‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 87 sur 125 · I.A CHINE · texte numérisé non relu

I.A CHINE

eussent émigré vers le Nord ; mais ceci n’cst qu’une conjecture.

Quoique les Chinois se soient alliés . aux Mongols , il est resté encore une certaine différence entre leurs traits ; ce que ceux des derniers ont de dur , se trouve considérablement adouci chez les autres. Ce serait une folle entreprise que de vouloir expliquer comment la Chine fut d’abord peuplée. Le seul témoignage étranger que nous possédions sur ce sujet est contenu dan$ les Instituts de Manou , cités par sir William Jones. Il est dit que « plusieurs familles appartenant à la classe militaire vécurent, après avoir abandonné les prescriptions des Vedas et la société des Brahmanes, dans un état de dégradation semblable à celui des Chinas et de quelques autres peuples. » Un bistorien indigène affirme qu’à une époque correspondant à douze cents ans avant Jésus-Christ, «la nation chinoise était petite et faible, tandis que les étrangers orientaux (le peuple qui était entre eux et la côte orientale) étaient nombreux et forts, » mais qu’elle parvint peu à peu « à s’établir dans l’intérieur du pays. » Ce passage pourrait venir à l’appui de l’opinion de sir William Joncs , que la Chine a été eh partie peuplée par une nation venue de l’Inde.

. Quoi qu’il en soit, la supposition hasardée par de Guignes que les Chinois étaient une colonie égyptienne, ne parait pas admissible, de quelque preuve que l’on veuille l’appuyer. Une émigration aussi lointaine n’aurait pu avoir lieu , à l’insu des nations intermédiaires ; outre cela , il n’existe pas la plus légère ressemblance entre les hiéroglyphes égyptiens et les caractères chinois. C’est un point qui a été éclairci dans la lettre du pète Amiot de Péking en réponse aux questions que lui avait adressées à ce sujet la Société royale de Londres. Pour nous , nous ne faisons nulk diffifcullé d’ad-

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mettre qu’il existe une certaine ressemblance, mais nous ne la reconnaissons uniquement que dans Vetnploi des caractères respectifs. Les recherches du docteur Young établirent d’abord que les peintures emblématiques de la langue sacrée de l’Égypte avaient été employécs’dan» l’inscription de Rosette, comme symboles de sons pour l’expression des noms étrangers. C’est là précisément ce que font les Chinois en pareille occurrence. Ils se servent de leurs caractères monosyllabiques pour représenter les sons des noms étrangers, en les accompagnant d’une barre ou do tout autre trait distinctif. Les Égyptiens encadraient les leurs d’un anneau ovale ou d’un cartouche.

Pour en revenir à l’objet qui nous occupait , les Européens se sont fait une étrange idée de la physionomie chinoise, d’après les figures représentées sur les échantillons de manufactures sortis de Canton , et dont la plupart sont tracées dans le style peu sévére de la caricature. C’est comme si un Chinois de Péking , qui aurait vu quelques unes des représentations de-Cruikshank , croyait se former de nous une image fort exactei Il est résulté de ces fausses notions qu’on a^attaché dans l’esprit de beaucoup de personnes une idée grotesque au nom d’un peuple grave, penseur, raisonnable', tt digne bien souvent de servir de modèle aux Européens.

Les Chinois du Midi ont les traits moins angulaires que les habitants de Péking. Ceux qui ne sont point exposés à l’influence de l’atmosphère ont le teint a'uss^ beau que les Espagnols et les Portugais; mais tel est l’effet du soleil sur leur peau , que beaucoup d’entre eux qui vont nus jusqu’à la ceinture, paraissent, lorsqu’ils sont déshabillés, avoir le haut du corps d’un Asiatique et les membres inférieurs d’un Européen. Ils ont en général bonne mine jusqu’à trente ans;, mais, passé cet âge, la proéminence des os de leurs joues donne

LA CIIIKE.

à leur physionomie une expression dure que la jeunesse effaçait. Les hommes deviennent presque toujours fort laids en vieillissant, et Juvénal a dit des femmes âgéees:

— (1 Ta1c« acipicc rugas

' Qualcs, mnliiift'ros nl>î pamlil Tahraca sallut,

In vclolft scalpit jam malcr simia bnccâ. •

Nous avons déjà émis une conjecture sur les deux genres opposés de beauté chez les deux sexes. Une femme doit être mince et frêle , un homme au contraire doit être puissant, non pas dans l’acception qui dénote une grande force musculaire, mais dans celle qui exprime la corpulence, l’ohésité : il doit avoir enfin l’air d’un vér ritahle alderman. 11 est fort à la mode chez les hommes et les femmes de laisser croître les ongles de la main gauche , jusqu’à ce qu’ils aient acquis l’aspect des griffes du hradype , représenté dans l’ouvrage de sir Charles Bell sur «la main, » Un Anglais, de Canton, avait défendu à un de ses domestiques de donner dans ce tra ■ vers , en se fondant sur ce que les doigts , pourvus d’un pareil ornement , ne pouvaient rien exécuter. Comme les ongles , en raison de leur fragilité , sont sujets à se casser, lorsqu’ils sont très longs, ils les garantissent quelquefois au moyen de petits morceaux de hamhou très amincis.

Mais celui de leurs goûts , dont on peut le moiii» se rendre compte , est cette mutilation des pieds des femmes, mutilation par laquelle les Chinois se distinguent de tous les autres peuples. On ne connaît rien de positif sur l’origine de cette coutume : on sait seulement qu’elle prit naissance vers la fin de la dynastie des Tang ou à la fin du neuvième siècle de notre ère. Les Tartares ont eu le bon esprit de ne point l’adopter ; leure femmes portent des souliers en tout semblables aux leurs , à l’exception de la semelle qui est beaucoup plus épaisse. Le principe

LA cuim;.

qui a dicté la mode des ongles démesurément longs, u sûrement dicté aussi celle de la mutilation des pieds, dès l’âge le plus tendre.

Petits pieJs (l’une Cliinoise.

Cette mode entraîne l’idée à' exemption du travail, puisque toutes les personnes du beau sexe sont percluses par suite de la petitesse de leurs pieds. Les Chinois Sont passionnés pour l’air de faiblésse et de souffrance que la mutilation prête aux femmes ; et iis comparent leur marche, lorsqu’elles s’en vont clopinant sur leurs talons , au balancement d’un saule agité par la brise. 11 nous reste à ajouter que cette odieuse coutume est beaucoup plus répandue dans la basse classe que l’on ne pourrait s’y attendre de gens qui ont besoin de travailler pour gagner leur vie.

Jamais la puérilité et la folie d’une grande partie de la race humaine n’ont été plus évidentes (pie dans ces modes si variées ; et bien souvent si contraires aux lois de la nature. Ainsi, tandis qu’un peuple écrase les pieds de ses enfants , un autre aplatit la tète des siens entre deux planches ; et tandis qu’en Europe nous admirons la blan-

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