CHAPITRE II
Une étude thérapeutique complète de la chlorose doit comprendre sa prophylaxie et son traitement, en d’autres termes, le problème est double et se pose ainsi : 1° que faut-il faire pour prévenir la chlorose ? 2° que faut-il faire pour la guérir ?
La solution du premier problème dispenserait, on le voit, de chercher celle du second. Nous sommes malheureusement forcé de reconnaître que tandis qu’on possède une foule de moyens propres à guérir la chlorose, il n’en existe pas un seul efficace pour la prévenir. On pourra, à la rigueur, éviter les causes occasionnelles, mais comment agir contre la prédisposition toujours menaçante et toujours prête à répondre à la moindre sollicitation ?
La prophylaxie de la chlorose est contenue tout entière dans son étiologie, et nous nous sommes suffisamment étendu sur les causes de cette maladie pour ne pas avoir à y revenir.
Le traitement de la chlorose nous occupera donc à peu près exclusivement ; mais avant de passer en revue les nombreux moyens de l’arsenal thérapeutique, il nous parai i indispensable de résoudre cette question préjudicielle : Faut-il traiter la chlorose? Question d’une haute importance, si l’on se rappelle les observations de Trousseau (1) : <r Poui
(1) Trousseau, Clinique médicale , t. III, p. 536.
MORIEZ
moi, plus je vieillis dans mon art, plus je demeure convaincu que dans la même famille où existe le principe tuberculeux, les femmes anémiques ou atteintes de quelques indispositions qui les tiennent dans un état de santé précaire, payent leur dette héréditaire plus tard que celles dont la santé semble être la plus florissante. »
Il est des cas où la chlorose n’est que la manifestation d’une diathèse latente, et c’est surtout chez les chlorotiques prédisposés à la tuberculose qu’il faut se tenir en garde contre l’apparition des symptômes thoraciques. Vouloir guérir la chlorose en pareil cas, c’est s’exposer à voir apparaître les tubercules.
On s’est exagéré peut-être i’influence nocive des préparations de fer dans les cas de ce genre, et peut-être aussi les faits signalés par Trousseau ne sont-ils pas très fréquents; mais il importe cependant d’être prévenu que, dans quelques cas, la chlorose est une maladie qu'il ne fautons guérir.
Nous n’avons pas à apprécier les nombreuses médications qu’on a proposées depuis Hippocrate, qui croyait à l’efficacité toute puissante du mariage : <r Virginibus suadeo . . . . ut citis sime cum viris conjungantur . » Nous nous bornerons par conséquent à étudier les médicaments les plus usités, et à apprécier leur valeur curative et leurs indications. -
1° Du fer dans la chlorose . — Le fer a fait de tout temps la base du traitement de la chlorose : ses bons effets dans cette maladie étaient connus dès la plus haute antiquité, mais son action a été et est encore interprétée diversement.
Les uns veulent que le fer absorbé passe directement dans le sang, y soit précipité à l’état d’oxyde, lui rende immédiatement les principes qui lui manquent, et fasse d’emblée de ce fluide un élément réparateur.
Les autres attribuent à ce médicament une action uniquement tonique en vertu de laquelle les fonctions digestives et nerveuses sont influencées de manière à rendre plus parfaites l’innervation et la nutrition. C’est donc par l’intermédiaire de cette action tonique que s’opérerait la reconstitution organique (1).
Cl. Bernard s’est rallié à cette dernière opinion à la suite de ses expériences.
Il a vu d’abord qu’après avoir injecté dans l’estomac de la limaille, du lactate de fer, la quantité de fer contenue dans le sang de la veine porte n’était pas augmentée. Donc le fer ne serait absorbé ni par l’estomac ni par l’intestin. D’autre part, il a remarqué que les sels de fer exerçaient une action spéciale sur la muqueuse gastrique. Toutes les parties de la membrane qui en sont touchées prennent une circulation plus active. Le fer est donc un excitant direct. Et il en arrive à se demander si la chlorose ne serait pas due à un vice de digestion et si le fer ne peut pas, par l’excitation qu’il produit, rétablir les actes troublés de cette fonction.
Trousseau et Pidoux, tout en admettant que le fer est absorbé, reconnaissent que la combinaison à l’aide de laquelle cette absorption peut s’effectuer est encore inconnue, de même que celle qui préside à la réparation des globules sanguins. Ils pensent ce que le fer agit d’abord comme tonique et excitant direct de l’estomac, ou, si l’on veut, comme modificateur spécial du senspepsique. Et puis, très probablement, une certaine proportion de fer dissoute dans le suc gastrique est absorbée, va se mettre directement en rapport avec la membrane interne du vaisseau ; enfin, ce médicament rétablit peu à peu dans ses conditions normales la fonction hématosique. C’est par le concours de cette double influence que s’opère la reconstitution des globules sanguins et que s’effectue en définitive la guérison de la chlorose. »
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique , 9e édit., t. I, p. 19.
Cette question du mode d’action du fer dans la chlorose paraît cependant bien résolue aujourd’hui par les recherches de M. Hayem. Le fer n’agit pas en excitant la nutrition générale, mais il fournit au sang, directement ou par V intermédiaire des organes hématopoiétiques l’élément nécessaire à la réparation, ou mieux encore à l’évolution normale des hématies (1).
Tout le monde cependant, il faut bien en convenir, n’est pas partisan de l’emploi du fer dans le traitement de la chlorose. Les uns reprochent aux préparations martiales leur inefficacité, les autres certains inconvénients.
Trousseau et Pidoux ont fait remarquer déjà que dans bon nombre de cas des doses énormes de fer n’avaient pu améliorer la chlorose, qui cédait tout à coup à la suite d’un voyage, d’émotions agréables, etc. Ce serait donc, dans ces cas, l’organisme tout entier qui se modifierait à 1a. fois par action réflexe, plutôt que par l’action du fer sur le tube digestif.
M. Dujardin-Beaumetz, qui a observé la chlorose chez un grand nombre de jeunes filles de l’École normale supérieure des institutrices du département de la Seine, n’a jamais vu le fer seul améliorer les symptômes qu’elles présentaient, et ce n’est qu’en instituant la gymnastique et l’hydrothérapie dans cet établissement qu’il a pu combattre ces états anémiques. M. Beaumetz accorde une plus grande influence dans ce traitement au quinquina et à l’arsenic qu’au fer (2).
Il y a sous ce rapport une distinction importante à établir. Les malades des hôpitaux s’améliorent rapidement par le fer, c’est que leurs habitudes sont changées : ils ne travaillent pas, ils mangent mieux, etc.
Mais les gens du monde supportent mal le fer; il leur faut
(1) Gazette médicale de Paris. — 12 juillet 1879, p. 362.
(2) Bull, de thér., 1876, t. LXXXX, p. 396.
des voyages, les changements d’air et d’habitudes ; il faut agir surtout sur leur imagination, sur le système nerveux. Ainsi ils supportent bien le fer aux eaux minérales, à Saint' Moritz, à Schwalback, à Schlangenbad. Frangesbad, avec ses boues ferrugineuses et ses eaux ferrugineuses peu constipantes, a aussi ses indications.
Les eaux martiales que Sydenham plaçait en tête des préparations ferrugineuses, ne doivent pas être prescrites indifféremment.
Gubler, les a divisées en trois catégories : les premières sont dépourvues de gaz, ( Saint-Dizier, Forges, Aumale, etc.) Au dessus se placent les eaux martiales chargées d’acide carbonique (Pyrmont, Orezza, etc.) Enfin au premier rang viennent les eaux complètes salino-martiales et gazeuses tout à la fois, il les nomme : lymphes minérales .
D’après M. A. Bordier (1) ce Gubler a réussi avec l’eau de Saint-Nertaire ou Senectaire à restaurer des chlorotiques que les autres moyens de traitement n’avaient pas réussi à fortifier.
ce Dans la chlorose torpide , Gubler recommande l’association de la thermalité avec quelques principes sulfurés : Luchon (galerie sud), Sylvanés (Aveyron). »
L’efficacité des préparations de fer les plus variées (limaille, protochlorure, carbonate, nitrate, iodure de fer) ressort clairement des observations de notre 1er tableau, page 38. — Sous leur influence les globules ont rapidement augmenté en quantité et surtout en qualité et l’on peut voir que d’après la moyenne de ces observations (page 42) la valeur individuelle de chaque globule qui n’était que de 0,49 avant le traitement, a été de 0,83 après l’emploi du fer.
Aucun autre médicament n’a produit des effets aussi remarquables, de telle sorte que faction héroïque du fer
(1)A. Bordier. Article fer du Dict. encyc.,p. 517.
dans la chlorose se trouve démontrée scientifiquement par les recherches d’hématologie clinique.
On se contentait jusqu’ici de constater les effets de la médication martiale par l’amélioration produite dans l’état général des malades, on peut maintenant suivre l’évolution de la réparation hématique sous linfluence des ferrugineux, et s’assurer ainsi que la réputation du fer n’est pas surfaite.
On pourrait résumer dans quelques mots, d’après ces études, l’indication capitale du traitement qui convient aux chlorotiques en disant que : Chlorose signifie , fer.
2° Injections hypodermiques d'une solution de fer. — ’ Dans une leçon clinique à l’hôpital de Pensvlvanie, le docteur da Costa rapporta un cas de chlorose avancée tendant à démontrer que le fer dialysé peut être employé en injections hypodermiques sans provoquer l’irritation locale produite par d’autres préparations de fer, et à prouver la grande efficacité de ce mode de traitement qui évite les troubles digestifs et la constipation. Quinze gouttes de fer dialysé non dilué furent injectées chaque jour d’abord, puis au bout de quelques jours on porta la dose à 20 et 30 gouttes. {Philadelphia med . Times , 2 mars 1878.)
3° Ferrocyanure de potassium. — Toutes les préparations de fer ne sont pas du reste également éfficaces et il résulte de notre 4e tableau (page 41 ) que le ferrocyanure de potassium est complètement inactif; la valeur globulaire est restée stationnaire pendant son administration, et comme contre épreuve, l’administration d’une préparation active, (chlorure ferreux) a rapidement amélioré les globules dès qu’elle a remplacé l’emploi du ferrocyanure. (Voyez planches IV et V). C’est que le ferrocyanure de potassium est incapable de se modifier et de se fixer dans l’organisme. Les recherches
entreprises par MM .Hayem et Régnauld (I) ont fait voir que meme des doses élevées (4 à 6 grammes par jour) de ferrocyanure de potassium, traversent l’organisme sans concourir à la réparation hématique.
4° Oxygène. — ■ Les inhalations d’oxygène à la dose de 40 litres environ par jour en deux ou trois séances n’ont pas donné des résultats bien satisfaisants au point de vue de l’altération globulaire. Notre 2e tableau (page 40) montre bien que la richesse globulaire a diminué tant qu’a duré l’emploi de l’oxygène, et si l’on prend la moyenne des observations on constate (page 42) que la valeur individuelle des globules est tombée de 0,56 à 0,53; ce qui atteste l’inefficacité de cette médication.
Mais l’oxygène a toujours augmenté d’une façon merveilleuse l’appétit et le pouvoir d’assimilation, de telle façon qu’il ne saurait rester douteux que les ferrugineux n’agissent pas en stimulant l’appétit mais bien en fournissant au sang l’élément nécessaire à la réparation des hématies.
En effet lorsque l’appétit est stimulé par l’oxygène, les malades continuent à former des globules pathologiques et ce n’est que lorsque le fer est administré que la réparation se fait. C’est ce qu’on peut constater par l’examen de notre 3e tableau qui est la contre épreuve du 2e (page 40) (2).
5° UHématosine employée d’après des vues un peu théoriques n’a pas donné ce qu’on en attendait (5e tableau page 41). Ici encore la contre épreuve par le fer a montré que ce dernier médicament est vraiment héroïque et ne saurait être remplacé par aucun autre. (Voir planche I. page 45).
(1) Bulletin de thêrapeuthique , 30 mars 1878.
(2) Voyez commnnication à la Société de biologie, séance du 31 mai 1879.
6° Manganèse. — Les premières applications de ce métal au traitement de la chlorose datent de 1847.
Hannon, partant de ce fait que certaines chloroses ne guérissent pas par le fer, pensa qu'un autre élément manquait dans le sang, et que cet élément devait être le manganèse, à cause de l'analogie, de composition qui existe entre ces deux métaux. En conséquence, il chercha d’une part quel pouvait être le rôle du manganèse dans l’économie, et d’autre part quels résultats thérapeutiques on pourrait attendre de son administration. Il a obtenu de bons effets de ce médicament dans le traitement de diverses anémies qui avaient résisté au fer, ainsi que dans plusieurs cas de chlorose, et l’examen du sang a démontré que la proportion de manganèse, inférieure au chiffre normal avant le traitement, reprenait ses proportions dans les globules sanguins toutes les fois que l’emploi du manganèse était couronné de succès.
De ces diverses expériences, Hannon s’est cru fondé à conclure que les préparations manganeuses doivent être placées sur la même ligne que les préparations martiales : « Ce que ne fait pas le fer, dit-il, le manganèse le fera (IL »
De son côté, vers la même époque, Pétrequin avait fait les mêmes remarques relativement à l’inefficacité du fer dans certaines chloroses, et à la possibilité de lui donner le manganèse comme succédané ou comme remplaçant. Mais, au lieu d’attendre pour l’administrer aux chlorotiques que l’insuccès du fer fût constaté, il donnait en même temps le fer et le mangarfèse (2).
Les observations de Pétrequin confirment les résultats de Hannon, mais on peut leur reprocher à tous deux de ranger sous le nom de chlorose des états cachectiques consécutifs à des hémorrhagies et surtout au cancer.
M) Eludes sur le manganèse , Bruxelles, 1849.
(% M moire sur V emploi thérapeutique des préparations de manganèse. (Gaz. mea . de Parts , 1849, p. 733).
La même année, dans le Journal des connaissances médicochirurgicales (p. 177), Martin Lauze publiait un mémoire très intéressant sur le manganèse et les eaux de Cransac, et confirmait, à propos de celles-ci, l’opinion de Pétrequin. 11 donne dans son travail un grand nombre de formules concernant l’emploi thérapeutique du manganèse.
Les eaux de Luxeuil ont à peu près la même composition et les mêmes propriétés que celles de Cransac au point de vue de la chlorose.
Trousseau et Pidoux recommandent aux praticiens d’avoir recours au manganèse toutes les fois que le fer aura trompé leurs espérances. Mais, pas plus que le fer, les préparations mangano-ferriques ne doivent être données à trop hautes doses et d’une manière trop continue.
Le peu de documents qui existent sur ce sujet nous permettent de conclure que le manganèse n’a jamais été fort employé contre la chlorose. M. Hayem a repris la question à la lumière des nouvelles données hématologiques, et a constaté que le manganèse comme le ferrocyanure de potassium, comme l’oxygène, comme l’hématosine est inactif dans la chlorose, en ce qui concerne l’altération globulaire. D’expériences poursuivies en ce moment, il résulte même que l’administration préalable du manganèse retarde les effets du fer lorsque l’on remplace les préparations manganiques par les préparations ferrugineuses. Il semble que le fer pour agir ait alors besoin de déplacer le manganèse, qui avait été inutilement employé.
Une observation de M. Hayem (communication orale) met bien en relief cet effet de manganèse : les courbes N et R restent parallèles tant que dure son administration ; puis, dès qu’on donne le fer, elles ne se rapprochent que très lentement. Le manganèse serait donc plus nuisible qu’utile.
7° Arsenic . — M. Dujardin-Beaumez donne de préférence
l’arsenic au fer, dans la chlorose. Trousseau et Pidoux déclarent que l’arsenic réussit bien chez les malades dont les parents sont dartreux.
Ce fait est intéressant et pourrait bien signifier que, dans un certain nombre de cas, la chlorose est due à l’arthritisme ; M. Guéneau de Mussy a, du reste, soutenu cette opinion.
Cutler et Bradford (1) ont fait des recherches sur les effets de l’arsenic dans la chlorose. Mais, comme ils se sont contentés de la numération des globules, nous ne pouvons considérer leurs observations comme démonstratives.
8- Noix vomique. — De Ricci dit que la strychnine est très utile dans la chlorose , parce que celle-ci est surtout une affection caractérisée par les troubles du système nerveux ; la diminution des globules rouges du sang, qui cause la coloration jaune verdâtre des malades, est l’effet d’un défaut d’assimilation dont la cause première est un arrêt ou une perversion de l’action du système nerveux.
« Le plus grand nombre des cas de chlorose que j’ai rencontrés dans les classes supérieures ont leur origine dans une impression morale, fait qui à lui seul suffirait pour indiquer la nature nerveuse de la maladie, que confirme encore le traitement médical. Si l’on traite un cas de ce genre uniquement par les ferrugineux, la guérison ne fera que peu de progrès; en vain on administrera le métal dont l’organisme a tant besoin, les chylifères ne peuvent l’assimiler ; il passera dans l’intestin, augmentant les inconvénients causés déjà par les constipations. On aura alors recours aux purgatifs, aux drastiques, peut-être à doses héroïques, qui auront pour effet de débiliter encore le malade et de le mettre dans des conditions plus fâcheuses qu’auparavant Si l’on ajoute la quinine au fer, l’amélioration sera manifeste ; si l’on
(1) Amer. Jour. of. med. scien., juin 1878, p. 76.
02). Dublin Journal , 1858, t. XXV, p. 47.
remplace la quinine par la strychnine, l’effet sera alors véritablement surprenant. »
De Ricci prescrivait le citrate de fer et de strychnine à l’aide duquel il évitait laconstipation, si fréquente dans la chlorose.
L’année suivante, Eisenmann publia un travail très intéressant sur le même sujet (1).
Les considérations sur lesquelles il s’est appuyé pour arriver à traiterla chlorose par la fève de Saint-Ignace sont dignes d’être mentionnées. Gomme de Ricci, il attribue au système nerveux une grande part dans la production de la chlorose.
9° Pliosphure de zinc et phosphore. — G. Ashburton Thompson recommande le phosphure de zinc dans la chlorose et l’anémie. Ce médicament paraît très bien agir sur les névralgies qui dépendent de débilité générale. L’auteur le considère comme plus facile à manier que le phosphore.
Suivant les doses, le phosphore peut être employé comme stimulant et comme tonique. ( The Lancet, février 1875.)
10° La phloorrhizine , tirée de l’écorce de pommier et de cerisier, aurait été aussi employée avec succès dans la chlorose. (De Ricci, Dublin, Journ ., 1862, t. XXXIV, p. 41.)
11° Hydrothérapie. — Les douches excitantes froides, en raison de l’action qu’elles exercent sur la circulation capillaire, la calorification, la nutrition, sont les agents les plus puissants de la médication tonique.
Schedel, d’après certains faits observés à Grœfenberg, pensait que l’hydrothérapie pouvait guérir la chlorose peu avancée, mais que l’hygiène devait lui venir puissamment en aide. Lorsque la maladie est ancienne, il croyait que ce moyen n’offrait que peu de chance de guérison (2).
Fleury en aurait retiré les meilleurs avantages.
(1) Bullet. de thérap 1859, t. LVII, p. 241.
(2) Examen clinique sur l'hydrothérapie , Paris, 1845.
« Un grand nombre de chloroses comfirmées, dit-il, anciennes, rebelles, ont été traitées par nous au moyen des douches froides. Chez toutes les malades âgées de douze à vingt-deux ans, il existait un bruit de souffle intense dans les vaisseaux du cou, de l’éclat métallique au premier temps, des palpitations violentes, exaspérées par le plus léger exercice musculaire, par la marche, par l’ascension, etc. Chez toutes ces malades la chlorose avait plusieur s années d’existence et avait résisté à tous les moyens ordinaires de la médecine : fer sous toutes les formes, bains de mer, exercice, séjour à la campagne, régime, eaux minérales, etc.
» Toutes les malades ont guéri; la durée du traitement a été de sept mois au maximum, de deux mois au minimum, et a consisté en douches générales, administrées deux ou trois fois par jour pendant une minute (1). »
Fleury recommande dans le traitement de la chlorose l’emploi des douches générales en pluie et en jet ou en cercle. Il faut, au début, apporter beaucoup de graduation dans la durée des douches, combattre l’oppression et les palpitations par des lotions froides préalables sur la poitrine, commencer par des douches de cinq à six secondes pour arriver peu à peu à une durée d’une à trois minutes, limite extrême qu’il n’est pas utile de dépasser.
Becquerel a vu 19 cas de chloroses, toutes très intenses, rebelles pour la plupart à l’emploi du fer, guérir en moins de quarante-cinq jours par un traitement hydro thérapeutique bien dirigé (2).
Pour lui, la chlorose est une des maladies qui guérissent le plus rapidement et le plus complètement par l’hydrothérapie.
(1) Fleury, Traité d'hydrothérapie , 1875, 4e édit. , p. 428.
'2) Conférences cliniques sur l'hydrothérapie^ faites à l’Hôpital de la Pitié, in Journ. le Progrès , t. III, p. 320.
12° Aérot thérapie. — Ce moyen est indiqué et a été employé avec succès dans les cas suivants : 1° lorsque les malades ne peuvent digérer ou tolérer le fer ; 2° lorsqu’il s’agit des habitants des villes ; 3° lorsqu’il s’agit d’habitants de la campagne ou des montagnes, séjournant depuis un certain temps dans de grands centres de population. Chez tous ces malades l’estomac ne sécrète plus de suc gastrique, d’où l’inappétence et la dyspepsie. Le fer, associé à la rhubarbe, à la noix vomique, à la pepsine, parvient à réveiller l’activité gastrique et à remédier à son insuffisance ; le fer est toléré, les aliments sont absorbés, mais l’amélioration ne marche que lentement et finit même par s’arrêter. C’est alors qu’il faut avoir recours à l’aérothérapie. cc Le point capital, dans le traitement hygiénique de la chlorose, ce n’est *pas la nourriture, c’est l’habitat ; ce n’est pas l’aliment, c’est l’air » (1). Le seul traitement efficace dans ces cas, c’est le changement d’air, le séjour de l’habitant des villes à la campagne, le retour des campagnards transportés à la ville dans leur pays natal. Ceci est plus nécessaire encore pour les filles robustes des montagnes qui viennent servir dans Ijs villes situées au bord de la mer. Au changement d’air s’ajoute le changement d’altitude, et c’est dans ce cas surtout que le traitement pharmaceutique est stérile et l’aérothérapie efficace.
D’après Lombard, l’atmosphère des montagnes réussit | aux chlorotiques chez lesquels les ferrugineux et l’alimen- I tation la plus soignée avaient été jusque-là inefficaces. Cette médication convient surtout aux chloroses éréthiques, qui simulent parfois si bien la phthisie; seulement, pour que le remède réussisse, il faut que l’altitude ne dépasse pas certaines limites. A mille mètres, l’air des montagnes chasse des chloroses nées au niveau de la mer ; au-dessus de deux mille mètres, il produit l’anémie. (Jourdanet, Paul Bert.)
(1) Fabre, Gaz. des hôp., 1875, p. 811.
Un des agents atmosphériques dont il faut tenir le plus grand compte dans le traitement de la chlorose est la lumière . Son action sur l’hémoglobine est incontestable et on pourra parfois utiliser les bains de soleil. Mais dans les observations où la lumière (climat du Midi) a produit de bons effets, il s’agissait de malades qu’on avait déplacés. De telle façon qu’on peut se demander si le changement de pays n’avait pas agi aussi puissamment que l’exposition à la lumière.
En somme, la première indication remplie par l’aérothérapie est une action sur le système nerveux. C’est le changement d’habitudes qui guérit la chlorose autant peut-être que la qualité de l’air.
13° Air comprimé. — Bordier et Leroy (1) ontrecommandé les bains d’air comprimé dans le traitement de la chlorose. D’après Gent (2), « c’est un moyen puissant qui, soit qu’on le considère comme modificateur hygiénique, soit comme agent thérapeutique, ne devra pas être négligé dans le traitement de la chlorose, et je dirais presque qu’il vient se placer naturellement à côté de l’hydrothérapie dont il partage l’influence salutaire sur l’ensemble des fonctions digestives et sur l’hématose ».
1 4° D’après Jaccoud, un traitemeut tout empirique de la chlorose est populaire en Danemark et en Hanovre ; il consiste à envoyer les malades à la campagne et à leur prescrire du miel. Les bons effets de cette médication ont suggéré à Lehmann une théorie pathogénique. Suivant lui, l’insuffisance du sucre hépatique serait la cause prochaine de la chlorose : considérant l’hématine du sang comme un composé copulé de glycine (sucre) et de fer, il voit dans la chlorose un défaut de glycine et explique ainsi l’effet salutaire dumiel. Maak (de
(1) Journal de thérap., 1877, p. 106.
(2) Gent, Gaz. méd. de Parh , 1868.
Kiel), se fondant sur des idées théoriques, conseille le sucre de raisin à hautes doses contre l’anémie chlorotique. Cette médication nouvelle n’a pas encre reçu la consécration de l’expérience (1).
15 «Métallothérapie. — LeDrBurq, remarquantque lachlorose s’accompagne souvent de troubles du système nerveux, anesthésie, amyosthénie, névralgies, etc., en a fait une névrose et lui a appliqué le traitement qu’il avait institué pour l’hystérie (2) .
L’application d’armatures métalliques à la surface du corps a fait disparaître les phénomènes nerveux au bout d’un certain temps, en même temps que l’état général s’améliorait,
Dans quelques cas l’administration de métaux à l’intérieur ( zinc ) a eu le même résultat.
D’après Burq, la différence des résultats obtenus aurait pour cause la différence d’idiosyncrasie des malades : lorsque le fer échoue, c’est que la malade n’est pas sensible au fer, et alors il faut avoir recours à un autre métal, zinc, platine, cuivre, or, argent, etc.
Les idées de Burq à ce sujet ne sont pas encore généralement admises, mais si le traitement de la chlorose par la métallothérapie suit la même marche que celui de l’hystérie, nul doute qu’il ne soit appelé à entrer dans la pratique.
16° Transfusion du sang dans la chlorose. — Ce moyen extrême ne doit être évidemment employé que lorsqu’on aura épuisé sans succès toute la série des moyens pharmaceutiques et hygiéniques. M.E. Labbé, dans une bonne revue critique sur la transfusion, a rassemblé à ce sujet les documents suivants :
« J’ai sous les yeux divers exemples très capables d’inspirer la confiance en ce mode de traitement, je les résume en quelques mots.
(1 Jaccoud, Traité de pathologie interne , art. Chlorose.
(2) Gaz. méd. de Paris, 1852.
d Nussbaum, de 1861 à 1864, a guéri trois malades par l’injection de fortes doses de sang défibriné : 360, 450, 350 grammes.
)) Hasse, 1872, a obtenu deux succès à l’aide de doses beaucoup plus faibles : 30 et 90 grammes de sang défibriné.
» Casse, 1873, rapporte encore trois observations favorables; il n’injecta que de petites quantités de sang défibriné : 80, 75 et 25 grammes. Il vit chez ces trois malades l’appétit se relever notablement après la transfusion, le sommeil revenir, les névralgies douloureuses disparaître et les forces s’accroître rapidement.
» Rousselet Christophoris n’ont pas été moins heureux. Le premier eut la satisfaction de voir guérir en un mois et demi, une femme de 39 ans, malade depuis 20 ans, et dans l’état le plus grave, après l’infusion de 250 grammes de sang normal. Le second réussit, malgré l’infusion de 600 grammes de sang, à sauver sa malade.
)> Enfin, Heyfelder eut l’audace, je dirais volontiers l’imprudence et la témérité, d’ouvrir l’humérale d’un bailleur de sang, véritablement trop bénévole, et d’infuser sept onces de sang artériel dans les veines d’une chlorotique. L’un et l’autre guérirent ; ce n’est pas là toutefois un exemple à suivre.
» Je ne trouve signalé que 2 insuccès : Mader, 1868: la transfusion échoua complètement; M. Reynaud, 1868 : amélioration insignifiante.
En résumé, voilà 10 cas favorables sur douze. Parmi les exemples de guérison tous probants, il est telle observation dont la lecture seule suffirait à convaincre les plus incrédules de la valeur de la méthode ; de sorte que le nombre et l’importance des observations s’ajoutent ici pour nous engager à recommander la transfusion dans les cas rebelles de chlorose grave. » ( Journ . de thërap. 1875, t. II, p. 838.
On peut discuter sur l’action curative de la transfusion dans la chlorose extrême, mais on ne doit pas méconnaître la
valeur d’une pareille méthode. Il importe peu en réalité que la transfusion guérisse la chlorose ou qu’elle se borne à en palier momentanément un symptôme : l’anémie. Elle peut empêcher la chlorotique de mourir et la mettre en état d’attendre la guérison. De combien de médicaments pourrait-on en dire autant ? C’est évidemment plus qu’il n’en faut pour accorder à la transfusion une place honorable dans la thérapeutique de la chlorose.
MORIEZ
• s nm isUinI