I.A CHINE
numérique des Chinois qui surpasse de beaucoup celle des Tartares. En effet, un examen du livre-rouge des Chinois a donné* les résultats suivants : De huit vice-rois ayant chacun deux provinces , ou une des plus grandes , sous son gouvernement , il n’y en a pas moins de six Chinois, et sur les quinze lieutenants-gouverneurs, dix sont indigènes. D’un autre côté, les hauts emplois militaires sont confiés aux Mandchous. Le génie pacifique des Chinois parait s’accommoder mieux des emplois civils, tandis que les Tartares , non seulement offrent plus de garanties de fidélité à la dynastie actuelle , mais aussi sont beaucoup plus propres à la guerre. Lorsque lord Macartney eut franchi la grande muraille du côté du nord , dans son voyage à Jc-ho , un mandarin chinois ayant voulu faire punir un domestique lartare , celui-ci résista avec la plus grande énergie , en récusant l’autorité du magistrat de ce côté de la barrière nationale.
Le système de police au moyen duquel on maintient l’ordre parmi cette immense population, est exactement le même dans les différentes villes de l’empire.
Il tire surtout son efficacité du principe de responsabi- . lité qui forme un des traits si marqués du gouvernement chinois , et qui se trouve poussé à un point qui nous parait dépasser les bornes de l’équité. Chaque ville est divisée en arrondissements de dix et de cent maisons, ou, pour employer la désignation chinoise,» dix maisons font un kia , et dix kias forment un pao » ou une centaine. Le magistrat répond pour tout son district ; le chef de cent maisons et celui de dix sont responsables chacun de ce qui se passe dans sa circonscription ; enfin, le chef de famille est responsable de la conduite des siens. Les étrangers sont exclus de cette gradation d’autorité. On voit d’après cela qu’il ne fait pas bon d’être entre les mains de la police chinoise : les indigènes en paraissent convaincus, car ils disent trivialement de ceux qui se
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trouvent en sa puissance « la viande est sur le bloc à hacher. »
Les portes de toutes les villes sont fermées un peu après le crépuscule , lorsque la première veille a été sonnée par une grosse cloche ou annoncée par le tambour. Au bout de chaque rue s’élève une barrière formée de grosses poutres, qu’on n’ouvre que lorsque celui qui désire passer donne des raisons plausibles, par exemple pour appeler une sage-femme , etc. Chaque particulier doit avoir une lanterne à la main. Quiconque se trouve en contravention avec ce règlement est sévèrement puni. Lorsque la cloche ou le tambour de la principale station a annoncé une veille, elle est répétée par toutes les autres stations, et un soldat de police va d’un corps-de-garde à un autre , répétant à son tour la même veille , et, par là, indiquant les heures de la nuit en frappant deux bambous creux l’un contre l’autre.
Le principal devoir du militaire en Chine consiste à faire un service de sûreté publique; aussi peut-on dire que nulle part il n’existe une police aussi efficace ni aussi puissante. Les résidents européens en Chine n’ont eu qu’à s’en louer. Pour alléguer un fait, nous citerons ce qui arriva, en 1828, au vaisseau français le Navigateur. Ce bâtiment, qui appartenait au commerce, fut contraint par le gros temps de chercher un refuge dans la baie de Touron, sur les côtes de la Cochinchine. Le mauvais état dans lequel il se trouvait, la difficulté d’effectuer le radoub nécessaire, la malveillance bien connue des autorités locales, forcèrent le capitaine et l’équipage de le vendre au roi delà Cochinchine, et de s’embarquer avec leurs effets les plus précieux à bord d’une jonque chinoise pour Macao. Le voyage fut court, mais d’assez longue durée cependant, pour donner aux Chinois le temps d’ourdir un détestable complot contre les Français. Ce fut en vain qu’un des plus vieux matelots d’entre les