MALADIES OCGVSIONNÉES PAR LA MARCHE ET LA STATION DEBOUT (SUITE
SoMMAinE. — Mal perforant. — Théorie des causes du mal perforant ; critique. — Signes et marches de l'ulcère. — Traitement du mal perforant.
Du iiinl perforant.
Le mal perforant a existé depuis bien des années, mais il n'a été étudié, à part des ulcères, que vers 1852 par Vésigné (d'Abbeville) (1) et Nélaton ; le meilleur ouvrage sur le sujet est dû au docteur Leplat (2).
Tous les chirurgiens observent annuellement un plus ou moins grand nombre de malades atteints du mal perforant, j'en ai observé, pour ma part, un certain nombre, et tout ce que j'ai vu jusqu'ici me contirme dans cette opinion que le mal perforant reconnaît pour cause une lésion locale primitive : le durillon; que cette cause est sans contredit la plus commune, niais que, parfois, exceptionnellement, une gangrène, par compression de la peau, peut être suivie de la production d'un mal perforant.
L'opinion de Leplat, qui, le premier, a écrit sur le sujet d'une manière détaillée, était que le mal reconnaissait pour cause un durillon. Lenoir, en décrivant les bourses séreuses du pied et leur inflammation, attribuait aussi à la marche forcée des lésions ulcéreuses des bourses séreuses de la plante du pied, que l'on met aujourd'hui, à juste titre, sur le compte du mal perforant. M. Sédillot fait également du mal perforant une lésion de cause locale. Ce sont donc là des autorités que, à défaut d'autres raisons, l'on pouvait invoquer. Mais il y a d'autres raisons sérieuses qui militent en faveur de l'opinion de Leplat.
(1) Vésigné, Mal plantaire perforant {Gui. des hôpit., février 185'2.1
(2) Leplat, thèse tle Paris, 1855.
,;q8 DliS MALADIES OCCASIONNÉES
En premier lieu, le mal perforant existe presque toujours sur les points où les pieds portent sur le sol, ou plutôt sur la semelle du soulier. C'est sous l'extrémité antérieure du premier métatarsien et sous la partie pos- , térieure de la phalange du gros orteil, c'est-à-dire au niveau de l'articulation des deux phalanges du gros orteil, sous la partie antérieure du cinquième métatarsien, qu'on les rencontre le plus souvent. Bien plus, il y a des malades qui ont subi des amputations pour un mal perforant d'un orteil et chez lesquels il est survenu, non pas une récidive de l'ulcère sur la cicatrice de l'amputation, mais bien sur un autre point de la plante du pied, sur lequel porte le poids du corps depuis l'amputation. Vous trouverez bien une observation, deux au plus, où l'on parle d'un ulcère sur la cicatrice d'une amputation antérieure, mais ces ulcères n'ont pas le caractère des maux perforants et ressemblent beaucoup aux ulcères qu'on observe autour des os cariés. Je veux encore vous signaler une observation de mal perforant qui aurait occupé les mains après les pieds et aurait fait tomber successivement les orteils et les doigts, cette observation, publiée par M. Bertrand (1), me paraît avoir trait à une variété de lèpre (il s'agit, en effet, d'un nègre arahe, âgé de quarante ans, qui, à la suite d'ulcères des pieds et des mains, perdit les doigts et les orteils); le mal perforant n'a été observé, jusqu'ici, que sur les pieds. J'ai vu, cependant, un mal perforant du genou, chez un amputé, mais c'est la une rareté parmi les raretés. Le mal perforant est donc un mal qm existe exclusivement sur les points où il y a une pression constante ou un durillon, ce qui revient au même, et les pieds sont les parties ou cette pression constante est pour ainsi dire physiologique.
Tous les auteurs qui ont parlé du mal perforant ont cherché quelle est la cause prédisposante du mal perforant. Il était facile de constat^er en effet que tous les malades qui marchent ou restent longtemps debout n'avlient point de mal perforant; tout le monde a cherché la cause prédisposante. Les premières théories qui ont été proposées l'ont ete par Johert
de Lamballe, qui croyait que la sueur des pieds abondante était l'origine
du mal. . ■
Nous possédons la théorie de MM. Péan et Delsol (2), qui, presque en même temps, attribuaient à des lésions vasculaires antérieures le mal perforant, parce que, à l'autopsie des pieds de malades atteints de maux perforants, ils avaient trouvé une dégénérescence athéromateuse des artères. Je ne nie point que le fait soit vrai, mais il peut être 1 effet el non
(1) Bertrand, Recueil de médecine et de chirurgie mililaires, 18G5.
(2) Delsol, Du mal perforant, thèse de Paris, 1864.