LA CU1.^E
Nanking est situé par 32“ 4^ de latitude ; l’excellence du climat jointe à sa proximité du grand Kiang , contribue à en faire un lieu très fréquenté et d’un grand commerce, bien qu’elle soit déchue de son ancienne splendeur. Outre ses manufactures de soie et l’étoffe de coton qui porte son nom, les Chinois estiment beaucoup le papier et les bâtons d’encre qui y sont fabriqués. C’est aussi dans scs environs que l’on manufacture la substance que l’on appelle communément en Angleterre papier de riz ; onia lire d’une plante légumineuse nommée tong-tsao, que l’on trouve dans les endroits marécageux.
Le pirate Kochinga, lorsqu’il ravageait les côtes orientales, appareilla depuis l’embouchure du Kiang pour Nanking; il y a donc lieu de supposer que cette ville serait l’endroit le plus accessible à une flotte fiiropéenne, et comme le canal entre dans le grand fleuve un peu au-dessous de la ville, vers la mer, le blocus de l’embouchure du canal et de celle du Yang-tsé-kiang ne pourrait manquer de mettre l’empire aux abois , et surtout la capitale qui est approvisionnée par les provinces méritlionalcs.
Nanking est environ à moitié chemin de Péking et de Canton, les deux extrémités les plus importantes de la Chine, au nord et au sud. Malgré la différence de climat, le caractère ou, pour mieux dire, l’aspect général de toutes les villes de l’empire est le meme ; ce sont toujours des maisons peu élevées et des rues étroites; quelquefois, la voie publique est traversée par de triples portes d’une architecture monumentale , et qu’on a très improprement appelées des arcs de triomphe. Elles paraissent n’avoir été érigées que pour perpétuer la mémoire des individus qui se sont rendus célèbres par leur talents ou leurs vertus. Une autre espèce de monuments de même caractère sont les grandes dalles de pierres, ap-
pelées cht-paî, hautes d’environ huit pieds, larges de deux, épaisses d’un demi-pied, et couvertes d’inscriptions qui racontent quelque honneur conféré par le souverain. Elles sont toujours élevées perpendiculairement sur la figure d’une tortue de la même pierre dans laquelle la dalle a été taillée. 1
La partie de Canton où sontsitqées les factoreries européennes n’est qu’un faubourg, et ne contient, à cause de cela , aucun ornement monumental ; cependant l’architecture et la disposition des rues et des boutiques sont exactement les mêmes que celles observées dans l’intérieur de la ville. Toutes les boutiques sont ordinairement ouvertes du côté de la rue, c’est-à-dire celles qui sont pour l’usage des chalands indigènes, car les quelques unes consacrées au commerce européen sont sur un plan différent. Chaque rue est spécialement affectée à une profession. Ainsi, il y a la rue , ou plutôt le square des charpentiers; la rue des curiosités (comme les Anglais l’appellent) , on y vend des antiques réels et artificiels; la rue des apothicaires, etc. A côté de chaque boutique est suspendu, à une grande hautejur, un énorme écriteau de bois orné , verni et doré, sur lequel sont inscrits le nom propre du marchand elles objets qu’il vend. Ces sortes d’écriteaux étant placés de profil, comme certaines enseignes d’auberge, onpeutlcs lire des deux côtés.
Les inscriptions qui décorent l’intérieur des boutiques sont quelquefois très divertissantes, en môme temps qu’elles témoignent de l’industrie et de l’activité chinoises. Nous avons remarqué celles qui suivent : a Bavarder et demeurer assis long-îemps sont deux choses qui font tort aux affaires. » « De précédents chalands ont rendu circonspect , — on ne fait pas de crédit. » « Petit ruisseau qui coule toujours. » « Marchandises non falsifiées et prix loyaux. » « Commerce qui tourne comme une roue, etc. »
l.A CHINE.
Il faut que la police soit très vigilante ou que les natifs soient bien réservés, car les étalages sont fort riches, et les passants exposés à de fortes tentations. Mais il n’y a rien à craindre , les habitants de chaque division veillant à la sûreté commune ; de plus , les rues pendant la nuit sont fermées, à chaque extrémité, au moyen de portes gardées par la police régulière.
Ceux qui font le plus d’affaires avec les Européens et les Américains sont les négociants en soieries et les marchands d’objets de laque, d’ouvrages sculptés, et de tous les petits articles qui ne sont pas monopolisés par les hong, qui, seuls, ont le privilège de négocier en thé, en coton et en d’autres objets importants. Vers la fin de 1834 i ces derniers ayant voulu s’emparer aussi du commerce des articles que nous venons d’énumérer, et priver les boutiquiers de leur trafic habituel, il s’ensuivit une fermentation extraordinaire qui donna naissance à des espèces de confédérations ou d’unions commerciales, composées de manufacturiers et de marchands, lesquelles pétitionnèrent tant auprès du gouvernement, qu’elles parvinrent à rester en possession des branches d’industrie qu’elles exploitaient.
Les tisserands en soie et d'autres commerçants forment souvent des associations pour maintenir les règlements de leur négoce et les prix des façons et des marchandises. Quiconque viole les statuts de l’association fait les frais d’un divertissement dramatique qui dure trois jours, et ésl tenu de payer la moitié de la valeur de l’article vendu contrairement auxdits statuts, le tout pour être versé dans la caisse de la chambre des commerçants. ( 11 en existe toujours une dans chaque ville. )
L’ambassade de 1816 remarqua à Kan-tcheou-fou que les édifices les plus vastes appartenaient ordinairement à une corporation de marchands qui y établissaient leur chambre de commerce. La principale pièce de la bourse des
marchands de thé yert était nommée II i-tckun-tan^ ou salle Hyson. Une relation particulière de l’ambassade remarque qu’il y a dans ces sortes d’édifices un singulier mélange de religion et de mondanité ; par exemple, ils servent tout à la fois de temple pour le culte de Bouddha et de quelques divinités locales, de bourse et de maison de plaisance , quelquefois même d’hôtellerie, pour la compagnie de négociants à laquelle ils appartiennent.
En i855 , la corporation des marchands de soie de Canton ayant été d’avis qu’un Américain avait mal agi envers leur confrérie, afficha un placard assez amusant , et dont voici la teneur :
« Dans les opérations commerciales , les Chinois et les » étrangers agissent tous avec la même bonne foi ; mais il » existe actuellement , à la factorerie suédoise , n° 2 , un «démon américain, nommé Ilot ( 1 ) , chez lequel la vo- « racité du loup est devenue naturelle. Il monopolise les » soies et diverses marchandises pour le compte des Amé- «ricains : une avarice gloutonne remplit son cœur : de- » puis long-temps il doit de l’argent.
» Il fait ordinairement des demandes considérables, et » ne prend toujours que peu d’articles , afin de pouvoir «faire son choix; c’est ainsi qu’il montrerait un bijou et » lui donnerait le nom de pierre, dans le dessein d’admi- » nistrer à son propriétaire la potion mortelle de la di- «minution de prix
«Lorsque les époques de paiement arrivaient, il ne «manquait jamais d’accumuler les décomptes; il a «dépouillé le négociant de sa peau et de sa graisse...
«Les brocanteurs l’ont assisté dans ses mauvais des-
(1) Coiiuue ce uom forme, en anglais, une espèce de jejideniuls avec devil, diable, l’auteur a soin de remarquer qu'il n'est que la corrnptiun chinoise du nom vérilable. ( /Vuts du traducitur. )
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> seins, de sorte que nous avons été déchirés par le loup, » et engloutis par la baleine ! Nous sommes devenus, pour » lui , du poisson et de la viande ; nos biens sont pillés » sans dédommagement; c’estpour cela que nos cœurs s’u- » nissent pour l’exécrer, et que nous avons publié cette » chanson de notre mécontentement. Tous les tisserands » en satin, en soie et en crêpe font ensemble la déclara- » tion ci-dessus.»
Le plus grand risque auquel soient exposées les maisons et les boutiques de Canton est celui des incendies, qui n’arrivent pas toujours par accident. Les Chinois ont adopté généralement l’usage de nos macliines, qu’ils savent construire eux-mêmes assez bien.
L’absurde préjugé du fatalisme, qui a cours parmi eux, lesrendsingulièrementinattentifs pour ce qui concerne le feu, et la fréquence des accidents ne produit sur eux aucun effet. En hiver, lorsque les vents secs du nord commencent à souiller, le vice-roi rend un édit pour engager les habitants à se tenir en garde contre les incendiaires qui mettent le feu aux maisons afin de pouvoir les piller plus à leur aise.
Les vagabonds et les mendiants sont très nombreux à Canton, mais cependantpasplus qu’au sein des grandes villes européennes. Dans tous les cas de dislocation , de fracture ou de maladies chirurgicales > l’ignorance des Chinois en anatomie , et leur horreur pour l’amputation font de la plup^irt des estropiés autant d’objets do pitié et de dégoût. Ils ne prélèvent aucune dime pour ces indigents , et n’ont qu’un petit nombre d’établissements de charité. L’auteur d’un ouvrage peu volumineux, publié à Canton, en fait (1) l’énumération ci-après.
1® L’hôpital des Enfants-trouvés, qui est situé hors des
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murs à l’est. 11 peut contenir jusqu’à deux ou trois cents enfants, et coûte annuellement 2,63a taëls (environ 840 livres sterling).
2“ Yang-tsé-youen ; c’est le lieu où l’on recueille les indigents accablés de vieillesse et d’infirmités , et les aveugles qui n’ont personne pour les nourrir. 11 est près de l’hôpital des Enfants^trouvés, jouit comme lui du patronage impérial, et reçoit annuellement 5 , 100 taëls du gouvernement. Ces allocations proviennent principalement des vaisseaux étrangers qui apportent du riz à Canton.
5 * Ma-fong-youen, hôpital pour les lépreux, est situé à l’est de la ville; Le nombre des malades qu’il renferme s’élève à plus de trois cents, et on dit qu’on les < soigne avec 000 taëls par an seulement ! La situation des lépreux est très malbeureuse en Chine , car dans ce pays ils sont rejetés par la société et par leur propre famille.
L’opinion publique veut que les parents aisés assistent ceux qui leur sont alliés par le sang, et l’État refuse d’entretenir à scs frais les individus qui peuvent encore travailler, ou qui ont des amis pour les secourir. Le respect que les Chinois ont pour leurs ancêtres, et l’établissement sur une immense échelle d’espèces de tribus ou de sociétés donnent aux basses classes ce sentiment qu’on ne, trouve en Angleterre que chez les gens d’une condition élevée, mais qui caractérise assez généralement la nation écossaise. On a remarqué le développement extraordinaire que ce système d’asso'ciation a pris parmi les habitants de la province de Canton et ceux do la province du Fo-kicn, et les inconvénients qu’il a fait naître.
Dans le Fo-kien, les membres de deux c/ans (tribus), nommés, l’un Tsal, et l’autre Wang, en vinrent aux mains en 1 8 1 7; ils se battirent jusqu’à ce qu’un certain nombre d’entre eux eussent mordu la poussière.
La police parvint à arrêter les plus exaltés , ce qui
LÀ CniNE.
n’empècha pas le clan battu de revenii; à la charge et d’attaquer de nouveau ses ennemis. On fut obligé d’avoir recours à la force armée pour rétablir l’ordre qu’ils avaient gravement compromis.
Les Cliinois portent ce même sentiment jusqu’en pays étranger. Sir Hudson Lowe, du temps qu’il était gouverneur de Sainte-Hélène , écrivit à l’auteur du présent ouvrage pour lui raconter une bataille en règle que s’était livrée en 1819 quelques centaines de cultivateurs chinois qu’qn avait amenés dans l’ile, à cause de leur habileté , et qui étaient divisés en deux clans. Lorsque les soldats anglais, envoyés sur le théâtre du combat, voulurent les séparer, l’un des clans gravit un ravin escarpé, et commença à détacher des quartiers de roc et à les faire rouler sur eux, tandis que l’autre se disposait à les cerner. Ils furent obligés de se servir de leurs armes à feu pour se défendre contre ces forcenés.
Les confréries que le gouvernement chinois redoute le plus, sont les sociétés secrètes, qui, sous des noms mystérieux, s’assemblent pour traiter de matières religieuses ou politiques. De ce nombre sont la secte du lis d'eau, {plente sacrée) , et celle des brûleurs d'encens, qui se trouvent l’une et l’autre désignées dans la septième section du ,Ching-yu. Comme elles ne s’occupent que de religion, on îles a confondues dans la même prohibition avec les catholiques romains. La faiblesse du gouvernement actuel contribue à le rendre jaloux de toutes les sociétés secrètes, quelles qu’elles soient : quand il réussit à s’emparer de leurs chefs, il leur fait endurer d’alTreux tourments. Mais de toutes les associations celle qu’il abhorre le plus est incontestablement la société de la Trinité sur laquelle le docteur Milne a publié quelques détails en i 8 a 3 ; le nom semble indiquer que lorsque le ciel , la terre et l’Jiomme lui seront propices, elle parviendra à renverser la dynastie” tartare.
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LA CIllNKi
Au mois d’octobre 1828,1e document, dont la traduction exacte suit , fut trouvé dans le cimetière protestant de Macao par une personne attachée au service de la compagnie qui, en comprenant le sens, l’envoya immédiatement au mandarin du district avec lequel elle était liée. Ce dernier la supplia de ne pas le rendre public, de peur qu’il ne fût puni à cause du seul fait de la découverte d’un pareil écrit dans son district.
« La nation centrale était nombreuse , — et la céleste » dynastie florissante.
«D’innombrables contrées lui payaient des tributs; —
» dix milliers de peuples lui rendaient hommage.
» Mais les Tartares s’en sont rendus maîtres par arti- » lice. — C’est un motif de haine qui ne saurait jamais » s’affaiblir.
» Enrôlez des soldats, procurez-vous des chevaux, — dé- » ployez l’étendard à fleurs !
» Levez des troupes ; saisissez vos armes ; — extermi- » nons la race entière des Mandchous ! »
Le docteur Milne dit que le nom de la société de la Tri-' nité signifie «société des Trois unis, » c’est-à-dire du ciel, de la terre et de l’homme, qui, selon les notions et les expressions imparfaites de la philosophie chinoise , impliquenileêtroiadépartementsdelanature. Une encyclopédie chinoise, bien connue, est classée sous ces trois divisions. Pendant le règne de Kia-king, vers le commencement du . siècle actuel, la société de la Trinité, qu’on désignait alors par une autre dénomination, s’était répandue rapidement dans les provinces, et avait presque réussi à renverser le gouvernement, lorsqu’en i8o3 ses espérances s’évanouirent par l’arrestation des principaux chefs qui furent misàmort. Les rapports officiels envoyés à l’empereur affirmaient que « pas un seul membre de- l’association rebelle n’avait été laissé vivant. » En dépit des docu-
mcnts officiels qui l’ont tuée*, la société existe toujours ; seulement elle a changé de nom pour plus de sûreté, et adopté, celui qu elle porte encore aujourd’hui.
Cette association parait s’être rapprochée primitivement, quant au but, de ce que nous appelons la francmaçonnerie, et s en être écartée plus tard par le désir de réaliser violemment des bénéfices et d’acquérir le pouvoir politique en renversant la dynastie tartare.
^ Les ramifications réelles ou prétendues de cette société s étendent jusqu’à Batavia, à Singapour, et à Malacca. Ses membres prennent l’engagement de se défendre mutuellement des attaques des officiers de police , de se prêter secours pour échapper à la justice, cl de se venger les uns les autres. Néanmoins leur but cstlabienfaisance, ainsi qu’il résulte de leur devise.
<c P.irlagor muluelivmcnt les rélicités,
< , » Siipporlcr réciproquement le malheur. ■
La direction de la société est confiée à trois individus nommés Ko , frères aînés , de la même manière que les francs-maçons, entre eux, s’appellent frères. Le docteur Milne n a pu obtenir que très peu de renseignements sur leur discipline intérieure. On dit que les règlements de la société sont écrits, pour plus de sûreté, sur du drap qu on jette dans des puits à la moindre alarme.
On dit aussi que la cérémonie d’initiation a lieu la nuit. Lé serment de fidélité et de discrétion est prêté devant une idole, et l’on paie une certaine somme pour contribuer aux dépenses générales. Il y a encore une cérémonie appelée Kouo-kiao « le passage du pont. » Ce pont est formé d épées placées, soit entre deux tables ou bien dressées sur leurs poignées , et se joignant par les pointes, en forme d’arche. Le jc-ko , ou principal frère , lit les
JLA CHINE. ' 58 1
If
articles du serment, après' chacun desquels le récipiendaire, qui se tient sous le pont, doit répondre adinmativement. Cette formalité remplie, le yé-ko tranche la tôte d’un poulet, ce qui, dans la forme usuelle des serments chinois , signifie : « Ainsi périssent tous ceux qui divulguent le seci et 1 »
Quelques uns des signes auxquels ils se reconnaissent consistent en des nombres mystiques dont le principal est le nombre trois; d’autres signes se font avec les doigts. Pour savoir s’il existe quelques frères dans l’assemblée où ils se trouvent, ils prennent leur tasse à thé par le couvercle, d’une manière partieulière, en la tenant seulement avec trois doigts. On leur répond par un signe correspondant. Ils ont un sceau qui représente une figure pentagonale dans laquelle sont tracés certains carac-'* tères dont le sens n’est intelligililc que pour les seuls initiés.
A part leurs principes dangereux, les San-ho-hoeï ont une ressemblance singulière avec la société des francsmaçons ; ils prétendent faire remonter leur origine à une antiquité très reculée. Les membres, lors de leur réception, jurent d’être fraternels et bienfaisants, ce qui correspond aux engagements pris par les francs-maçons. Un autre point de rapprochement est la solennité du serment,
“Quelques personnes, dit le docteur Milne, ont affirmé que le grand secret de la franc-maçonnerie consistait dans les mots, « liberté et égalité; » s’il en est ainsi, le terme biong-ti (frères) de la société de la Trinité implique égalemenUla même idée. »
L’auteur n’a pas eu la possibilité de savoir s’il existait des loges parmi les San-bo-boeî ; mais il croit que les lois chinoises sont trop rigoureuses contre cette association pour souffrir qu’il s’en établisse aucune.
Le gouvernement, dans le dessein de prévenir le dan-
ger des associations politiques qui pourraient se cacher sous des dehors religieux, n’autorise l’élévation d’aucun temple , s’il n’est pas strictement orthodoxe , c’est-à-dire s’il n’est point dédié à la doctrine de Confucius ou aux cultes tolérés de Fo et du Tao. En i8a4, l’empereur pu- - blia l’édit suivant :
« Egarer le peuple au moyen d’opinions hétérodoxes,
■> c’est contrevenir formellement aux lois. Selon le rap- » port du censeur, on a élevé un temple à la superstition » de Wou-tong , à trois milles ouest de Sou-tcheou-fou.
» Sous le règne de Kang-hi , ledit temple fut détruit, les » idoles furent brûlées, et pendant long-temps la super- » stition cessa. Mais voici que les sacrifices ont recommencé » comme auparavant. Les sorcières ont foi dans les pré- » dictions des esprits et promettent l’accomplissement » des espérances et des désirs. »
• On retrouve là les oracles, tels qu’ils ont existé dans
d’autres pays. L’empereur continue :
« Que l’on ne souffre point que les gens crédules s’as- » socient aux sectaires de celte superstition ; que les maxgistrals enjoignent aux chefs de famille d’exercer une i> surveillance active sur leurs dépendants; que tout ce qui » se rattache à ce faux culte, l’encens, les inscriptions, etc. , P soient anéantis ; que les sectateurs soient livrés aux P tribunaux, afin que la morale demeure intacte , et que «l’esprit public ne se corrompe point. «
La description de Canton, à laquelle nous avons déjà fait allusion , donne quelques détails sur les principaux temples autorisés qui peuvent être considérés comme , des types de ceux qui existent dans les autres villes de l’empire. Le Kouang-biao-tsé, ou temple du « resplendissant devoir fiUal , p est un des plus vastes ; il est situé dans l’enceinte près de l’angle nord-ouest de la ville; d’immenses terrains ont été affectés à l’entretien des prêtres de ce temple, qui sont au nombre de deux cents,
LA CUIISE.
Le Kouang-hiao-lsé a été bâti, dit-on, à l’époque des • Trois-Royaumes. » A. D. a5o.
Un autre temple , orné d’une haute pagode ou d’un minaret, est réellement une mosquée musulmane bâtie (disent les Chinois) par des étrangers sous la dynastie des Tang , lorsque les Arabes négociaient à Canton. Le culte maliométan est toléré ; ceux qui le professent sont actuellement au nombre de, trois mille , et on les distingue des autres habitants, comme des individus qui n’ont point d’idoles et qui ne mangent point de chair de porc (i).
Il existe à Canton un établissement bouddhique à trois quarts de mille nord des factoreries -étrangères , dans le faubourg au-delà de la ville; il renferme une centaine de prêtres qui ont un revenu annuel de 7,500 taëls. Le temple, en y comprenant les terrains qui sont dans sa dépendance, occupe une superficie de plusieurs acres. Dans une partie de l’édifice, on voit une image de Bouddha, et dans l’autre une idole de Kouan-yin, la déesse qui « fait attention aux cris, » des mortels et les secourt. Elle est principalement adorée par les femmes. Un autre monastère spacieux, appartenant au culte
(i) Les Chinois rcmarqaent, au sujet des Mahoinétans, que : o co soûl des gens qui n'adorent que le ciel cl qui ne rendent des honneurs divins à aucun objet. Les riches sont géuiircux envers les pauvres . et tous les etrangers sont reçus cordialement par eux. Leurs rites funêbres sont très simples. A Canton , ils sont enterrés sans ccrcuiil; la boite dans laquelle on porte chaque mort en terre a un fond à échappement qui , lorsqu'il s'ouvre, laisse tomber le corps dans la fosse. S'il tombe la face vers le ciel, c'est d'un heureux augure pour sa félicité dans l'autre vie: au contraire, s'il tombe la ligure contre le sol . c'est un mauvais signe. »
Les Mahométans entrèrent en Chine dans les temps de Tchin et de Soui ( vers le vu* siècle ) : ils vinrent ensuite par mer è Canton ; après la dynastie (mongole) des Yo icu . ils se répandirent dans tout le pays, et maintenant ils y sont on grand nombre.
bouddhique, existe de l’autre côté du fleuve, presqu’en face des factoreries européennes.
Canton et toutes les villes importantes renferment un temple dédié à la majesté et à la longue vie de l’empereur, appelé Wan-cheou-kong , c’est-à-dire «la salle des dix mille années. » Les murs et les ornements de ce temple sont jaunes , et chaque année , le jour anniversaire de la naissance de l’empereur , le vice-roi et tous les hauts fonctionnaires publics s’y rassemblent pour lui payer leur tribut d’adoration.
Les formes extérieures de celte cérémonie sont semblables à celles qu’on observe en sa présence. On ne permet pas l’usage des chaises, mais chacun apporte avec soi un coussin sur lequel il s’assied les jambes croisées, comme l’ambassade et les mandarins le firent lors de la fête impériale donnée à Tien-tsin en 1816 (1).
Au nombre des édifices de belle apparence que renferme Canton, il faut compter les factoreries étrangères, * qui couvrent un espace très peu étendu le long du bord de la rivière, dans le faubourg du sud-ouest. L’emplacement qu’elles occupent est tellement resserré qu’il ne peut suffire aux besoins de la multitude de commerçants qui l’exploitent. Elles sont situées , ainsi que tout le faubourg , sur un terrain fangeux ; c’est pour cette raison qu’elles sont élevées sur pilotis juste au-dessus du niveau des hautes eaux.
En i8.53 et i854, les pluies abondantes qui avaient grossi la rivière occasionnèrent un débordement par suite duquel les factoreries européennes furent inondées jusqu’à la hauteur de plusieurs pieds au-dessus de rezde-chaussée; on allait en bateau parles rues, d’une maison à une autre.
Ce fléau fut remplacé par des maladies qui décimè-
(1) Toini.' l", p.ig. 209.
LX cuim:.
rent les indigènes aussi bien que les Européens. On ne peut douter, si ces inondations se renouvellent fréquemment, que les factoreries ne finissent par devenir inhabitables. Il n’y aurait d’autre remède à ce ïnal que d’ériger (si l’on en obtenait la permission) d’autres factoreries , dans une situation plus favorable , sous lu rapport sanitaire et celui des localités.
Le récit ci-après de l’inondation de 1 83.5 est extrait du Chinesc repostCory publié à Canton :
« Le 5 et le 6 septembre , la marée avait atteint sa plus grande hauteur, car elle s’élevait entre quatre et cinq pieds aux portes orientales de la ville qui dominent les factoreries. Dans la nuit du 5 , le temps étant calme et pur , on entendait depuis les factoreries le sourd mugissement des Hots qui roulaient dans les ténèbres comme un torrent impétueux.
» Le 7 , les eaux commencèrent à diminuer
graduellement; cependant elles ne rentrèrent dans leur lit que le i6 , après les marées du printemps. Pendant près d’une semaine , tout le temps que dura l’inondation , les communications furent interrompues avec les vaisseaux stationnés à W’hampoa. » Le désastre que cet événement occasionna dans la province, influa visiblement sur le commerce des navires européens, car il diminua tout à la fois les demandes et les fournitures.
On attribue l’inondation à la négligence du gouvernement, qui n’avait point fait réparer les digues entre Canton et le haut pays. ’
Il paraîtra presque incroyable que toute la façade des bâtiments dans lesquels les étrangers des différentes nations sont enfermés pour l’expédition de leurs affaires à Canton,, n’excède pas sept cent cinquante pieds; chaque façade ( il y en a environ treize ) se prolonge par derrière sur une longueur d’environ cent trente yards , et aboutit à une ruelle ou passage fort étroit, de chaque