‹ La chloroseChapitre 6 sur 25 · RELATIF · texte numérisé non relu

RELATIF

millim.

millim.

Cancer

Chlorose

Etat normal

Dans la chlorose, il y aurait, d’après cela, une véritable macrocythêmie , absolument, du reste, comme dans l’anémie saturnine, tandis que l’anémie cancéreuse serait caractérisée par une microcythémie.

Les recherches deM. Hayem (2) n’ont pas confirmé cette manière de voir : il résulte de nombreux examens de sang qu’il a pratiqués dans toutes les variétés d’anémie, que ni la macrocythémie ni la microcythémie ne sont des altérations spéciales à telle ou telle maladie.

« Dans toute anémie, quelle quelle soit , dit M. Hayem, le trouble apporté à la formation et au développement des globules fait apparaître des formes anormales d’hématies, rappelant plus ou moins nettement l’état fœtal des éléments (3). »

On trouve donc spécialement, mais non exclusivement, dans le sang des chlorotiques, des globules plus volumineux que ceux du sang normal. — On sait que le sang normal contient des globules de dimensions diverses; de grands qui mesurent 8/x, 5,

(1) Malassez, Arch. de physiologie, 1877, p. 28. — Voy. aussi l’article Sang de Gubler et Renaut, dans le Dict. encycl ., p. 554.

(2) Hayem, Congrès des sciences médicales, 5e session, Genève, 1877.

(3) Hayem, loc. cit ., et Recherches sur V anatomie normale et pathologique du sang , Paris, 1878, p. 92.

de moyens qui mesurent 7 p., 5, et de petits qui n’ont que 6 p. à 6/*, 5(1).

Les grands globules que Ton rencontre si communément dans la chlorose ont généralement 10p.. Mais on peut en trouver de plus larges encore, atteignant 12 p. et les dépassant. M. Hayem propose de les appeler globules géants ; ceux-ci se rencontrent surtout dans les anémies intenses, comme dans notre observation XXXI (voyez le 7° tableau), mais n’ont cependant rien de caractéristique.

Ce qui frappe beaucoup plus fréquemment à l’examen du sang chlorotique, c’est la présence d’un grand nombre de globules plus petits que les plus petits globules du sang normal. Le diamètre de ces éléments, mesuré par M. Hayem, varie de

2p., 2 à 6 pi.

Dans toute les observations que M. Hayem nous a communiquées, nous trouvons noté, à l’examen du sang, l’accumulation de ces petits globules dont les plus exigus ont été désignés sous le nom de globules nains (fig. 1, a).

M. Eichhorst , qui a bien vu ces globules nains, a prétendu qu’ils caractérisent l’anémie grave, dite pernicieuse : il n’en est rien. Ces petits éléments sont, au contraire, très fréquents dans les anémies de moyenne intensité, dans la chlorose par exemple, et dans un cas d’anémie grave, qui a abouti à la mort (obs. XXXI), M. Hayem a constaté, contrairement à l’assertion d’Eichhorst, une accumulation de globules géants.

Il s’ensuit qu’il faut renoncer à chercher, dans les dimensions globulaires, une caractéristique de telle ou telle anémie ; ces dimensions sont modifiées presque constamment dans la chlorose, mais d’une façon variable et qui ne lui est pas spéciale. Dans le sang normal on compte, en général, sur 100 globules, 75 moyens, 12 grands et 12 petits (Hayem) ; ces proportions sont changées dans le sang des chlorotiques, qui

(1) Hayem, toc. Cit., p. 43.

contient, en outre, des globules géants et des globules nains : c’est là tout ce que nous pouvons affirmer.

Les globules nains ont, du reste, une signification d’une très haute portée : ce ne sont pas des globules rouges atrophiés, comme on pourrait le croire ; ce sont des hématies en voie d’évolution, des formes intermédiaires entre les embryons a' hématies et les éléments adultes .

Il résulte, en effet, des belles recherches de M. le professeur Hayem sur l’évolution des globules du sang, que les formes les plus jeunes des globules rouges se présentent sous l’apparence d’éléments très petits qu'il a nommés hématoblastes (voy. fig. 1, b b') (1). Ces hématoblastes sont dans le sang vingt fois moins nombreux que les globules rouges.

Les globules nains, que Masius et Vaneair avaient entrevus et décrits sous le nom de microcytes, constituent une série d’intermédiaires entre les hématoblastes et les globules rouges dont ils démontrent ainsi l’étroite parenté.

Or, et c’est par là que ces recherches se rattachent à l’étude delà chlorose, l’évolution anormale des globules qui caractérise cette maladie entraîne une accumulation, dans le sang des chlorotiques, d’éléments jeunes, incomplètement développés; les hématoblastes y sont beaucoup plus nombreux et présentent souvent des dimensions plus considérables qu’à l’état normal.

On peut voir dans la figure suivante, que nous empruntons au travail de M. Hayem, et qui représente une préparation sèche du sang d’une chlorotique, toutes les formes intermédiaires entre les plus petits hématoblastes et les hématies adultes. — Tous ces globules sont faiblement colorés.

(1) Voyez sur cette intéressante question des hématoblastes, Hayem, Recherches sur Vanat. du sang , p. 99 et suiv., où sont réunies de nombreuses communications à l’Académie des sciences et à la Société de biologie ; et du même auteur, Recherches sur l'évolution des hématies , etc., dans Archives de physiologief 1878, p. 692.

! Mais l’accumulation d’hématoblastes dans le sang, pas plus que la présence dans ce liquide de nombreux globules nains et globules géants, ne sont des altérations spéciales à la chlorose,

Fig, 1. — Éléments du sang desséché dans un cas de chlorose en voie d’amélioration

(d’après M. Hayem).

aa. Globules rouges adultes de diverses tailles. a'. Globule nain.

bb . Hématoblastes plus ou moins volumineux et déformés, br. Groupe d’hématoblastes.

cc, Globules rouges, jeunes, nains, déformés, intermédiaires entre les hématoblastes proprement dits et les globules adultes.

(Ces éléments, parfois aussi colorés que les hématies, sont toujours abondants dans le sang en voie de rénovation.)

et il est très commun de rencontrer, dans d'autres maladies, des échantillons de sang présentant les mêmes éléments que ceux de la figure précédente.

Il s’ensuit que l’examen des dimensions des globules, pas plus que leur numération, ne donnent une caractéristique de l’altération sanguine des chlorotiques .

B. — Altérations de forme.

On peut voir, dans la figure 1, quelques-unes des déformations que peuvent présenter les globules dans la chlorose. Elles

ne résultent pas de la préparation, car l’examen du sang, à la chambre humide, permet de les constater également; elles peuvent être très variées et se prêtent mal, par conséquent, à une description technique. — Ces déformations portent surtout sur les globules moyens et petits (cc) ; les globules rouges adultes conservent leur forme circulaire (a a) ; les globules plus jeunes sont ovalaires, étirés en pointe à l’une de leurs extrémités, ce qui leur donne l’aspect d’une raquette, ou bien étirés dans deux sens opposés, auquel cas ils ressemblent à des fuseaux, à des bâtonnets, etc.

Ces déformations paraissent résulter d’une mollesse anormale de la globuline qui constitue le stroma même du globule.

Les globules des chlorotiques sont, en effet, plus mous, plus visqueux, et nous avons vu qu’ils laissent facilement échapper leur matière colorante en présence du sel marin. — Cette altération plus grande des globules vis-à-vis des réactifs est d’autant plus remarquable qu’on ne la retrouve pas au même degré dans les autres anémies, et que dans l’anémie saturnine en particulier, les globules présentent, d’après M. Malassez (1), un état inverse.

Ce qu’il y a de plus frappant dans ces déformations si communes dans les globules chlorotiques, c’est que la forme biconcave typique est toujours respectée, et, dit Hayem, qui a signalé ce fait intéressant, « lorsque le sang est dilué avec un liquide laissant intacte la forme des globules, on voit que toutes les hématies, même les plus déformées, conservent leur biconcavité (2). »

Ces déformations ont été constatées dans toutes les observations résumées dans nos tableaux, et les examens successifs du sang, pendant le traitement, ont montré que les globules étaient, le plus souvent, encore déformés au moment où le sang parais-

(1) Malassez, Mémoire sur l’anémie saturnine , Soc. de biologie, 1875.

(2) Hayem, Congrès des sciences médicales , Genève, 1877, p. 5 du lirage à part.

sait déjà avoir acquis sa richesse normale : la guérison, dans ces cas-là, ne s’est jamais maintenue, et elle n’a été réelle et définitive que le jour où les globules ont repris leur forme physiologique.

Les déformations que nous venons de signaler ne sont pas cependant propres à la chlorose : on peut les rencontrer dans un grand nombre de maladies et, d’une manière générale, toutes les fois que le sang est en état d'évolution .

On les a observées chez l’enfant nouveau-né, dont le sang présente des caractères spéciaux qui l’ont fait désigner sous le nom de sang fœtal . « Ses globules s’endosmosent et se déforment plus rapidement au contact des réactifs et de l’humidité ; les petits globules, notamment, se transforment facilement en globules sphériques (1). »

On les observe également chez un grand nombre d’anémiques; de telle sorte que M. Hayem a pu dire que dansl’aglobulie le sang subit, sous un certain rapport, une sorte de retour à l’état fœtal.

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