu’il ne soit parti. Cependant, dans les occasions ordinaires, on se borne à reconduire son hôte jusqu’au haut des degrés, s’il existe un perron, ou même jusqu’à la porte de l’appartement.
Il n’y a que les mandarins ou les fonctionnaires publics qui aient le droit de se faire porter par quatre hommes et de se faire escorter de deux rangs de serviteurs de chaque côté de leur chaise. Deux de ces gens portent des gongs sur lesquels ils frappent à de certains intervalles; deux autres poussent de temps à autre une espèce de hurlement pour annoncer l’approche du grand homme ; un troisième couple porte des chaînes qu’il agite en cadence; ce sont, à proprement parler, des geôliers ou des exécuteurs; ils ont des bonnets en fil de fer, de forme haute et surmontés d’une plume grise. Viennent ensuite deux individus armés de bambous pour l’infliction de la bastonnade. Le cortège est fermé par des domestiques qui portent, les uns des parasols djhonneur, les autres de grandes planches rouges sur lesquelles sont inscrits, en caractères d’or, les titres de l’officier. Tous ceux qui se trouvent sur le passage de cette procession ne sont pas tenus de témoigner leur respect autrement qu’en laissant retomber leurs bras le long de leurs hanches et en baissant les yeux vers la terre. Ce n’est que lorsqu’âs comparaissent devant un tribunal qu’ils ‘ sont obligés de s’agenouiller, et ce sont de ces occasions que les Chinois ne paraissent nullement rechercher.
Les résidents anglais à Canton ont eu quelquefois l’agrément de prendre part à des dîners d’apparat chez des indigènes , mais peu d’entre eux ont été témqins
une fête solennelle donnée par l’empereur. Voici com-