I.A CIIIKE
céda ou faveur du Tao-té-king , comme étant le seul écrit vraiment inspiré de ce culte ; mais ce fut en vain , l’ordre enjoignit pérenoptoircment de les brûler tous. L’historien de la secte de Confucius remarque que sa majesté, qui avait favorisé le bouddhisme, et ceux de ses prédécesseurs quf avaient encouragé l’autre croyance , étaient également Jiartiaux et égaleinent dans l’erreur , parce qu’ils auraient dû anéantir les deux doctrines. Le bouddhisme n’a janîaisété aussi florissant que souàla dynastie tartaremongole. ,
Khoubilai établitle siège de son gouvernement ài’éking, «Il Khan-balick, comme l’appelle Marco Polo, d’après les Tartares.'Pôur remédier* à la stérilité de la plaine au milieu de laquelle cette capitale est située, il construisit le grand canal qui se prolonge au süd sur une espace de triMS cents lieues , et traverse les provinces les plus fertiles, ^etimmense travail, qui est décrit plus au long à l’endroit cpïi lui est réservé , fut ün grand bienfait pour la Chine* et suffit jusqu’à un certain point pour racheter I’inju8tic9 et la violence auxquelles les Mongols ont dû la possession du trôrte impérial.
Le nord de la Chine était alors connu sous le nom de Kathai ouCathay.^et c’est ainsi que le désigne invariablement le voyageur vénitien. Le Midi de l’empire était appelé Man*ji , très certainement par corruption du mot Man-tsé , jadis appliqué aux Barbares du Sud. 11 y à une partie de l’Ava , limitrophe de la Chine , qui est nommée aujourd’hui Mantchegui ; ce nom a sans donte là même origine. Malgré l’habileté de Khoubilai -Khan, qui était assurément bien capable de jeter les fondements d’une domination durable, l’apathie, l’insouciance de ses successeurs furent telles qu’au bout d’un peuplus de quatrevingts ans l’empire échappa aux mains des Mongols. Leurs annales ne renferment presque rien de remarquable , si ce n’est la prompte dégénération des princes tar-
LA CHIKE. 1&1
^res. Khoabilaravait sagement adopté les instilutionspolitiques de la Chine; mais ses suc<;esseurs surpassèrent les Chinois eux-mêmçs en luxe et en mollesse.- Énervés par le climat et les vices du midi , ils perdirent insensiblement le coura^ et l’intrépidité qui avaient soumis le pays à leurs valeureux ancêtres , et Chun-ti, le neuvième empereur , se vit forcé de céder le trône à un Chinois.
Il est à remarquer que 'toutes ces dynasties qui se sont succédé si rapidement se sont toutes établies sur les vices , le luxe ou l’indolence des dynasties antérieures. La famille Mandchoue , actuellement régnante , a déjà montré- des symptômes non équivoques d’abâtardissement. Les deux plus grands princes' qui l’ont illustrée , Kang-hi et Kien-long , se maintinrent dans les anciennes habitudes de leurs sujets tartares , en chassant fréquemment au-delà de la muraille , et en prenant dans ces excursions une bonne part du danger et de la fatigue qu’elles entraînaient après elles. Le défunt empereur , Kia-King , et celui qui est à présent sur le trône,' se sont déjà fait remarquer par leur indolence ; aussi leur règne a été signalé par une multitude de troubles et de révoltes. Le document suivant est extrait d’un édit publié en 1 8a4 par le souverain actuel.
« Relativement à la chasse d’automne de l’année courante , je devrais d’un côté -suivre la coutume établie par mes prédécesseurs, mais, d’un autre côté, je dois me laisser guider pàr les circonstances actuelles et agir en conséquence. L’expédition à Je-bo (Jedol) est donc remise à l’autre année, attendu qu’elle est pour moi une source involontaire 4^ contrariétés , etc. » Depuis cette époque, l’empereur a suivi les mêmes errements sous différents prétextes. Le gouvernement des Mandchous a déjà * duré plus long-temps que celui des Mongols , et, selon toute apparence , il ne faudrait pour le renverser qu’un intrépide aventurier chinois. . . r. " -i;
li‘î H CBinEcf
Le premier emper^nÀ^ d/nastie des B|[ing , <^ur.es^ puisa les ^ngols eiÿ too6 ^ avait été domestique dans un mohastèr^ m bonzes « nu prêtres de Bouddba..S’êtant joint à un corps/nombreux de révoltés* il devint bientôt leur chef, et après s’être rendu malti-ede quelques provinces méridionales * il défit les troupes de l’empereur da^ft une grande bataille.^ Les Chinois se réunirenfit^iiii de toutes parts i après, avoî^ traversé le fleuve Jaune, il força Ghun-ti à fuir vers le nord , où il mourut peu après , ‘ laissant l’empire à l’heureux Chinois, qui prit la souveraineté avec le titre de Taî-tsou , c’est-à-dire, grand ancêtre.. , ,
Le nouvel empereur essaya d’établir sa résidence à Fong-yang-fou , ville où il était né; mais il fut obligé, à cause des désavantages locaux , de l’abandonner et d'adopter Nanking pour capitale; il érigea Péking en principauté pour l’un de ses plus jeunes fils, Yong-lo. Lorsque ce prince succéda en qualité de neuvième empereur de sa famille , la résidence souveraine fut transférée en i4o8 à Pékingj la principale raison Hé ce changement fut peut-ét» la nécessité de tenir iQS.Tartares orientaux en échec. Nanking devint le séjour de l’héritier du trône et de plusieurs tribunaux. Cette disposition témoigne d’une confiance plus grande que n’en montre ordinairement le despotisme asiatique. Ce fut à la même époque, que ïimour ou Tamerlan mourut, comme il était en routa pour faire la conquête de la Chine, l’an i4o5.
Pendant le règne de Hong-hi, quatrième' empereur de la dynastie des Ming, le feu prit au palais et fondit une foule de métaux précieux. De la mixtio;^ qui résulta de cette fusion , on fabriqua un grand nombre de vases qui sont * fort estimés à présent. Le lecteur peut apercevoir dans cette particularité une origine presque semblable à celle du fameux cuivre corinthien. En i8i6, les membres de l’ambassade britannique virent, près de Nanking, quel-
ques uns île ces vases précieux; la coutume ee[)cndanl est de mettre.le nom de llong-hi sur des vaserqui n’onl point certainement une antiquité aussi reculée.
Ce fut sous la môme dynastie que les Portugais, ainsi que nous l’avons dit précédemment, arrivèrent en Chine et obtinrent, vers lemilieu du xvi' siècle, leur fief imparfait de Macao. Ce fut aussi sous les Ming que les jésuites s’établirent en Chine. Le zèle et l’adresse avec lesquels ces hommes habiles, autant qu’entreprenants, surent se frayer un passage, et leur mission elle-même, sont dignes des plus grands éloges. Lés connaissances que quelques uns d’entre eux ont possédées sur la langue, les mœurs et les institutions du pays, n’ont peut-être jamais été sur})assées par aucun autre Européen. Sans la bigoterie, les vues étroites et l’intolérance de certains papes et de quelques moines , qui détruisirent le résultat des travaux 4^8 sages et doctes jésuites , la religion catholique serait autrement florissante qu’elle ne l’est aujourd’hui dans l’empire chinois.
En l’année ifii8, Wan-li, treizième empereur de la dy-* nastie chinoise, occupaitle trône, lorsqu’une guerre éclata avec les Tarlares. orientaux , qui donnaient alors à leur pays (actuellement Moukden) le nom de Man-tcheouou Mandchou , qui signifie « région entière. » Nous avons déjà vu qu’avant la conquête mongole et sur la fin de la dynastie des Hong, ces mômes Tartares orientaux sous •le nom de A^tn ou «race d’or,» avaient subjugué quelques parties du nord de la Chine et avaient ensuite été chassés par les Mongols. Lorsque le dernier des Mongols, descendu de Khoubilaî Khan, eut été expulsé de la Chine par le fondateur de la dynastie des Ming, ils cherchèrent un refuge parmi Jes Tartares orientaux; et {le leurs alliances avec les indigènes, sortirent les Bogr*^ doi-Kbans ou princes mandchousxjui devaientaenverser les Ming. C’est de cette manière rpie les enT^)ereurs de
la dynastie actuelle font dériver leur origine de Khoubilai-Kban.
Ce fut Tien-ming, llancêtre linéaldelafanûlle régnante, qui, du temps de Wan-li, rédigea un écrit contenant sept sujets de griefs, en raison desquels il attaqua la Chine pour se faire justice par lui-même. Il pénétra dans la province de Péking, à la têtede 5 o,ooo hommes, et se disposait à mettre le siège devant la capitale, lorsqu’il fut repoussé et contraint de se retirer momentanément à Liao-tong, au nord de la ^ahde muraille. Son nom Tien-tning signifie littéralement «décret du ciel. ■ La guerre recommença ensuite, et fut continuée avec divers succès de part et d’autre, jusqu’à l’avénement au- trône du dernier empereur des Ming, en 1627. Ce prince ne parut pas comprendre le danger qui le menaçait : au lieu de repousser les Tartares, il mécontenta tellement ses propres sujets, qu’une partie d’entre eux se soulevèrent contre lui. Le chef des rebelles subjugua les provinces de Ho-nan et de Chen-si, égoi^ea les priixcipaux mandarins , puis , pour gagner le concours du .peuple , il l’affranchit de tout impôt.
Cette politique lui réussit à tel point qu’il fut bientôt en mesure d’investir Péking avec une nombreuse armée. L enlpereur préférant la mort à la honte d’être pris par les factieux» poignarda sa fille unique et se pendit ensuite»
1 an 1O43 de notre ère. Ainsi mourut le -dernier empereur chinois; on montra, en i 793 ,àfeu sir George Staunton (i)
1 endroit où il rendit les derniers soupirs. Maintenant voici comment les Tartares*s’eraparèrent de la Chine.
A la mort du souverain» l’usurpateur ne rencontra plus d’opposition, si. ce n’est celle du général Wou-sankouei , qui commandait une armée près de la Tartane
(1) la iXeliition de* C ambassade de lord Àmherstj volume II ,
orientale. Il assiégea la ville où il s’élait retranché, et lui montra son père chargé de chaînes , en menaçant de le mettre à mort, s’il ne lui rendait pas la place. Le père exhorta son üls à une vigoureuse résistance et se soumit à son sort. Wou-san-koueî., pour venger la mort de l’auteur de ses jours et celle de l’empereur, entra en accommodement avec les Mandchous et les appela ù son secours contre les rebelles. De celte manière, l’usurpaftur fut bientôt défait , mais le roi tartare travailla si habilement à scs propres intérêts, qu’en entrant dans la capitale , il y fut reçu avec enthousiasme et n’éprouva aucune difficulté. Atteint plus tard d’une maladie mortelle, il eut le temps de nommer pour lui süccéder son hls Chun- Ichi , alors en bas âge ( l’an 1 644 de^J.-C. ) , et ce fut ainsi que commença la dynastie tartare-mandchoue , dont le sixième empereur occupe maintenant le trône.
Plusieurs villes du Midi refusèrent long-temps de ie l’cndre au nouveau gouvernement. 11 en fut de même de la province maritime de Fo-kien, qui ne se soumit que plusieurs années après. Les Chinois vaincus furent obligés de se raser l’épaisse chevelure qu’ils avaient toujours portée depuis les temps les plus anciens, comme un ornement chéri , et de se conformer à la mode tartare , c’est-à-dire d’avoir une -longue tresse ou queue. A d’autres égards , on leur ordonna pareillement, sous peine de mort, d’adopter la coutume tartare : on dit qu’il y en eut qui préférèrent mourir plutôt que de céder sur ce point. 11 faut que leurs vainqueurs se soient sentis bien forts, avant de publier un pareil ordre; on peut sans doute, dans les pays régis despotiquement, introduire une foule de changements ou d’altérations , à l’insu même de la majeure partie de la population ; mais une modifiCation'^complète dans le costume national touche de près tous les individus , depuis le plus petit jusqu’au plus grand , et est peut-être , de toutes les marques d’as-
sujettissement, la plus significative cl la plus humiliante. Il n’y a qu’un peuple fortement .maintenu sous le joug qui puisse* s’y plier , de même qu’il n’y a qu’un gouvernement bien sûr de sa puissance qui puisse l’imposer. L’ancien costume chinois est très fidèlemen^t représenté sur là^^^nc de leur théâtre, où il est maintenant relégué. ,
Yclle fut la répugnance des Chinois pour la domina^ tioh tartarc, que, durant les dix-huit années du règne du premier empereur, une partie du Midi ne put être subjuguée, et qu’un adversaire formidable pour la nouvelle dynastie se maintint sur mer; nous voulons parler ici de Tching-chi-long, qui fut le père du vaillant Kochinga , le même qui enleva Formose aux Hollandais, après les avoir chassés de cette lie. Selon la politique , toujours .^vie , d’effectuer par la voie des négociations ch qui ne pouvait être accompli par celle de la. force, Chun’-tchi lui offrit des honneurs et des récompenses', s’il voalait se soumettre. Tching-chi-long accepta ces conditions et se rendit à Péking, où il fut {larfaitement accueilli ; mais son fils Kochinga , auquel il avait laissé sa flotte, resta fidèle à la cause chinoise; il se réunit- aux partisans de la dernière dynastie et ravagea plusieurs fois les côtes. Kang-hi, second empereur tartarc , prit la mesure vigoureuse de forcer, sous peine de mort, ses sujets des six provinces maritimes , à se retirer dans les terres, à une distance de 3o lis chinois (3 lieues) des ' côtes. C’est ainsi que le pouvoir et les ressources de Kochinga furent de beaucoup réduits, au prix de la destruction d’une foule de villes etde villages , de la ruine et du désespoir de leurs habitants-, et que son petit-fils se vit, à la longue, contraint de livrer Formose % l’empereur, en échange d’un titre, l’an de N.-fe. J.-CT. i683.
L’établissement définitif,des Tartares mandchous à la Chine doit, sans aucun doute, être attribné au carac-
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tère personnel de Kang-hi , qui est peut-ètra le plus grand monarque qui ait jamais gouverné ce pays , et qui eut le bonheur assez rare de régner soixante ans. Au moyen de ses excursions de chasse au-delà de la muraille, excursions dans lesquelles il se faisait, en réalité , accompagner d’une armée entière , il entretenait les goûts et les habitudes belliqueuses dçs Tartares , tout en ayant un œil vigilant sur le Midi. En l’année 1689, il se rendit, par le Grand-Canal, àNanking, et delà, àlafameuseville deSou-tchpou. On dit que les habitants de celle opuleiUe cité , ayant étendu des tapis et des étoffes de soie le long des rues, l’empereur descendit de cheval, et ordonna à sa suite d’en faire autant , afin de ne point en-* dommager les effets de ses sujets. *
Sa politique libérale et éclairée se montra dans tout son jour dans deux occasions relatives au négoce avec l’extérieur , d’abord lors du traité de limites et de commerce avec la Russie; le père Gerbillon, qui fut envoyé par Kang-hi, en qualité de traducteur, en parle dans le récit de son expédition. La mission partit en 1688 , mais elle n’arriva à sa destination que l’année suivante. Les Elcuts ou Kalmoucks, étant alors en guerre avec les Tartares Kalkas, elle jugea prudent de revenir plutôt que de traverser le territoire de ces derniers. Le second exemple est Tambassade envoyée, en lyiS, au Khan des Tartares Tourgouths , qui étaient établis, à cette époque, sur la rive septentrionale de la mer Caspienne. Une traduction du récit de cette ambassade a été faite, sur l’original chinois, par sir George Staunlon. C’est l’expédition • la plus lointaine qui soit sortie de Chine, dans les temps modernes; la relation du voyage et des diverses instructions de Kang-hi pour diriger son ambassadeur, sont excessivement curieuses. L’empereur se couvrit de gloire par la conquête du pays de ces mêmes Eleuts, qui avaient long-temps répandu la terreur dans les contrées
voisines du Tl^et. Les exploits et les victoires de l’armée impériale furent représentés par un missionnaire français , dans une série de dessina remarquables qui , selon le désir de Khang-hi, furent envoyés à Paris, où on les grava sur cuivre. Ils peignent très fidèlement les costumes des Chinois et des Tartares, et les cérémonies de la cour : c’est assurément ce que nous possédons de mieux dans ce genre.
Yong-lclüng , le successeur immédiat de cet illustre monarque, ne se distingua que par la persécution violente qu’il ordonna contre les prêtres catholiques. Kienlong , qui monta sur le trône en 1 766, et qui , comme son illustre prédécesseur Kang-hi, régna soixante ans, ne fut pas un héritier indigne .de la renommée de son grandpère. Il encouragea les sciences en les cultivant lui-même, et quelques unes de ses compositions poétiques sont empreintes d’un mérite réel. Le principal événement militaire de son règne, en général très pacifique, fut une expédition contre les Miao-tseu, ce peuple de montagnards dont nous avons déjà parlé. L’empereur se vanta de les avoir subjugués; mais la vérité est qu’ils ne perdirent que très peu de leur ancienne indépendance, et qu’ils furent « triumphati magis quam vlcti. » Ils ne se sont jamais soumis à la tonsure tartare , la marque la plus distincte de la conquête , et leurs actes d’hostilité fréquents ont donné, jusqu’en i 83 :i, beaucoup d’inquiétude au gouvernement de Péking.
La première ambassade anglaise , en Chine , fut reçue par Kien-long en 1793, et la conduite libérale de ce monarque, qui dispensa lord Macartney du Ko-teou, contraste avec l’espèce de fourberie, au moyen de laquelle son successeur Kia-king, ou plutôt ses ministres, cherchèrent à arracher cet hommage à lord Amherst, en 18 1 6.
Lorsque Kien-long eut accompli sa soixantième année de règne, laps de temps qui complète une révo-
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LA CUINft.
lulion du cycle chinois, il laissa le trône à son fils avec le titre^ d’empereur , en se réservant pour ^ui-même celui A’ Empereur suprême, quoiqu’il se retirât entièrement des affaires publiques. Il ne vécut que peu de temps après. Kia-king n’était guère propre à soutenir la dignité impériale, après un monarque tel que son père. Serra, missionnaire catholique , qui fut employé quelques années à Péking, recueillit divers détails sur scs mœurs qui étaient extrêmement relâchées, ce qui fut cause que sa vie fut souvent exposée au fer des assassins. Après l’audience du matin, d’aucun empereur ne peut refuser d’accorder, il dépêchait le plus promptement qu’il le pouvait les affaires qui lui étaient soumises , puis se mêlait ordinairement à des acteurs et buvait jusqu’à en perdre la raison. Ses compagnons de débauche le suivaient dans l’intérieur du palais et jusque dans les temples du Ciel et de la Terre, lorsqu’il allait sacrifier. Cette circonstance et plusieurs autres furent mentionnées dans un mémoire écrit par le fameux Son«-kiun', ou Song-ta-jin, l’un des censeurs et le conducteur et l’ami de lord Macarineÿ , pendant la résidence de ce dernier en Chine. Lorsque l’empereur, irrité de ses relations intimes avec un étranger, le fit appeler et lui demanda quel châtiment il méritait, il répondit • une mort lente et ignominieuse. » Quand il lui dit d’en choisir une autre , il répliqua «la décapitation. » invité pbur la troisième fois à choisir de nouveau , il répondit « la «strangulation (I).» L’empereur lui ordonna de se retirer, et le lendemain il fut nommé gouverneur de la Sibérie chinoise , pays de la Tartarie , où les criminels sont exilés. Ce fut ainsi (remarque Serra) que le monarque reconnut son intégrité , quoiqu’il ne pût supporter sa censure. -
Le règne de Kia-king ne fut signalé que par la répres-
^ij (.c!>.lroi< gradalions de la peine capitale.
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sion de quelques révoltes formidables et de plusieurs conspirations. Lorsqu’il atteignit sa vingl-quatnème année, on célébra le soixantième anniversaire de la naissance de l’empereur par un jubilé universel; cbei les particuliers aussi , lorsqu’un individu atteint l’âge de soixante ans (une révolution du cycle) , cet événement est célébré par quelques réjouissances particulières. En 1819, le jubilé national fut observé comme à l’ordinaire , et il y eut à cette occasion remise de tous les arriérés ‘d’impôts fonciers , grâce entière ou commutation de peinés pour les criminels , et une admission double du nombre accoutumé de candidats aux examens publics. La célébration de la vieillesse d’un seul homme par deux ou trois cent millions d’individus , est assurément une fête imposante. Kia-king ne survécut que d’une année à cette cérémonie, et sa mort, arrivée en 1820, nous valut quelques renseignements curieux sur le mode de succession au trône.
Le testament de l’empereur , document fort singulier , fàt lu au peuple; il contenait ce passage : — «Le fleuve Jaune a, de tout temps, fait le désespoir de la Gltine; lorsque l’embouchure du fleuve a été obstruée par les sables , les eaux sont sorties de leur lit et ont inondé le pays. En semblable occurrence, je n’ai point épargné les fonds du trésor impérial pour resserrer le fleuve dans ses limites naturelles. Depuis que les bords en ont été réparés, six ou sept années se sont écoulées assez tranquillement; mais l’année dernière, au milieu de l’automne , des pluies extraordinaires ont gonflé les eaux ; dans le Ho-nan, le fleuve a débordé sur plusieurs points, au raidi et au nord. Le courant Wou-tchi s’est frayé un passage jusqu’à la mer , et les dommages qu’il a occasionnés ont été immenses. Au pnntemps de celte année, c’est-à-dire au monaent où ceux qui présidaient à la Tépara tion du fleuve avaient annoncé que les travaux étaient
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lermipés , la rive méridionale à 1-fong céda de nouveau.»
mention dç ces,particularités dan^le testament de l’empereur prouve suflisamment l’importance qu’on y attache. Si la science *des ingénieurs européens pouvait mettre un terme à cet état de choses, ce serait le plus grand bienfait physique qui aurait été accordé à l’empire; mais la jalousie des Chinois ne leur permettra pas de long-temps d’en faire l’expérience. Le commerce européen est taxé annuellement à Canton, ppjjr subvenir aux frais de réparation du fleuve Jaune.
Le testament de l’empereur parie du courage de son second fils, le souverain actuel Tao-Kouang, qui tua deux des assassins qui s’étaient introduits dans le palais en 1 8 1 3 ; ce fut pour cela qu’il fut choisi. On a supposé que la mort de Kia-king avait été hâtée par quelques mécontents qu’il avait disgraciés , à l’occasion de la perte mystérieuse d’un sceau olTicicl.
Le décès de l’empereur fut annoncé aux diverses provinces par des dépêches écrites en encre bleue, couleur de deuil. On ordonna à toutes les personnes de condition d’ôter l’ornement de soie rouge de leurs bonnets , ainsi que la boule ou le bouton, signe de leur rang. Il fut défendu à tous les sujets chinois d$ se raser la tête, de jouer d’un instrument de musique, de se marier ou d’exécuter aucun sacrifice.
Le caractère de l’empereur actuel est infiniment meiU leur que ne l’était celui de son père , mais le titre, qu’il a choisi pour son règne, Tao-Kouang « la gloire de la raison » est un peu trop orgueilleux. L’acte le plus déshonorant qu’il ait commis est le meurtre du prince tartaremusulman Jehanghir, qui s’etait rendu , en i8e8, sur la foi des traités. On le soupçonne aussi d’avoir eu recours à la perfidie pour soumettre , avec l’aide des Tartares-mongols , les tribus situées vers Gacbgar. Cette guerre fut pour lui une source d’inquiétudes et de dé-
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penses ; on peut même affirmer que son règne a été marqué par plus de calamités publiques, de révoltes et d’insurrections qu’on n’en a jamais vues depuis celui du premier souverain de la dynastie mandchoue.
Postérieurement à la terminaison des hostilités avec les montagnards indépendants, dont il a été question dans le précédent chapitre, un document bien singulier fut écrit par un Chinois, et prouve que la soumission de l’ennenai n’avait été qu’un impôt levé sur l’empereur par ses officiers, et une honte nationale. Il établissait que les commissaires impériaux avaient dépensé 5oo,ooo taëls d’argent pour obtenir l’apparence d’une victoire, et s’étonnait de l’audace qu’ils avaient eue de recevoir, à titre de récompenses, des plumes de paon et d’autres faveurs. Il considérait l’argent avec lequel on avait acheté la soumission de l’ennemi comme complètement jeté et perdu. Elfectivement , les montagnards avaient désavoué ceux qui l’avaient acceptée , et restèrent aussi indépendants qu’autrefois.
Il faut qu’il y ait eu un grand fond de vérité dans toutes ces assertions, autrement comment un Chinois aurait-il jamais osé s’en déclarer l’auteur ? Quoi qu’il en soit, elles peignent singulièrement la situation présente de l’empire. Beaucoup de personnes se fondant sur les événements qui se sont succédé , ont conclu que la domination tartare en Chine touchait à sa fin. 11 est de fait que la prolongation de son existence n’est pas moins extraordinaire ( si l’on examine dans quelle proportion sont les vainqueurs , comparativement aux vaincus) que la durée de la domination anglaise dans l’Inde , et que la race mongole a été expulsée par les Chinois , après une possession bien plus Courte que celle dont les Mandchous ont déjà jouie. Ces derniers ont eu la prudence et la sagesse de laisser aux Chinois , dans la plupart des cas , la libre pratique de leurs coutumes, de leurs institutions,
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