‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 29 sur 36 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LA DEUXIEME PACIFICATION

de Quiberon, « énigme de discordes, de

mensonges et d’intrigues..., dédale de conjectures odieuses et de contradictions impossibles », et montré — ce qu’ont vérifié aprés lui les autres historiens — que tout avait travaillé « 4 la ruine de Ventreprise, et ses promoteurs et ses chefs, et les Anglais, et les princes et leurs agents publics et leurs agents secrets », l’honnéte Pitre-Chevalier, écrivait : «A Vexpédition de Quiberon oe notre Histoire de la Révolution dans I Ouest...

Sans doute estimait-il sa tache Bn Et il est vrai que, pour la République, le grand danger était passé, mais non tout danger. Aprés Quiberon, la Vendée demeure et, chez les Chouans, Scépeaux, Boisguy, Frotté, Rochecot, La Vieuville, un peu plus tard Cadoudal, Guillemot, Sol de Grisolles, etc., sont toujours ou seront bient6t en armes. C’est a peine si les premiers ont eu connaissance du désastre, tant la partie était bizarrement engagée

et les liens relachés ou inexistants entre les divers éléments de l’insurrection. Il en résulte que 1’échee

A YANT achevé son récit du débarquement

7 LA DEUXIEME. PACIFICATION

de Puisaye n’a eu qu’un retentissement modéré °

sur ces lointains combattants devant lesquels

Hoche, obligé de faire fléche de tout bois, n’a pu

maintenir qu’un simple rideau de troupes et dont - Yaudace s’en est notablement accrue.

Dans l’armée de Scépeaux, « composée de 14000 jeunes gens fort lestes et vigoureux »

(d’Andigné) et ott étaient entrés avec des comman-

- dements les deux Turpin, Chatillon, d’Avoisne,

d’Andigné lui-méme, qui n’était encore que le —

chevalier de Sainte-Gemmes, et ce Bourmont qui, ~ aprés avoir abandonné |’Empereur 4 la veille de * Waterloo, devait prendre Alger et mourir maréchal de France, l’opération Ja plus retentissante avait

été l’enlévement de Segré par Ménard, dit Sans-—

Peur, et le chevalier de Turpin : toute la garnison fut passée par les armes. — Mais, chez Boiguy, les coups de main succédaient aux coups de main

et souvent l’un n’attendait pas l’autre : Pont-

briand, Boishamon, Bouteville, les deux Chalus, le vieux Couésbouc, presque septuagénaire et :, conservant dans la chasse aux Bleus sa carabine,

sa casquette a visiére et ses procédés d’ancien

chasseur de loups, se multipliaient sous ce chef

adolescent, d’un allant extraordinaire au point de

prendre les Bleus a la course, moins pour les - occire que pour les enréler dans ses bandes, quand il leur avait trouvé quelque mérite, et dont la « férocité » semble avoir été une invention de ses adversaires : s’il n’a pu se disculper complé- - tement de l’incendie du Tremblaye ot une partie de la garnison républicaine périt grillée dans le

clocher, on le voit témoigner d’une sévérité impla-

LA \ CHOUANNERTE a. |

cable envers des Chouans qui, au combat de La i Plochais, of périt son frére Guy, avaient détourné — vers un chemin creux la berline de deux jeunes filles de condition, Miles Fesselier et Cholé, quwils — fusillérent aprés les avoir dévalisées. Et il reste que — la prise de Saint-James, de Romsey, de Rémon, — les combats de Juvigné et de la Pellerine comptent: ’ parmi les plus brillants faits d’armes de l’insurrec- tion haut-bretonne. :

Dans l’armée de Frotté aussi, la derniére 4 se — mettre en campagne comme elle sera la derniére © a déposer les armes, les gains étaient sensibles et,

a Vinstigation de ce chef hardi, au nez court, Reais «un peu cassé », mais au front ouvert, aux — ‘cheveux bruns tombant en boucles sur les épaules,. aux yeux noirs, grands et pleins de feu, qu’on © voyait tantét 4 pied, tantét sur un petit cheval bocain, vétu de son éternel dolman de hussard gris, — un pistolet et un poignard passés dans sa ceinture — a la matelote et la téte coiffée, sur un mouchoir — d’indienne, d’un tricorne 4 plumet noir et 4 cocarde © blanche, l’insurrection, limitée d’abord a4 l’Avran- — chin et au district de Vire, avait gagné peu a peu la Seine : Pontorson cerné, Villedieu, Granville, — Mortain menacés, Avranches coupée de toute — communication, c’est, avec vingt petits combats — qui sont autant de victoires, le bilan des premiers — mois du soulévement. Heureux effets de la bonne — organisation donnée par Frotté Ases troupes réparties en 2r divisions, selon Bruslard, sous des chefs comme Mandat, Moulin, Saint-Paul, Marquerye, La Roque-Cahan, @’Oilliamson, d’Aché, lecomte de Ruays, Godefroy de Boisjugan, Louvet de.Mon-

“LA DEUXIEME PACIFICATION

ceaux, Bruslard lui-méme et quelques autres moins

notoires sortis de la rude matrice campagnarde 2

oti importés de 1’émigration par la voie maritime.

‘Il appelle ses hommes les Chasseurs du Roi et,

dans ce nom, il enveloppe indifféremment les

volontaires chouans et les déserteurs des troupes

Bg tépublicaines ; puis, trouvant certains inconvé-

—nients 4 cet amalgame, il compose une brigade

pp peciele de déserteurs, dont le premier noyau fut —

le peloton de vingt-sept dragons embauchés a

Rouen en septembre 1795, et qui, constituée ainsi

en une sorte de légion étrangére dela Chouannerie,

se pique d’émulation et fait merveille 4 cété des

Chouans réguliers. Le déserteur passe méme quel-

quefois en cranerie le Chouan : tel ce Graindorge

- qui, pris par les Bleus et condamné 4 mort, répond

a a un sergent qui lui propose un verre d’eau-de-vie

- pour se donner du coeur :

— Un royaliste doit mourir de sang-froid.

Dans le trajet il avise un des soldats de l’escorte :

« Grenadier, préte-moi ta pipe »; arrivé sur le lieu de

' Yexécution, il refuse de se laisser bander les yeux;

- il demande comme wunhique gtace de mourir debout;

on le lui accorde et il tombe aprés avoir crié :

« Vive le toi! » et commandé lui-méme le feu. Pour consacrer son souvenir, Frotté donne 4 sa

- compagnie le nom de guetre qu’il portait : la

- Grenade. Une autre création heureuse du général

normand fut ce corps des Chevaliers dela Couronne, —

p ot il n’avait voulu enrdler que des gentilshommes ~ de seize 4 vingt ans, hétos imberbes, plus avides qu’aucun de se distinguer a cet Age ott la passion de la gloire n’est pas altérée par la crainte de la

LA CHOUANNERIE — ae mort. Ensuite sans doute, et aprés cette brillante 3 entrée de jeu, la roue tourne, la fortune se montre 3 moins fidéle. C’est que Hoche n’est plus loin. © Rochecot, qui, dans une province voisine, le © Maine, a pris la direction du mouvement, en pré- — vient Frotté le 18 mars : i « L’état actuel de Charette a permis aux répu- “4 blicains de faire refluer partie de leurs troupes — sur d’autres pays insurgés; c’est surtout au votre et au mien qu’ils en veulent en ce moment. » ; Sur la lisiére méme du Morbihan et de l’Ile-et- | Vilaine, dans les districts gallots des Cétes-du- — Nord, sauf autour de Saint-Brieuc ot: Le Veneur ~ de Ia Roche n’avait pu réorganiser l’ancienne division de Boishardy, et dans le district bretonnant de Rostrenen, la Chouannerie, quelques — mois aprés Quiberon, avait repris vie et confiance. Mais, assagie par l’expérience, elle ne travaillait plus qu’en petites bandes. Manceuvrée par des risque-tout comme La Vieuville, Saint-Régent, -Legris-Duval, Carfort, du Cheyla, les fréres Colas ' de La Baronnais, Stévenot, dit Richard, fils d’un ~ corroyeur de Reims qui ‘se faisait passer pour ~ batard de Louis XV et marchait au feu, comme ~ La Tour d’Auvergne, le sabre sous l’aisselle, cette poussiére d’armée n’en était pas moins a peu prés maitresse du haut-pays; elle faisait la loi, dit — Vabbé Pommeret, dans soixante-huit paroisses — du département. Peu d’actions importantes, bien que, le 17 janvier, les faubourgs de Dinan soient . envahis et qu’en avril Guingamp n’évite le sac — que de justesse. Dans la pluralité des cas, c’est Vhabituel déroulement d’attaques de courriers

et de convois, de-pillages. de caisses publiques, a assassinats de prétres jureurs et de fonctionnaires trop zélés, comme ce Le Roux Chef-du-Bois, ancien president du tribunal criminel, qui avait — fait condamner a Lannion et guillotiner a a Tréguier — peut-étre par dépit d’amoureux évincé — la

citoyenne Taupin, femme du valet de chambre de

Mgr Le Mifttier, convaincue d’avoir recélé deux — prétres réfractaires : Le Roux tombera sous les coups du mari revenu tout exprés de l’émigration pour ces sanglantes représailles; la tradition veut — que le ciel se soit chargé de la vengeance des deux prétres et que le paysan de Brélévenez qui les dénonca ‘ait été frappé jusqu’a la troisiéme géné-

tation dans sa postérité dont tous les membres,

sauf un, naissaient « idiots » et fournirent a Joseph Conrad le sujet de son dramatique récit.

Reste le Morbihan. La situation (et au début seulement) n’est vraiment différente que la, dans cet hinterland de Quiberon tenu a merci par

. Lemoine, le bourreau des émigrés, et ol, avec ses

colonnes mobiles, il multiplie les battues et les rafles; 1a, l’insurrection, traquée, est bien obligée de se terrer provisoirement, de se contenter d’attentats isolés, d’exécutions furtives, comme celle de l’ancien carme Cassac, « espion et jureur », ou celle du général républicain d’Esneval, cidevant passé aux révolutionnaires et prévenu

d’avoir épousé par force une Lantivy dont il fut d’ailleurs copieusement pleuré. Ce provisoire dure assez peu et l’on est tout surpris de voir le Conseil royaliste du département, dés le 22 oc-

tobre et sans méme attendre l’avénement du

LAS ‘DEUXIEME PACIFICATION a

; i Directoire, étdotnet la reprise iintoadiate de Vin-—

surrection. La Convention va mourir, une ére de gang est close. La France commence a respirer, — -sauf dans l’Ouest, bien entendu, ot c’est toujours Je régime de l’état de siége. Mais Hoche, esprit - méthodique, qui aborde les difficultés l’une aprés -Vautre, ayant écrasé les royaux a Quiberon, remet

4 demain de faire subir le méme sort @ux Chouans ©

et court, avec toutes ses forces, écraser la Vendée chez elle. Il n’a laissé sur place que le minimum de contingents nécessaire a4 maintenir l’ordre et Poecasion parait bonne au Conseil royaliste ot siége et qu’inspire le fameux abbé de Boutouillic, ancien vicaire général de Mgr Amelot. Ainsi furent décidées les affaires de Poublaye, du pont de Brovel, d’Elven, de Sarzeau, de Colpo, du Maigrit, de Locminé-Bignan qui ne tournérent pas toutes 4 l’avantage des intéressés : 4 Elven ‘notamment, Cadoudal, le 4 novembre 1795, « toujouts 4 cheval et drape dans son grand manteau bleu », s’est heurté a la résistance victorieuse dan bataillon de ces grenadiers de l’Ain qualifiés par le commissaire Denoual, pour leur propension chapardeuse, de « torrent dévastateur » et qui

tenaient comme roc sur leurs positions défensives; |

Vémigré d’Andlar, en approchant une botte de paille enflammée de la caserne ot ils étaient retranchés, fut tué d’un coup de fusil 4 quelques pas de Cadoudal, magnifique de sang-froid sous les balles, mais inapte 4 conduire un siége. Six mois plus tatd, la Vendée jugulée, le tour des Chouans venu et Lemoine parti vers une autre destination, Quantin, qui l’a remplacé A la téte des

a SS

ak DEUXIEME PACIFICATION

forces du département, s'ilest moins féroce,nese

) montre pas moins pressant. Le 21 germinal (ro avril), ‘ila donné a Hoche, en tournée d’inspection 4 — Vannes, sa parole « que le 5 messidor (23 juin), il — n’existerait pas un seul Chouan dans le Morbihan ». | Promesse aventurée, mais qu’il fait tout au monde pour tenir —et qu'il tiendra. En attendant, Solde | Grisolles alerte sa division dans l’espoir de sur-. prendre le généralissime qui rentre 4 Rennes par - Locminé et Loudéac. Quantin, méfiant,a par bon- - heur pris ses précautions : Hoche en est quitte au - Pont-du-Loch pour quelques salves inoffensives. Mais le lendemain (30 germinal-19 avril), sur la lisiére des landes du Mené, 1’attentat d’un frénétique, Lantivy du Rest, ancien lieutenant de Troussier, congédié parses troupes qui le trouvaient «trop dur vis-a-vis des Bleus » (Le Falher) et qui veut mourir dans un coup d’éclat, ne rate que par la

maladresse du tireur. Lantivy, comme un bon —

disciple de Jean-Jacques, s’est assis sur un talus, les pieds pendants, le nez dans un livre, mais sa carabine dans l’herbe a portée de sa main. - Hoche envoie reconnaitre par deux chasseurs —

-ce liseur solitaire qui, le voyant arrété, saisit ce moment pour l’ajuster et ne réussit qu’a fracasser Vépaule d’un des cavaliers de l’escorte : les chas- - seurs détachés vers lui le sabrérent si rageusement

que, suivant une tradition, on dut rouler ses - morceaux dans un drap pour les emporter au eimetiére. : a aa

Quelques autres tentatives, sur Muzillac notam- ment par Sol de Grisolles et Mercier La Vendée, ne tournent pas plus avantageusement pour les

bandes morbihannaises qu’achévent de décourager leurs défaites caractérisées de Gueltas, de Silfiac

‘et de Malbrand. Quantin est décidément homme

de parole et les Chouans commencent a s’en apercevoir. On connaissait avant lui les cantonnements et les réquisitions, mais 6n ne s’en était pas servi avec cette maitrise, on n’avait pas donné au systéme cette extension : grace aux troupes fraiches que ne cesse de lui envoyer Hoche, qui peut faire sans risque le généreux depuis qu'il est débarrassé de tout souci du cdté de Stofflet et de Charette, Quantin a jeté sur le pays un réseau si serré de postes et d’avant-postes que passer au

travers est 4 peu prés impossible : tantét l'un,

tanté6t l’autre y reste, hier le chevalier de Montmuran, aujourd’hui le courrier de Cadoudal.

Vraie toile d’araignée dont les Chouans sont les mouches : qui n’y laisse pas sa vie et quelquefois son honneur, comme le comte de Vaugiraud, y laisse au moins ses dépéches, comme le chevalier de La Garde. Tous les plans des conjurés sont

éventés, connus, déjoués. Qu’arrive-il donc? D’ot

viennent les mauvais regards que se lancent ces

chefs qu’on nous disait si unis? Et sont-ce la les”

effets de cette autorité prestigieuse que les historiens attribuaient 4 Cadoudal? « J’ai semé parmi

eux Vivraie de la méfiance », écrit Quantin au

ministre de la Guerre le 21 prairial. Et Cadoudal confirme : « Nous étions entourés de traitres,

d’espions... tous les moyens furent employés

auprés de nos soldats. »

Le plus opérant fut la réquisition. C'est une

chose d’ordonner qu’on enlévera les bestiaux, les

ad a) eo onal

et c’en est une autte, dans les pays insurgés, de pourvoir a l’exécution de cet ordre. Quantin Vavait appris a ses dépens en plusieurs occasions et, le 10 mars, au Maigrit, ot il avait laissé sur le

carreau soixante de ses hommes. Mais maintenant,

avec les forces dont il dispose, la réquisition n’est qu’un jeu, et les soldats-paysans de Cadoudal, de

Guillemot, de Grisolles, de Silz, de Roquefeuil, de

F ranqueville, etc., doivent assister en se rongeant les poings au déménagement de leurs étables

et de leurs granges. Bien pis : Quantin menace —

d’incarcérer leurs parents, leurs amis.

Mon camarade, écrit-il le 13 floréal (2 mai) 4 son adjoint Auguste Mermet, il faut que tous les bestiaux,

que tous les chevaux et que tous les riches et notables —

des communes imperturbablement rebelles de Bignan, de Saint-Jean-Brévelay, de Plumelec, Saint-Aubin, Callac et Saint-Allouestre soient enlevés de suite et conduits a Pontivy ou a Locminé ou a Josselin et de préférence a Vannes. Indépendamment de cela il faut que chacune de ces communes, qui depuis 91 n’ont rien payé, vous comptent chacune 25 ooo francs, monnaie métallique, somme que vous consignerez a titre de dépdt seulement dans les caisses des payeurs. De préférence, néanmoins, mon cher ami, frappez vigoureusement et méme rigoureusement les péres, méres et tuteurs de Chouans et-les riches égoistes des campagnes qui ne peuvent étre des ndtres. Faites-les tous incarcérer et, en sus des amendes prononcées, exigez, pour chacun d’eux,

to fusils tant de munitions qu’anglais et 200 cartouches

a balles de ee fine.

- Divisés, mécontents, suspects a eux-mémes at

a leurs troupes, que les chefs morbihannais

a aN DEUXIEME PACIFICATION " “ fourrages, les grains d’une ferme, qu’ on frappera les communes d’une taxe, d’un emprunt force,

ss

LA CHOUANNERIE, : regrettent aujourd’ hui l’organisation démagogique | } - quils se sont donnée, les ferments de discorde q — qwils ont introduits parmi eux en rejetant Puisaye, en ne lui faisant grace de la vie qu’a condition de porter ailleurs ses intrigues! Les voila qui viennent a jubé, Georges au premier rang, et qui, par un message du 27 avril, antérieur méme a |’ordre de réquisition générale de Quantin, le supplient . de reprendre sa place a leur téte; ils jurent que « l'expérience du passé » leur servira, qu ils sacri-fieront tout désormais 4 « la réussite » de la cause commune. Et cependant ils ne font point mystére a leur correspondant du triste état ott cette cause est réduite et, avec elle, la petite armée chouanne, noyée, submersée sous le débordement des forces républicaines.

« Dans les postes ot, il y a deux mois, il n’y avail que 100 hommes, on en compte jusqu’a I 000.

D’aprés les rapports des autres armées, il parait qu’elles se trouvent toutes dans le méme cas. Nous craignons bien qu’un jour la Bretagne ne subisse le sort de l’armée de Charette. »

On se bat encore pourtant; on « expédie » ¢a et 1a, par habitude, un maire, un jureur, un suspect; on essaie de surprendre une colonne mobile et le plus souvent on est rossé et l’on n’a rien empéché, ni les réquisitions, ni les arrestations, ni les occupations. Guillemot lui-méme, « le roi de Bignan », connait cette honte supréme de voir la capitale de | son royaume occupée par 200 Bleus aux ordres du citoyen Bosquet et de n’oser intervenir. Sur quoi il se décide et, avec Mercier La Vendée, général en second, d’Allégre, Trécesson et du Chélas,

LA DEUXIEME PACIFICATION

le 12 prairial (31 mai), en plus de Roquefeuil, avaient ouvert les pourparlers avec Quantin; le 17, le 20, les négociations continuent; le 24 - Hoche est a Vannes et y recoit Cadoudal, Mercier, du Chélas, Guillemot Sans-Pouce, ainsi nommé

divisionnaires, il adresse par billet sa soumission - ie a Mermet. On est au 8 juin; dés la fin de floréal, du Bot cadet s’était soumis, et Mercier, d’Allégre,

— d’une infirmité de sa main gauche qui sert 4 le

distinguer du « roi de Bignan », et deux autres chefs chouans non identifiés. Le P. Le Falher, | a qui l’on doit ce relevé méticuleux et si précieux des successives redditions morbihannaises, croit - que « c’est dans cette entrevue que le général en chef détermina les clauses du traité », entendons - par 14 que c’est dans cette entrevue qu’il fit ~ connaitre ses conditions aux rebelles, car elles ne ~ comportaient point de discussion, sauf peut-étre sur des points de détail, étant- les mémes pour tous, fort douces en outre et allant jusqu’a la limite

- des concessions permises. Cadoudal les accepta —

~ le 26 prairial (14 juin); d’Allégre et Saint-Romain © le 30 (18 juin); Trécesson, la Nougaréde et Silz — le 3 messidor (21 juin) ; du Chélas et du Bouays le 5 (23 juin). Ce méme jour, qui était la date fixée par - Quantin, tout était fini et, suivant sa parole, il - -n’y avait plus un seul Chouan en armes dans le | Morbihan. :

Mais il y en avait encore dans les autres départements insurgés, parce que Hoche ne voulait pas —

recommencer la Mabilais et, 4 une conférence

4 générale, toujours dangereuse, préférait le systéme des tractations particuliéres. Quand done,

- LA CHOUANNERIE | ea le 12 messidor suivant (30 juin), Georges écrit au recteur de Berric, Guillaume Jégoux, pour ramener a une vue plus nette de la situation ses peu accommodants paroissiens : « Il nous reste, pour tout, le Morbihan... Il n’y a plus d’espoir raisonnable », c’est, quoi qu’on ait dit, le besoin de se justifier prés d’une fraction intransigeante de ses troupes plus que la démoralisation, le désespoir, qui lui dictent ‘ces lignes inexactes. Car le Morbihan a traité le second, avant la Normandie, la Haute- — Bretagne et le Maine. Frotté est plus en droit que Cadoudal d’écrire a ses soldats : « Nous seuls testons pour soutenir une guerre aussi juste que légitime. » Cadoudal semble avoir été fortement impressionné par la reddition inopinée de Scépeaux qui, dans sa hate de traiter, ne voulut méme pas attendre la réponse de Puisaye, prés duquel il avait détaché Chatillon et d’Andigné : dés le 14 mai, le chef de l’Anjou chouan acceptait les conditions de Hoche. Les raisons qui l’avaient conduit 4 renoncer étaient sensiblement les mémes que celles qui décideront Cadoudal et ses divisionnaires : Vafflux des troupes républicaines, les réquisitions, les amendes, les incarcérations. En sus, la crainte de manquer de pain et déja la disette de vin et d’eau-de-vie. Le licenciement, de toute facon, s’imposait, selon d’ Andigné., Soit, mais en plein accord — avec les autres chefs. « Le parti royaliste est un, ‘rappelait justement Puisaye a Scépeaux, comme ~ le roi pour lequel il combat. Une portion ne peut traiter sans l’autre. » Vainés admonestations. La capitulation de Scépeaux .entraina, déclencha — : ea as oe celle de Cadoudal, car la reddi- |

Ry SO ae ee eT LE ee ne a ta aie

ee DEUXIEME PACIFICATION 2

‘ tion presque - ‘concomitante de trois ou quatre

petits divisionnaires de la Mayenne et d’Ille-et- -Vilaine, d’Escarboville, Sévére de La’ Bourdonnaye, etc., n’aurait point eu d’influence sur les Morbihannais. Tant y a qu’en traitant le 14 juin

Cadoudal distangait de deux jours Apuril, le divisionnaire de Mordelles, qui ne traita que le 16 avec Travot, et, de plusieurs jours, Frotté, Boisguy et Pontbriand, dont le dernier ne se rendit que le 30 juin a Spithal.

Presque tous sans doute étaient a bout de souffle, mais Frotté surtout : le 19 février dans la nuit, quand avec ses Chouans, la chemise passée par- ~ dessus leur pantalon pour se reconnaitre dans l’ob- © scurité, il se jetait sur Fougéres, mal gardée, il ne s’attendait pas en étre refoulé si vite par une gar- — nison que les roulements de la générale avaient alertée en quelques minutes; moins heureux encore, le 31 mars, devant Tinchebray qu’il essaye d’incendier, ne pouvant réduire sa garnison, inférieure des . deux tiers 4 sa troupe, mais soutenue, portée par | la population et les femmes elles-mémes qui rafraichissent a grands seaux d’eau les couvertures mouillées sous lesquelles se battent les 250 hommes du lieutenant Valentin, il perd dans cette affaire une centaine des siens, dont vingt officiers. Et. cela ne l’empéche pas peu aprés, avec l’héroique Mandat, qui l’a rejoint dans la forét de Saint-Jean, - des’embusquer 4 Préaux, sur la route de Domfront, de tomber sur le général La Rue et de lui enlever son convoi. Il est tenace et il sait se retourner : ce. sont ses vertus principales. La Ferté-Macé, - .Couterne, bourgs fortifiés, lui résistent; Alencon

LA ‘CHOUANNERIE Sa ak échappe 3 4 son lieutenant Médavy : il se gahat sur 4 - Flers; il combine avec Boisguy un coup sur les - postes républicains dela c6te pour assurerundébarquement anglais d’armes et de munitions; Mandat © est encore vainqueur au Grand-Celland (1° juin), ot un millier de Bleus s’affrontent 4 autant de ‘Chouans et succombent aprés une lutte sanglante de huit heures. L,’affaire du Pas (15 juin), menée par Frotté en personne, fut son chant du cygne. Il ne tenait plus ses hommes; chaque jour quelqu’une de leurs bandes se rendait; il les voyait se détacher de lui comme les feuilles de l arbre touché

par lautomne. Les causes qui avaient agi ailleurs

ne pouvaient manquer d’agir ici, mais avec des effets variés. Alors que dans le Morbihan les paroles étaient peu opérantes, le verbe pacificateur de Hoche, ses appels au désarmement, a la réconciliation, dont il marchait partout pré- —eédé, reprenaient céans tout leur empire. En Vendée méme, Stofflet, Charette, étaient moins tombés sous les balles de ses grenadiers que sous Yaction énervante de ses proclamations qui faisaient glisser le fusil des mains. Que ne promet- tait-il ou ne laissait-il espérer aux insurgés qui se rendraient? Pas seulement l’amnistie, mais encore la liberté du culte, la remise des taxes arriérées, jusqu’a un régime de faveur pour les jeunes gens de la réquisition auxquels le travail des champs — serait compté comme un temps de service aux frontiéres... Les administrations départementales et municipales trouvent bien excessives ces concessions, grognent, dénoncent dans Hoche un nouveau Cromwell : il n’en a cure. L/obstination de Frotté,

‘souvenir d’une entrevue ott les deux hommes

Hoche a faire ce qu’il n’avait pas fait pour Scépeaux ni pour Cadoudal, a prendre les devants et a lui © offrir » par le général Dumesny « une tréve et title confétence ». Celle-ci se tiendrait au chateau de Couterne, berceau de la famille de Frotté et.

DEUXIEME PACIFICATION

son Ghvsetere chevaleresque, ‘peut-étre atissi certain | ae

-avaient sympathisé sur plus d’unh point, inclineront

ow il avait passé dans sa jeunesse tant de jours

- heureux; Dumesny s’y rendrait seul; avec un adjudant; « connaissant ses principes », le général ne voulait « rien lui proposer qui ptit toucher 4 son

- honneur » et, malgré toutes ces précautions de ome

style, Frotté ne put aller jusqu’au bout de sa lec- | ture et s’évanouit comme une petite maitresse. Incapable de supporter la pensée d’une capitu-— lation, lui qui avait refusé sa signature au traité de — la Mabilais, et se rendant compte cependant de - Vimpossibilité de oute résistance, il chargea le —

vicomte de Chambray, président du Conseil de pe

-Tarmée normande, de suivre 4 sa place les négo- ciations et s’embatqud pour |’ Angleterre avec son - frére et Marquerye. Il n’avait rien signé; cette fois - encore, rien demandé, rien promis pour lui-méme, et il efit donc été parfaitement libre de ne considérer cette paix que comme « une tréve, un moyen de se préparer a reprendre la guerre avec plus d’avantage », si, par deux lettres au général Dumesny et a ses propres troupes, iln Bhs engagé a signature de celles-ci. :

« Sophismes et contradictions de Vesprit de parti, ne peut s ’empécher de remarquer A ce propos — son biographe et i wats habituel Louis de La

Sicotiére. Cet homme qui, pat un sentiment de 4

- délicatesse, au risque d’étre pris et fusillé au coin d’une haie, refusait sa signature A un traité jugé nécessaire par la plupart de ses camarades et dont il était le premier 4 leur conseiller l’acceptation,

n’éprouvait, en apparence, aucun scrupule A avouer —

que ce traité n’était qu’un leurre, a y compromettre l’honneur de ces braves gens dont le sien était pourtant solidaire. »

C’est Cormartin, le « jésuite » Cormartin, qui avait mis 4 la mode dans les traités cette casuistique funeste, cette pratique des restrictions mentales dont les émigrés ne se sont qu’incompléetement justifiés en arguant qu'il y avait encore moins de stireté dans la parole de leurs adversaires,

et Frotté, par ailleurs si noble, si généreux, était —

affligé d’un véritable impétigo scripturaire qui

lui faisait prendre la plume a tout propos. Au — demeurant et en la circonstance on lui préfére —

Rochecot licenciant. ses troupes sans recourir a

Vencrier et disparaissant comme il était venu, -

ou méme un Puisaye, abandonné de Boisguy, dont il est l’héte et qui le déteste, ne conservant plus pour sa sauvegarde qu’un petit peloton

d’émigrés formés en Compagnie des Chevaliers —

catholigues sous les ordres successifs de Péan de Saint-Gilles et du vicomte de Chapdelaine et conti-

nuant avec cette poignée de don Quichotte sa —

guerre 4 la République. « Le maudit Puisaye! » —

s’écrie Hoche. A celui-la il ne daigne ou peut-étre

n’ose-t-il pas parler d’amnistie ou de capitulation. Il connait la puissance d’illusion du personnage et

son orgueil incommensurable qui tient téte aux

t= a Pee

princes et va jusqu’a lui faire s’écrier dans le

uk DEUXIEME PACIFICATION —

' moment ot tout craque, ott le sol céde sous ses s

pieds

ae puis 1 me faire duc de Bretagne quand je voudrai. J’ai 200 000 partisans 4 ma disposition.

L’homme qui parle avec cette superbe pourra

se résoudre lui aussi 4 passer le détroit, non en

vaincu et aprés avoir mis bas les armes, mais pour attiser la haine anglaise, la décider 4 un nouvel effort. Il connait la Révolution; il la sait . incapable d’une politique de modération suivie. Et les événements lui donneront raison : assez- large envers les hommes, plus chiche envers les chefs, l’amnistie ‘n’est en trop d’endroits qu’un mot vain. Hoche a beau s’interposer : les direc- toires départementaux, les administrations locales

saisissent tous les prétextes pour remettre la main

sur ceux en qui leur haine ou leur peur n’a pas

cessé de voir des ennemis. Chambray est arrété a Rouen, Moulin 4 Mortain, Jean Jan a Baud, Silz a Arzal, Scépeaux a Nantes, Billaud 4 la Ferté- Macé, Mandat — qui, blessé, n’a pu suivre son chef — 4 Caen, Boisguy au Boisguy d’ou il est jeté Ala tour Grainetiére, la plus mal famée du donjon de Saumur. « On guillotine tous les jours des prétres a Vannes, écrivait un peu auparavant Hoche au Directoire. Tous les jours aussi les vieilles femmes et les jeunes garcons viennent tremper leurs mouchoirs dans le sang de ces malheureux, et bient6t ces monuments d’horreur servent de dra- peaux aux fanatiques habitants des campagnes. » - On ne guillotine plus, la paix signée, mais on - fusille encore quand l’occasion s’en présente et,

ne auti mois d’aofit 06, Videlo epnistate que «les pretrea” sont obligés de se cacher aujourd’hui comme

- auparavant; ce qu’ils ont de mieux, ajoute-t-il,

c’est que, les Républicains ne courant pas tant les campagnes, ils peuvent voir de temps en temps

oe le soleil ». Les choses en viennent 14 que Cochon de

Lapparent, le nouveau ministre de 1’Intérieur, est obligé de rappeler aux administrateurs l’article de la loi du 7 vendémiaire par lequel les membres du clergé ne sont plus astreints au serment, mais “Aa une simple déclaration : encore conseille-t-il de ne pas les y « assujettir trop sévérement » pour ne pas « troubler de nouveau la tranquillité publique ». Autant en emporte le vent. L’armée elle-méme n’observe pas partout les conditions du traité : elle pille, viole, incendie; elle n’est, en un trop grand nombre de corps, qu’un ramassis de « scélérats » qui inspirent au généralissime le dégofit de son « métier » et aux insurgés le légitime regret d’avoir fait leur soumission. Mais Hoche, de son cété, n’échappait que par miracle a une teritative d’assassinat, et le pistolet, si maladroitement braqué contre lui, 4 Rennes, a la sortie du théatre, le 16 octobre 1796, par l’ouvrier Moriau, avait été chargé par une main royaliste.

— Malheureux! as-tu une femme, des enfants?

demande Hoche a son assassin qu'il a fait venir dans sa chambre pour l’interroger en dehors des commissions publiques.

Et comme Moriau, sanglotant, avoue que la

faim seule 1l’a poussé au crime, qu’il a vendu son

bras pour un écti, Hoche le congédie en lui remet=- —

tant vingt-cing louis pour sa famille.

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le grand eres qui ihe as: s’ imposer a ee os

: a vingt-huit ans : les ombres qui gataient un peu jusqu’ici cette belle figure se sont estompées, —

pour son ascension découvrir le monde moral, les -plaines austéres de la conscience. Peu content de — - pardonner a ses ennemis personnels, il intervient pour les ennemis de 1’Etat; il ne reste plus neutre - entre eux et les complices de l’atroce Tallien, - comme au lendemain de Quiberon; il n’est plus le - Ponce-Pilate soucieux d’abord de ne pas se compro- - mettre, et il parle ferme et net au nom de l’huma- nité et de 1’intérét supérieur du pays. Le 1°? mes- sidor an IV, il écrivait 4-sa femme : « Tu peux -assurer que la guerre des Chouans est finie, ainsi - que celle de la Vendée». Peut-étre la Chouannerie lui a-t-elle paru plus difficile 4 réduire que la Vendée, au point qu'il a un moment désespéré

admiration par ce geste cornélien n’a pas encore |

effacées; il est A ce point de la courbe ot ’ambi- —tieux a fond d’honnéte homme peut sans danger —

d’en venir 4 bout. Puisaye, avec ses adresses, son

sens de l’intrigue, lui faisait plus peur que Stofflet et Charette avec tout leur génie militaire. Pour en terminer avec cette guerre affolante contre un ennemi insaisissable, ot chaque talus dissimule

un combattant, ott de chaque souche de chéne,

de chaque coin de champ ou de rue peut partir

un coup de fusil ou de pistolet mortel, il ne recule - devant aucune concession d’amour-propre; il préte l’oreille aux suggestions de la cousine méme

de Scépeaux, la vicomtesse Turpin de Crissé, une royaliste, mais clairvoyante, qui de son chateau

-écarté d’Angrie, se rend compte que ces Iuttes —

LA CHOUANNERIE Oe NEO ey foe

oa “fratricides sont sans aboutissement et qui a travaillé

déja une premiére fois a la pacification del’ Anjou : « Aprés maintes allées et venues, dit Mathilde ‘Alanic, la délicate négociatrice trouve le généralissime aussi désireux qu’elle de voir s’établir la concorde »; elle éprouve dans‘les entrevues suivantes, « jusqu’a l’extréme limite, la générosité ’ de l’adversaire »; enhardie par ces concessions qu’on efit pu croire les derniéres, elle ose en demander et en obtient de nouvelles : « ouverture des prisons, sauf-conduits pour les émigrés qu’elle aura le droit d’hospitaliser en attendant de quitter la France ». Dans sa reconnaissance, son émerveillement de cette largeur d’esprit accordée a tant de magnanimité, elle s’écrie :

— Général, si vous ne voulez pas faire roi Jouis XVIII, que ne vous faites-vous roi vousméme?

L/ingénuité d’une telle question efit bien excité la verve de ce La Vieuville qui commandait entre Dinan et Saint-Malo la plus importante division des Cétes-du-Nord et qui, pour avoir eu Hoche sous ses ordres, croyait pouvoir conserver avec le général en chef des armées de 1|’Océan le méme ton supérieur qu’avec le sergent aux gardes-fran-

gaises. La Vieuville venait de tomber dans une ~

embuscade en quittant Puisaye; son cadavre gisait quelque part dans la forét de Villequartier : Hoche songeait que les La Vieuville se comptaient par centaines chez les émigrés, que le préjugé du sang l’emporterait toujours chez eux, qu’une Turpin de Crissé- était l’exception et qu’aussi

bien, ayant pacifié la France et lui-méme, il.

LA DEUXIEME 5 PACIFICATION --répéter apres Auguste :

= Teens maitre de moi comme de l’univers....

Pe aicsait la plus. haute i royautés, il pouvait | se

Entrainé hier encore dans le courant d’athéisme —

universel, ilentend aujourd’hui que enfant qui va ~ Ae

naitre de sa chére Adélaide suive un culte, pratique une religion; il voit 14 une sauvegarde et un | réconfort, la satisfaction d’un besoin de l’ame trop méconnu et qu’il commente a sa jeune femme dans une langue touchante de gaucherie;

- sur la question du serment, « premiére cause des

maux qui ont désolé ces malheureuses. contrées »; a Rennes, le 29 mai, pour la féte des Victoires, il invoque publiquement 1’Eternel et lui fait hom-

au Directoire il demande qu’on ne revienne pas

mage de celle qu’il a remportée, de la paix équi- -

table qui l’a couronnée.

En vvertu des dispositions générales de cette paix, tous les combattants, officiers ou soldats des armées insurgées qui avaient fait leur soumission —

étaient amnistiés, les jeunes gens de la réquisition mis en congé définitif, les déserteurs réintégrés dans leur ancien corps, les prétres réfractaires — laissés ou remis en liberté. La dictature militaire prenait fin du méme coup et, avec elle, l’odieux

régime des réquisitions et des charrois obligatoires.

'Seuls les émigrés restaient des émigrés : la patrie les rejetait 4 l’exil, mais les munissait de saufconduits pour le voyage. En somme, comme -Yobservait d’Andigné aux tétes chaudes de sa compagnie, « tous les avantages de cette paix —

TA CHOUANNERIE o

orate restaient sous le séquestre ». Ici, comme a Berric, les plus obstinés ne sont pas les chefs. Le cliquetis sec des chiens de fusil armés et - désarmés au cours de J’orageuse explication . témoignait des sentiments divers par lesquels - -passait lauditoire, ébranlé, mais non convaincu. Le caractére démocratique de l’insurrection s’affir- - mait une fois de plus. L’estimable gentilhomme ne disait pourtant que la stricte vérité, et les émigrés, -- dans ces conventions, n’avaient rien stipulé, demandé aucune faveur pour eux-mémes. Tant de - désintéressement doit bien leur étre compté par Histoire, si facilement et quelquefois si justement sévére pour eux sur nombre d’autres points.

iain: 2

- étaient pour les hommes, puisque aba! émigrés . - étaient tenus a quitter la France et que leurs

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