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CHAPITRE II

SYMPTOMATOLOGIE

Deux ordres de symptômes frappent principalement le clinicien en présence d’une chlorotique : des signes non équivoques d’anémie, et des troubles nerveux excessivement variés; tous les autres symptômes sont secondaires et peuvent manquer, ceux-ci dominent la scène pathologique et impriment au malade un cachet caractéristique. Que si l’on examine l’appareil circulatoire on trouvera encore des symptômes nouveaux, mais qui n’ont pas en quelque sorte d’existence propre, parce qu’ils dérivent à la fois des troubles de l’hématose dus à la lésion sanguine et des troubles nerveux.

On conçoit, du reste, que les deux appareils les plus importants de l’économie étant atteints, à savoir l’appareil qui préside aux échanges de matière : le sang, et l’appareil qui préside aux échanges de force et de mouvement: le système nerveux; cette double altération, fonctionnelle ou organique, retentira sur le fonctionnement de tous les autres appareils, et que le désordre ne pourra manquer d’être général.

C’est ainsi que l’on constatera des troubles de l’appareil digestif, des troubles de l’appareil respiratoire, des troubles de l’appareil génital. Mais tous ces troubles sont secondaires, et Ton pouvait en quelque sorte les prévoir; les premiers seuls sont essentiels et paraissent exister par eux-mêmes, sans qu’il soit possible de les subordonner les uns aux autres. C’est par eux, par conséquent, que nous allons commencer notre élude de séméiotique.

§ I. — De F anémie dans la chlorose.

Nous connaissons déjà la nature des altérations sanguines chez les chlorotiques, elles se manifestent surtout par la déco- . loration des téguments, la teinte d’un blanc livide ou d’un jaune verdâtre, qui a imposé son nom à la chlorose (/ lûpoç , jaune vert). Le visage des chlorotiques n’est pas seulement pâle, il revêt une teinte blafarde qui prend à la longue le ton triste et jaunâtre de la cire vieillie.

Mais il s’en faut que ce symptôme soit constant : un certain nombre des chlorotiques ont le teint vermeil et les téguments assez fortement colorés ; quelquefois même cette coloration est exagérée, et c’est à celte variété que Wendt (de Breslau) a donné le nom de chlorosis fortiorum seu florida (1).

Il est cependant possible, même dans ces derniers cas, de constater des signes de l’anémie par la simple inspection des muqueuses ; on peut observer une grande décoloration des lèvres et des conjonctives, même chez les chlorotiques dont les joues sont fortement colorées.

Dans les chloroses peu intenses, il faut chercher la décoloration dans les plis naso-labiaux, les parties latérales du nez, le milieu du front, les muqueuses (Hayem, Note manuscrite).

L’aspect des yeux surtout a quelque chose de caractéristique : ils sont cernés; les sclérotiques ont un teint légèrement bleuâtre, qui produit « une expression de langueur et de tristesse toute particulière » (2). Les paupières sont bouffies ou infiltrées surtout après le sommeil, et cette tuméfaction va quelquefois jusqu’à gêner leurs mouvements.

On peut, du reste, rencontrer de l’oedème un peu partout : aux mains, où il apparaît et disparaît avec une très grande

(1) Wendt, Rut’ s Magasin , vol. XLV.

(2) Battle, Thèse de Montpellier, 1858.

facilité et en peu de temps (1), aux extrémités inférieures, autour des malléoles, surtout vers le soir: Stantïbus pedes intumescunt » (Arétée).

L’aspect des téguments, d’après les observations de M. Hayem , emprunte à la bouffissure un cachet souvent particulier. L’œdème est partiel, il se montre surtout à la face où il est quelquefois localisé sans qu’il y en ait dans les parties déclives ; il y est plus tenace et plus permanent. Il est indépendant de l’albuminurie et n’est aucunement proportionnel au degré d’anémie ; certaines anémies profondes ne s’accompagnent pas d’œdème, tandis que chez certaines chlorotiques l’œdème est très accusé.

On a voulu différencier l’œdème chlorotique de l’œdème ordinaire: il s’en distinguerait par une élasticité que l’on ne retrouve pas dans ce dernier, de là les noms de turgor vitalis de turgor lymphaticus , par lequel Brueck l’a désigné (2).

«Fred. Hoffmann, dit M. Battle(3), avait déjà fait la même remarque. Suivant Gardien, cette infiltration diffère de celle qui est propre à l’anasarque en ce qu’elle ne conserve pas l’impression du doigt (4). »

A côté de la décoloration des téguments, et de leur bouffissure toute spéciale, il faut ranger un autre effet de l’anémie, je veux parler des variations de température propres aux chlorotiques. C’est encore un point sur lequel les auteurs ne sont pas d’accord.

((Théoriquement, ditLorain, on devrait supposer que la température s’abaisse chez les chlorotiques. Il semble en effet que la diminution d’activité des phénomènes de réparation, de nutrition, le défaut d’action musculaire, la tendance au repos, la diminution du chiffre des éléments actifs du sang, doivent

(1) Lorain, art. Chlorose du Dict. de Jaccoud , p. 305.

(2) Brueck, Réflexions sur la chlorose ( Journal der praktischen Heiikunde , 1836).

(3) Battle, loc. cit ., p. 9.

(4) Gardien, Traité d' accouchements, t. I, p. 336*

entraîner ce résultat. Cependant, jusqu’ici on n’a pas établi que dans la chlorose confirmée il y ait un abaissement notable de la température. »

Bouillaud et Andral, qui avaient pressenti les travaux modernes sur la température, ont appliqué le thermomètre à l’étude de la chlorose. « J’ai recherché, dit Andral, jusqu’à quel point la diminution des globules exerçait quelque influence sur la température du corps vivant, et je ne suis arrivé qu’à des résultats négatifs. »

La température axillaire des chlorotiques a été toujours trouvée de 37° et de 38° centigrades par ces observateurs.

Lorain a trouvé les chiffres suivants chez deux chlorotiaues :

1er CAS. 2e CAS.

Aisselle 37,6 35

Vagin 37,8 37,5

Rectum 83 37,3

Il en conclut qu’il n’y a pas lieu de considérer la chlorose comme amenant un abaissement sensible de la température.

Mais Lorain, comme Andral, comme Bouillaud, nes’estpréoccupé que de la température centrale; or c’est précisément la température périphérique qui paraît baisser chez les chlorotiques, et ce fait n’avait pas échappé à quelques auteurs : « Selon d’autres médecins dont je partage l’opinion, dit Cazin (1), la chaleur animale se trouve évidemment diminuée aux lèvres, au nez, aux oreilles, aux pieds, aux mains, à toutes les parties éloignées du centre circulatoire. » Battle signale le même fait: «La température de la peau baisse d’une manière sensible au toucher, principalement aux extrémités. »

L’étude des températures locales est entrée dans une voie scientifique depuis les belles recherches de M. le professeur

(1) Cazin, loc. cit ., p. 8.

Peter (1). Dès 1864, M. Peter a entrepris d’introduire la tliermétrie localisée dans la pratique quotidienne, et l’on peut déjà juger par les résultats obtenus de l’importance clinique de la méthode.

Nous verrons l’utilité pratique de ces investigations, quand nous nous occuperons du diagnostic différentiel de la chlorose et des affections qui peuvent la simuler ; exposons d’abord quelques observations dues à l’obligeance de M. Peter.

Régie générale : la température centrale n’est pas abaissée dans la chlorose ; cependant on peut observer dans certains cas une hypothermie remarquable qui peut atteindre 1° àl°,5.

Mais cette hypothermie n’est pas constante et la température axillaire des chlorotiques présente, sous ce rapport, des variations individuelles qui ne paraissent soumises à aucune loi.

Si la température centrale est rarement abaissée dans la chlorose, il n’en est pas de môme de la température périphérique: celle-ci est presque toujours inférieure à la normale. Sur les parois thoraciques, on peut déjà constater un abaissement notable qui peut atteindre quelques degrés dans certains cas.

11 n’y a pas là une règle absolue, car il est commun de trouver chez les chlorotiques des températures intercostales normales, mais lorsque la chlorose est exempte de complications thoraciques , les températures intercostales ne dépassent jamais la normale qui est de 36° environ chez les adultes sains (2). En outre, les températures thoraciques droite et gauche sont toujours sensiblement égales dans les chloroses pures. C’est ce qu’on pourra constater dans les observations suivantes :

Obs. T. — Chlorose pure , hypothermie centrale et intercostale. — Emilia G..., âgée de dix-huit ans, lingère, est entrée le 25 novembre

(1) Voyez, sur cette question, les communications de M. Peter à l’Académie de médecine et en particulier, séance du 23 décembre 1879.

(2) Voy. Peter, Clinique médicale, t. Il, p. 430.

1879, à la Pitié, dans le service deM. le professeur Péter, salle Notre- Dame, n° 26.

Elle a été réglée à seize ans et demi, mais ses règles se sont supprimées au bout de six mois et n’ont pas encore reparu. Elle a alors éprouvé une faiblesse générale, des douleurs de tête, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d’oreilles; le moindre effort l’essoufflait ; en même temps elle pâlissait et sa peau prenait une couleur de cire vieillie.

Elle n’accuse pas d’antécédents héréditaires.

L’année dernière, à la suite d’un refroidissement, elle s’est mise à tousser modérément. Il y a six mois elle a craché quelques filets de sang et elle a dû entrer à l’hôpital une première fois parce que sa faiblesse avait augmenté et qu’elle était toute courbaturée.

Actuellement elle présente une décoloration considérable des muqueuses et de la peau. Ses digestions, qui ont été un moment troublées, se font normalement, son appétit est revenu et elle se sent bien mieux.

L’auscultation des sommets de la poitrine, pratiquée avec le plus grand soin par M. Peter à plusieurs reprises, n’a rien révélé d’anormal.

A l’auscultation du coeur on perçoit un bruit de souffle doux présentant son maximum à la base. Il y a en même temps un bruit de souffle intense et continu dans les vaisseaux du cou.

Voici les résultats de l’exploration thermomélrique :

DATES

TEMPÉRATURE

AXILLAIRE.

TEMPÉRATURE

INTERCOSTALE

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