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C. — Altérations de composition

Le globule rouge est essentiellement constitué par un stroma : la globuline , sorte de feutrage auquel il doit sa forme, et par une matière colorante qui l’imprègne : Y hémoglobine; l'une et l’autre sont des matières albuminoïdes. Nous avons vu que, d’après les recherches de M. Quinquaud, le stroma du globule est absolument normal chez la chlorotique, et que la globuline présente son chiffre normal qui est de 12 àl2 grammes pour 1000 (2) parties de sang.

Mais il n’en est pas de même de la matière colorante, et c’est ici que nous allons trouver les altérations les plus profondes. On sait l’importance physiologique de l’hémoglobine ; elle est

(1) Hayem, Comptes rendus de VAcad. des sciences, mai 1877.

(2) Qinquaud, Communication orale.

MORIEZ

la partie essentielle respiratoire des globules rouges, et par conséquent chacune de ses altérations doit retentir sur toutes les fonctions de l’organisme. A vrai dire, on sait depuis longtemps que l’hémoglobine est notablement diminuée chez les chlorotiques : cette substance, riche en fer, devait être la principale intéressée dans cette clé/errugination du sang signalée par les premières analyses chimiques de Fœdisch,de Lecanu, de Pujol, etc. Mais ce qu’on ne savait pas, avant les recherches de date récente, c’est que les variations de l’hémoglobine sont complètement indépendantes des variations de la masse globulaire. De là l’erreur commise par les auteurs qui regardaient la diminution du fer comme une preuve d 'aglobulie.

Les globules rouges étaient considérés comme des éléments parfaits, inaltérables et pouvant subir seulement des variations de quantité. Dès que les numérations eurent démontré que dans la chlorose, en particulier, cette quantité peut être normale, il fallut bien chercher ailleurs la cause de la décoloration du sang, et reconnaître que les globules ne sont pas équivalents chacun à chacun , mais que leur matière colorante, leur hémoglobine, peut subir des variations considérables.

De là la nécessité de chercher la valeur individuelle des globules, leur valeur respiratoire : il ne suffisait plus de les compter, il fallait encore déterminer leur titre .

Le premier essai en ce genre est celui de Duncan, dont nous avons déjà parlé : nous avons vu que les imperfections de son procédé ne permettaient pas de considérer le problème comme résolu; si bien qu’on s’est longtemps contenté de compter les globules, faute d'avoir un moyen pratique d’en déterminer la valeur.

Les procédés chimiques, chromométriques et spectroscopiques imaginés par Hope-Seyler, par Preyer, par Welcker et par Mantegazza ne répondaient pas aux exigences de la clinique et ne pouvaient être appliqués aux recherches multipliées qu’exige l’étude d’un malade; aussi M. le professeur

Hayem (1) a-t-il rendu un véritable service aux cliniciens en mettant entre leurs mains un appareil chromométrique d’un maniement commode et d’une exactitude très suffisante.

Cet appareil, qui peut fonctionner avec quelques millimètres cubes de sang, permet de calculer la quantité d’hémoglobine d’après l’intensité de coloration d’un mélange en proportions déterminées de sang et d’eau distillée.

Il consiste essentiellement dans la comparaison de la teinte donnée par ce mélange, avec une échelle de teintes graduée d’après des mélanges semblables obtenus avec du sang sain. La valeur d’un globule sanguin emprunté à un individu sain pouvant être considérée comme égale à l’unité, et la quantité de globules correspondant aux teintes prises comme étalon étant connue, il est clair qu’il suffira de déterminer à laquelle de ces teintes étalons correspond le mélange du sang que l’on examine, pour connaître aussitôt son pouvoir colorant exprimé en globules sains.

Ce procédé repose sur cette idée, malheureusement un peu hypothétique, que la puissance de coloration du sang est dans un rapport direct avec la proportion d’hémoglobine. Mais M. Hayem s’est assuré, par de nombreuses recherches, que ce rapport ne varie que dans des limites très étroites, et que le pouvoir colorant du sang est sensiblement proportionnel au nombre des hématies : les résultats fournis par la comparaison des teintes sont donc suffisamment approximatifs.

On a reproché aussi à l’unité choisie comme étalon d’être trop arbitraire, la quantité moyenne d’hémoglobine contenue dans un globule normal n’étant pas exactement déterminée ; mais cela m'enlève rien de leur valeur clinique aux résultats obtenus, lesquels seront toujours comparables entre eux.

Ces résultats, lorsqu’on a préalablement compté les globules du sang que l’on examine, peuvent s’exprimer ainsi : tantde glo-

(1) Hayem, Du dosage de C hémoglobine par le procède des teintes coloriées* {Comptes rendus de la Soc. de biol.y juin 1877*)

bules malades par millimètre cube de sang, valent tant de globules sains : 3 millions de globules, par exemple, ne valent que 2 millions ou que 1 500 000 globules sains. Une pareille appréciation est très satisfaisante pour l’esprit. Le premier chiffre exprimera le nombre de globules N; le deuxième exprime leur richesse B.

Ces deux quantités étant connues il sera facile d’en déterminer une troisième : la valeur individuelle moyenne du globule. — En fait, le problème est le suivant : si N globules valent R, que vaudra un seul globule? Et, par conséquent,

c’est une simple question de proportions; ainsi ~ — d’ou

Pour obtenir la valeur de «r, valeur individuelle de chaque globule malade, il suffira donc de diviser le nombre qui représente la richesse globulaire par le nombre qui représente la quantité de globules. Le quotient sera un chiffre G qui, mis en regard des valeurs N et R, permettra d’apprécier, d’un seul coup d’œil, la valeur physiologique du sang examiné.

Dans ces dernières années, M. Hayem, appliquant cette méthode à l’étude des anémies, a obtenu des résultats remarquables basés sur un grand nombre d’examens de sang. Les observations de chlorose, que ce maître a bien voulu nous communiquer, nous ont permis de dresser une série de tableaux qui permettent d’apprécier exactement l’état du sang dans cette maladie et les effets du traitement suivi. Les quantités N, R et G ont été calculéees, avec le plus grand soin, d’après les procédés que nous venons 'd’exposer. (Voyez les tableaux ciaprès).

Nous n’avons reproduit dans nos tableaux que deux examens de sang pour chaque malade, celui qui a été fait au début et celui qui a été fait après le traitement ; mais chaque

observation a exigé un grand nombre d’autres examens intermédiaires, qui ont permis de suivre pas à pas les variations de quantité et de qualité des globules. C’est donc en réalité sur plus de 500 examens de sang qu’est basée notre étude.

Le premier fait qui ressort de ces observations, c’est le chiffre élevé, normal dans un certain nombre de cas, des globules comptés au début; ce chiffre n’a pas du reste été notablement modifié par le traitement, et en parcourant la colonne N, on peut s’assurer que s’il y a eu une légère augmentation dans le plus grand nombre de cas, il en est quelques-uns cependant où le chiffre N est resté stationnaire, d’autres même où il a subi une diminution. Ce n’est que dans les cas où le nombre des globules est au-dessous de la normale, que l’on voit N augmenter sous l’influence du traitement.

Mais en examinant la colonne R on peut s’assurer, au contraire, que la richesse globulaire est abaissée dans tous les cas de chlorose : les chiffres R correspondant à l’examen du début, sont toujours inférieurs aux chiffres N. Ce qui veut dire que, dans la chlorose, les globules n’ont jamais leur charge en hémogloline normale.

Le déficit en hémoglobine pour chaque globule ressort très bien des chiffres de la colonne G : c’est autour de 0,50 qu’oscillent les valeurs globulaires et dans aucun cas on ne les voit baisser au-dessous de 0,30: on peut en conclure que, d’une manière générale, l’hémogloline chez les chrorotiques est diminuée de moitié, mais que dans certains cas elle peut être diminuée des deux tiers, ce qui paraît être le minimum. Danscertaines observations la charge en hémogloline est exprimée par 0,70 ou par des chiffres se rapprochant encore davantage de |l’ unité. Il ne faudrait pas en conclure que l’anémie est alors d’intensité moindre, car celle-ci est le résultat de plusieurs facteurs, et la quantité G n’est que l’un de ces facteurs.

L’examen de la colonne G montre, en outre, les résultats du traitement: si celui-ci a été efficace, on voit la valeur globu-

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