I.A CniM
king sur le grand lleuve Kiang, qui coule à quelques milles au nord-ouest de l’ancienne capitale, l’ambassadeur céda aux sollicitations de plusieurs personnes de sa suite, qui avaient déjà exploré une partie de l’intérieur dos murs et qui désiraient visiter la porte la plus voisine du côté nord-ouest.
Lorsqu’elles se présentèrent pour la franchir, un mandarin de rang inférieur , appuyé d’un détachement de soldais, arriva soudain à cheval et fit fermer les portes aunez de nos voyageurs, malgré toutesleurs réclamations. Son excellence ordonna alors à deux des personnes qui l’accompagnaient (l’une était l’auteur de cet ouvrage) de se rendre le plus promptement possible auprès di| légat impérial , qui avait été chargé de la conduite de l’ambassade, afin de lui porter plainte de cette insulte cl d’en exiger la réparation immédiate. Ils furent très bien reçus à bord du bateau du Kin-tchaî, qui, lorsqu’on lui eut raconté l’affaire, s’écria que le coupable devait avoir perdu l’esprit. Aussitôt il enjoignit au principal officier militaire du voisinage d’aller faire rouvrir les portes lui-mème.
Les deux députés retournèrent alors vers leurs collègues , accompagnés d’un gros mandarin asthmatique , de l’ordre du bouton bleu, lequel avait toutes les peines du monde à les suivre dans leur marche rapide. Lorsqu’ils furent en vue de la porte, le général chinois qui avait été envoyé par le légat y arriva en même temps qu’eux et la lit rouvrir. L’ambassadeur déclara qu’il était satisfait et refusa de pénétrer dans la ville.
Lnc foule immense de curieux s’était réunie pour connaître toutes les particularités de cet incident : il parut produire sur eux une impression qui ne tarda pas à nous être favorable , car ils devinrent beaucoup plus polis qu’à l’ordinaire. Dans le cours de la même journée, on permit à plusieurs d'entre nous non seulement
Digilized by Googl
de franchir la porte , mats de pénétrer aussi avant qu’il leur plairait dans l’intérieur de la ville. Du haut d'une colline boisée, située dans l’enceinte, nous pûmes voir la ville moderne au sud, laquelle occupe seulement le tiers de cette immense superficie. L’ancien nom de Nankin^ (la capitale méridionale) est toujours usité vulgairement, mais on ne l’emploie pas dans les documents olliciels, où on la désigne sous celui de Kiang-ning-fou. Elle y est simplement considérée , quoiqu’elle soit une ville du premier ordre, comme le chef-lieu d’une province.
La tour de porcelaine de Nanking (qui n’a de porcelaine que les tuiles vernissées qui la couvrent) apparaissait au loin; la vue de ce monument tenta plusieurs d’entre nous qui entrèrent dans la ville moderne pour l’examiner de près. Ils pénétrèrent sans obstacle dans le faubourg ; mais là ils furent environnés d’une foule si grande, qu’ils jugèrent prudent de revenir sur leurs pas et d’abandonner leur projet. Le passage suivant est extrait du journal inédit de sir George Staunton.
O La vue depuis le sommet de la colline ( en deçà de la porte) nous dédommagea amplement de la fatigue que nous avions éprouvée pour lagi'avir; nous jouîmes d’un immense panorama : d’un côté, et comme sous nos pieds, s’étendaient le faubourg que nous venions de quitter, le majestueux courant du Yang-tsé-kiang, avec ses embranchements, et au-delà la pagode de la ville de Pou-kiou-hien, et une ceinture de collines à l’horizon. De l’autre côté se prolongeait une magnifique vallée de plusieurs lieues de longueur , qui , avec les diverses éminences qu’on y remarque , était comprise dans l’ancienne enceinte de la ville impériale. 11 nous fut aisé, au moyen d’un télescope, de parcourir de l’œil la circonférence totale de ses murs, mais ce fut en vain que nous cherchâmes à y découvrir quelques vestiges d'habitation
oa même les traces de sa population , jadis si considérable. Les ruines qui ont couvert le terrain ont aussi disparu ; l’emplacement qu’occupaient les édifices dont elles étaient les dernières reliques, a été labouré, et l’on n’y aperçoit plus aujourd’hui que des vergers, des jardins et quelques misérables fermes. Cependant, derrière une hauteur, nous vîmes s’élever un nuage de fumée qui nous montra en se dissipant plusieurs bâtiments considérables, appartenant, sans aucun doute, à la partie de la ville qui continue d’être habitée. Nous distinguâmes assez bien les toits de deux ou trois édifices ressemblant à des temples , deux portes cintrées et trois pagodes, dont l’une , par sa prodigieuse élévation et sa proximité du fleuve , nous parut être la fâmeusc tour de porcelaine , conjecture que confirmèrent nos guides chinois. » •
Les ravages qu’a éprouvés cette ancienne résidence des souverains de la Chine peuvent être attribués en partie aux conquérants tartares qui , dans l’exaspération de la guerre , démolirent le palais impérial , et jusqu’aux sépultures. 11 faut aussi les attribuer à une autre cause qui explique pourquoi (la grande muraille exceptée) il y a si peu de monuments antiques en Chine. Les édifices sont loin d’être construits solidement ; les colonnes , pour la plupart du temps en bois, se moisissent facilement par suite des extrêmes fréquents de l’humidité et de la sécheresse, du froid et du chaud. Les bâtiments à neuf étages, appelés pagodes , étant construits en bonnes briques , sont ceux qui durent le plus longtemps. La tour de Nanking est à la tête de ces monuments , qui ont été consacrés à la religion , connue les clochers le sont chez nous. C’est un édifice isolé, octogone , de 4o pieds de diamètre à sa base, et de 200 de hauteur totale. L’escalier en spirale , bâti dans la partie solide du mur, qui entoure un espace vide, s’élève jus-
M CIIINü.
Pagode à neuf étiiges,
qu’au sommet de l’é'difice. A chacun dés angles extérieurs pend une clochette de cuivre. Des images do^ Bouddha ou de la^déesse Rouan-yin sont placées dans des niches , aux côtés de l’escalier,