‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 104 sur 125 · I.A CHINE · texte numérisé non relu

I.A CHINE

tle petites cuillers de porcelaine et de quatre fourchettes d’argent très droites; quand ils buvaient à la santé l’un de l’autre, les serviteurs, un genou en terre, versaient du vin chaud dans de petites coupes.

» A l’autre bout de la salle, de manière à être vus de tous les convives dedroite et degauche, avaient lieules divertissements dramatiques ; la musique était infernale, et le bruit horrible des gongs qui se faisait entendre par intervalles auraitpu réveillerSatan et ses légions de leur sommeil sur le lac sulfureux. Plusieurs monstres pyrotechniques , jetant feu et flamme , figuraient parmi les personnages; mais la meilleure partie des exercices fut sans contredit le tourbillon exécuté par un seul homme qui déploya dans ce tour une agilité vraiment merveilleuse. Faisant un bond, il s’élan\'a le corps penché en arrière , et continua sans toucher le sol à tourner de cette manière avec une vélocité telle que l’on ne pouvait distinguer sa tête de ses pieds, qui formaient les extrémités du cercle dont ses membres avaient pris la foi'me. »

Quand on invite quelqu’un à une fête particulière, on lui envoie quelque temps à l’avance une carte de couleur cramoisie indiquant le jour fixé, et par laquelle l’hôte est prié d’accorder « l’illumination de sa présence. » L’arrangement des tables est le même que celui que nous avons décrit , et les convives sont assis , deux par deux , à chaque table , de manière à voir ce qui se passe sur la scène. Le matériel du dîner est à peu près conforme à celui-que l’on connaît; mais avant que l’on ait touché à cc-qui a été servi , l’amphytrion se lève, boit à la santé de ses hôtes , et les invite ensuite à entamer les plats qui sont devant eux. Vers la fin du repas, tous les convives se lèvent à la fois et boivent à leur tour à la santé de leur hôte. Avant que les divertissements dramatiques 'aient commencé, un des acteurs présente au principal convive une liste d’environ cinquante ou

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soixante pièces , qu’ils possèdent toutes si bien qu’ils peuvent jouer à l’instant celle qu’on leur désigne. Il n’y a point de décoration; on laisse le champ libre à l’imagination du spectateur. Les costumes, sont cependant magnifiques , surtout dans les pièces tirées de l’histoire ancienne. La seule chose que l’on puisse critiquer sincèrement est le tapage affreux fait par les instruments de musique et les gongs, dans les scènes représentant des batailles ou des événements tragiques.

Les femmes de l’amphytrlon, qui ne peuvent prendre part au banquet, regardent ce qui se passe sur la scène à travers un treillis , et invitent leurs amies à partager celte récréation. Nous parlerons en son lieu du Théâtre des Chinois; mais nous pouvons dire ici en passant que - la danse leur est presque entièrement inconnue, soit sur, soit hors la scène. Dans une circonstance , nous vîmes , il est vrai , deux enfants , richement habillés , exécuter au milieu de l’espace compris entre les rangées de tables une espèce de menuet, consistant en une figure à mesure fort lente, accompagnée d’un mouvement des bras et de la tète qui n’était pas dépourvu d’une certaine grâce.

Un dîner de cérémonie qui commence à six heures environ , se prolonge ordinairement assez tard ; la succession des plats ou plutôt des bols parait quelquefois être interminable; ils mangent si peu de chaque plat, que souvent le contenu de l’un fait le tour des tables. Les viandes ne sont pas servies dans un ordre très régulier , mais après la soupe aux nids d’oiseaux (qui est de fait un très bon consommé de poulet, dans lequel on jette de cette substance en longs filaments, comme en Europe çn emploie le vermicelle) , les plats que nous avons déjà mentionnnés, ainsi que le mouton, le poisson, le gibier, la volaille, etc. , se suivent indistinctement Le signal que le repas touche à sa fin est l’arrivée d’un bol de riz pour

chaque comive, et ce plat est suivi bientôt après de thé au lieu de vin. Le tout est terminé par un service de fruits et de bonbons , à peu près comme notre dessert.

La plupart des tasses, des bols et des saucières (car ils n’ont point de plats de leur manufacture) qui constituent la vaisselle, sont en belle porcelaine ; cependant il arrive que l’on sert certains mets dans des couvercles d’argent ou de lulenap^ , squs lesquels est une lampe pour les maintenir chauds. Les coupes où l’on boit le vin sont aussi quelquefois d’argent doré , et en forme de vases élégants. L’exiguïté de ces coupes, jointe.à la faiblesse du vin que l’on boit toujours chaud, permet aux Chinois de vider un grand nombre de tasses sans que leur raison en soit le moins du monde altérée. Les banquets de cérémonie se terminent par des libations dans une vaste coupe de corne de rhinocéros, animal qui existe, dit-on, au milieu des forêts du Yun-nan et du Kouang-si. Nous lisons dans les auteurs arabes, que la même matière a été employée pour fabriquer des coupes à boire pour lés souverains , parce qu’on croit qu’elle sue à l’approche du poison. Il est probable que ce sont les Mongols qui en ont introduit l’usage en Chine.

La description suivante d’un dîner chinois, due à la plume de notre ami le capitaine Laplace, de la marine française, est sans doute un extrait un peu long; mais il est écrit avec cette vivacité qui distingue ses compatriotes, et communique bien lipremière impression d’une scène à laquelle assistent rarement les Européens ; c’est pour cela que nous'la donnons sans un plus long commentaire. « Le premier service était contenu dans un grand nombre de saucières en porcelaine peinte, et consi|taif en, divers hors-d’œuvre froids, tels que des vers de terre salés, préparés et fumés , mais si bien hachés que jene ws^e que c’était qu’après les avoir mangés ; du: poisson également salé ou fumé , et du jambon

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coupé par tranches excessivement minces. On servit ensuite ce qu’ils appellent du cuir japonais; c’est une espèce de peau foncée, assez dure, qui a un goût fort peu agréable. On eût dit qu’on l’avait macérée dans de l’eau quelque temps, 'fous ces aliments et bien d’autres, parmi lesquels je reconnus la liqueur nommée soj, tirée de fèves du Jupon, et adoptée depuis long-temps par les goui-mets d’Europe pour ranimer leur appétit blasé, étaient employés comme assaisonnement dans un grand . nombre d’étuvéesquise suivaient sans interruption. Tous^ les mets en général nageaient dans les sauces. D’un côté figuraient des œufs de pigeon, cuits au jus; puis des canards et des poulets, coupés par petites Iranclies et arrosés d’une sauce noirâtre ; de l'autre de petites boulettes, faites de nageoires de requin , des œufs cuits au feu , dont l’odeur et le goût nous révoltèrent; enfin d’énormes ' grubs (poissons de mer d’une espèce particulière), des crabes et des crevettes pilées.

» Assis à la droite de notre excellent amphytrion, j’étais l’objet de tontes Ses prévenances; je ne m’en trouvais pas moins fort embarrassé de savoir comment me servir des baguettes d’ivoire qui , avec un couteau à lame longue , mince et étroite , formaient tous mes ustensiles gastronomiques. J’éprouvais une grande difficulté;! saisir ma proie, au milieu de ces bols remplis de jus. En vain j’essayai de tenir mes bâtonnets entre le pouce et les deux doigts de la main droite , à l’instar de mon hôte ; les maudites baguettes manquaient leur coup â tout moment , et me laissaient désespéré vis-à-vis du morceau dont je convoitais la possession. Il est bien vrai que le maître de la maison, touché de mon inexpérience». qui cependant l’amusait infiniment, daigna me secourir en jetant dans mon plat ses deux instruments dont les bouts venaient d’être en rapport avec une bouche que les infirmités de la vieillesse et l’usage constant du tabac

à fumer et à chiquer ne rendaient rien moins qu’attrayante ; mais je me serais très volontiers passé d’un pareil secours , car mon estomac avait assez à faire do lutter contre les ragoûts qui lui étaient imposés, et dont j’avais été contraint démanger noUns volens. Après d’héroïques efforts, je parvins à me rendre maître d’une soupe préparée avec ces fameux nids d’oiseaux qui font la gloire épicurienne des Chinois. La substance ainsi préparée est réduite en filaments très minces, transparents comme de la colle de poisson , ressemblant à du vermi- ^celle, mais dépourvus de goût (i). J’étais fort inquiet de savoir comnjent nous pourrions, avec nos misérables bâtonnets, venir à bout dégoûter des diverses soupes qui étaient' placées devant nous; je commençais à me rappeler la fable du Renard et de la Cigogne, quand nos deux voisins chinois, plongeant dans les bols avec la petite saucière placée à côté de chaque convive, nous tirèrent de ce pénible embarras. » Nous avouons que nous n’avons jamais vu cette lente manœuvre, attendu que les tables chinoises sont ordinairement pourvues d’espèces de cuillers d’argent ou de porcelaine , d’une forme assez commode.

« Pour les jeunes convives , toutes ces choses si nour velles furent un ample canevas à plaisanteries qui parurent réjouir le digne marchand hong et son frère, bien que ni l’un ni l’autre n’en comprissent un mot. Pendant ce tenaps, le vin faisait le tour de la table, et ]cs toasts se succédaient rapidement. Ce vin, que l’orr boit toujours chaud,' se rapproche assez du madère pour la couleur et le goût, mais il ne porte nullement à la tête. Nous le primes dans de petites tasses dorées qui avaient la forme d’un vase antique à deux anses, d’un travail parfait. Les

(i) On y joinl'orclinaircmcnt dea œufs do pigoon, coïts durs , <piu l'nii mange avec du any.

serviteurs qui se tenaient debout, avec de grands ustensiles d’argent semblables à des cafetières , avaient soin de nous les renyplir consta mm ent. La manière de faire raison ressemble un peu à celle des Anglais. La personne qui désire témoigner cette politesse à un ou plusieurs convives, les en avertit par un domestique , puis prenant la tasse pleine & deux mains ,«’elle l'^élève au niveau de sa bouche et la vide après avoir fait un signe de tête fort comique; elle attend ensuite que son partner ait fini; elle répète alors son signe de fête et tient la coupe abaissée pour montreç qu’elle est entièrement vide.

» Après toutes ces bonnes chosesr senties coup sur coup et dont je vis la dernière avec bonheur,, arriva le second service : il fut.préoèdé d’une petite cérémonie probablement pour meltre à fépreuve l’appétit des convives. Sur le bord de quatre bols airangés en carré , on plaça trois autres bols remplis d’étuvées et qu’on surmonta d’un huitième', de manière à former une pyramide. La coutume veut que l’on ne touche 5 aucun de ces mets , bien que» l’amphytrion ne manque pas de vous y inviter. Sur le * refû;} de l’assemblée , on enleva leS huit bols et l’pn couvrit aussitôt la table de pâtisseries et de sucreries. On plaça dans le milieu une salade composée. des filaments’ le's plus tendres du bambou et quelques préparations èe l’eau qui exhalaient une odeur fort désagréablbi'

Les hauts-goûts qui avaientété le seul assaisonnement ' de tous.les mets dont j’ai parlé, le furent aussi des bols de riz que les domestiques placèrent alors pour la pre- ' mière fois devant chacun de nous (i). Je regardais aveq un certain embarras mes deux petits bâtonnets: car,» malgré l’expérience que j’avais acquise depuis le com-,

mencement du repas , il me semblait très douteux de

(l) 11 ne faut pas oublier que c*élait un repas de cérimonie, car' dans les dîners oïdinaires , le riz forme le plat fondamental. ^

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pouvoir prendre le liz grain par grain. J’attendis que mon hôte en mangeât pour l’imiter : il Joignit les deux bouts de ses bâtonnets, en prit adroitement une assez grande quantité, et les jeta dans sa liouche qu’il tenait ouverte autant qu’il lui était possible. Le second service dura moins long-temps. Les domestiques couvrirent Ja table de paniers de fleurs», de bonbons et de gâteaux de diverses formes. A côté du plantain jaune, on voyait le li-tchi, dont la pellicule forte et cramoisie protège une espèce de noyau, enveloppé d’une pulpe blanche, et qui est supérieure pour le goût â la plupart des fruits des tropiques. Le li-tcbiçroiUdans les provinces maritimes; lorsqu’il est nouvellejnent cueilli , il ofl’re aux habitants une nourriture aussi saine que délicieuse (i) en été, et quand il est séché, c’est une excellente pirovision pour l’hiver. A ces fruits des climats chauds éhvient mêlés ceux de la zone tempérée, tels que des noisettes, des châtaignes (petites et inférieures à celtes de France) , des pommes, des raisins et des poires de Péking qui, agréables à la vue, n’avaient que le goût des fruits sauvages. La conversation, interroïiapue fréquemment dans le commcrîcement ’^u repas pour faire raison aux toasts de notre hôte , devint alors animée, générale, et même assez bruyante, .au gi’and étonnement des Chinois qui étaient devant nous; mon voisin surtout, peu accoutumé à une .joie aussi expansive, était tout-i-fait ravi, et témoignait sa satisfaction par de gros éclats do rire auxquels se joignait incessamment le bruit sonore de son estomac quelque peu surchargé. Selon les usages reçus parmi les Chinois, .j’jiurais dû suivre cet exe^nple pour prouver que mon appétit avait été amplement satisfait, mais je ne pus'm’y résoudre , malgré tout le désir que j’avais de contenter

• (i) Cependant ce fruit est dangereux, pri» en grande quantité ,

alleudu scs pro|)riétés échaufraute*.

Digilized hy Googli

Xasse à tix et bitoonets.

. notre excellent *ampbytrion. Cette coutume qui , en France , paraîtrait plus que singulière , n’étail point nouvelle .pour moi , car* je l’avais déjà remarquée dans les meilleures «ociélés de Manille. Devais-je être surpris de trouver les Chinois si peu délicats dans leurs us gastronomiques, quand nos proches voisins ^les Espagnols ne se sont point encore* défaits de ce dernier reste de grossièreté des temps anciens? » *

Celte coutume parait aussi naturelle en Asie que l’âctioB de se mouclier, d’élernucî ou de tousser.

«Après cela, (continue notre auteur), nous passâmes dans une autre chambre pour prendre le thé ; commencement efconclüsidto indispensables de toutesiles visites et de toutes les céréqaonies chinoises.Xes domestiques nous le présentèrent dans des tasses en porcelaine, à couvercles, poqr empêcher l’arome de s’évaporer ; on avait ,jeté de l’eau bouillante sur les quelques feuilles contenues au fond de chaque tasse , et l’infusion à laquelle on n’avait point ajouté de sucra, ^elon l’usage du, pays, exhalait une odeur délicieuse et suav* dont les meilleurs thés importas en Europe ne peuven!^ donner aucune

idée. » 9 *

Quoique le raisin soit forf abondant, il est extrsfhrdinaire qu’on ne l’emploie point pour faire du vin ; on préfère tirer cette hqueur du riz. fermenté ; ■'elle, n’en a pas moins le goût et la saveur de nos vins blattes fqjbles. On laisse tremper le riz dans l’eau avec d’aütres ingrédients , 'pendant un laps de temps assez long. On fait ensuite bouillir ce résidu'et on le laisse encore fermenter; on le tire au clair ; puis on le met dans des jarres de terre semblables aux. amphores des anciens. La quintessence forme une liqueur spiritueuse , de. très peu infé- . rieure à l’alcool pour la force et que l’on boit à la fin des , repas. Lorsqu’elle est bçnne, elle ressemble au vvhiskey. On assure que les Tartares ont conservé leur- goût pour

l'a liqueur très fbrte quktn obtient du moâton; c’est un reste de leur état' pastoral. L’une des sdupes servies à l’ambassade anglaise à Tien-tsin, étasl, dit-on, compensée de lait et de sang de jument. •

Les Chinois né sont pas geands buveurs d’eau et ils ont raison ,"car l’eaû est fort mauvaise dans la majeure partie ^e leur pa^s. Ceux des nôtres qui burent de l’çau de la' rivière de Péking furent affligés de dyssenteries cruelles. Elle esl'd’une couleur laiteuse ; on a beau la corriger avec de l’alun et la remiesr avec un l^ambou pour l’éclaircir un peü , elle conserve toujours ses prb|friétés ipalfaisantes. On pourrait croire que c’est œtte mauvaise qualité de l’eau qui a rendu général l’usage dti thé. Malgré leur, aversion pour les mets ou les boissons ffoides,.les Cljinois s’entendent mieux que beaucoup de peuples à l’em-' ploi de la-glace durant les, chaleurs. Près de Péking , au mois d’août, alors que le thermoniètre pétait au-dessus de 8o“ , nouif vlmés une, foule d.’individus portant dans un panier suspendu à pne perche cet objet de luxe gastronomique. Les marchand^ de comestibles s’en servent pour conserver les fruits qui Sont étalés sur leurs montres. On en fournit libéralement aux membres de l’am-

bassade, afin qu’ils" puissent boire^ leur vin irais. Pour' ooifserver la glace, on la met dans untroiLcrensé en terre qu’on recouvre de paille. ' *

. La cuisine chinoise se rapproche beaucoup plus de la méthode française que de la méthnde anglaise , à cause de l’usage général deg ragoûts et des plats composés, 'de préférence aux aliments simples, et aussi à cause de l’introduction des végétaux dans presque tous les plats de viande. Beaucoup d’aliments que les Chinois des classes riches considèrent comme très délicats , ne seraient nullement du goût des Européens , comme par exemple les larves de la teigne et un certain ver qui naît dans la

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canne à sncre’. Ils accomnnodentmne foul/s de mets avec l’huile dp ricin,* dont dh>obticnt l’iidile de castor employée en médecine ; mais'commc ils s^’en servent, quand elle est fraîche et après une préparation' particulière , cette huile n’a ni les propriétés délergentes' ni le goût détestable ,par lesquels elle est connue efl Eur<^6. *

* Le bouddhisme étant la religion dominanta de la por pulation, le bœuf, principalement à cajase de cola, parait rarement, sur les tables ; mais on peut voir d’après le nombre desbouvUlons qp’ils tuent pourles approvisionne-* ments de^ navjreS européens, qu’ils ne pousseiît pas fort loin le'.scrjpule rejigieux à cet égard, Il est essentiel de remarquer que dés maximes oiî des préjugés absurdes , à défaut de lois* se sont toujours opposés à la conSbmmalion générale de la chair dés animaux: Aussi 'il n’est peut-être point de pays où l’on ma*gc‘si peu de viande J et autant de légumes^et de poissons qu’en Chine. Il ne faut pas croire de ce que le nombre des terrains cultivés est •immense , que le gibier soit rare, dans ce pays. Les collines boisées , les montagnes et les lacs sont ai* Contraire remplis d’oiseaux sauvages*, de/aisans, de perdrix à jambes rouges.etde bécassines. Pendant l’iilver , on voit flotter sur la rivière de Canton de nombl-euses troupps d’oies et de canards sauvages. Les bécasses sont moins corn»munes. * ' • .

L’aliment végétal le plus, fréquemment employé dans l’empire après le rizf est le Pé-tsaï, espèce de brassica (chdu'blanc) ainsi nommé de ce qu’il est en partie blanc comme*^ le céleri l’cSt chez notis. Les. Anglais le baangent en Salade : il ressemble assez à'ia laitue. Le lieu où il croit avec le plus de*succès et’où il est le meilleur, se trouve situé dans* le voisinage deTien-tsin, dont le terrain est très sablonneux. 'C’est de là qu’on le transporte frais ou salé dans les diverses parties de l’cmpirci

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On dit que poui' le conserver frais , les Chinois le {Gantent dans du sable humide , «u l’enterrent profondément dans le sol.

ün a remasqué que, durant l’automne, les neuf portes de Péking sont comme bloquées par les voitures qui apportent le pé-tsai. Outre ce légume, les provinces septentrionales consomment du millet et de l’huile de sésame. ^Les paysans exploitent des moulins d’une construction fort simple, mus par un seul âne, pour la distillation de l’huile de sésame. Les huiles végétales dont on se sert dans le midi sont tirées du camellia oleifera, de l’amchis hjrp^œa et du ricin.

Les végétaux les plus nombreux nous parurent être , le solanum tnelongena , diverses sortes de concombres et de potirons, la pomme de terre douce, et une ou deux espèces de haricots dont ils font quelquefois bouillir les jeunes plantes. Les pois aussi, qui ont été introduits par* les Hollandais pour leur propre usage , paraissent quelquefois en étuvée sur les tables chinoises. Près de Ma- • cao , la pomme de terre esj devenue très commune ;. cependant elle ne se propage pas aussi rapidement <que l’on aurait pu s’y attendre , car il y a près de vingt ans qu’on l’a' introduite. Ce légume est loin d’être- abondant et peu coûteux à'Canton, qui n’est qu’à quatre-vingts milles de distance de la première ville. Mais«rien ne saurait en effet remplacer le rix comme abn^nt principal des Chinois. M. Gulzlaff remarque à ce sujet dans son journal , « que les Chinois à Siam travaillent avant tout pour avoir du riz ; ils règlent leurs besoins domestiques sur la quantité dè riz qu’ils consomment, et proportionnent leurs efforts à la quantité qui leur manque. Ils considèrent comme le signe d’'une grande misère tous les aliments destinés à tenir, beu de ce mets favori. Lors> qu’ils ne peuvent en avoir assez pour satisfaire leur appétit , ils suppléent à ce qui manque par un poids égal

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d’eas (i). Conime ils me demandaient si nous mangions du riz en Occident , et -que je tardais à répondre , ils s’é- . crièrent : « Oh ! quelle région stérile que celle habitée par ces barbares : elle ne produit' pas même ce qui est nécessaire au soutien de l’existence. Qu’il est étrange que tous ne soient pas, depuis long-temps, morts de faim ! » J’essayai de leur faire entendre que nous avions ■ des aliments qui remplaçaient très bien le riz , qui mêihe ^ lui étaient supérieurs ; mais ce fut en vain , car ils persistèrent à soutenir qu’il n’y avait que le riz qui pût nourrir convenablement une créature humaine. *

Si les riches paraissent bizarres dans le choix* de leurs aliments, les pauvres ne le sont pas moins dans la'mamère dont ils pourvoient à leur existence. La vérité est qu’ils mangent à peu près tout ce qui leur tombp sous la main ; s’ils étaient imbus de la moitié seulement des prfr- ■jugés des Hindous , la plupari mourraient de faim.- Ils s’arrangent à merveille des chiens , des chats , des rats j les premiers de ces animaux sont même comptés dans an ancien livre comme un de^ articles de nourriture 'ré- » gulière. Chez les riches , un chat sauvage , préalablement engraissé, .est considéré comme un mets délicat Les chiens chinois -ont une aversion. très décidée ^uur les * bouchers, sans doute, parce que ces’gens violent tous les priviléges«lont Us jouissent dans les autres pays;

Ainsi que l’on petit s’y attendre , d’après les habitudes économiques de ce peuple, le porc n’est pôihtnégligé, et sa chair forme la nourriture la plus ordinaire de la classé pauvre. Leur maxime porte que « le’ savant ne quitte pas plus ses livres que l’indigent ne quitte ses c6chons. » Les Chinois justifient l’assertion queU’usage fréquent, du porc donne la lèpre ou y, prédispose {cui id animal obnoxium, dit Tacite), car ils y sont très su-

^ (i) ll> font alor» du riz une espèce de gruau.

LA CflfNE.

jets , ainsi qv’à d’autres maladies cutanées t mais il faut en même “temps remarquer que ce n’est pas le se'isl alï* ment malsain dont ils se nourrissent. . •

Ils élèvent des canards à peu de frais, et les font chas^ serpour leur propTèrsuhsistance. Ils les |dacent sur- de larges plàtes^f6rhiesqui(j^l)as8^lcb6jdeux.côtés les bords* du bateau au'moyen duquel ils )t8%mupK>rtent en dif^ férents endroitsule la rivière d'ù Us4^Jji^eàt'<^ercher leur nourriture. Ces oiseaux sont^si bien dressés^qu’à • un signal donpé ils retounléDl *auprè^ deUâuÿ*l!aallo^ en gravissant nne<plancbe inclinée <et posée à cet effetr ^ Pour conserver ïfcs canards' après’ les avoir tués, les Chinois^ Jês ouvrerit* les salent'et les expoSent aux vents . secs du ilord ,*qui souiPcTit pendant les mois d’hiver. La consommation des viandes salées est générale^, et le gouvernement tire un im'mense jîrofit de" l’impôt qu’il perçoit §ur le sel. En ralAn de l^norme quantité ^e poissons’ pêchéi|'daçu*la mÿ et^dani^s fleuves, 1!t de • corruption* r^pldb J^ils'éjjft'ôu^njt, t>n est obligé d’teil .

'saler et d’èn faire séoller Jà pluà^r&ndfe’ paftie au soleil. , Le poiSson^-est -dn des , mets famris'des 6Wuu».'*PDiur.* satisfaire leur goût,‘*on'*avtûtt4a]uginé/d’importeY' ch^ eux de la morue salée ;'mais comme, durant la traversée,* Cette cargaison engendrait un 'insecte particulier qui rongeait les planches et les poutres du navire, on finit pa^ ^

«'HLe’dHndividûs'peu J«8^ trouvent un grand avantage â^prendrê'léurs Ténias Jans dos tavernes. On remarque à Gaqtpn'plusi.eurs établissements de ce genre; on cn^voit . deTort’hieç^ïenus à l’ouest des factoreries: ils ontdcûx étages vis-à-vis la rivière. Telle est la jalouse inhospita-. lité dü gouvernement local' ou plutôt des marchands ‘ hong , que l’on ne permet pas aux propriétaires de ces . tavernes de.recevoir des étrangers. Beaucoup de Chinois distingués , dont les familles ne résident pas à Canton ,

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