‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 4 sur 36 · SONJURATION DE LA “ROUERIE · texte numérisé non relu

SONJURATION DE LA “ROUERIE

pour la premiére fois Jean se houan: De proche i Pen, proche la fermentation gagnait ; des’ paroisses Ped entiéres s’armaient, marchaient sur le chef-lieu

le 13 février 1791, par les 3 000 vassaux du vievx -comte de Francheville, Vancien « chevalier dela Tribune » dont raffolaient toutes les dames de

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oe CHOUANNERIE. ae

- (Bertrand Robidou) : on y bapticatt ‘et mariait % aul nez des gendarmes; prés de Vite, surla bruyére de Monlevou, une tente, servant aux mémes pra- — tiques, devenait le centre d’une véritable mission, avec sermons en plein vent, « plumets, drapeaux, tambours, trompettes, etc. » (La Sicotiére) ; autour de Saint-Brieuc, croix paroissiale en téte, des processions se rendaient de jour vers des

sanctuaires fermés par ordre, Sainte-Anne-du-

Moulin, Notre-Dame-des-Grafaux, Notre-Dame- de-Bon-Repos de Plérin, etc., et, quand ces péle- -rinages de protestation furent interdits, la foule — les reprit au brun de nuit, pieds nus, les sabots en main, pour déjouer l’attention des gardes nationaux. Un peuple d’ombres, les délégations de quatorze paroisses, conduisait dans les ténébres sa lamentation hoquetante, déroulait par les landes et les chemins creux sa psalmodie angoissée :

Fcrasez les juroux, ; Rendez-nous nos rectoux...

Le directoire du district n’en eut raison qu’a coups de fusil : deux processionnaires furent tués par une salve qui en blessa plusieurs autres et — dispersa le reste. Recrues toutes trouvées pour V'insurrection qui travaillait 4 s’organiser dans Vombre sous l’homme le plus propre 4 lui assurer le succés, — si la trahison et la mort n’avaient, comme deux anges funébres, veillé 4 ses cétés :

Tuffin, marquis de La Rouérie, le «colonel Armand » | |

des guerres de l’Indépendance ow il avait suivi —

La Fayette et levé a ses frais deux légions.

otis ee couvert “ foréts eottaates a Rouérie ties guettait l’occasion, laissait miirir les événements. C’était une téte volcanique, que son passé ne semblait point prédisposer pour l’exécution d’un plan réfléchi : le bruit de la guerre d’Amérique l’avait

fait sortir de la Trappe, ot: il s’ était enfermé aprés un duel malheureux pour une chanteuse del’Opéra, - la Beaumesnil, et une tentative avortée d’empoi- —

sonnement. De retour en France il se maria, perdit iB

sa femme et, 4 son chevet, se lia avec le médecin — qui la soignait, La Touche-Chévetel, de Bazouges, — un jouisseur, perdu de dettes, ami de Danton — et qui devait le livrer a celui-ci. De 1790 4 1793,

le manoir de Saint-Ouen, relié par des fils secrets

-& toute la province et aux provinces limitrophes, - fut un laboratoire et bientét une véritable usine de

contre-révolution. La Chouannerie, sous le premier

- non d’ Association bretonne, sortit de 14 tout armée. La Rouwérie, aprés deux voyages A Coblentz ot

Yaccompagnait l’ancien procureur général de Bretagne, le comte de Botherel, avait réussi a convaincre les princes et 4 obtenir leur blanc-seing — - pour le soulévement de 1’Ouest. Peut-étre attendit-il un peu trop a ouvrir la campagne. Il voulait faire coincider le soulévement avec l’entrée des Prussiens en France : l’échec de Brunswick (sep- -tembre 1792), Vannonce d’une nouvelle coalition : bcd gsesient a remettre encore le signal du mouve- /. ment, soigneusement préparé et qui s’étendait a E la Mayenne et a1’ Avranchin. On a dit qu’il connaissait mal les hommes, et sa confiance en Chévetel

appuierait assez cette opinion; et l’on a dit encore

- qwil voyait trop les choses en militaire de l’an- — cienne armée, ignorant ou défiant des immenses

“LA CHODANNERIE (| -4:". 0 ss

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qu’il ne faisait pas assez de fond surles campagnes,

ressources de l’A4me populaire. Mais qu’en sait-on?

' D’ailleurs Cadoudal ne s’était pas encore révélé

et La Rouérie n’avait écarté ni Guillemot, qu’on

--appellera le roi de Bignan, ni Jean Cottereau dit

Jean Chouan, faux-saunier et contumace, le parrain du mouvement. Il reste de toute facon que la plupart des gentilshommes a qui il avait distribué des commandements supérieurs et qui les exercérent dans la suite ne trompérent pas sa confiance : ni un Talmont dans la Mayenne, ni un Boisguy a Fougéres, bien qu’a peine adulte, ni un Silz et un Tinténiac dans le Morbihan, ni un Boishardy dans les Cétes-du-Nord. Nous les retrouverons sur notre chemin, avec bien d’autres, inscrits sur les listes de La Rouérie et qui, sauf le prince de Talmont, n’appartenaient pas a I’aristocratie la plus huppée : petits hobereaux pour la plupart, haussés non sans peine au grade de lieutenant ou de capitaine dans l’armée royale et,

- parmi eux, Boisguy, un écolier. Mais c’est le propre

des grandes crises sociales de brasser 1’océan.

humain a la maniére des tempétes qui font monter a la surface les algues des profondeurs. Dans les

deux camps adverses, les chefs qui s’affronteront — seront des hommes nouveaux. La Révolution se

délivre tout de suite des vieux figurants; pour la soutenir, comme pour la combattre, elle ne veut que des jeunes premiers.

Et, aprés avoir trop attendu, le mouvement

peut-étre se déclara trop tot, avant méme que >

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