‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 2 sur 36 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

RIGINES DU MOUVEMENT

aS CHOUANNERIE | fee

refoulait vers les provinces et ‘atxquiels on deGait 3

payer trois sous par lieue, mais qui ne se conten- fe

-taient point toujours de cette dérisoire indemnité de chémage : cequ’il y a desfir,c’est que la matiére oti l’étincelle tombait était particuliérementinflam- | mable, au point qu’en certains endroits elle prit feu toute seule. C’est au. domaine congéable — mode de fermage dans lequel la surface apparte-

-nait aux tenanciers, le fond aux bailleurs, et qui efit été trés tolérable sans les lourdes servitudes. féodales dont il s’accompagnait — que les paysans

-. bretons en voulaient surtout : les cahiers des — paroisses s’étaient montrés unanimes 4 le dénoncer

et leurs rédacteurs n’avaient pas eu besoin 1adessus d’étre soufflés par les robins. Les incendies; les pillages, les immenses sofileries terminées en - coliques de miserere, ou lon mettait a sec des caves entiéres et jusqu’a la pharmacie du chateau, méme les violences et les meurtres ne sont que l’accessoire : l’abolition du régime domanial est la grande affaire, et quel moyen plus radical d’en assurer 1’abolition que de briiler, de noyer, de détruire les titres qui l’établissent, ces rentiers et ces registres terriers que l’imprudente aristocratie bretonne, 4 la veille de la Révolution, s'est avisée sottement de faire remettre 4 jour? Les directoires de district s’en rendaient parfaitement compte : ils détachaient bien au début contre les « brigands » quelque colonne de gardes nationaux, un peloton de dragons ou de hussards — qui sabrait cette canaille; 4 la fin ils laissérent — faire et les émeutiers ne furent plus poursuivis, — ou, poursuivis, s’en retournérent acquittés. En . ¥ Ae

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somme, re urbains et insurgés ruraux

le pouvoir politique, ceux-la, disposant déja de la sutface du sol, en s’appropriant le fond? Ainsi, au début de la Révolution, rien ne sépare en - Bretagne la classe paysanne de la bourgeoisie, et tout les rapproche; elle est méme si peu suspecte de tiédeur envers les idées nouvelles, cette Bre- tagne des guiraour (domaniers) cornouaillais et -vannetais et des métayers du haut pays, elle apporte tant de feu a Il’ « épuration » du terri-

-. des décrets pour en assufer par main propre Vexé-

4 cution, que sa commére la bourgeoisie, plus rassise, ; plus formaliste, serait tentée de lui dire comme

-Elmire 4 Mme Pernelle Vous marchez d’un tel pas qu’on a peine & vous suivre!...

Le clergé observe-t-il une attitude différente? © + Te haut clergé, oui. Cependant, quoiqu’il ait refusé avec la noblesse de députer aux Etats, il ne se déclare pas tout de’ suite : Mgr Conan de -Saint-Luc, évéque de Quimper, l’ennemi personnel - des francs-macons qu’il dénonce et traque sans pitié depuis son avénement, est d’ailleurs fort vieux — - et malade; Mgr de Bellescize, évéque;de Saint- Brieuc, ne réside pas; Mgr de La Marche lui-méme, bien qu’ancien lieutenant de dragons, garde tout — @abord ou semble gatder, dans son diocése du Léon, une attitude expectante. Semblablement, - Mgr de Hercé, évéque et comte de Dol et le futur

avaient-ils point le méme ennemi, cette noblesse qu'il s’agissait d’évincer, ceux-ci en lui prenant —

toire, n’attendant pas toujours la promulgation

martyr de Quiberon, qui n’éléve de réserves swtee Jes décrets en preparation que dans la féte civique . du 21 mars 1790. Seul Mgr Le Mintier, évéque © et comte de Tréguier, part en guerre sans plus attendre. Son fameux mandement, ot il dénoncait - le philosophisme régnant comme la source de tous les maux contemporains et protestait avec ‘virulence contre les réformes de la Constituante, qu’il qualifiait d’ « innovation dangereuse », est du 14 septembre 1789.

« Lorsque le premier, le plus illustre tr6ne de — l’univers est ébranlé jusque dans ses fondements, ~ étrivait-il, lorsque les mouvements convulsifs de la capitale se font sentir dans les provinces les plus reculées, serait-il permis 4 un évéque de garder le silence? Hélas! qu’elle est différente d’elle-méme, cette monarchie francaise, le plus beau domaine de l’Reglise catholique, et quel est le ministre des autels dont les entrailles ne seraient pas déchirées? — La religion est anéantie, ses ministres sont réduits — a la triste condition de commis appointes des brigands.... »

Fividemment — et si c'est la le texte exact de son mandement — cet évéque ne machait pas ses — mots. Traiter de « brigands » la majorité de l’Assem- blée nationale, avant méme qu'elle efit abordé © le projet de réforme ecclésiastique et quand elle n’avait a son passif que la suppression des dimes”

remplacées par un traitement fixe, excédait peut- @tre la liberté de langage permise 4 un haut dignitaire de l'Eglise.

C’est le 29 mai 1790 seulement, prés de neuf mois -aprés la publication du mandement de Mgr Le

Mintier, que s’ouvrirent les “aebats: ‘sur la Constitution civile du clergé; c’est le 12 juillet que fut ~ promulgué le décret sur cette Constitution, et il - faudra encore ein, mois pour que le serment soit impose.

On ne peut refuser néanmoins 4 Mgr Le -Mintier un certain don de prophétie. Les scénes de jacquerie qui avaient commencé d’éclater étaient une autre excuse 4 sa fougueuse offensive contre les « chiméres » des « systémes d’é égalité dans les rangs et dans les fortunes » proposés a la crédu- ‘lité du pays. Tel fut sans doute le sentiment. des juges du Chatelet devant lesquels dut comparaitre . 5 Virascible et trop clairvoyant prélat : passant outre | au rapport du député Alquier, nettement défavorable au prévenu sur les deux chefs principaux d’accusation, excitation des populations rurales’ 4 la révolte, entente criminelle avec les nobles de son diocése pour affaiblir les milices urbaines et leur substituer une organisation de résistance, ils - le renvoyérent des fins de la plainte aprés onze - mois d’enquétes et de contre-enquétes. Mais il: est vrai que dans l’intervalle Mgr Le Mintier - avait daigné bénir les drapeaux de la garde nationale de Saint-Brieuc : la Terreur n’était | point encore a l’ordre du jour, et cette concession le sauva. :

Reste le bas ee. Pas d’hésitation ici : en trés grande majorité, pour ne pas dire en totalité, les simples prétres, recteurs, vicaires, etc., ainsi que. les réguliers des différents ordres établis dans le , Province, sont acquis aux idées nouvelles, » méme des saints hommes comme cet abbé

ST eg | oe at

dans leurs litanies nocturnes ses paroissiens de Plaintel : 4

Des habits bleus et des juroux, O saint Cormaux, délivrez-nous!...

La réforme du clergé le scandalise et l’effraie si peu qu il la préne publiquement a ses confréres, — - bien mieux qu'il accepte, aprés le 9 juin 1790, ob il a préché dans la cathédrale de Saint-Brieuc sur — les beautés de la Constitution, les fonctions de président du district. Ab wno....

En somme, la Révolution ne trouve contre elle, en Bretagne, jusqu’en 1791, que « les coquins d’aristocrates », pour parler a la facon de l’avocat | lannionnais Rivoalan, si prompt a oublier les

services rendus par ces alliés de la veille. Car, en — 1788 encore, noblesse et tiers bataillaient cdte a céte pour la sauvegarde des franchises bretonnes, la restitution du droit de remontrance aux parlements : ils ne mangeront point tout le minot de sel. ensemble, comme dit le peuple, et cette belle ~entente aura duré quelques mois, le temps de — forcer la main au faible Louis XVI. Bn réalité — le tiers se souciait bien de la duchesse Anne et de — son contrat gothique! Mais tout lui était bon qui pouvait affaiblir la Couronne et favoriser sa propre ascension, Cela a fini, comme il était logique, par — des horions et quelques tués et blessés dans les rues de Rennes. Force est restée au tiers qui récla- mait le doublement de sa représentation aux Etats: — ptemiére victoire, présage de beaucoup d’autres —

Sen be

3 ont le retentiscement est é énorme. On chantera a 2 ntot dans Paris : cote ena ee

Vivent aa Marseillois, © - Les Bretons et nos lois!

= “Que n ’attendait-on pas de. ces tétes shandest

« Toute la France a les yeux tournés vers la Bre- -tagne, pouvait écrire de Paris sans la moindte hyperbole, le 19 janvier 1789, Jacques Violard, et © tout le monde nous accoste pour demander si nous

-commencons a nous battre chez nous.» Bien obligés. Mais il faudra patienter encore un peu avant qu’on en vienne sérieusement aux prises, et ce ne sera pas la faute des gentilshommes. Aux élections pour o es Etats généraux, plutot que d’accepter le vote par téte, la dure loi du nombre, la noblesse bretonne s’est dédaigneusement retirée, suivie du haut lergé : ni l’un ni l’autre, tenus désormais pour mnemis de la chose publique, ne députeront: a ‘Y’Assemblée nationale. Bouderie stupide qui faus- ‘sera la balance de la représentation bretonne, da: 3. privera du contrepoids nécessaire. Toutelinfluence __ passera au tiers, a la « robinocratie. » Mais, d’une. part, les paysans qui se flattaient, par la destruction des titres, de pouvoir mettre la main sur le sol, ‘vont s ‘apercevoir, quand la vente des biens natio-. naux aura opéré le transfert de la propriété rurale, qu’ils ne sont point les bons marchands de l’opération et qu’ils n’ont fait en somme que troquer des maitres assez accommodants dans l’ensemble contre d’autres beaucoup plus exigeants; le petit ’ desservant, de son cété, ne verra pas sa condition

: Ae CHOUANNERIE Reape

irandement améliorée par V’abolition des dimes =:

des prébendes, des canonicats et la confiscation

des biens de mainmorte, méme du bout de jardinet — de sa cure, qui profitera encore a la seule classe ©

bourgeoise dont l’appétit extraordinaire engloutirait tout le royaume.

La situation commence visiblement a se retour- ner : voila deux fractions du tiers dont l’enthou- -

siasme révolutionnaire est déja bien refroidi. Il serait d’une bonne politique de le réchauffer,

de l’entretenir, comme on fait pour la classe arti- —

sane qui n’a pas beaucoup plus gagné que less

fractions précédentes 4 la Révolution et qu’on

amuse de fétes civiles, de manifestations oratoires, —

qu’on tient par les clubs, les sections, l’embrigade- —

ment dans les milices urbaines et les bas services publics, par la sportule quotidienne. En outre,

l’ouvrier des villes est volontiers esprit fort, disposé donc a recevoir sans autre examen le nouvel — évangile démocratique né au sein de |’ Assemblée — nationale de la collaboration des jansénistes, —

des gallicans et des disciples de Rousseau et connu —

- sous le nom de Constitution civile du clergé. Mais ~

le bas clergé lui-méme et, avec lui, la classe paysanne presque tout entiére, déja bien aigrie,

méfiante de ce papier qui a remplacé le numéraire ~ et qu’achévera de discréditer le cours forcé, ne

seront point d’esprit aussi accommodant. Ils ne font qu’un au demeurant, ruraux et prétres :

la classe paysanne se reconnait, se retrouve dans ces humbles desservants de village, recteurs,

vicaires, qui lui parlent sa langue, tatent de son.

- brouet et gotitent a sa piquette, qui, bien qu’assez 16. 5

- } ie bal D1

‘exigeants, —ce pourquoi la dime, qu’on ne paie qu’en ius a l’abbaye, on continuera de - Pacquitter volontairement entre leurs mains aprés qu’elle aura été supprimée, — qui ne sont point. ron plus si sots ni si ignorants qu’on le dit (tel tecteur de Buhulien, au xvmi¢ siécle, encourra’ le blame de ses paroissiens pour l’abus qu'il fait 2 du grec dans ses prénes), qui n’ont point enfin les moeurs relachées du clergé des villes et de qui ; Pte respect qu’ inspire leur caractére sacerdotal n’est ‘point gaté par des réserves sur leurs personnes. Ils sont peuple, comme leur troupeau; toucher a eux, c’est toucher a lui. On le vit tout de suite. La Constitution civile du clergé, avec le change-— ment de personnel ecclésiastique qui en fut la conséquenice, telle est la premiére cause du mécontentement des campagnes, mécontentement général, mais plus ou moins profond, qui revétit des formes trés diverses, s’apaisa méme assez rapide-ment sur beaucoup de points et prit en d’autres,

tant en Bretagne que dans les provinces limitrophes é a

(Normandie, Maine, Anjou), la forme aigué a laquelle on a donné le nom de Chouannerie. —

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