I.\ Cill.NK
dusti'ie, la paixctlasulisfaction régnent parmi les masses. Les Chinois n’entendent pas bien l’économie politique; le gouvernement, au lieu de laisser le commerce des grains suivre son cours naturel , élève des greniers dont il a la direction , et où il se commet nécessairement une foule d’abus. Le peuple, auquel on a appris à recourir aux greniers publics en cas de besoin, et qui, se conformant à la théorie patriarcale du gouvernement, attribue toute la prospérité dont il jouit à l’empereur et à ses délégués , ne manque pas , dans le cas contraire , de leur attribuer aussi tout le mal qu’il éprouve; or, c’est là ce qui cause souvent la plus grande inquiétude du gouvernement, et s’il faillit dans la poursuite d’un système erroné, il ne faut point en être surpris.
L’empereur, quoiqu’il possède un pouvoir absolu , ne laisse ^tfâpper aucune occasion de prouver que sa conduite est basée sur la raison et sur la bienveillance : il sait qué’sôn peuple aime à se rendre raison de la nature des choses, avant de céder à Viiltiina ratio de la force. Les traits avantageux du caractère des Chinois, tels que la douceur ,* la docilité , l’industrie , la tranquillité , la subordination et le respect pour les vieillards, sont accompagnés de vices particuliers , tels que le manque de sinèérfté , la perfidie , la méfiance et la jalousie. Les Chinois n’attachent aucune honte à la fourberie, et l’astuce envers les Européens de Canton ne leur parait point blâmable. L’entente do leurs véritables Intérêts rend la plupart des négociants de cette ville scrupuleux à remplir leurs engagements; mais en toute autre circonstance te démon étranger (c’est ainsi qu’ils nous appellent) leur parait de bohne prise. Le Chinois, dans ses relations avec les Européens, parait affecter la dissimulation de préférence à la franchise ; et lors môme qu’il ne gagne rien au change , il ment dans les cas où il aurait pu tout aussi bien dife la vérité. M. Barrow explique ainsi ce vice na-
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lional : «Gomme un refüs positif leur semblerait contraire à la bonne éducation, ils promettent à tout hasard, sauf ensuite à chercher un expédient pour dégager leur parole ; ils n’ont pas la moindre idée des obligations de la vérité. » V^oilà ce qui rend toute négociation d’intérêt général avec eux complètement inutile et complètement’ infructueuse ; ils ont une manière vraiment machiavélique de se dispenser de tenir les engagements qu’ils ont pris avec les étrangers. '
L’excellent observateur, que nous venons de citer, a remarqué aussi la gaieté et l’industrie des Chinois; c’est là le beau côté de leur caractère, et il porte avec lui sa récompense, comme toutes les vertus. Les Chinois excellent dans la colonisation , parce qu’ils tiennent de l’éducation qu’ils ont reçue leur intelligence, leur activité et leur sobriété. Aussi est-ce pour cela que le gouvernement considère l’éducation comme toute-puissante. " ^
Les avantages importants que les Chinois possèdent sur les peuples qui les environnent leur ont inculqué cet orgueil national qui les porte à traiter les Européens avec un dédain offensant; par suite de ce même orgueil, ils ont , de leur propre pays , comparé au reste de la terre, une idée analogue à celle que les anciens astronomes se formaient de la terre comparée au reste de l’univers. Ils le croient le centre d’un système et l’appellent Tehong ■ koue, la nation centrale. Pour se remettre dans la bonne voie , il leur faudra encore plus d’un rapport avec l’extérieur. Les mandarins ont profité artificieusement de leur , disposition maturelle à mépriser les étrangers. Une politique misérable et timide les a engagés à fomenter, entre ces derniers et les indigènes , tout ce qui pouvait tendre à les désunir; aussi aujourd’hui l’accusation la plus grave que l’on puisse faire peser, sur un citoyen est-elle d’in- .sinuer qu’il s’est laissé influencer d’une maniéré quclconque par un Européen.
Une loi expresse prohibe les objets qui n’ont point été sanctionnés par l’usage; c’est pour cela que les Chinois sont peu disposés à adopter les modes ou les ustensiles de l’étranger. Les produits bruts de nos manufactures trouvent un meilleur débit chez eux; au reste, les articles qui leur plaisent le mieux sont les dollars. L’Europe est, sans doute , d’une incontestable supériorité sous le rapport des sciences ; mais, aux yeux du Chinois qui ne voit arriver de cette partie du monde que des objets qui ne conviennent ni à ses goûts, ni û ses besoins, qui n’a entendu parler que depuis peu des différents États dont elle est composée , des guerres interminables que se font ces États entre eux, de leurs massacres sur une vaste échelle , etc. , la comparaison est tout entière à l’avantage de la Chine avec son vaste territoire , ses immenses richesses , ses centaines de millions d’habitants industrieux et éclairés , et sa paix non interrompue depuis près de deux cents ans. La pauvreté qui peut exister dans telle ou telle partie de ce pays ne tient point à l’imperfection du mode de répartition des richesses , mais uniquement à des causes que nous expliquerons plus loin. Il y a beaucoup moins d’inégalité dans les fortunes que dans les rangs. Le peu de cas que les Chinois font des gens qui n’ont d’autres titres à faire valoir que leurs richesses , tourne à leur avantage moral , car
'« Magnum pauperics oppi'ubriuoi, jnbet a Qaiüvis cl faccrc cl pâli; »
La pauvreté n’est point honteuse chez eux ; ce qu’ils respectent le plus, ce sont les distinctions acquises par le mérite personnel et les droits de la vieillesse. On raconte, h ce sujet, l’anecdote suivante de Kang-hi, second empereur de la dynastie actuelle : « Un officier d’un grade inférieur, âgé de plus de cent ans, s’étant présenté à
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l’audience afin de rendre hommage au souverain, celui-ci se leva de son siège pour aller au-devant de lui , et l’engagea à rester debout , sans cérémonie , en lui disant que par là il voulait honorer sa vieillesse. »
Quand les Chinois traitent quelqu’un avec considération, ils l’appellent lao-yi, «vieux ou vénérable père;» et comme ces mots sont simplement d’étiquette , ils les emploient souvent en parlant à une personne moins âgée qu’eux de moitié.
C’est au •grand respect qu’ils montrent pour la vieillesse que l’on doit attribuer leur humeur à la fois paisible et prudente. Comme les cadets, dans chaque famille, sont dirigés par leurs aînés, à la mort de leur père, ils commettent moins de folies et moins d’imprudences. Leurs manières et leur conversation se ressentent également de la force de l’exemple ; ils ont souvent beaucoup de supériorité sur les Européens par leur gravité et leur sang-froid imperturbables dans la discussion. Leur politique ordinaire est de laisser leur adversaire se livrer à toute la violence de sa colère , et à tirer ensuite un avantage du tort qu’il s’est fait à lui-même ; il faut donc éviter avec soin de s’emporter en leur présence. Les personnes d’un haut rang et les magistrats affectent un air extrêmement grave : c’est ce qu’on appelle tchong, littéralement ,« lourd, » par opposition à /cing, qui signifie « léger ou gai. » Comme une figure large et massive peut en quelque sorte prêter encore plus de gravité , il serait possible que ce fût là la cause de leur goût déeidé pour l’embonpoint chez les hommes, de môme qu’ils admirent le contraire chez les femmes. Ils appellent en plaisantant «de courte mesure», l’individu qui ne couvre pas bien toute la superficie de sa chaise.
La discipline sévère à laquelle ils sont assujettis dès leur plus tendre enfance , rend les crimes qui résultent
de la Tioleûce extrêmement rares parmi eux. Ilest presque inoui que le vol soit accompagné de meurtre. Lorsqu’ils se croient oiTcnsés , ils sont cependant quelquefois très vindicatifs, et s’inquiètent peu de l’emploi des.rnoycns, pourvu qu’ils arrivent au but. Des femmes , par exemple , se pendront ou se noyeront uniquement pour procurer du désagrément aux gens avec lesquels elles ont eu une altercation. Le peuple , pour l’ordinaire doux et pacifique, quand il est poussé à bout par l’oppression, se lèvera en masse contre un magistrat, et le mettra à mort, s’il le peut. Il est rare que le magistrat , échappé à scs ennemis , trouve un refuge à Péking , où l’on disgracie et punit rigoureusement tout fonctionnaire dont les admi-* ni^trés se révoltent
Le système en vertu duquel les familles forment des espèces de clubs ou de tribus, a sans doute produit ce respect sucré pour la parenté , qui opère bien plus efficacement qu’une disposition légale pour le soulagement des pauvres et la répartition des richesses; c’est une science dans laquelle ils pourraient peut-être battre nos économistes « quoiqu’ils ne les égalent point dans les règles destinées à produire, à créer ces mêmes richesses. C’est encore de cette source que provient l’amour du Chinois pour les lieux qui l’ont vu naître, et ce sentiment est si vif chez lui, qu’il lui fait souvent abandonner les honneurs et les profits d’un emploi élevé pour se retirer dans son village natair Ils ont une maxime populaire dont le sens est « celui qui parvient aux honneurs bu à la richesse, et qui ne retourne jamais au lieu de sanaissance, est comme un homme splendidement vêtu qui marche dans les ténèbres;» tous deux agissent en vain.
Main tenant que nous avons esquissé largement les traits les plus prononcés du caractère des Chinois , il nous reste à parler d’un fait qui leur a attiré une censure sévère :
l’isfanticide pour les enfans du sexe féminm (i) . On s’est prévalu de la prétendue généralité de cette coutume pour nier que l’aCFection paternelle existe à un haut degré en Chine. L’infanticide n’a guère .lieu que dans les grandes villes où la population , extrêmement nombreuse , pourvoit avec peine à sa propre subsistance. Les^Chinois ont une véritable passion pour leurs enfants, et ces derniers paraissent leur rendre toute leur tendresse. Canton est certainement une viUe des plus peuplées. Hé bien , on ne voit pas souvent des cadavres d’enfants surnager sur la rivière , et cependant il arrive quelquefois que ces innocentes créatures sont noyées par accident , attendu que , dès leur naissance , on les élève à bord des bateaux. Il n’y eut jamais d’absurdité plus grande que d’attribuer à l’infanticide la mort des enfants que l’on a trouvés flottants sur la rivière, une calebasse attachée à leur ceinture, comme si une gourde pouvait faire partie du système d’exposition des Chinois. La calebasse , au contraire , a pour objet de les empêcher de tomber au fond-.de l’eau, si le malheur voulait qu’ils fissent une chute hors des bateaux; elle les maintient sur le courant jusqu’à ce qu’on ait eu le temps de voler à leur secours. Il n’y a rien d’impossible à ce que l’on ait trouvé des enfants noyés malgré cette précaution ; mais considérer les calebasses comme les instruments de leur mort serait, nous le répétons, aussi absurde que si l’on voulait attribuer tous les cas de noyade qui surviennent en Angleterre aux efforts de la ^fumanesocte^j (2).
(1) Le code pénal uc l'ait aucuiicmcot mcntiou de ce sujcti «.
(2) M. du Guignes a raison sur ce point. • Quant à ce que l’on dit qu'elles (les femmes cliinoises) attachent une calebasse sur le dos des enfants pour les faire flotter plus long temps, aCn de donner le temps à quelques personnes charitables de leur sauver la vie; elles ne le font que pour avoir ellcs-mfmes le moyen de les secourir dans Ip cas où ils tomberaient à la rivière. »
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Les révérends pères catholiques romains, nonobstant la parfaite. connaissance qu’ils avaient de tout ce qui se rattache à la Chine, se sont parfois écartés de la vérité pour colorer les faits, de manière à ce qu’ils tournassent toujours à la gloire de la mission. Il entrait donc dans leurs vues d’exagérer le nombre des infanticides, pour pouvoir raconter pompeusement, comme Duhalde, le succès de leurs efforts; ce n’est pas qu’ils eussent le moins du monde sujet de se vanter, car la plupart des fois, au lieu de sauver les malheureuses créatures , ils se bornaient à les baptiser avant leur mort, œuvre de charité peu coûteuse , et surtout facile à accomplir.
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Sous le rapport physique , les Chinois sont encore supérieurs à leurs voisins. On a souvent remarqué qu’il n’existe pas d’hommes mieux faits ni plus vigoureux que les coulis ou portefaix de Canton. Les poids que deux d’entre eux portent aisément sur leurs épaules , au moyen de bambous, accableraient les individus les plusrobus- . . tes des autres pays. Leurs membres, n’étant point gênés par leurs vêtements, acquièrent un développement qui les rendrait propres à servir de modèles à un statuaire. Comme marins , on les a toujours trouvés, à bord des vaisseaux anglais , plus forts et plus utiles que les lascars ; mais on ne peut se les procurer que difficilement, attendu les obstacles nombreux qui s’opposent à ce qu’ils prennent du service à l’étranger.
Celte supériorité physique des Chinois doit être attribuée à leur climat , en général fort sain , malgré les extrêmes assez subits du chaud et du froid , et à leur sobriété. On peut dire que le choléra, si toutefois ce terrible fléau s’est montré en Chine à l’époque où il a
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exercé de si affreux ravages dans les autres parties du monde, y a été tellement peu violent, qu’il est presque inutile d’en parler.- C’est peut-être pour cette raison que l’on a voulu en France employer le thé commé moyen curatif; on croyait qu’il avait pu préserver les Chinois qui en consomment une quantité prodigieuse.
Quand on compare le crâne d’un Chinois à celui d’un Européen et d’un nègre , on remarque que l’angle facial chez le premier tient à peu près le milieu entre celui des deux autres, c’est-à-dire* en termes différents, que le front et la partie inférieure du visage du Chinois fuient ou s’inclinent en arrière un peu plus que chez l’Européen, mais beaucoup moins que chez l’Africain. La même particularité se reproduit dans la position des dents incisives ou de face. Les lèvres du Chinois, sans égaler en épaisseur celles du nègre, s’en rapprochent cependant beaucoup , mais elles sont loin d’être aussi proéminentes. Le Chinois a le nez épaté et les narines écartées comme un ÉÜûopien, quoique moins fortement Sous quelques rapports , il ressemble singulièrement à l’Indien de l’Amérique du Nord. Comme lui, il a les cheveux noirs et luisants, les yeux obliques, les sourcils relevés à leur extrémité et la barbe rare , et comme lui aussi son corps est presque entièrement dépourvu de poils. Pour la petitesse des pieds, des mains et des os * les Chinois ressemblent à la plupart des Asiatiques. Nous remarquerons en passant que les Esquimaux , tels qu’ils sont représentés dans les planches qui accompagnent la relation du voyage du capitaine Lyon, ressemblent, d’une manière frappante, aux Tan-kia ou bateliers des côtes de la Chine. Ces gens sont traités comme une race distincte par le gouvernement, qui ne souffre point qu’ils s’unissent avec les habitants du ri-' vage. 11 se pourrait que ces bateliers, ainsi repoussésf
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