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QUATORZIÈME LEÇON

DES LYMPHORRHAGIES CONSÉCUTIVES AUX ADÉNITES ET AUX l'ÉfllLYMPHITES

SUPPURÉES

Sommaire. — Écoulement de lymphe. — Épanchement de lymphe. — Mécanisme de la lymphorrhagie. — Traitement par la compression.

Lorsque Ton a ouvert une adénite ou un abcès formé autour d'un vaisseau lymphatique ennammé, il est commun de voir la suppuration de la plaie se prolonger pendant plusieurs semaines. Le pus, au lieu d'être bien lié, de présenter les caractères du pus phlegmoneux, devient séreux et a la coloration ambrée du liquide qui soulève l'ampoule des vésicatoires. Le liquide coule par l'ouverture des abcès en quantité variable, puis diminue avec le temps, et la guérison finit par arriver à un terme quelquefois trèséloigné de l'ouverture de l'abcès.

Ces phénomènes ne sont pas toujours aussi accusés dans les abcès superficiels que dans les abcès profonds. A l'aine et cà l'aisselle, au creux poplité et au cou on les rencontre assez souvent, puisque j'ai déjà eu l'occasion d'observer nombre de fois ces accidents, et je dois dire qu'ils étaient aussi accusés que l'on peut se le figurer.

Il y a, d'ailleurs, dans les livres de chirurgie des faits qui peuvent être rapportés à la lésion dont je vous entretiens aujourd'hui.

Quelques-uns des abcès de l'aisselle si longs à se cicatriser, que Boyer a signalés et pour lesquels il disait que les fistules qui les suivaient ne pouvaient être guéries que par la nourriture féculente destinée à provoquer l'embonpoint du corps et de l'aisselle, et par la compression, étaient à n'en pas douter des adénites suppurées, cà la suite desquelles il restait une fistule entretenue par la même cause que la fistule du malade de notre service, c'est-à-dire par l'écoulement de la lymphe. Voici les faits caractéristiques que j"ai observés :

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Obs. I. LiimphorrhaQie consécutive à une adénite axillaire. — Le nommé S... (Victor), âgé de vingt-sept ans, mécanicien, eut à la suite d'une blessure à la main, blessure non soignée, une angioleucite du bras gauche. Le malade ne se soigna pas et il survint un phlegmon à la partie moyenne du bras. Aussitôt qu'il ne souffrit plus, et avant la cicatrisation de son bras, le malade sortit del'hôpital. II y revint vingt jours après avec une adénite axillaire gauche, qui fut incisée le treizième jour après son début, et qui suivit normalement son cours jusqu'au quinzième jour, époque à laquelle le pus devint séreux et coulait d'une façon continue. Le malade, malgré nos avertissements, voulut encore sortir pour se faire traiter chez lui.

Dix-sept jours après son départ, le malade s'aperçut qu'il avait une grosseur dans l'aisselle; il appliqua des cataplasmes ; dans la nuit, la tumeur s'ouvrit et il coula par l'orifice de l'ancienne ouverture de l'abcès un liquide clair et uii peu visqueux en très-grande abondance. Le surlendemain, le malade revint à l'hôpital et je pus constater que l'orifice de la fistule était bouché par une sorte de phlyctène. Je déchirai cette phlyctène el il sortit par jet environ un verre de liquide citrin, collant un peu aux doigts, que je jugeai être de la lymphe. La quantité de liquide évacuée pouvait être évaluée à 150 grammes. Le malade fut admis à l'hôpital le 27 novembre 1871 Ce garçon avait une pâleur anémique caractéristique; il avait des envies de vomir et n'avait pas d'appétit; il se plaignait en outre d'une vive douleur dans l'épaule et un gonllement appré ciable existait dans cette région, mais sans gêne des mouvements. La peau de l'aisselle ne présentait pas de changements de coloration. L'ouverture de l'abcès était transformée en orifice fistu leux qui s'étendait, en profondeur, à deux centimètres dans l'aisselle; il coulait encore, et d'une manière continue, du liquide semblable à celui qui avait été évacué la veille et il y avait quelques traces de pus mêlé à ce liquide.

Il était évident que le malade était atteint d'une fistule lymphatique, et aussitôt le malade fut soumis à une compression énergique. L'aisselle fut remplie avec de la ouate et une bande roulée en spica de l'épaule maintint la compression.

Le 29, en renouvelant la compression, on constate qu'il s'est formé, sur l'orifice de la fistule, une pellicule qui est dilatée en ampoule ; celle-ci ayant été crevée, on put extraire, par pression de l'aisselle, environ 90 grammes de liquide de même nature que celui qui avait été déjà recueilli. L'examen microscopique permit de constater la présence de quelques globules de pus el de cellules lymphatiques, et de noyaux isolés. Le liquide ne se coagulait pas par le repos. Le caractère du liquide n'était pas, on le voit d'une manière absolue, dela lymphe; aussi l'examen fait au laboratoire physiologique de la Faculté, sansêtre négatif, ne fut point affirmatif. La compression est continuée jusqu'au t décembre. Pendant ce temps, pour calmer la douleur de l'épaule, des pointes de feu furent appliquées et soulagèrent beaucoup le malade. Pendant ce temps, la compression avait produit un œdème limité à la partie antérieure du bras. '

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