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LA CHRÉTIENTÉ GRÉCO-ROMAINE

saint Pierre, elle dégage les grands traits du systême ecclésiastique. Au temps de Calliste, d'Hippolyte et d'Origène, l’idée de la divinité du Christ Jésus, si puissante déjà chez saint Irénée, est très suffisamment caractérisée par la condamnation du Monarchianisme sous sa double forme ébionite et patripassienne; et la primauté de Rome, siège de saint Pierre et capitale de l’empire, est déjà très nettement mise en relief par le beau mouvement dogmatique dont elle est le théâtre, — et l’enjeu. —

Alors une autre époque commence. Armé pour la lutte, le Christianisme conquiert le pouvoir en conquérant l'opinion publique, en convertissant l'élite humaine. Durant cent cinquante ans, ses rapports avec l'Etat romain dominent toute son histoire : c'est l’époque des persécutions ; l’idée de la lutte à mort qui s'annonce chez Seplime-Sévère (202) et se précise chez Maximin (235), apparait furieuse avec Dèce et Valérien (250-257), Dioclétien et Galère (304), pour mourir, impuissante, avec Julien (363). — Durant la bataille, ses fidèles ont poussé leurs maigres églises un peu partout et choisi leurs postes de combat, plutôt qu'ils n’ont vraiment conquis les provinces, un peu comme nos officiers poussent leurs postes à travers la steppe soudanaise et fixent leurs centres d'opérations pour plus tard.

Plus tard, en effet, à une troisième époque, commence l'occupation effective des pays ainsi jalonnés et la lutte de l'Evangile contre les coutumes et les cultes locaux respectés par la conquête romaine. Appuyée par le pouvoir civil, secondée par de pieux empereurs comme les Valentinien et Théodose, merveilleusement servie surtout par l’idée de la communion des Saints et le culte des martyrs locaux intercesseurs, l’œuvre

de la christianisation effective commence : ce n'est plus un poste qui s'établit en vue de l’avenir, c'est l'occupation définitive qui gagne peu à peu, qui s'organise et s’affermit.

De tout ce qui précède, si je ne me trompe, Messieurs, il ressort que c’est moins l'histoire des martyrs que l’histoire de leur culte qui doit ” retenir notre allention : le plus souvent, du reste, c’est la nécessité qui nous y contraint. A côté d’un très petit nombre d'actes qui sont authentiques et contemporains de leur histoire, nous avons conservé un nombre considérable de gestes qui sont apocryphes et contemporains du rayonnement de leur culte : nous sommes ren-. seignés sur les senliments qu'ils inspiraient plutôt que sur ce qu'ils ont fait. On peut dire que, dans leur ensemble, les documents qui les concernent attestent, révèlent, expriment ce mouvement religieux qui fit passer les foules humaines des religions polythéistes locales à la religion chrétienne « catholique » : ils ont été rédigés pour le peuple, je pourrais presque dire rédigés par le peuple, puisque c’est en quelque sorte sous sa diclée qu'ont écrit les desservants des catacombes ou des oratoires. Au peuple, les martyrs ont fait connaître, ils ont fait aimer la religion du Christ : ils ont accompli cette œuvre d'évangélisation populaire pour laquelle tous les trailés d'Origène et de saint Augustin étaient sans force et sans verlu; ce que leurs gestes perdent en importance au point de vue de lhistoire des persécutions, ils le regagnent au point de vue de l’histoire religieuse en général (1). En recherchant comment se sont formées les traditions qu’ils représentent, nous saisirons sur le

(1) J'ai essayé de donner un exemple de cetle méthode dans mon Æ£tude sur les gesta Martyrum romains {Paris, Fontemoing, 1900, in-8 de vin, 441 pages].

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