‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 119 sur 125 · L1 CU1?IE · texte numérisé non relu

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premiers essaya de faire entendre par signes a* capitaine le danger qui le menaçait.

Lorsque la jonque fut en vue de la grande lie Ladrone, les passagers chinois débarquèrent à la fois dans des bateaux avec une précipitation qui aurait dû éveiller 1 es soupçons des Européens. La nuit se passa tranquillement , mais l’aurore devait éclairer une horrible boucherie. Les malheureux Français furent assaillis durant leur sommeil , et coupés par morceaux à coups de hache. Le capitaine, après s’etre vaillamment défendu contre ses assassins, finit aussi par succomber. In matelot qui s’était armé d’une barre de fer, continua néanmoins à opposer une résistance désespérée , quoiqu’il fût dangereusement blessé à la tête ; accablé par le nombre, après avoir disputé le sol pas à pas, il se précipita dans lamer. Lesmeurlriers purent alors se croire assurésderimpunité;maisil nagea jusqu’à ce qu’il atteignit un bateau pécheur; les Chinois qui lemontaient, avec leur circonspection ordinaire , refusèrent de le secourir; heureusement une autre barque le reçut à 'bord et le débarqua le soir à Macao , où il réussit à découvrir l’habitation des missionnaires français. Le consul de France, qui était arrivé à Canton vers la môme époque, se saisit de cette affaire' dès qu’il en fut informé, et la porta à la connaissance des mandarins. Les passagers chinois qui avaient abandonné la jonque, avant le massacre des Français, furent sommés de se rendre à Canton, où ils portèrent témoignage contre les assassins. Un embargo sévère fut alors jeté sur tous les vaisseaux , dans les ports de la province de Canton et de celle du Fo-kien.

Les coupables ne tardèrent pointu être arrêtés; on les emprisonna dans des cages de fer, et on tes envoya à Canton pour y être jugés. Selon un ordre de l’empereur, leur procès et leur châtiment devaient avoir lieu en présence des résidents européens. Parmi les spec-

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tateurs anglais' se ti’ouvait l’interprète de la compagnie des Indes Orientales, le docteur Morrison, auteur du dictionnnaire chinois , dont les travaux ont tant contribué à propager la connaissance de la littérature chinoise. Son attention fut attirée par les plaintes d’un vieillard . qui était enfermé , comme les autres , dans une cage à barreaux de fer et qui appelait le Français auquel il avait voulu sauver la vie, pour qu’il témoignât de son innocence. Il s’approcha de ce malheureux , et après l’avoir entendu, il lui promit d’intercéder pour lui. En elTet, il se présenta devant les mandarins, plaida la cause de son client , et leur rappelant cette maxime de la loi chinoise etde l’humanité en général : «11 vaut mieux laisser échapper un coupable que de condamner un innocent, » il obtint le consentement de la cour à la confrontation du Français avec l’accusé. Lorsque ces deux hommes se virent, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre en versant des larmes de joie. Cette scène attendrissante excita une sympathie universelle, à laquelle les juges s’associèrent en absolvant le vieillard. Sur les vingt -quatre prévenus, dix-sept furent condamnés et décapités ensemble : leur chef subit une mort lente , en présence des Européens.

Le capitaine Laplace, qui raconte ce qu’on vient de lire, s’est étrangement trompé, en supposant que lorsque le docteur Morrison prononça la sage maxime qui avait contribué à sauver le vieillard, il avait dit aux Chinois ce qu’ils n’avaient jamais entendu auparavant. Nous pourrions lui prouver par chapitre et par verset que ce précepte leur est au contraire très bien connu , quoiqu’ils l’aient violé dans plusieurs circonstances où les Européens avaient commis des homicides non prémédités. Comme une juste et égale application des lois chinoises aux natifs et aux étrangers doit être la condi-

Lii CHINE.

lion nécessaire de la soumission de ces derniers, le gouvernement local, dans son iniquité et sa partialité absurdes , les a privés du droit de se plaindre, lorsqu’en cas d’homicide involontaire ils refusent de livrer leurs conôiloyens pour être étranglés sans jugement, ou pour n’être soumis qu’à une procédure dérisoire.

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