‹ La Christianisation des foulesChapitre 1 sur 26 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

- Je réédite ici, pour déférer au désir d’un édi- - teur ami et pour répondre à une demande qu’on m'asouvent adressée, la leçon d'ouverture du cours libre que je fis sur les gesta martyrum des … premiers siècles, à l'Ecole pratique des Hautes - Etudes, section des sciences religieuses, (à la - Sorbonne), 1898-1899.

J'y ai ajouté quelques notes; j'y ai introduit - quelques développements que j'avais dû me con- tenter d'indiquer. Je voudrais qu’on accueillit cette seconde édition développée avec autant de bienveillance que la première (1).

EATE

Bordeaux, décembre 1902.

& Parue dans la Revue d'histoire et de littérature reli- 4 Re 1899, tome IV, p. 239-269.

Messieurs,

En ouvrant ici an cours libre consacré à l'étude des Gesta Martyrum des premiers siècles, je'tiens' à adresser mes respeclueux remerciements à Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts qui a bien voulu ac ” cueillir ma demande et à la cinquième Section de l’Ecole Pratique des Hautes-Etudes qui, à. l'unanimité, a résolu de répondre par un préavis favorable à la consultation ministérielle; je serais bien ingrat si j'oubliais ici, dans l’expression de mes remerciements, les membres du Conseil et l’éminent directeur de l’Institut Thiers (1) qui m'ont laissé toute liberté pour agir.

Cet accuei! favorable, je ne crois pas me tromper, Messieurs, en l'interprétant comme une preuve noz équivoque de l'intérêt que portent aux questions hagiographiques les directeurs de notre haut enseignement. Depuis que le maître incontesté de ces études en France, M. l'abbé Duchesne, a quitté Paris pour aller à Rome diriger l'Ecole Française — où il a bien voulu guider mes premiers pas dans ces très délicates recherches — elles n'étaient plus, à Paris, et, je crois même, en France, cultivées nulle part.

(1) M. Jules Girard membre de l'Institut, professeur à la Sorbonne, Cf. Annuaire de l’Associalion amicale des anciens élèves de l'Ecole Normale supérieure, 1903,

Et pourtant, quelle n’en est pas l'importance! Et, à les considérer en elles-mêmes, indépendamment des lumières qu’elles apportent à l'histoire administrative, politique et sociale, quelles clartés ne jettent-elles pas sar la nature de la vie religieuse dans les milieux populaires, peut-être même sur l'essence du sentiment religieux : s’il est vrai que celui-ci se doive définir la communion avec l'infini de l’homme prenant une claire conscience des limites de sa nature finie et se sentant dépendant et faible, et s’il est vrai, d'autre part, que ce soit la claire conscience de sa faiblesse qui pousse le chrétien à implorer le secours du Christ, et à invoquer, à cet eflet, l’intercession des saints. — Si intéressants, si émouvants que soient ces problèmes, je ne m'y arréterai pourtant pas. Comme ce sont les gestes des martyrs des premiers siècles qui définissent notre champ de recherche, il est sans doute préférable d'insister sur l'importance qu’on leur doit reconnaître ; peut-être jugerez-vous qu’ils méritent de fixer notre attention et d'attirer nos efforts, si vraiment, le paganisme a mis plus de temps à mourir dans les foules qu'on ne le croit trop souvent ;

Si la principale cause de sa résistance se doit chercher dans la survivance des cultes locaux qui ont traversé sans encombre la religion officielle gréco-romaine ;

Et si la principale raison de sa mort tardive se trouve étre l'installation de cultes chrétiens, locaux aussi; le culte des martyrs.

Tandis que l'élite humaine s’est ralliée au christianisme sitôt qu’il a été connu, vers la première moitié du 11° siècle, dans l’espace d'une centaine d'années, les masses populaires lui sont demeurées beaucoup plus longtemps hostiles, Si, au temps de Julien, beaucoup de rhéleurs sont fidèles au paganisme, les grands noms qui font la gloire et qui faisaient déjà l’orgueil du 1v° siècle sont Lous des noms d’évêques ou de saints : saint Basile, saint Grégoirede Nazianze,saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostôme, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin.Et l’on ne saurait s'étonner que les rhéteurs s’altachent plus fidèlement que les autresaux vieilles traditions de l'Olymype € ne vivent-ils pas plus familièrement que les autres dans le commerce de ces esprits illustres auxquels ces traditions empruntent le plus clair de leur prestige ? On ne doit pas non plus allacher trop d'importance à la situation particulière que présente Rome (1) ; la fidélité des sénateurs et de la classe sénatoriale à la religion païenne

(1) G. Borssrer, la Fin du Paganisme, I, 222, — O. I. L., VI, 1652-1671. — ALurarn : Rome au 1Ve siècle [R. Q. H., 36, 5.] et Julien l'Apostat. I. 61, « Presque toute la noblesse de Rome » adore les idoles, prétend saint Augustin [Conf. vin, 2].

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