‹ La Christianisation des foulesChapitre 2 sur 26 · ORIGÈNE · texte numérisé non relu

ORIGÈNE

s'explique par des raisons politiques : la colère qu'ils éprouvent à voir leur ville découronnée au profit de Constantinople et leur antipathie pour les Empereurs chrétiens qui protègent celle-ci et délaissent celle-là.

Les ouvrages et les polémiques de Porphyre ne sauraient s'expliquer si l’on contestait le passage au christianisme des esprits cultivés : ce n’est pas pour le populaire que l’on compose des traités de philosophie. Unifier les données nouvelles apportées par le christianisme et les notions anciennes élaborées par les Grecs, dresser l'inventaire des dogmes chrétiens et, sur ce fondement, bâtir la synthèse intégrale, voilà quelle avait été l’œuvre d'Origène [185-254]. « On aura recours, dit-il au début de son principal ouvrage, à des déductions claires et incontestables ; on emprunte à la sainte Ecriture ce qu'on y trouve directement et ce qu’on en peut déduire par voie de conséquence ; et de tous ces enseignements on formera un seul et même corps» ; et, de fait, c’est une philosophie rationnelle qu’il construit sur les deux idées de Création et de Rédemption, ZATà. HÈv Tôy Boy Lp!sTtavs Eov xai Tapvp, XATà de T2: mEpÙ Toy TOLYLATUV za Toù Detou OdEas SA rv ww.

Compatriote d'Origène, de vingt ans plus jeune que lui, Plotin [205-270] tâche de lui disputer sa victoire. Il veut, comme lui, procurer à l’homme le secours divin ; encadrer dans sa synthèse celte myslérieuse lacune que constate en soi toute conscience se sentant soumise à toutes sortes de lois qu'elle n'a pas posées elle-méme, mais qui lui sont données ; intégrer en un mot la philosophie et la religion, la science du monde etla souffrance de l'âme. A la doctrine de la création, Plotin oppose la théorie de l’émanation et la théorie de la purification à la doctrine de la rédemp-

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8 LA CHRISTIANISATION DES FOULES g ot,

tion ; le même souffle religieux l'anime, et c'est

la même méthode qu’il emploie, à la fois éclectique et allégorique. Ses disciples vont plus loin encore. Le désir de disputer plus efficacement au christianisme l'élite pensante que luia conquise la science d'Origène pousse Porphiyre et Hierokles, et, plus lard, Jamblique et Julien, à accentuer la couleur religieuse du Néo-Platonisme. Porphyre [232-après 301] se fait une arme de la critique des textes : c’est l’ancêtre authentique des savants anti-chrétiens du siècle passé. Il veut montrer que les chrétiens se trompent en interprétant la Bible comme ils font: c’est aïnsi qu'il dii du livre de Daniel à peu près tout ce que les critiques modernes ont pensé découvrir. Et le gouverneur de la Bithynie, Hierokles, me suit pas d'autre méthode lorsqu'il s'adresse aux chréliens el leur montre les contradictions de la Bible. Mais la religiosité de Porphyre et de ses imitateurs n’est pas moins certaine que sa science et sa haine. Il veut ressusciter le paganisme expirant ; il lui cherche des martyrs et il

en vérifie les miracles. Si le christianisme est

une religion fausse, comme l'établit la critique historique, de vrais miracles attestent que le paganisme est la religion vraie : ces miracles, ce sont lesoracles que, de tout temps, ont rendus les dieux. Et Porphyre les recherche, et Porphyre les recueille dans l'ouvrage qu’il intitule la Philosophie d'après les oracles. Toutes ces attaques attestent d'une manière saisissante le rayonnement de l’idée religieuse parmi l'élite; depuis Origène, la pensée grecque s’est vraiment christianisée,

Et comment s’étonner de ce fait? L'étude critique des textes et des monuments montre qu'on a exagéré l’abstention des hautes classes, lors des prédications apostoliques. A Rome même, avant

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