L’HOMME DE BRUMAIRE
Cadoudal (ils allaient le montrer),n’eussent
e ERTAINS des exécutants, Frotté le premier et : ? f
pourtant pas encore désespéré. Mais déja
Hédouville était 4 lceuvre : il était noble, comme Canclaux et tant d’autres généraux de la Révolution, mais sans aigreur contre ses fréres les ci-
devant et d’Ame généreuse; il avait pris ses degrés
de négociateur sous Hoche qui se l’était adjoint — pour le travail préparatoire 4 la premiére pacifi- —
cation et ¢’avait été une heureuse idée de Sieyés,
un des nouveaux directeurs, de l’envoyer dans —
VPOuest remplacer l’insuffisant Michaud.
Les mémes concours qui s étaient offerts a Hoche
s’offrirent 4 lui. La vicomtesse Turpin de Crissé, que la Providence semble avoir créée tout exprés
pour le réle de trait d’union, s’employa avec un ‘zéle particuliérement louable 4 rapprocher les
deux camps. Et il convient d’ajouter que d’Auti-
hice
champ (qui n’avait pas été plus heureux en Vendée ae
que Chatillon en Bretagne) et Chatillon lui-méme, tevenu de ses illusions sur le débarquement pro-— chain du comte d’Artois, apportaient les disposi-
{ tions les plus conciliantes : ils entrainérent les
autres conjurés et, le 25 novembre, au chateau
d’Angrie, chez la vicomtesse, un armistice était
signé dont les conditions devaient se débattre le’
mois suivant a Pouancé. Frotté, invité a ces conférences, se fit assez longtemps tirer l’oreille : il y parut seulement le g décembre; moins chaud encore, Georges, qui, dans la nuit du 28 au 29 novembre, avait procédé, a la barbe de Hardy, au débarquement et a la mise en lieu sfir de la plus formidable cargaison d’armes, de munitions, de numéraire, que l’Angleterre efit envoyée 4 la Bretagne depuis Quiberon — quatre canons de six et de huit, deux obusiers, vingt-cing mille fusils, six caisses de piastres et quantité de poudre, la charge de cent charrettes — fit attendre son adhésion jusqu’au 13 décembre et, d’ici la, poursuivit, avec Guillemot, ses opérations clandestines de débarquement. Un armistice d’ailleurs n’est pas la paix et peut méme n’étre qu’un répit voulu,
le calcul astucieux d’un lutteur essoufflé. Quel efit
été le destin de celui-ci dont les signataires, travaillés par le verbe enflammé de Georges et presque tous récidivistes du. manque de parole, offraient si peu de garantie? La meilleure carte d’ Hédouville, avec le découragement de certains chefs, la rivalité des autres, c’était encore l’abbé Bernier acquis brusquement 4 la paix.
Cette volte-face de l’ancien boute-feu de la Vendée n’était pas l’ceuvre du général, mais celle d’un petit homme au frac olive, aux cheveux plats,
au teint bilieux, qui venait de paraitre sur la scéne | |
du monde et dont la volonté implacable allait tout
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parte dans le temps méme ot Hédouville entamait
ses négociations avec les insurgés; le Premier -
Consul leur avait donné son approbation, puis
trouvant — avec raison — que les pourparlers ae
trainaient, éclairé en outre par sa conversation
avec d’ Andigné, que lui avait présenté Talleyrand, —
sur les pensées secrétes des chefs et l’espoir qu’ils caressaient de le voir faire le personnage d’un
nouveau Monck, il avait lancé le 7 nivdse
(28 décembre) sa proclamation foudroyante aux habitants des pays insurgés :
« Une guerre impie menace d’embrasser une seconde fois les départements de 1’Ouest.... Les artisans de ces troubles sont des partisans insensés de deux hommes [Louis XVIII et le comte
d’Artois] qui n’ont su honorer nileur rang pardes
vettus ni leur malheur par des exploits... »
Les ponts étaient coupés avec les rebelles
qu’acheva de renseigner sur les dispositions de — leur adversaire sa proclamation aux soldats, du
4 janvier suivant :
« ...La masse des bons habitants a posé les armes..
Il ne reste plus que des brigands, des emigrés, des - stipendiés de l’Angleterre, des hommes sans aveu, sans coeur et sans honneur.... Marchez contre eux....
| v HOMME - DE BRUMAIRE Bios wifes devant lui: le coup d’ Etat du 18 bru- ie maire (9 novembre) avait porté au pouvoir Bona- 3
Ty?
Que j’apprenne bientét que les chefs des rebelles’
ont vécu.... Faites une de seas et bonne...
Soyez inexorables...
Mais en méme es dans sa proclamation aux habitants, le gouvernement reconnaissait que des
lois « injustes » avaient été promulguées, dont
EN CHOUANNERIE rote
‘ ‘certaines, comme « la loi désastreuse de l’emprunt
forcé » et « la loi plus désastreuse des otages », étaient déja révoquées, et dont les autres, attenta- - toires A la sécurité des citoyens et a la liberté de conscience, allaient l’étre sans tarder.
Ainsi, rétablissant le contact avec l’opinion
publique, déja si favorablement disposée pour lui,
- Bonaparte isolait, séparait du reste de la nation
les chefs vendéens et chouans réunis 4 Pouancé.
Bourmont, d’Andigné, Mac Curtin, les politiques du groupe, ceux qui manceuvraient pour gagner - du temps, en furent « atterrés ». C’est l’expression
-méme de ce Mac Curtin, dit Kainlis, ancien député
aux Cinq-Cents, fructidorisé et devenu l’équivoque major général de insurrection, une autre variété de Cormartin. Dix jours — sans plus — étaient accordés aux négociateurs pour se décider. Une nouvelle conférence s’ouvrit 4 Candé le 20 nivése (Io janvier). Frotté s’était retiré, mais sans rompre, laissant ses pouvoirs 4 deux lieutenants, son oncle - Lamberville et d’Hugon; Georges, sans autre ménagement, dés le 28, avait regagné ses fourrés morbihannais, emmenant Mercier La Vendée. Bon
débarras pour Hédouville et Bernier qui, ces
trouble-fétes partis, pensaient aboutir aisément :
ils comptaient sans leurs hdtes, bien que, dans son désir de conciliation 4 tout prix, Hédouville eft |
accepté de prolonger la tréve jusqu’au 22 janvier. Et cette fois Bonaparte se facha rouge : imputant a faiblesse la longanimité d’Hédouville, il le rem-
placa (14 janvier) par Brune, appelé de Hollande
avec soixante mille hommes de troupes fraiches et armé de pouvoirs dictatoriaux. Les départements
i HOMME DE BRUMAIRE
de Y Out anaes A nouveau toutes les rigueurs —
tution. Que pouvaient Bourmont, La Prévalage, © cette machine inexorable d’éviction et d’écrase-
résistance, en convoquant 4 une conférence spéciale les chefs vendéens, d’Autichamp, Suzannet, Pallu- Dupare, Renou, etc., gagnés, bernés ou plus ou moins résignés, et, aprés les avoir bien laissés jeter
' leur gourme, s’injurier, se colleter et s’assommer
a coups de btiches, en les amenant 4 une soumission
pure et simple, presque sans conditions. Ce fut ~ la paix de Montfaucon-sur-Moine, conclue avec les chefs de la rive gauche le 18 janvier. Chatillon, sur la rive droite, tout de suite y adhéra, puis ses officiers, d’Andigné, Montardas, Pallierne, Quatre-
-Barbes, Kainlis lui-méme, la casaque instantané-
ment retournée.
Paix partielle, mais qui préparait la paix totale: la rendait inévitable : il n’y avait plus de Vendée,
A peine d’Anjou. Un soupcon de Maine et de Haute- Bretagne, quelques districts normands et un dépar- — tement bas-breton, le Morbihan, c’était tout le territoire insurgé. Brune pouvait le noyer si aisément sous ses colonnes mobiles, réguliéres et
-ptessées comme les vagues de la mer!
Bourmont, le premier des grands chefs, en prend conscience et, aprés Meslay oi Chabot lui a tué
deux de ses meilleurs officiers, La Volvéne et Tiercé,
et qui n’a été qu’un malentendu, remet a4 Brune
de l’état de siége, la mise terrible hors la Consti-
Boisguy, Frotté, Cadoudal et les quelques centaines - dhommes qui leur étaient demeurés fidéles contre
ment? Bernier avait bien servi son nouveau ~ maitre, au Jendemain de Candé, en divisant la —
rat
yee
une épée que Bonaparte — imprévoyant — lui rendra sous peu avec un grade dans son armée; c’est ensuite le tour de La Prévalaye, homme du bel air, qui s’excuse sur l’ignorance de son défaut d’empressement; puis de Chappedelaine, guetté par -Fouché et qui, quelques jours auparavant (24 janvier), s’était distingué 4 Foulletourte; de Boisguy qui répond a Brune lui faisant les mémes offres qu’acceptera Bourmont : « Un homme d’honneur - ne change pas sa cocarde »; de Pontbriand, son beau-frére et son émule en désintéressement; de Georges enfin qui, magnifiquement ravitaillé par l’Angleterre, disposant d’une artillerie et d’une cavalerie presque égales a celles de son adversaire Harty, monté lui-méme sur un superbe cheval dont les voltes savantes faisaient valoir sa science de cavalier, sa prestance sous la redingote bleue a boutons d’or et son énorme téte d’Hercule breton, n’efit consenti pour rien au monde a se tendre sans avoir tenté la fortune des armes. Cadoudal ne veut pas dire en celtique «le guerrier aveugle », comme l’ont écrit tous les historiens aprés Guillaume Le Jean, mais « le guerrier qui revient a la chatge », qui donne du front juss épuisement. Habent sua fata nomina.
La partie s’engagea sous un ciel gris de fin de janvier, dans les landes de Grandchamp, vaste plateau désertique, sorte de bled armoricain dont les douars s’étaient enfuis 4 l’approche de l’orage avec leurs meubles et leurs troupeaux, — et, quoique Georges, dit-on, dans ses veilles laborieuses de l’inaccessible Locoal, a l’entrée de la riviére d’Etel, efit « pioché » les classiques de la
de Bargo ot il était posté, laissé passer l’occasion
ses lieutenants Guillemot, Sol de Grisolles, Saint- Hilaire, l'un attaquant avant le signal, l’autre
tendent hommage qu’A Gomez qui, débouchant a Vimproviste sur la droite de Harty, y jeta la panique. Bataille décousue, mal engagée et encore plus mal dirigée, ot Georges, ignorant de la
ou de la Chanson de Roland aux prises avec les
et complétement débordé par eux. Est-il vrai que, dans Vintervalle de deux charges meurtriéres, il ait proposé au général républicain un combat singulier de quatre-vingts de ses meilleurs grena-
Ce duel épique, renouvelé du combat des Trente,
combattants en auraient suivi avidement. les péripéties désespérées. La légende veut que les Républicains aient été taillés en piéces et, comme le reste du récit, ce n’est probablement qu’une légende. Rien n’est plus conforme cependant a
Vattitude ordinaire de Georges qu’une pareille
proposition, qu'il renouvellera dans un an ou
deux a l’entourage du Premier Consul. Nous
sommes ici en présence d’un de ces phénoménes de reviviscence ou de survivance historique comme
la Bretagne, ce conservatoire du passé, en offre