FRUCTIDOR
croit-on, du canton de Saint-Meloir et chef d'une y division insurgée. i
Quel espoir insensé avait retenu sur le continent — ces. quelques émigrés, d’ailleurs presque tous d’assez petite marque, et que n’avaient-ils profité des facultés a a eux offertes de regagner l’Angleterre? Tl en était peut- -€tre, tant l’illuminisme breton “est tenace, qui croyaient 4 un retour de fortune, mais la plupart, dénués de ressources, reculaient devant les perspectives sans attrait de lexil,
allele .t tirait Pan sonlics mystérieux, natif, aor
londonien, Au pays, chez leurs anciens fermiers, ae
chez les amis, les parents, qu’ils avaient conservésen des manoirs perdus, ils trouvaient une hospitalité abondante, des facilités d’existence inconnues de l’autre cété du détroit. Et enfin c’était le pays, son odeur qu’on n’oublie plus quand on a - cessé une fois de la respirer. — Pour les déserteurs, catégorie de combattants assez peu estimable en général, les mémes raisons qui leur avaient fait quitter le service dela République, 4 savoir l’insuf- — fisance de solde, le manque de vétements, de souliers, quelquefois de nourriture, les faisaient répugner 4 y reprendre leur place. Un certain - nombre s’y résignérent, mais beaucoup préférérent -garder le maquis. Ces armées de la République,
méme aprés la pacification, présentaient si peu.
de séduction que journellement des hommes, et non seulement des soldats, mais des officiers comme Duviquet et Billard de Veaux, s’en détachaient qui venaient grossir les rangs des insoumis. ~ Cinquante hussards désertent ainsi 4 Hennebont dans une seule nuit. Des désertions analogues, par —
+ PO See Eee
LA CHOUANNERIE | groupes, sont signalées A Josselin, A Pontivy, 4 4 ' Vannes. Fait plus grave : Moriac et Naizin sont mis a rancon par une troupe de cent marins en — congé de décade plus ou moins régulier qui, ne -recevant plus de solde, se paient sur l’habitant. Ce sont ces bandes dirréguliers, renforcées des mendiants professionnels, petits merciers, — - chiffonniers, chaudronniers, vendeurs d’orviétan, -. chanteurs nomades et autre truandaille de grand | chemin, qui vont former une nouvelle « armée du crime » destinée bien vite 4 faire oublier les excés __ des Chouans les plus féroces : on connait quelquesuns de leurs repaires qui s’étaient multipliés ala faveur des troubles aux issues des villages et : oti elles se réunissaient A la brune, pour combiner : leurs coups, devant une chopine de gwin-ardent (eau-de-feu), autour d’un pichet de cidre ou de ~
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. chuféré (hydromel). Lenotre a fait du plus fameux de ces bouges, la Mirlitantouille, sur la route de Moncontour, la peinture la plus pittoresque. — Déja, pour déconsidérer les insurgés, certains — généraux républicains, Rossignol, Moulin, Hoche — lui-méme, n’avaient pas rougi de lever? ou de — laisser lever des compagnies de faux Chouans, — tecrutés parmi les condamnés de droit commun > qu'on habillait de grands chapeaux et de scapulaires et qu’on lachait dans la campagne en leur recom- mandant de « faire les cent coups » sous l’étiquette de la religion et du roi. La rubrique la plus commu- nément employée par ces malandrins « consistait a approcher d’un brasier les pieds de ceux dont ils voulaient obtenir de largent » : d’ot le nom de chauffeurs qui leur fut donné. A Saint-Jean-Bré-
: -FRUCTIDOR- i
relay, le 18 Fe 66: ‘ls arilfent: une femme Se -«jusqu’a la ceinture »; un peu plus tard, c'est
la comtesse de Lambilly 4 qui les coquins arrachent par les mémes procédés 3 000 livres de bel argent sonnant et trébuchant. Maisils coupaient == - aussi les oreilles, creusaient des fosses au bord =
desquelles ils faisaient agenouiller les patients; 9 |
Pour n’étre point reconnus, ils se barbouillaient le - visage de suie. La bande de Pourmabon, en Bignan oe
- (capitaine Julien Hervo, condamné antérieurement
de Bazouges-du-Désert (Ille-et-Vilaine), en comp- — E tait. quarante ; une autre, nettement policiére, — organisée dans le méme département par le - commissaire Loysel, avait été placée par lui sous
pour vol 4 quatre ans de prison), comptait de treize A quatorze affidés; une autre bande, aritour 2)
le commandement d’un ancien capitaine de Bois- is guy, Joseph Boismartel, dit Joli-Ceur, dit la Pra (Voiseau de proie), sobriquet qui convenait beau-
coup mieux aux instincts carnassiers de ce Judas. —
Autour de Caen, les exploits de la bande Cornu Z| oe
et Capelu défrayérent longtemps les veillées : cette bande avait pris son nom de la fille Cornu, -- maitresse de Capelu, qui donnait la qtestion aux victimes « en leur mettant sous Jlaisselle une © chandelle allumée ou en leur posant de Vamadou brfilant sur Vorteil*». Vidocq dit que, pour lui
faire le cceur solide, on avait forcé la fille Cornu
~€ porter pendant deux lieues, dans son tablier, —
la téte d’une fermiére des environs d’Argentan.
Prés de Fresnes, une complainte populaire de : ge
l’époque déroule en trente-six couplets la pitoyable © histoire d’un cultivateur de la Brigaudiére saigné
os (CHOUANNERIE aN
; it Seve 1, ix. ieee Pe
sur la table de sa cuisine par un chef de eations 7
maquillé en Chouan et qui obligea la femme du malheureux, sous la menace du méme traitement,
a recevoir son sang dans une poéle. On croirait
entendre déja Fualdés. Mais la palme du genre
revient a la fameuse bande d’Orgéres dont s’est
alimentée toute une littérature, d’ Auguste Ricard et d’Elie Berthet 4 Eugéne Sue, et qui, aprés avoir
tavagé par le feu et l’eau la Beauce et le Blaisois,
G. particuliérement de 1795 4 1797, trouva sa fin ‘a Chartres, sur -l’échafaud, le, 3 octobre 1800 :
vingt et un de ses membres y montérent le méme jour, trois autres s’étaient suicidés en prison. « Vérification faite de leurs antécédents, aucun, dit La Sicotiére, n’avait appartenu a la Chouannerie », mais quelques-uns étaient d’anciens déser- teurs : il suffisait pour que Vopinion mit ces horreurs sur le compte. des i insurgés. 2 Jusque dans les régions occupées encore par les ©
‘Chouans ou plutédt les débris de leurs bandes et
out ils maintenaient une certaine discipline, obser- : vaient un certain code du pillage et de l’assassinat, 4 on constatait 4 leur égard une évolution de l’esprit
public : les Legris-Duval, les Richard, les Saint- ‘ Régent pouvaient faire encore des recrues dans —
l’armée républicaine, beaucoup moins dans les
couches profondes de la population paysanne.
Sans le 18 fructidor, ce réservoir inépuisable de — forces leur efit été définitivement fermé : la | Chouannerie ne peut vivre que si Vopinion est avec elle, et l’opinion, qu ’achéve de conquérir la — remise des impdéts arriérés, se détache d’elle A mesure que tout se tasse, se réorganise: les munici- —
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: palites iis le travail ein ‘les Honsae
qu'il s’en trouve de vacantes? »), surtout 4 mesure que la persécution religieuse se reldche et fait place 4 un régime de semi-tolérance, de complai- - sance résignée. Sudlata causa, tollitur effectus. Pas plus que leurs prédécesseurs, le Directoire
- exécutif, les ministres, les deux Conseils des Anciens ~
et des Cing-Cents, composés pour les deux tiers’ de conventionnels, ne portent dans leur coeur la teligion catholique, apostolique et romaine, mais ils tiennent a leur tranquillité et ferment les yeux : si Dieu n’est pas encore rappelé, il n’est plus - proscrit. Le nouveau gouvernement se contente de - Vignorer; il laisse rouvrir les églises (40 000 seront
ainsi rendues au culte dans les cing années de son.
; administration), il supporte méme qu’a Saint- ~~ - Brieuc on rétablisse les sonneries de l’Angélus et —
les bannies de défunts par crieurs publics munis
de clochettes. Le calendrier républicain tombe a —
Youbli : dimanche se réinstalle tout doucement at bout dela semaine avec son air de féte, ses costumes qu’on tire de l’armoire et son pot-au-feu familial. (a et la un ancien insermenté, comme l’abbé Gorgelin, a Plessala, est encore égorgé et le plus % légalement du monde, sous le couvert des stupides
dispositions de la loi du 13 brumaire votée dans un ° dernier hoquet d’anticléricalisme par la Convention . expirante. Mais cette loi, presque partout ailleurs, :
restait lettre morte : Pie VI, sans cesser de condamner la Constitution civile du clergé (mais ; puisqu il n’y avait plus de Poneaey civile!) —
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tions (ne voit-on pas nombre d’anciens Chouans, © autour de Fougéres, « prendre des fermes autant |
ed ay ee SA te aes Soca:
i LA ‘CHOUANNERIE |
eaiaik fait sa paix avec la République; a fidéles 4
par le bref Pastoralis sollicitudinis du 5 juillet 1796,
n’étaient plus tenus de bouder le régime. Et, réci- —
proquement, les prisons du Directoire se vidaient,
rendaient leur liberté aux prétres infirmes ou agés ~
dont n’avait pas voulu la guillotine; les autres
Lad
hy
- membres du clergé réfractaire, les proscrits, les —
-condamnés a mort de la veille, s’accommodant ~
de la déclaration anodine portée dans la loi du ©
7 vendémiaire et qui n’était méme pas toujours ©
exigée, opéraient a leur suite une rentrée discréte.
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C’étaient les soumissionnistes. Les intransigeants — ou bastiens (ainsi nommés de leur principal insti- —
gateur et dirigeant, l’ex-évéque de Vannes, Sébas-
tien Amelot) formaient un troisiéme groupe, mais — sans force, sans autorité, sauf dans le Morbihan, — qui, plus qu’a la parole du pape, était attentif — a celle de ses prétres et efit rompu avec Rome, si : tel avait été l’avis de MM. de Boutouillic et de |
Keringant, grands vicaires généraux.
L’exception, comme -on dit, confirmait la régle
et ce n’est pas la premiére fois que nous avons a faire une distinction entre le Morbihan et les autres — départements insurgés. Partout ailleurs, on avait
Vimpression d’un glissement doux, d’un retour insensible, sans heurt, par la voie légale, 41’ordre de choses rompu par la Constituante, et ceux qui ne
croyaient pas au rétablissement de la monarchie -
absolue croyaient qu’au moins le pays s’achemi-
nait -vers une monarchie constitutionnelle. Le
premier tiers élu des Cing-Cents reflétait assez
bien ces nuances de l’opinion avec ses royalistes ultra comme Vaublanc, Job Aimé, Mersan, Le
trouvé quelque homme déterminé pour conduire © Yentreprise, tenter « le coup », comme on dira — plus tard (mais il semble, par ies expériences du
2 décembre et du 4 septembre aprés celles de fruc-. tidor, de prairial et de brumaire que ce soit 1a
et appeler Louis XVIII. Mais Pichegru, acquis au — ‘mouvement, hésitait; mais YAgence royaliste donnait téte baissée dans tous les piéges de la police, et ses affidés, les « mirliflores », les « musca- — dins », les « compagnons de Jésus » perdaient leur ‘temps a a des enfantillages, des « bals de guillotinés », des charivaris, mille turlupinades de mauvais gotit. Le public riait, comme a guignol; il applau- ~ dissait méme; mais les victimes de ces farces souvent obscénes, les hommes criblés de nasardes, soutfletés, batonnés, déculottés, les femmes, comme celle de l’ancien membre de la Gironde, le libraire © Louvet, fessées sur le pas de leur boutique, y prenaient un avant-gotit du sort qui les attendait, si la contre-Révolution lemportait au prochain tenouvellement annuel du second tiers, et ces régi- : cides, ces septembriseurs, ces terroristes a demirepentis, que Bonaparte saura si bien assouplir et s’attacher avec un sourire et quelques cordons, en devenaient un peu plus enragés contre la © -monarchie : « Tout, disaient-ils, plutét qu'une — restauration! » Fructidor n’eut pas d’autre cause. — Jes élections, en majorité conservatrices, ayant
Merrer, et. ses eats tempérés comme Barbé- -Marbois, Pastoret, Portalis, qui penchaient vers Ti regs bee régime imité de l’anglais. Paris méme, s‘il s’y était
un monopole des partis démocratique et césarien), ett pu faire dés ce moment sa révolution a rebours
a) LA CHOUANNERED 7 oa) oe rendu imminente, inévitable, la chute du Direc- : toire, Barras n’attendit pas davantage et, fort de —
la seule atonie de ses adversaires pourtant prévenus
de ses intentions, il fit donner Augereau et ses © grenadiers : le spectre de la restauration royaliste, — souffle comme une chandelle fumeuse, rentra —
instantanément sous terre.
Les élections annulées dans cinquante-trois départements; quarante-deux membres des Cing- ©
Cents, dont Pichegru, douze des Anciens, dont le ©
président Barbé-Marbois, deux des directeurs, Carmot, qui tenait pour la légalité, Barthélemy, nouvellement élu et royaliste notoiré, arrétés,
beatae
écroués ou dirigés dans le fourgon des galériens ©
» vers le port le plus proche ot on les embarqua
‘pour Cayenne avec les rédacteurs de la presse et les —
membres des comités royalistes, labbé Brottier en téte; toutes les lois de tolérance religieuse — abrogées; tous les émigrés mis en demeure de — quitter le territoire sous peine de mort dans un
délai de trois jours; telles furent les principales —
dispositions adoptées par Barras et sanctionnées
a a Cpls
parle coupd’Htat du 18 fructidor (4septembre 1797). Conséquence : la France, pour deux ans, replongée ~
intérieurement dans l’abjection.
Si Robespierre n’était plus, ni Billaud-Varennes, —
ni Collot-d’Herbois, il survivait en effet nombre de leurs émules ou de leurs séides, Sotin et Fouché
entre autres, qui vont se succéder a4 la téte de la police. Types de purs jacobins, ceux-la, comme > Merlin de Douai, le pére de 1a loi des suspects, qui, — - au sein du Directoire, a remplacé Carnot. Les— autres directeurs, Frangois de Neufchateau, —
“nommé au “sidge de Barthelemy ae assez pee homme, ainsi que La Reveillére-Lépeaux, théophi- — lanthrope sans malice, quoique bossu, méme- Barras. le roi des pourris, et Reubell, le. roi des.
- concussionnaires, inclineraient volontiers, par pru-— i dence, vers une modération relative, tout au moins — vers un régime de simple terreur séche : ils ne ~ peuvent faire que leur victoire, particuli¢rement
dans 1’Ouest, n’apparaisse comme la victoire des’ -extrémistes. C’est tout le parti, toute sa queue plutét, qui, de l’aveu du candide La Reveillére,
rentre en scéne et frétille d’aise a la pensée du
F cand bain de sang qu’elle prépare a la France. ‘T/étonnant, c’est que la Chouannerie n’ait pas réagi tout de suite et sauté sur ses fusils.