‹ La chloroseChapitre 22 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L’étude anatomo-pathologique des altérations du sang dans la chlorose nous a révélé une lésion contre laquelle il faut agir. De là une première indication qui est de rendre aux globules l’hémoglobine qui leur manque.

L’étude étiologique nous a montré l’influence toute puissante de certaines causes. Les diathèses latentes capables de provoquer la chlorose doivent éveiller l’attention du clinicien et fournissent une deuxième indication de la plus haute importance.

Enfin, l’étude symptomatologique impose elle-même une série d’indications secondaires, relatives aux désordres multiples des divers appareils et aux complications qui peuvent les aggraver.

Telle est la triple source d’indications auxquelles il faut obéir sous peine de voir frappées de stérilité toutes les tentatives thérapeutiques.

Les moyens qui peuvent remplir ces indications sont nombreux, et il nous reste à les indiquer; mais, auparavant, nous voudrions nous assurer que la lésion principale delà chlorose peut réellement disparaître, et examiner comment elle évolue vers la guérison.

11 résulte de nos tableaux que sous l’influence de certains traitements et en particulier du traitement par les ferrugineux, la quantité des globules et surtout leur qualité redeviennent assez rapidement physiologiques : la lésion anatomique du sang disparaît graduellement pour faire place à une composition normale.

Gomment se fait cette réparation, et à quel signe pourrat-on reconnaître que la guérison est proche?

C’est là une question d’une haute importance, car elle intéresse à la fois la physiologie pathologique et la thérapeutique; elle n’a malheureusement pas encore été résolue en ce qui concerne la chlorose.

Mais M. Hayem (1) a étudié la réparation du sang à la suite des maladies aiguës, et ses observation, nous permettent d’interpréter ce qui se passe chez les chlorotiques.

Dans la convalescence des maladies aiguës, les malades entrent dans une période de rénovation pendant laquelle le sang se comporte absolument comme après les hémorrhagies. C’est par une poussée d’hématoblastes que s’annonce la réparation, et cette poussée est parfois assez intense pour constituer une sorte de crise hématique .

Or, l’anémie consécutive aux hémorrhagies ressemble, au point de vue hématologique, à l’anémie de la chlorose. Les globules rouges sont aussi pauvres en matière colorante, et présentent des altérations de forme et de dimensions tout à fait analogues dans les deux cas.

On peut constater que dans notre observation XXV relative

(1) Hayem, Note à l’Académie; médecine, 2 décembre 1879.

à une anémie consécutive à des métrorrhagies, le titre des globules n'est que de 0,56; en même temps la quantité N est réduite à 1 950 000.

La numération des hématoblastes, dans ces cas, a permis d'assister à la crise hématique qui s'est faite après l’hémorrhagie. Nous avons vu que les hématoblastes dans le sang normal sont environ vingt fois moins nombreux que les globules rouges; on en compte environ 225 000 par millimètre cube. C’est en effet à peu près le chiffre des hématoblastes trouvé dans cette observation (XXY), lorsque l’hémorrhagie a cessé.

Mais à partir de ce moment les hématoblastes se sont multipliés: au bout de quelques jours on en comptait 936000 au lieu de 217000, chiffre du début.

On peut suivre ces fluctuations de la poussée hématoblastique sur la planche VI dans laquelle nous avons tracé en outre les courbes N, R et G. La rénovation du sang, chez les chloro tiques en voie de guérison, se fait-elle exactement comme dans l'observation qui précède? C’est ce que nous ne pouvons affirmer en l’absence complète de documents ; mais cette hypothèse acquiert un haut degré de probabilité, si l’on songe que l’anémie chlorotique ne diffère pas anatomiquement des autres anémies.

Les lois qui régissent l’évolution du sang ne peuvent varier pour chaque état morbide : toutes les fois que le sang se répare, on constate un grand nombre d’éléments jeunes, et nous avons vu que dans la chlorose en particulier, la présence de globules nains et d’hématoblastes en proportions très élevées est un fait qui ne manque jamais.

Mais la crise hématoblastique nous rend compte de l’augmentation de quantité des globules ; elle ne nous explique pas comment leur valeur s’améliore en même temps.

Il est remarquable, sous ce rapport, que certains médicaments favorisent tout d’abord cette crise et produisent un accroissement notable de la quantité N, plus tard seulement

Planche VI.

OBSERVATION XX. V. Hôpital Saint-Antoine, 16, Sainte-Thérèse.

1875. Juillet. Août.

4- Le 21 juillet la malade est prise d’une amygdalite plilegmoneuse à gauche qui s’ouvre spontanément le 25. — Pendant ces quatre jours le nombre des globules blancs à oscillé de 10000 à 15000. Pendant le reste du temps il a oscillé irrégulièrement de 3000 à 6000.

ils élèvent la valeur de G, et à ce moment on voit N, qui avait suivi une marche ascendante, rester stationnaire, ou même retomber légèrement.

Certains médicaments , l’oxygène, par exemple, bornent même leur action au premier de ces deux effets: ils élèvent bien le nombre des globules , ils ne les améliorent pas ; le fer seul produit ces deux effets successivement.

Nos tableaux sont bien instructifs sous ce rapport: l’oxygène n’a jamais produit de guérison à lui seul, et dans les cas où il a été employé exclusivement, on peut constater que la valeur de G a un peu diminué, cela tient précisément à ce que N a été légèrement augmenté, tandis que R est resté stationnaire.

L’hématosine est dans le même cas : elle a même donné des résultats plus mauvais, puisque la moyenne de nos tableaux indique une diminution de la quantité R pour les cas traités par l’hématosine et une augmentation insignifiante de N.

Le fer, au contraire, a toujours amélioré N et R, et son action vraiment héroïque est bien mise en relief par l’examen du 3e tableau. Tant qu’on a donné de l’oxygène, pas d’amélioration ; dès que le fer est employé, au contraire, amélioration sensible.

Notre planche I est un bel exemple du même ordre : tant que l’hématosine a été employée, pas de résultats ; mais dès qu’on donne le protochlorure, la lésion s’efface rapidement.

Enfin, pour le ferrocyanure de potassium il se passe quelque chose d’analogue : sous son influence la lésion hématique reste stationnaire (4e tableau), mais dès que le protochlorure de fer est employé la guérison ne tarde pas (voyez planches IY et Y).

L’étude des divers médicaments, ainsi basée sur l’examen du sang, est très instructive, en ce qu’elle permet d’apprécier exactement leur valeur, et en ce qu’elle nous montre

quelles sont les conditions que le sang doit réaliser pour que la guérison soit réelle.

Il arrive, en effet, parfois que, sous l’influence du fer, les chiffres N et R deviennent égaux et normaux, et cependant la guérison n’est pas obtenue et la récidive est prochaine. L’examen du sang nous donne la raison de ces récidives : les globules n’ont pas encore repris leurs formes physiologiques, leur évolution n’est pas parfaite ; leur nombre est normal, leur charge en hémoglobine est normale, mais leurs altérations morphologiques persistent.

Ainsi, pour que la lésion du sang n’existe plus, pour que la guérison puisse être considérée comme réelle, il faut :

1° Que N soit devenu normal ;

2° Que R soit devenu sensiblement égal à N ;

3° Que G soit, par conséquent, sensiblement égal à I ;

4° Enfin, que les globules évoluent normalement, et que leurs variétés grandes, moyennes et petites, se trouvent dans le sang en proportions normales.

fr Et encore faut-il s’attendre, lorsque la réparation du sang est ainsi obtenue, à voir l’anémie reparaître dans certains cas, dès qu’on cesse l’usage des préparations de fer. C’est que la chlorose récidive avec la plus grande facilité et que : « quand on est chlorotique on s’en ressent toute sa vie. »

Page 1