HOMME DE “BRUMAIRE
guerre, ie ne tourna pas a son avantage : les experts veulent qu’il ait par deux fois, des hauteurs
d’écraser les Bleus; ils accusent l’indiscipline de s’égayant vers Muzillac, le troisiéme s’attardant
au siége d’une vieille muraille sans intérét, et ne
manceuvte, apparait comme un héros de l’Ihade
problémes de la tactique et de la stratégie modernes
diers contre quatre-vingts de ses meilleurs Bretons?
les deux armées rangées en cercle autour des —
“ee Fe ~ oie — ¥ pra
des exemples assez fréquents. L’inadaptation de ~ tels hommes a leur temps voue leurs entreprises |
a un échec presque certain : au lendemain de Grandchamp, tombeau de ses ambitions de par-
- tisan, Georges se mettait en rapport avec Brune;
le 2 février, selon Muret, le 9, selon Beauchamp, il avait une premiére entrevue avec le général en
chef et Debelle. Brune prodiguait les amabilités,
mais Debelle réclama la parole :
— Je suis chargé par le Premier Consul doffrir
a Georges le grade de lieutenant général et le |
commandement d’une division dans l’armée de Moreau; en cas de refus, de lui envoyer sa téte.
— Cest que, dit bonnement Georges, je n’ai nulle envie de la céder.
Sur loffre elle-méme d’un commandeément, il demanda trois jours pour réfléchir. Ce n’est pourtant que le 14, semble-t-il, au chateau de Beauregard, en Saint-Avé, prés de Vannes, qu il fit sa soumission officielle et accepta d’aller voir Bonaparte. Le 25, il partait pour Paris avec deux de ses lieutenants, Le Redant et Biget, et son payeur, l'abbé Le Leuch; le 6 mars, Bonaparte, qui l’avait regu aux Tuileries, disait négligemment :
— J’ai vu ce matin Georges; il m’a paru un gros Breton dont peut-étre il sera possible de tirer parti.
Mais, pour des raisons mal explicables, la méme mansuétude ne le conduisit point dans ses rapports avec Frotté. Lui en voulait-il, comme on 1’a dit,
depuis Brienne ot ils auraient été rivaux? Il semble qu’on ait confondu Frotté avec Phélip- | peaux, le futur défenseur de Saint-Jean d’Acre, et
ussi i bien Frotté avait trois ans de plus que Bonaparte. Tout le mal vint probablement de l’obstination du général normand qui ne désarmait pas, uand les autres généraux vendéens et chouans, méme Georges, avaient fait leur soumission : la Sinistre affaire du Sap, avec ses brileries et ses fusillades de citoyens inoffensifs dans le cimetiére, la marche sur Alengon, les prises de Vimoutiers et de Gacé, enfin la victoire chérement disputée, tnais incontestable, remportée par Frotté a Cossé i (25 janvier) contre les trois mille hommes du général Avril, achevérent d’exaspérer Bonaparte. « Il ne s’agit plus de le vaincre, dit La Sicotiére; ce n’est plus seulement aux armes loyales qu’on devra ‘recourir, mais l’incendie, la trahison, l’assassinat ont recommandés et primés » par le Premier Consul contre Frotté et ses lieutenants, Commarque, Monceaux, Ruais, d’Hugon,d’Hauteville, ete. : « Mettez des colonnes a la poursuite de tous ces brigands. Vous pouvez promettre mille louis a eux qui tueront ou prendront Frotté et cent ‘pour chacun des individus ci-dessus nommés. » ‘Le maitre qui envoyait de pareils ordres ne pouvait étre arrété par de grands scrupules le jour ot ‘son ennemi se remettrait entre ses mains.
Ce fut le 8 février. Par une lettre de ce jour a ‘Hédouville, demeuré sous les ordres de Brune, Frotté lui annoncait sa soumission, motivée par des considérations d’humanité un peu tardives sans doute, mais sincéres : Guidal, puis Chambarthac, commandant la subdivision de l’Orne, furent autorisés A la recevoir. Munis de sauf-conduits en régle, Frotté et son petit état-major partirent a
E OMME | DE E BRUMAIRE oo
cet effet pour Alencgon ot ils arrivérent dans oe | nuit du 26 au 27 pluvidse (15-16 février). Le lende-
main et les jours suivants, sans explication, ils —
étaient arrétés, conduits a WVerneuil, traduits — devant la commission militaire siégeant dans cette
ville, jugés et condamnés 4 mort. Pendant que le © tribunal se retirait pour délibérer et quand leur
exécution ne faisait plus aucun doute, Frotté et ses
six compagnons, épuisés de fatigue, demandérent du vin. On leur en apporta une bouteille. Frotté | emplit les verres, leva le sien :
— Messieurs, au Roi!
— Au Roi! répondirent les six officiers.
Et tous les sept, aprés cette libation supréme, brisérent leur verres, « pour qu’aucun autre toast ne les profanat jamais ».
* Le matin du 18 février 1800 ot, se tenant par © la main et poussant un dernier cri de : « Vive le Roi! » ils s’écroulérent d’un seul bloc dans la © prairie qui a pris le nom de leur chef et qui est le — « champ des martyrs » de l’insurrection normande, on peut dire — malgré ses soubresauts posthumes — — que la Chouannerie était morte. Morte, comme ~ la Vendée, moins de ses blessures que des conces- — sions de ses adversaires et done de sa victoire morale, puisque, la liberté du culte lui étant ren-— due, le principal de ses objets était rempli; mais, — en méme temps, toute raison valable aux yeux du public, tout prétexte de persévérer lui étaient étés. Des attentats, comme l’exécution nocturne de lévéque Audrein sur la route de Quimper a Lan-— derneau (19 novembre 1800), l’explosion de la machine infernale de la rue Saint-Nicaise 4 Paris
ask