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On remarque que les cas deviennent moins rares d'année en année, surtout à partir de 1898; on en compte en effet trois en 1899, et quatre en 1900. Cette progression, ce début de vogue, doivent étre attribués, semble-t-il, aux travaux de Masse (1) et de son élève Cannac (2). C'est bien certainement à ces auteurs que revient l'honneur d'avoir rendu la cholécystogaslroslornie scientifiquement rationnelle et de l'avoir fait connaitre. Avant eux on avait opéré sans trop savoir les résultats à venir; on avait opéré parce que le procédé avait réussi une fois, deux fois; mais on ne se rendait pas un compte exact de sa valeur, on ne savait pas s’il pouvait en conscience être utilisé. Leurs expériences, tres démonstratives, tres concluantes, rendirent la question nette et claire et firent de la gastrostomie biliaire une intervention parfaitement admissible.
Depuis leurs publications, rien n’a paru en France sur la question, et nous serons heureux d'apporter notre modeste contribution à son étude; aujourd'hui que de nombreux faits cliniques et de nouvelles expériences sont venues brillamment l’éclairer.
Masse, au Congrès de Chirurgie, disait :
« L'abouchement de la vésicule biliaire avec l'estomac dans les cas d’'obstruction complète irrémédiable du canal chelédoque est une opération qui peut être tentée; elle réussit chez les animaux, elle a réussi
(1) Masse. Congrés dé Chiruïgié, Paris, 1898. (2) Cannac!°La/cholécystogastrostomie.: Thèse-de-Bordeaux;":
chez l'homme: il est probable que si l'on pratiquait souvent cette opération, elle donnerait des résultats aussi bons sur l'homme que sur les animaux.
« Jusqu'ici on n’a eu recours à la Ccholécystogastrostomie qu’en face de l'impossibilité de réunir la vésicule au duodénum ou à l'intestin. Cette opération me parait mériter mieux que cela.
«Les avantages qu'elle présenterait sur la Cholécystoduodénostomie, ou la cholécysto-entérostomie, ou sur la cholécystocôlostomie, seraient de mettre mieux les opérés à l'abri des infections ascendantes des voies biliaires.
« Avec cette opération, on éviterait toute chance ultérieure d’obstruction intestinale par torsion, tout tiraillement douloureux sur les sutures, tout rétrécissement fâcheux au niveau de l'abouchement des voies biliaires dans les voies digestives. Le retour de la bile dans les voies digestives a des avantages incontestables au point de vue de la nutrition, et il évite en outre aux malades une infirmité des plus désagréables, qui est la conséquence des fistules biliaires portant sur la vésicule ou sur le canal cholédoque. L’innocuité de la bile ‘dans l'estomac, quand cette sécrétion a tous les caractères normaux et physiologiques, étant établie, il n'y à que des avantages à aboucher la vésicule biliaire avec l’estomac, en présence d’une obstruction infranchissable du canal cholédoque; peut-être les études faites au sujet de la cholécystogastrostomie auront elles pour résultat de faire considérer à l’avenir le reflux de la bile dans l'estomac comme négligeable dans l'appréciation des
procédés à employer pour l’abouchement de l'estomac ei de l'intestin. »
Ce sont ces conclusions mêmes que nous développerons au cours de ce chapitre; elles résument toute la question, et tirées comme elles le sont, d'une expérimentation sérieuse, dont les résultats n'ont fait que s'affirmer dans la suite, elles deviennent, pour ainsi dire, la raison d’être de l'opération et la base de nos appréciations.
Nous allons donc étudier la cholé:ystogastrostomie au point de vue anatomique, physiologique e& fonctionnel, et nous terminerons par l'exposé de la discussion des résultats qu'elle à donnés jusqu'à ce jour.
Etude critique de la cholécystogastrostomie
1o AU POINT DE VUE ANATOMIQUE
En situation normale, il est évident que l'estomac est plus éloigné de la vésicule que ne le sont ordinairement le duodénum, le côlon et même le jéjunum. Des mesures prises par notre ami, le Dr Patel, il résulte que la distance maximum des points d'élection à réunir est de 10 centimètres, et la minimum 2 cent. 1/2. (TABLEAU N° Il.
Ceci à l'état normal; mais nous ferons tout de suite remarquer que les conditions pathologiques sont bien différentes. En effet, lorsque le cholédoque est irrémédiablement obstrué, la vésicule est en général distendue, les rapports se resserrent; elle vient parfois même au contact direct de la paroi (Obs. VI), et cette
condition, que nous avons vue être un obstacle souvent dangereux à une duodénostomie, est ici la Condition favorable d’une anastomose gastrique. ‘En outre, l'estomac, pour être moins niobile que le ‘côlon
| DISTANCE DE LA VÉSICULE BILIAIRE ; Aux divers points d'entérostomie
+ Tableau N° 2