‹ La Christianisation des foulesChapitre 22 sur 26 · LA ( RECOMMANDATION » ET LES SAINTS · texte numérisé non relu

LA ( RECOMMANDATION » ET LES SAINTS

mal ; il respecta les biens ainsi commendés à un saint : le petit paysan avait trouvé un bon moyen de protéger son champ (1).

La chronique de saint Bénigne nous apprend de même que, au vii° siècle, des paysans de Petregius, près Salins, se placèrent, eux et leurs biens, sous le patronage de saint Bénigne : un mouastère venait d'être élabli sous ce nom à Dijon, se et sua commiserunt patrocinio hujus sancti Benigni (2).

Un grand nombre de textes nous apprennent, d'autre part, que des hommes libres se mellent souvent sous la mainbour des églises ou des monastères. Or, il n’y a pas de doute que, dans ces cas-là, ce soit la protection du saint, à qui est consacré le monastère ou l’église, que ces hommes entendent se procurer et se procurent en effet.

Une formule, qui appartient au recueil de Sens, nous montre que des hommes libres pouvaient se placer sous la « mainbour ou la protection des églises » (3). — Dans un diplôme de Childebert I°', daté de 546, et visant le monastère d’Anisola (diocèse du Mans), nous lisons : Ce monastère avec tous ses biens, tous ses hommes, ses gasindi, ses amici, ses suscepti, et tous ceux qui espèrent en ce monastère et qui sont dans sa protection » (4). — Deux formules du recueil de Marcalfe s'accordent avec ce diplôme; or, ces formules devaient servir à un grand nombre d'actes particuliers ; le fait marqué dans le diplôme de Childebert n’est donc pas un fait isolé (5). — La loi des Wisigoths témoigne que

(À) Fusrez, op. cit, 256.

(2) Dom Bouquer, Il, 469.

(3) Zeumer, 187-188. — Rozière, n. 105.

(4) BréQuicny, n. 26. — Pardessus, n. 144, — Perlz, D, 4.

(5) Marcuure, 1, 23.— Rozière, 455.

des hommes se « commendent » à l'évêque, afin d'obtenir la jouissance d’une terre (4). — Grégoire le Grand mentionne très fréquemment la commendatio à son église et la protection qui en est la conséquence (2). Nous voyons encore qu'à Ravenne, à la fin du vi° siècle, une veuve demande la protection de l’église etse « commende » à elle (5).

Le fait est donc patent. Il est aussi sûr que l'église visée dans ces textes désigne, au vrai, le saint protecteur de l’église. L'histoire de saint Benoîit et de saint Bénigne que nous avons rapportée dès l’abord nous invite à le croire ; et la plus simple réflexion nous oblige de l’admettre, pour le plus grand nombre des cas. Le plus souvent, en effet, celui qui se recommande n’a qu'un but : obtenir une recommandation efficace, aussi efficace que celle qui le couvrirait s’il devenaît le fidèle d’un seigneur. Or, celte protection, le saint est plus capable de la donner que quiconque ; la force des amis de Dieu n’est-elle pas beaucoup plus efficace que toute force humaïue ? Sans doute, celui qui se recommande ne fait pas abstraction de l’évêque et de l’abbé, en tant que seigneurs ; mais l’un et l’autre lui apparaissent surtout comme les serviteurs du saint, et les ministres de sa surnaturelle puissance. Se recommander à une église, c'est se recommander à son patron. Nous savons, du reste, que c'est ce patron qui est réputé le vrai propriétaire des domaines d’une église ou d'un monastère. Il me suffira de rappeler ici qu’on trouve dans les for-

(41) MARCULFE, ], 24. — Rozière, 9.

(2) Cf. ce que nous savons de Donalus, Luminosus, Liberatus et Romanous, Ep. IX, 19.— XII, 42. — 1.44, — XI 32

(3) Grégoire Le Graxp Epistolæ, NILI, 20.

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