‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 1 sur 36 · LES ORIGINES DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DU MOUVEMENT

de guerre agraire, un hérissement des ajoncs,

la lande du Faou qui s’insurge contre Paris, dira le vieil Hugo, et cependant elle n’est pas plus une guerre sociale qu’une guerre politique. A la différence des guerres agraites de l’antiquité, la possession du sol n’ a est pas en cause; les franchises bretonnes invoquées par les gentilshommes du clan de Botherel et dela Rouérie, 1’établissement de la monarchie parlementaire révée pat Puisaye, fadaises, nourriture de cerveaux creux. Le Chouan pur, le paysan, la peau de bique, la « grande culotte », s’insurge uniquement contre la tyrannie — de 1’Etat républicain persécuteur dé sa foi, non contre la forme de cet Etat. Les levées en masse, la conscription, les réquisitions, le maximum et le cours forcé achéveront de lui faire prendre le

| A Chouannerie, c’est sans doute une variété

; eo CHOUANNERIE -

régime en horreut. Plus encore que e Vendée on

~ peut définir la Chouannerie un duel entre le réa-

. fisme terrien et le philosophismie révolutionnaire.

Mais, a lorigine, la Révohition n’a pas de plus chaud partisan que ce méme rustique qui va lui planter sa fourche dans le dos. L’agitation de la ptovince, de 1789 4 1791, ne doit pas faire illusion :

ces troubles de Rennes, Nantes, Vannes, Quimper, —

Lannion, Saint-Pol, etc., ne different pas essentiellement de ceux qu’on observe sur le reste du territoire, non plus que les sacs de chateaux et

= d’abbayes, les auto-da-fé de titres féodaux ne

different dans les campagnes bretonnes des briileries et des sacs de méme ordre dont patissent les autres provinces. Sorte d’impetigo, d’éruption

violente, déterminée dans le corps du pays par la

brusque subversion qui s’y est produite; par les |

espérances immodérées, les invraisemblables illusions dont se repait limagination des masses depuis cette entrée dans le Chanaan révolutionnaire; par la difficulté, presque l’impossibilité de substituer du jour au lendemain un systéme

at

d’administration 4 un autre; par les conditions défectueuses de vie qui en résultent et que sont.

venus aggraver la disette des grains, l’évasion du -numéraire, le développement du vagabondage et, en Basse-Bretagne et dans le Bas-Maine spécialement, l’arrét 4 peu prés total du commerce de la

toile, « principale ressource des deux tiers de nos —

campagnes », dit un contemporain, Le Vaillant, oR Pleudanie...

- Ces troubles, ‘quoi qu'il en soit, n’ont aucun ©

lpiciare anticonstitutionnel : tanté6t, comme A

S Aeromaicin MOUVEMENT a

pensent aboli avec toute l’ancienne fiscalité. A Brest seulement, l’indiscipline des équipages, fe vieil antagonisme entre les officiers nobles, dont la - morgue passait toute créance, et les officiers bleus - ou roturiers, l’imprudence des uns, les excitations des autfes, aboutissaient 4 de véritables émeutes, des chasses 4 l'homme dignes du pavé parisien : maintes tétes sont déja promenées au bout des - piques ; M. de Marigny, major général de la Marine, est pendu en effigie A la porte de sa femme; M. de La Jaille, commandant du Duguay-Trowin, saisi, colleté, assommé, n’échappe 4 la mort que par Vintervention d’un charcutier herculéen du nom de Lauvergat. Réparant ses anciens torts et poussant lesprit de renoncement jusqu’au point ot il ett - cessé d’étre compatible avec l’honneur et la fidélité au tréne, le « Grand-Corps », son chef, le comte -d’Hector en téte, s'est pourtant plié de bonne ‘grace aux exigences du nouveau tégime et a tout fait pour ramener la concorde sur les vaisseaux : son temps est passé, son autorité méconnue et, sil ne veut étre pendu autrement qu’en effigie, il aS ’a plus qu’a émigrer.

ge Ly exemple vient de haut, dailleurs, et lui a été : ine. i a peine la Bastille tombée, par les plus grands personnages du royaume, le comte d’Artois, les ducs d’Angouléme et de Berry, les princes de Condé, de Conti, les Guiche, les Broglie, les Vau- démont, les Lambesc, les Polignac, l’ex-garde des

pour se soustraire a er sur les vins quils

ine CHOUANNERIE PS eee ees

sceaux Barentin, etc. Dans i province méme, —

nombre de gentilshommes résidant,. justement alarmés par les derniers événements qui prennent toute la tournure d’une jacquerie, ont gagné avec leurs familles le port le plus proche d’ot ils n’ont fait qu'un saut jusqu’a Jersey ou 4 Plymouth. La paysantaille, armée jusqu’aux dents, ne se bornait point a forcer l’entrée des chateaux et a faire main basse sur les titres des chartriers qu'elle emportait pour les noyer ou qu’elle brilait sur place, les fusillant quelquefois, comme 4 Chateau- ~ neuf, pour plus de précaution, avant de les jeter dans le vivier : s'il arrivait qu’on lui résistat, elle se fachait rouge et tant6t, comme au chateau de Beaumanoir, elle mutilait une futaie centenaire; tant6t comme a Coatlau, chez le marquis de Guer, elle briilait une bibliothéque privée de 30 000 volumes; tant6t, comme au Kerlouet, elle attachait la chatelaine — en l’espéce la vieille et charitable marquise de Roquefeuil — a la poulie de son puits et la trempait dans l’eau glacée jusqu’a ce qu'elle etit cédé; tantdt, enfin, comme chez M. de Pinieu, 4 qui furent dérobés, au témoignage de Limon du Tymeur, « 11 000 livres d’argent comptant », elle promenait la torche dans les appartements et grillait ’immeuble avec les papiers. — A la date du 19 février 1790, ce méme Limon du Tymeur, beau-frére de La Tour d’Auvergne, comptait ainsi dans la province « plus de 22 chateaux pillés, brilés ou dévastés », sans compter VPabbaye des Bénédictins de Redon, et, comme il ’ allait clore sa lettre, il apprenait encore l’incendie de deux autres chateaux, « Bruc et Renac, sur la

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ae olite de Rennes A Wantes.... Le courant d’émi- — gration sen accélérait d’autant, 4 Ja grande joie des uns, au grand dépit des autres, comme Limon, — qui cherchait par qui ou par quoi remplacer les nobles dans ces « campagnes qu’ils comblaient de. charité et de bienfaisance! ».

La Grande Peur semble avoir été tout a fait étrangére a ces mouvements qui commencérent le 11 aofit 1789 avec le sac du Kerlouet (Finistére) et, par Plounévez-Moédec, Plouér, Ploubalay (sacs du Marqués, de Beaumanoir,{,du Chéne- Ferron, etc.), s’étendirent peu A peu a toute la - province avec des relaches, des reprises, une inten- - sité particuliére autour de Dinan et dans 1’Tile-et- - Vilaine, méme dans certaines paroisses morbihannaises de la sénéchaussée de Ploérmel ot deux - vieillards, M. de Villeneuve et sa femme,® sont «,chauffés », méme en Loire-Inférieure (sac des hdtels de MM. de Granville et du Halgouét) et -jusque dans la Mayenne (incendie et sac des chateaux dé Cuillé et d’Hauteville). « L’on pénétre difficilement le motif de ces ravages et d’ou en peut venir l'impulsion », écfivait 4 son correspondant Limon du Tymeut quiconstatait cependant — - que parmi les « brigands », tous armés de « sabres, fusils, haches, fourches, couteaux attachés au bout | des batons », se trouvaient « beaucoup de déser- --teurs, cartouches jaunes... qui ont soulevé et attroupé des paysans de chaque endroit ».

; Il se peut bien en effet que 1’étincelle soit venue | de cette racaille et des vagabonds que Paris

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