CONSÉQUENCE DE L'INSÉCURITÉ
Cette instituiion, dont nous connaissons mal l’histoire, n’a pas pu disparaître, si elle a disparu, sans laisser dans les âmes germaines quelque chose des habitudes et des conceptions où elle avait pris naissance. « Dans la description de Tacite, il y atout au moins quelques traits qui se (retrouvent) dans la Gaule franque. C’est d'abord cette émulation et cette concurrence entre les chefs à qui attachera le plus d'hommes à sa personne... C'est aussi cette propension du faible à chercher la protection d’un plus fort en se livrant à lui: propension qui n'est pas purement germaine, mais où les habitudes germaines peuvent avoir une grande part. C'est encore cette conception d'esprit en vertu de laquelle l'homme vouait son obéissance à un autre homme, au lieu de la vouer à l'Etat... » (1)
Il n’est pas douteux, d'autre part, que le premier effet des invasions du v° siècle, a été de détruire la sécurité des personnes et des biens et de pousser les hommes à se recommander aux puissants propriétaires. Les petits, nous dit Salvien dans son Ve Gubernatione Dei, se tournaieut vers les grands; ils se donnaient à eux pour avoir leur protection, tradiderunt se ad tuendum protegendumque majoribus ; ils se faisaient sujets des riches, dedititios divitum; ïls se plaçaient sous leur autorité quasi in jus eorum ditionemque transcendunt ; ils allaient même jusqu’à abandonner à leurs protecteurs la majeure partie de leur fortune, defensoribus omnem fere substentiam suam priusquam defendantur addicunt, ac si, ut patres habeant defensionem perdunt filit hæreditatem (2). L'homme qui sent sa faiblesse demande
(1) Fusrez pe CouLanGrs, op. cit, p. 29.
(2) Sazvien, V,8 S 38.39 Halm, 62. — Fuste : op cit. 244. — Cf. saint AuçusrTin Cité de Dieu, 11, 20. — Syu-
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la protection (ruitio, mendium) d’un plus tort que lui auquel il se subordonne,
Je soupçonne que le lien religieux s Ty P ; ù
nalisé, si j'ose ainsi dire, comme le lien social, sous l'action des mêmes habitudes d'esprit et des | mêmes circonstances extérieures.
Un saint qui a la faveur de Dieu et dont les miracles sont connus de tous est un protecteur aussi efficace que n'importe quel gros proprié= … taire. Voilà le fait dont nul Germain baptisé ne doute (1), ou nul chrétien en danger de + 2 terre; et voilà la cause du succès du culte des saints au temps des invasions. :
Grégoire le Grand (-- 604) raconte dans la vie de saint Benoît « qu’un paysan, assailli par un Goth qui voulait le dépouiller de ses biens, lui dit … pour l'arrêter qu'il avait « commendé » ses biens à Benoît abbé du Mont-Cassin, Gothorum quidam se Tolilæ regis temporibus,.… in rapinam rerum in-« He dum quemdam rusticum tormentis affligez ret…, rusticus sese res suas Penedicto commendasse pro} fessus est. Hoc a torquente creditur, suspensa interim crudelitate. .… Cessavit rusticum tormentis 4 affligere.…., ut quis esset Benedictus, qui ejus res susceperat, demonstraret… Rusticus dutit ad mo- * nasterium. (2) » Le Goth comprit ce que luidit l'Italien ; le fait ne lui parut ni étrange, ni mn