La chirurgie de l'oesophage thoracique et abdominal
La chirurgie intrathoracique, longtemps restée en arrière de la chirurgie abdominale et de la chirurgie crânienne, a reçu dans ces tout derniers temps une impulsion féconde ; la main du chirurgien tend de plus en plus à pénétrer dans cette grande cavité splanchnique, jadis réputée inaccessible, et à porter son action bienfaitrice sur la plupart des organes qu'elle contient.
Comme l'indique le titre de ce travail, je me bornerai, dans ce vaste domaine de la chirurgie thoracique, à l'étude de l'un des organes contenus dans le thorax, à l'étude de l'œsophage thoracique.
La chirurgie opératoire de l'œsophage thoracique est encore considérée par nombre de chirurgiens comme une aspiration, non comme une réalité. Tenté par la nouveauté et l'intérêt de ce sujet, j'ai entrepris d'étudier scrupuleusement ce que la science nous a déjà donné d'observation sur ce point, et de compléter cette revue critique par des recherches personnelles, anatomiques et expérimentales, que je poursuis depuis déjà dix-huit mois.
Mes recherches de médecine opératoire ont porté sur une quarantaine de cadavres humains et mes expériences sur vingt-quatre chiens vivants. Je donnerai les résultats de mes recherches anatomiques avec les conclusions qu'il m'a paru
raisonnable d'en tirer et je donnerai tout au long les protocoles de mes vivisections, avec les conclusions physiologiques et chirurgicales qui en découlent naturellement.
Dans un premier chapitre, j'exposerai brièvement l'historique de cette partie trop peu connue de la chirurgie humaine. J'exposerai ensuite l'anatomie de l'œsophage thoracique, d'après les recherches les plus récentes et d'après mes dissections personnelles.
Persuadé qu'un diagnostic précoce est, dans la plupart des cas, la condition sine qua non de la réussite des opérations que je veux préconiser, je passerai en revue avec soin les divers modes d'exploration de l'œsophage, en insistant sur l'œsophagoscopie, si réputée déjà par les brillants résultats qu'elle a donnés, en Allemagne surtout. Mon maître, M. le Professeur Gross, a bien voulu céder à mon désir de voir la clinique posséder la boîte à œsophagoscopie,maismon expérience personnelle sur ce sujet est encore trop récente pour que je puisse en donner les fruits. C'est surtout d'après les publications de Gottsïein, Von Hacker, Rosenheim, etc. que je décrirai la technique et la clinique de cette méthode.
Les voies d'accès de l'œsophage thoracique résumeront mes recherches de médecine opératoire pratiquées sur 40 cadavres humains. Comme la chirurgie des membres, la chirurgie des viscères, dit Hartmann, doit être régie par l'anatomie de la région sur laquelle on opère et aussi par la connaissance des lésions contre lesquelles on intervient. C'est imbu de ces principes, que j'ai étudié le traitement opératoire des diverses affections de l'œsophage. Bien connaître les lésions contre lesquelles on agit, savoir les écueils anatomiques et les moyens de les éviter, établir sur ces bases un procédé opératoire rationnel, tel est le but que je me suis proposé.
C'est ainsi que je passerai successivement en revue les indications opératoires et le traitement des traumatismes œso-
phagiens et de leurs complicalions, le traitement ties coi ps étrangers de l'œsophage tlioracique, le traitement des rétrécissements, des diverticiiles et du cancer de cette portion du tube digestif.
La question de la résection de l'œsophage thoracique me donnera l'occasion d'exposer les résultats de mes expériences sur le chien vivant. Enfin, dans un dernier chapitre, j'étudierai la chirurgie du cardia et de l'œsophage abdominal.
Nancy, juillet 190i.