II. — MÉDICAMENTS ANTITOXIQUES
Ce sont eux qui ont formé le fond des recherches les plus intéressantes : les principaux produits employés ont été l’électrargol, l’uroformine, l’arsenic et ses dérivés, l’iodaseptine, les dérivés du bismuth, la quinine, l’antipyrine, etc...
L'électrargol est préconisé par Pineau. Donnant d'excellents résultats dans les formes fébriles, les localisations pulmonaires ou intestinales de la Maladie du jeune âge, son emploi est superflu et inefficace contre les secousses rythmiques et les paralysies.
L'hexaméthylène-tétramine ou uroformine, qui donne des résultats chez l’homme dans les affections de l’encéphale et de la moelle, a été expérimentée par MM. Panisset et Verge. Administrée par les voies buccale, sous-cutanée ou intraveineuse, la formine diffuse dans l'organisme, soit en nature, soit en donnant naïssance à du formol. Elle a l'avantage de traverser la barrière méningée. Elle n’a aucune action sur les mouvements choréiques, mais elle agit efficacement dans les paralysies et dans les formes cliniques accompagnées de troubles mentaux. On doit l’employer dès le début de l'apparition des phénomènes morbides. On injecte, suivant la taille et le poids des sujets, 1 à 2 gr. en solution physiologique dans 5 à 10 cm5. Les injections, faites de préférence dans les veines, sont répétées chaque matin pendant dix jours ; si la première série de piqûres ne donnent rien, on recommence une série identique après une période de repos de dix jours.
. L'’arsenic fait partie depuis longtemps de la thérapeutique de la « chorée » ; tous les auteurs mentionnent son emploi. Il est utilisé surtout sous forme de liqueur de Fowler, qui est moins caustique et plus active que l’acide arsénieux en poudre. On l’associe souvent à l’iodure de potassium. La médication iodoiodurée aurait pour effet d'agir sur les lésions dégénératives des éléments nerveux. Une méthode de traitement consiste à alterner l'emploi des deux médicaments : on donne pendant une semaine la liqueur de Fowler, puis la semaine suivante on utilise l’iodure de potassium.
Mais ce sont surtout les composés organiques de l’arsenic qui ont été largement employés. L’analogie entre certaines maladies infectieuses de l’homme se compliquant de phénomènes nerveux, et la Maladie du jeune âge du chien avec ses localisations nerveuses, a poussé de nombreux praticiens à utiliser chez le chien les médicaments arsenico-organiques, à action si remarquable chez l’homme.
a) Le novarsénobenzol a fait l’objet de nombreuses applications. MM. Panisset et Verge n’ont eu que des résultats fort médiocres dans le traitement des localisations nerveuses par ce médicament. Douville a obtenu l’amélioration d’un chien choréique traité tout à fait au début de la maladie. Motas, Puricesco, Lachalerie l’ont essayé sans succès.
b) Par contre, le sulfarsénol s’est montré beaucoup plus efficace. Il a donné, semble-t-il, de bons résultats à Milcamps, dans le traitement de paralysies déjà anciennes. Montpert prétend avoir observé par le sulfar-
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sénol la guérison d’un chien qui présentait des mouvements choréiques avec paralysies, siégeant aux membres antérieurs et aux muscles masticateurs. Chez ce chien, les bromures et le sulfate de strychnine n'avaient rien donné après vingt jours de traitement. Montpert utilisa le sulfarsénol. Il fit tous les deux jours une injection du produit, d’abord de 3 centigr., puis en augmentant chaque fois de 3 centigr. pour arriver à 24 centigr. Cette dernière dose fut injectée neuf fois.
Après la cinquième injection on remarqua une grosse amélioration; après la neuvième, il ne restait plus que les mouvements choréiques des masticateurs; ceux-ci disparurent bientôt et la guérison totale survint en 38 jours.
Babb prétend que chez les individus vigoureux, résistants, traités dès le début de la « chorée » ou au plus tard le 7° ou 8° jour, le sulfarsénol lui a donné 90 % de guérisons ou de grosses améliorations. Généralement, les symptômes choréiques marquent un temps d'arrêt dès la deuxième ou troisième injection, pour commencer à s’atténuer à la quatrième et disparaître ensuite dans la plupart des cas.
c) Le stovarsol sodique n’a donné aucun résultat à Antoine et Liégeois dans le traitement de la « chorée » du chien. Bouchet considère ce médicament comme un bon préventif des complications nerveuses de la Maladie du jeune âge.
d) Le cacodylate de soude, qui donne de bons résultats dans les chorées de l’homme, n’a pas été essayé chez le chien.
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e) L’arrhénal est recommandé, par Cadiot, sous forme de sirop.
L'iodobenzométhylformine ou iodaseptine a été utilisée par Taillandier en injections intrarachidiennes, afin de mettre le médicament directement au contact des lésions. Taillandier a obtenu des résultats remarquables dans le traitement des paralysies, mais l’iodaseptine est totalement inefficace contre des mouvements choréiques.
L’antipyrine peut être essayée dans les cas de « chorées » légères traitées dès le début. On l’administre en sirop. Pour réussir, il est indispensable de la donner à doses élevées : 2 gr. par jour. On diminue la dose dès que l’on constate une amélioration et on continue l'usage du médicament jusqu'à guérison complète.
L'émétique est recommandée par certains auteurs. Son emploi donne de bons résultats dans quelques chorées graves de l’homme. Mais son action est si violente, sa toxicité si grande et ses résultats si incertains, que ce médicament n'est pas à recommander.
Les dérivés bismuthiques ont été très recommandés en thérapeutique, étant considérés comme peu toxiques pour l'organisme. Ils ont été utilisés par Antoine et Liégeois dans le traitement de la « chorée » du chien, . en injections intramusculaires à la dose de 2 cm° tous les deux jours. Ce traitement leur a donné des résultats encourageants dans les localisations respiratoires et
digestives de la maladie du jeune âge ; mais il s'est révélé sans aucun effet contre la « chorée ».
Le sulfate de quinine a 6t6 employé par Montfallet en 1895. Il obtint en 28 jours et en 41 jours la guérison de deux chiens choréiques. Montfallet basait l’action de la quinine sur ce fait mis en lumière par Wood, que les contractions choréiques sont dues à une diminution du pouvoir inhibiteur de la moelle. La quinine, qui est susceptible d’exciter l’inhibition de la moelle, doit donc suspendre les mouvements choréiques.
Cette longue énumération montre bien la carence presque absolue des médications chimiques dans le traitement de la « chorée » du chien.
Médications biologiques
La galactothérapie a été essayée sans résultat par Verge et Savigny. Ces auteurs ont toutefois obtenu la guérison d’un chien fox-terrier paraplégique.
Vecchiu rapporte avoir obtenu des résultats favorables dans un cas de « chorée » infectieuse traité par l’autohémothérapie. A la suite de la publication de Vecchiu, Antoine et Liégeois ont essayé ce même traitement, qui s'est montré inefficace.
L’hétérohémothérapie par le sang de cheval n’a pour effet que de soutenir le malade.
L'opothérapie spécifique nerveuse a été essayée par Morat. Cet auteur recueille de la matière virulente nerveuse et la modifie par le formol. L'’injection de
cette substance à titre préventif s’est révélé un moyen de protection efficace des jeunes chiens contre l’inoculation virulente. Morat en conclut que la contagion naturelle semble bien être évitée par cette inoculation préventive.
La sérothérapie spécifique nerveuse a également été tentée par ce même auteur. Après avoir immunisé des chiens par des injections de substance nerveuse virulente, Morat les a guéris et a prélevé leur sérum. L’inoculation de ce sérum aux chiens choréiques aggrave leurs symptômes au lieu de les amender.
Bower recommande l’opothérapie thyroïdienne et parathyroïdienne. M. Verge l’a essayée et il conclut que certaines formes de « chorées » semblent parfois justiciables de cette médication. C’est peut-être par un hyperfonctionnement gravidique des glandes parathyroïdes que l’on peut expliquer les cas de « chorée » chez la chienne guérie par la gestation.
Médications physiques
Les médications physiques comprennent surtout l'hydrothérapie, la mécanothérapie et l'électricité.
L'hydrothérapie est employée sous forme de bains ou de douches froides. Elle s’est montrée parfois efficace. Palombo a obtenu des guérisons en plongeant ses malades dans de l’eau froide, cinq à six fois par jour et en faisant suivre les immersions de frictions rudes.
La mécanothérapie est recommandée par Milcamps.
Cette méthode de traitement a contribué à la guérison de chiens choréiques traités par le sulfarsénol.
L'association de l'électricité et des massages sous air chaud a donné d'excellents résultats à Taïllandier dans la période de convalescence de la maladie. Une séance journalière de massages sous air chaud et d’électricité, active d’une façon heureuse la remise en état de l’animal. Sous leur action, l’atrophie très prononcée qui découle toujours des paralysies, rétrocède rapidement.
Médications diététiques
Il faut avant tout prescrire au chien choréique une bonne alimentation et une bonne hygiène. Beaucoup de viande, surtout crue ; le foie de veau haché en petits morceaux est excellent.
Si possible, le chien sera laissé en liberté, au soleil. Quand le temps n’est pas favorable, on le promènera, sans toutefois pousser l'exercice jusqu’à la fatigue.
La niche sera bien aérée, chaude et garnie d’une bonne litière, de façon à soustraire le chien au froid et à l'humidité.
Et maintenant, en pratique, comment doit-on traiter la « chorée » ?
Dans les « chorées » légères, caractérisées par des mouvements choréiques très localisés, sans aucune tendance à l’aggravation, on pourrait à la rigueur s'abstenir de toute thérapeutique. Comme le dit Charcot à propos des chorées humaïnes : « Une grande
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thérapeutique n’est pas nécessaire et l’expectative convient à beaucoup de cas ».
Dans les chorées plus graves, avec mouvements choréiques plus étendus, paralysies et atrophies, on s’adressera de préférence au sulfarsénol : c’est ce médicament qui a donné les résultats les plus encourageants dans la « chorée » du chien. Son emploi est facile et son action curative semble certaine dans un grand nombre de cas. Montpert a obtenu par son emploi la guérison d’une « chorée » très grave paraissant incurable. Son action s'étend également sur le mouvement et la paralysie choréiques. On l'utilise de préférence en injections intraveineuses à la dose initiale de 3, 6 à 10 cm*, suivant le poids et la taille de l'animal. Les injections sont répétées en principe toutes les 48 heures, en augmentant chaque fois la dose, de la dose initiale. Cependant, en présence de symptômes alarmants on peut répéter les injections tous les jours. Si la guérison survient, on continuera les injections pendant quelques jours, de façon à éviter toutes rechutes.
A cette médication arsenicale on associera un sédatif nerveux qui, en diminuant l'intensité des secousses, amènera une amélioration de l’état général du sujet et par là-même une plus grande résistance de l’organisme.
On utilisera dans ce but, le sirop des trois bromures (bromure de potassium, de sodium, de strontium) à la dose de 5 à 10 cuillerées à café par jour, suivant l’âge et la taille de l'animal, le sirop d'extrait de valé-
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riane, une cuillerée à café par jour ; le gardénal, à la dose journalière de 5 à 10 centigrammes.
On relèvera l’état général par l'administration d'huile de foie de morue, de cacodylate de soude.
À la période de convalescence, le traitement électrique, les massages et les frictions sèches, jointes aux promenades et aux exercices, amèneront une remise en état plus rapide et combattront activement l’atrophie résultant des mouvements rythmiques et des paralysies.
Mais quelle que soit la forme de la « chorée », qu'elle soit grave ou légère, quel que soit le médicament employé, il faudra veiller avant tout à l'hygiène et à l'alimentation. De la qualité de l'hygiène et de l’alimentation dépend le succès du traitement.
Conclusions .
I. — La « chorée » du chien est une maladie infectieuse déterminée par le virus de Carré. La théorie de la pluralité du virus expliquerait la fréquence plus ou moins grande de cette affection, suivant les années et les régions.
IT. — La « chorée » n’est pas seulement due à un trouble fonctionnel de la moelle ; elle est liée à l’existence de lésions siégeant sur l’axe cérébro-spinal, particulhèrement au niveau des cornes antérieures de la moelle.
IIT. — Elle se caractérise par l’apparition au cours de la Maladie du jeune âge, de contractions musculaires rythmiques, permanentes, persistant pendant le sommeil, localisées ou généralisées, accompagnées ou non de paralysies, de troubles mentaux, de troubles trophiques, de modifications des réflexes et de la sensibilité. La marche de l'affection est en général lente et chronique ; les troubles ont, dans bien des cas, une tendance à la généralisation.
IV. — La « chorée » coexiste le plus souvent avec les autres localisations de la maladie de Carré : broncho-pneumonies, entérites. Mais elle peut également être associée à d’autres affections nerveuses distinctes: épilepsie, paralysie, ou différents états pathologiques tels que l’automutilation et l’autophagisme. Il ne faut pas confondre la paralysie, entité morbide distincte, avec la véritable paralysie choréique qui n’est qu'un degré ultime du même processus pathologique que le mouvement choréique. Il semble qu'il puisse y avoir des phénomènes d’automutilation et d’autophagisme, sans qu'il y ait nécessairement des lésions cérébrales.
V. — La « chorée » du chien n’est nullement comparable à celle de l’homme. Si elles se ressemblent par leur étiologie, elles diffèrent complètement dans leur anatomo-pathologie, leurs symptômes et leur évolution. Par la localisation de ses lésions aux cornes antérieures de la moelle, son origine infectieuse et ses reliquats, elle se rapproche de la poliomyélite infantile; mais elle s’en éloigne par sa symptomatologie.
VI. — Le diagnostic de la « chorée » est extrêmement facile ; le pronostic est toujours grave.
VII — Un grand nombre de traitements ont été préconisés. La plupart sont inefficaces. On veillera avant tout à la qualité de l’hygiène et de l’alimentaton. On calmera les symptômes convulsifs par les sédatifs nerveux ; on agira sur les lésions par l’emploi