DE LAN MIL IIIP XII
En la ville d'Aussoire furent les roix de France et de Sézille, les ducqs de Ghienne, Berry, Bourgongne et Orléans et pluiseurs aultres princes et barons, et y séjournèrent environ ung mois , pendant lequel tamps la paix fu faicte de tous les seigneurs dessusdiz. Et furent long tamps ensamble, moustrant signe d'amour l'un à l'autre. Et de la ville d'Aussoire s'en allèrent à Meleun où ilz furent long tamps en consseil , et là fu ladicte paix du tout confermée et accordée de toutes pars. Car illec furent tous les princes et seigneurs du sang roial à qui la gherre povoit touchier. Et conversoientles seigneurs l'un avoec l'autre, ainsi que oncques guerre ne se fust meue entre eulx. Et chevaulcoient aucunes fois deux sur ung cheval , c'estassavoir les ducs de Bourgongne et d'Orléans, et ossy icelui de Bourgongne et le conte de Vertus. Et sambloit lors à ceulx qui les veoient, que jamais gherre ne deuist avoir entre eulx. Mais celle compaignie ne dura pas longuement, ains y avoit-il tousjours du poil de l'ours, comme cy-après trouvères.
Or est vray que quant le duc de Berry seult que le Roy faisoit son appareil pour aller mettre siège devant Bourges à telle puissance, il envoia incontinent en Engleterre pour avoir gens d'armes et archiers pour le secourir. Lesquelx gens d'armes d'Engleterre ne porent estre si tost prestz qu'il euist volu, et ne arrivèrent à Bourges jusques à ce que le traictié se fist et que le siège se leva. Par quoy lesdits Englès ne furent point mis en oeuvre, ains leur donna ledit de Berry congié d'eulx en retourner' en leur pais. Mais ilz dirent que ilz ne se partiraient point sans estre contentés, et demandèrent C et Lm couronnes, pour lesquelles paierilsne vol rent recevoir d'iceluy duc quelque lettre, ne obligacion. Et ce, pour le consentement du duc d'Orléans et du conte de Vertus, le conte d'Angoulesme, leur frère, fu livrés ausdiz Engloix par forme d'ostages et de piège, pour estre menez et détenus en Engleterre jusques al accomplissement et plain paiement de ladicte somme de C et Lm couronnes. Et par ainsi s'en retournèrent lesdits Engloix en Engleterre et emmenèrent ledit conte d'Angoulesme avoec eulx. Et fu le chef et général cappitaine desdiz Engloix, le duc de Clarence, filz au roy Henry d'Engleterre, duc de Lenclastre.
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tins a Marcoussy, laquelle il avait fondée, amortie et fait un eou-
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sijTp an' ^"^ 'e retOU'' de B°Ur«eS- firem ceul* ^ l'Univer-
Svernel'nt H T0""'6 ^ P'USieU''S 0ff,CierS de Fiance ai-* gouvernement de finances, et par espécial contre messire Pierre
«les Essars.prévost de Paris, lequel avait esté gouverneur et con
ZoL ÏÏr-f" Roy au voyage de Bou^ -
toit point bien acquittes, si comme ilz disoient. Et tant persévé
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ue commun et de righeur de justice, se absenta et partit hors de Pans secre,ement,avoec luy Anthoine son frère, et lesgl d ,ot, hostel,et s'en alla au chaste! de Chierbourcq, dont il £217 Urne de par le Roy. Mais depuis, par aucuns moiens ettt7L ™ luy envoia, il retourna à Paris pour cuider faire sa pake ? se m st et loga en la bastille Saint-Anthoine, là où il fut a s^és P r Khon de Jacleville, chevalier, lors cappitaine de ParL^eTuel 'de Jacleville avo.t avoec lui les bouchiers et graut partie de la cl! muna «é dudit heu de Paris. Et en fin furent pris di pt^ Anthome son frère, et furent menés prisonnier' au Louv,^ t de P-us au Pa.a.x. En laquelle prison ils demeurèrent l'esp ce d'un mo,x ou environ, et puis fu ledit prévost, par jugement conL"é a tramsuer et copper le hat.erel. Lequel jugement fu préseTte ment accomplis. Et depuis fu sondit frère, ung jour eÏtrl "anâ SS&S ? Pa?il,emem 'Ui d-o'it-on Jfaire sa sentent
née fu rem J " '' t6mpS ^ ^ et de ™nt> que la jour
née fu .em.se a ung jour autre, et celle autre continuée à une autre et tant que en fin il eubt aide et fu depuis du tout S£T£2 parfaire .e grand saint Christoffre que sondit frère avoi^ncom.
mencher, lequel saint Christoffre estdedens Noslre-Dame de Paris. Et fu icelui Anthoine, depuis ces choses, en grand rengne, et fu fais chevalier.
Après la mort du prévost de Paris, refu fais prévost Le Borgne de la Heuse. Et lors se commenchèrent ceulx de Paris à diviser les ungs contre les aultres. Et faisoient, ceulx de l'Université, tant de proposicions touchans le gouvernement du royaume que on n'en vit oncques tant faire. Et commenchèrent les ungs à prendre ung party, et les aultres l'autre. Et lors rengnoit Jacleviile comme cappitaine de Paris et les bouchiers avec luy, à grant puissance, lesquels tenoient le parti Bourguignon.
L'AN MIL 1111e XIII.
Par souspechon de traison furent prins à Paris et menez en prison au chastel du Louvre, le duc Loys de Bavière, frère de la reyne de France, le duc Edouard de Bar et Jacques de La Rivière, chevalier. Et au jour de leur prinse furent fais et portés blancs chapperons parmy Paris par ledit Elion de Jacleviile et îesdis bouchiers, lesquelx furent cause de ladicte prinse ; et en portèrent les ducqs de Berry et deBourgongne. Et tantost après l'emprisonnement dessusdit, ledit de La Rivière se tua et occist en la prison. Et dist-on que ce fust d'un pot d'estain dont il se frappa sur sa teste, et pour ce il fust depuis sadicte mort, comme homicide de sa personne, décollés es halles de Paris.
Et ce véant, le conte de Vertus s'en party de Paris, lui VIe, sans prendre congiet au duc de Bourgongne, qui souvent le visetoit, et s'en alla par le conseil du duc de Ghienne, comme on dist.
Après ces choses ainsi advenues, party Élion de Jacleviile de Paris, avoec luy grant foison de gens de ceulx de Paris, et s'en allèrent à Mousteriau-ou-fault-Yonne, à l'encontre de Cluignet de Brabant que on disoit lors venir à grant puissance. Et au département que fist ledit Élion de Paris, il bailla en garde la bastille de Saint-Anthoine aux maistres bouchiers dudit lieu, comme Caboce, Denisot de Chaumont, Les Goys et ceulx de Saint- Yon, afiîn que se aucune chose leur survenoit ilz se peussent saulver dedans icelle.
En celle saison estoit le duc de Bourgongne moult seul et petitement accompaigniez, comme celuy qui de riens ne se doubtoit et quidoit avoir bonne paix par tout. Mais il fut ung jour que ceulx de Paris se armèrent et s'en allèrent en la place de Saint- Germain d'Ausserrois. Desquelx Jacquet de Laillier, qui tousjours tint le party contraire du duc de Bourgongne, fut le premier. Et ce jour meismes firent mettre en armes le duc de Ghienne et le menèrent au chastel du Louvre, où il fit mectre hors de prison le duc Loys son oncle, et le duc de Bar son cousin. Et quand les bouchiers virent ces choses ilz se murent en armez et s'en allèrent à l'ostel de la ville pour eulx illec mectre ensamble. En laquelle maison on leur rapporta que les autres estoient plus forts que eulx et que ilz avoient intencion de les combattre à leur retour dudit chastel du Louvre. Après lequel rapport lesdis bouchiers se partirent hastivement dudit hostel et se départirent en pluiseurs lieux, ly ungs chà, ly autres là, et n'y eubt oncques celui qui eubst advis de luy bouter en ladicte bastille. Dont ilz se repentirent depuis.
Celle adventure fu moult merveilleuse et secrète, car le jour de devant on y crioit Vive Bourgongne ! et cedit jour, qui fu le lendemain, on y crioit Fwe Guienne et Orléans ! Et commencha on à prendre les conseilliez et chevaliers du duc de Bourgongne et les mener en prison ; et fu l'esmuete merveilleuse.
Le premier jour de juillet fu décollez es halles de Paris messire Pierre des Essars, dont cy devant est faicte mencion.
Quant le duc de Bourgongne apperchut la manière de ceulx de Paris, lesquelx aloient par tout quérir et prendre ses gens, il se doubta moult, car il se trouva tout seul, parce que ses gens s'escoussoient et fuy oient que mieulxmieulx. Et se partirent les pluiseurs de Paris en moult petit estât, deshonneument et hastivement. Et ce non obstant s'en ala ledit de Bourgongne devers le Roi et luy requist que le seigneur de la Viesville et pluiseurs autres de ses gens, prisonniers comme dist est, luy feussent rendus, actendu que il ne avoient mesfait ne mesdit à personne. Laquelle requeste le Roy luy acorda vol entiers et commanda très expressément que toutes sesdictes gens lui fussent rendus et délivrés. Et ainsi fu fait, et après ce mena, ledit de Bourgongne, çachier le Roy en la forest de Bondis, en laquelle forest il prinst de luy congiet moult humblement et de cuer courouchié, car il véoit bien que il n'estoit point bon de luy retourner à Paris. Et le Roy fu moult dolant de
sa départie et luy demanda où il voloit aller. Et le duc luy respondi que il estoit mandé de ses gens pour retourter hastivement en son pais pour aucuns grans affaires qui y estoient sourvenus, et que au plaisir de Dieu il retourneroit briefment pardevers luy. Et à tant se party le duc de Bourgongne du Roy, à bien petit estât, mais il estoit bien monté. Se chevauçà fort ethastifment, tant que il vint en son pais d'Artoix. Et sur le chemin trouva beaucoup de ses gens qui s'en estoient fuys de la ville de Paris ainsi que dit est.
En ce tamps se moustrèrent ceulx de Paris à plainement tenir le party d'Orléans et mandèrent icelui duc à venir à Paris, et il y vint et commencha à gouverner à sa guise. Dont ceulx de Paris se repentirent depuis. Car les ducqs de Berry et d'Orléans se rendirent si fors dedens Paris que en grant tamps après ilz n'en furent les maistres, et furent d'iceulx tenus moult en grant subjection. Et ce non obsant ceulx du quartier des halles demeurèrent toujours bourguignon couvertement, mais ils n'en osèrent faire samblant.
Par celle esmutacion se party de Paris maistre Wistace de Laistre, chancellier de France, Jehan et Guillaume le Goys frères, Garnot de Saint- Yon et deux frères qu'il avoit, Denisot de Chaumont et pluiseurs autres bourgois et marchans de Paris qui avoient tenu le party de Bourgongne, et se retournèrent en Artoix après iceluy duc, et furent les aucuns retenus de son hostel et mis en divers offices. Et lors fu fait chancellier de France, maistre Henry de Marne, qui aultrefois et par avant ledit maistre Witasse l'avoit esté. Et aussi furent pluiseurs officiers muez et changez du tout, et fu le gouvernement de France mis en la main desdis de Berry et d'Orléans et de leurs alliiez. Et mirent le duc deGhienne au Louvre, auquel ilz baillèrent toutes nouvelles gens, en ostant ceulx que il avoit anchiennement euz, dont les aucuns retournèrent avec le duc de Bourgongne. Et desjà s'en estoit partis Enguerran de Bournonville et autres avec luy.
Quant le duc de Bourgongne eubst esté une espace de tamps en ses pais de Flandres et d'Artoix, le duc de Ghienne son beau filz luy envoia III paires de lettres escriptes de sa propre main, par lesquelles il lui faisoit savoir que il estoit estroictement délenuz au chastel du Louvre comme ung prisonnier, et ne povoit d'illec partir ne parler à nulle personne, fors en la présence de ceulx qui Tavoient en garde, et que on luy avoit ostés de sa compaignie tous ceulx esquels il avoit fiance et amour, en requérant par sesdictes
lettres audit duc de Bourgongne que il lui volsist briefment faire aide et secours et le délivrer de ce dangier où il étoit. Et à ce tamps estoient pluiseurs bourgois de Paris, veullans à icelui duc de Bourgongne, qui veoient et apperchevoient le dangier et péril où on les contendoit à mettre, en luy faisant savoir que il venist à Paris et que ilz feroient tant que la porte lui seroit ouverte. Pour ces causes assambla le duc de Bourgongne une belle et nette compaignie de gentilz hommes en armes des pais de Piccardie et de Flandres, en laquelle fu le seigneur d'Arcle. Et fu Enguerran de Bournonville celuy qui conduisy le avant garde; et fu leur chemin tout droit à Soissons et delà à Compiengne, esquelles villes le duc laissa garnison de gens affm que les passages ne lui fussent clos à son retour. Et puis s'en ala à Saint-Denis, où il fu environ quinze jours, et tant que il en party une nuit et s'en ala devers Paris bien secrètement, et y cuida avoir entrée ainsi que on luy avoit mandé. Mais l'emprise de ceulx qui l'avoient mandé mettre dedens, failli et fu leur fait descouvert par ung de qui ilz ne se doubtoient point. Et là fut le duc de Bourgongne en bataille devant Paris l'espace de sept heures. Et quant il vit que point n'y entreroit et que son fait fu rompu, il s'en retourna audit lieu de Saint-Denis, auquel lieu il ne séjourna guères depuis, ains s'en retourna à Compiengne et à Soissons, esquelles villes il mist grandes garnisons de gens d'armes à la requeste des bourgois d'icelles pour doubte que ilz avoient de estre mal menez pour ce que ilz avoient livré passage audit de Bourgongne. Et fu laissiés Hue de Lannoy, chevalier, et aucuns de ses frères avoec luy, comme cappitaine de Compiegne; et Enguerran de Bournonuille fu commis cappitaine de Soissons.
Après le retour du duc de Bourgongne du voiage de Saint- Denis, Taneghy du Chastel, chevalier et prévost de Paris, et Remonnet de La Guerre, furent commis de par les ducqs de Berry et d'Orléans à faire hoster et desfaquier toutes les cainnes des rues et quarefours de Paris et de les faire mener en la bastille Saint- Anthoine et au chastel du Louvre, et de faire prendre et oster foutes les armeures des bourgois et manans de Paris, et de faire porter esdictes forteresces icelles armeures. Et ainsi le firent et chevaulcboient parmy Paris en armes tous les jours à grant compagnie, et avoient cars et carectes qui menoient lesdictes caines et armeures es lieux dessusdis. Et firent tant que il n'y avoit nui bourgois ne manant qui osast porter quelque baston ne armeure,
forg ung petit coutel à taillier son pain. Et ne furent creus à garder porte ne tour de ladicte ville, par nuit ne par jour, mais on les faisoit garder par les gens d'armes de garnison de ladicte ville de Paris, aux despens desdis bourgois et manans.
En la fin de cel an, en la nouvelle saison, ou tamps de quaresme, assambla le roy de France une grande et puissante compaignie de princes et seigneurs tenans le party des ducqs de Berry et d'Orléans, lesquelx ducqs estoient cause de ladicte assamblée, laquelle fu faicte entour la ville de Senlis, pour mectre en obéissance et à mercy ceulx qui tenoient Compiengne et Soissons, et puis entrer en Artoix au pais du duc de Bourgongne pour contrevengier le duc de Berry du voiage qui fu fais à Bourges.
En la compaignie du Roy se mirent et assamblèrent le roy Loys de Sézille, les ducqs de Guyenne, d'Orléans, de Bourbon, d'Alenchonet de Bar, les contes de Vertus, de Richement, d'Eu, de Dammartin, d'Armignac, de Vendosme, de Roussy, de Penthèvre, de Tonnoire, de Marie, Charles de Labret, connestable de France, le visconte de Nerbonne et pluiseurs autres chevaliers et barons de pluiseurs pais tenans la bande et partie desdis ducqs d'Orléans et de Berry. Et s'en y eubt pluiseurs qui tenoient le party de Bourgongne, lesquelx furent avoec les dessus nommez par la constrainte d'iceulx. Et en celle armée fist-on porter la bande au roy de France et au ducq de Guyenne son filz, et fu lors mise sus par telle manière que tous ceulx qui la portoient s'en tenoient à estre grandement honorés. Et demourra lors le duc de Berry cappitaine et garde de Paris.