L'AN MIL IHP XIIII
Après Pasques arriva le roy de France devant Compiengne à grant puissance, et fu son ost nombrée à IIe mille (sic) hommes, lesquelz mirent le siège devant la ville de Compiengne, et y furent environ III sepmaines. Et puis fu la ville rendue au Roy par traictié et s'en partirent saulvement ceulx de dedens, lesquelx se y portèrent moult honnorablement. Et moustra ledit chevalier de Lannoy au roy de France en son grand conseil, les causes pour quoy le duc de Bourgongne lavoit illec commis , et la vraie et loialle intencion que icelui ducq avoit au bien du Roy et de son royaume.
Et tant fist que le Roy rechupt à traictié ceulx de la ville de Compiengne et leur pardonna tout ce que on leur povoit demander à cause de ce que ilz avoient livré passage audit de Bourgongne et détenue ladicte garnison.
Après la reddicion de Compiengne, alla le Roy à siège devant la ville de Soissons, laquelle tenoit Enguerran de Bournonville, et lit gecter pluiseurs canons contre eulx de l'ost du Roy. Et par le traict d'iceulx canons fu occis le bastard de Bourbon. Dont pluiseurs seigneurs furent courrouchiés. Et ce siège durant se rebellèrent ceulx de la ville de Soissons contre ceulx de la garnison et les assaillirent. Et ainsi que ilz se combatoient les ungs contre les autres, fu par aucuns de ladicte ville une porte ouverte parmy laquelle ceulx de l'ost du Roy entrèrent en ladicte ville et mirent à l'espée tous ceulx de la garnison que ilz trouvèrent. Et y fu prins ledict Enguerran de Bournonville, lequel par grant envoyé et par haynne fu en plain marché décolez devant tout le peuple. Dont mainte genl lurent dolant , car il estoit bon homme d'armes et bon cappitaine, sans nul reproche, el avoit tousjours loiaument servy le Roi et le duc de Bourgongne. Et veullent aucuns dire que on le fist morir pour avoir la vengeance dudict bastard de Bourbon.
En la ville de Soissons, après la prise d'icelle, furent maulx innumérables perpétrés par les gens d'armes dedens entrez, et y furent églises dérobées et femmes violées sans mercy moult honteusement sans en nulle espargnier, mariée ne aultre, et en furent plusieurs efïbrchiées en la présence de leurs maris. Et fu lors toute la ville fustée et gastée de tous lez. Dont ce fu pitez, car il y avoit de moult nobles joiaulx en pluiseurs églises, lesquelx furent du tout perdus.
Après la prise de Soissons alla le Roy à Péronne,et là vindrent à luy les députez des quatre membres de Flandres, lesquelz il avoit mandez venir par devers luy par lettres en parchemin, signées en escripture de Charles et séellées de son séel en cire vermeille, lesquelles lettres furent renvoiiez en Flandres secrètement et portées en pluiseurs bonnes villes comme Gand , Bruges, Yppres et aultres, et lurent gectées et semées en pluiseurs lieux par les rues en céliers et en maisons sur les fenestres et autrement, et ne sçeult on qui les aporta. Et touteffois par la vertu d'icelles les quatre membres de Flandres au voiage de Péronne y envoièrent
leursdiz députez, combien que ce ne fust point du plaisir ne consentement du duc de Bourgongne, leur naturel seigneur, lesquelz députez furent grandement receuz de pluiseurs seigneurs en l'ost du Roy, et par espécial du duc de Bar, qui estoit seigneur de Cassel et du Bois de Mepe en Flandre.
En la compagnie des députés des quatre membres de Flandres au voiage de Péronne dessusdit, avoit ung homme bastard qui se disait gentil homme, lequel estoit principal conseiller de la ville de Gand depuis bien pau de tamps, et avoit tout son tamps servy le duc de Bar, père de celuy qui lors régnoit, et celuy meismes depuis la mort de son père, et avait esté bailleux et receveurs de pluiseurs terres à eulx appartenans. Mais depuis la mort du père, que les terres de Dunkerke, Bourbourg, Bornem, Warneston et autres avoient été données à Robert de Bar, conte de Marie, nepveu dudit conte de Bar rengnant, ledit bastard avoit été mis en l'office de principal conseillier de Gand comme dit est. Et en cel an meismes avant que le duc de Bourgongne partist de Paris, luy avoit fait ledit duc de Bar ravoir le pais de Flandres, duquel il estoit banni par la loy de ladicte ville de Gand par l'espace de L ans et ung jour pour ce que il avoit fait tuer ung homme pour argent. Et luy rendit ledit duc de Bourgogne tout le pais par la prière d'iceluy duc de Bar. Et ledit bastard retourné audit pais, fist tant que il fut retenus audit office pour ce que il estoit souffisant homme en coustumes du pais de Flandres, et estoit bel langagier en françoix et en flamencq ; et fu chieulx nommez Gille de Braecht. Lequel, en celle ambaxade, porta la parolle pour lesdis députés en la présence du Roy et des princes de son conseil illec présens. Car depuis ce que il luy avoit rendu son pais et que il avoit esté retenus à ceulx de Gand, les conseilliez et officiers d'iceluy duc audit pais de Flandres l'avoient en diverses raafères trouvé moult estrange et changié de meurs en pluiseurs manières, et sembloit par son langaige et par ses oeuvres que il fust aussi grant seigneur que son prince. Et fu commune renommée que lesdictes lettres trouvées et semées comme dit est, furent faictes et envoiiées par son moien. Car lesdictes lettres estoient faictesetles tillres de chascun membre ossy bien divisés comme se elles eussent esté escriptes à Bruges ou à Gand.
Après ce que iceulx députez de Flandres eubrent fait la révérence au Roy, que ilz luy eubrent fait dire les causes de leur ve-
mire par la bouche dudit bastard, le Roy les fist mercyer de leur bonne obéissance, et puis leur fist remoustrer pluiseurs choses touchant l'emprise que il avoit faicte en ce voiage, tendans ad fin que aucuns du pais de Flandres ne feissent aide ne secours de gens, d'argent, ne aultrement au duc de Bourgongne leur seigneur, actendu que le Roy estoit souverain, etc., et moult d'autres choses toutes tendans à ladicte fin. Sur lesquelles choses ils tindrent III jours conseil, et durant lesdis III jours ledit Gille de Braeeh bastàrd, se enibla et absenta pluiseurs foix de ses compaignons, tant de jour comme de nuit et plus de nuit que de jour, et s'en alloit parlementer audit duc de Bar secrètement sans le sçeu d'iceulx ses compaignons, que on povoit dire ses maistres en tant qu'il estoit leur serviteur retenu à gaiges. Lesquelx le amoient moult pour ce que il avoit si notablement parlé à leur gré en la présence du Roy et de son consseil, etn'avoient nulle doubtance sur son fait. Et quand ils eubrent pris conclusion avoec le conseil du Roy, ilz prirent congié et s'en retournèrent en Flandres. Et à leur département leur furent donnez et délivrés pluiseurs beauîx dons de vaisselle d'argent, laquelle ilz partirent en la cité de Cambray, et en rapporta chascun sa part en sa maison. Et retournèrent ceulx deGand audit lieu de Gand par un samedy, et au lundy ensuivant fu mise la journée pour faire leur relacion devant la loy, bourgeoisie et communaulté de ladicte ville. Mais ledit lundy, à heure de six heures du matin, au moix de juillet, ledit Gilles de Braecht, qui estoit un homme fort rigoreux et contre commune gent, et moult hays audit pays de Flandres, fut agaitiés de III compaignons dont les deux estoient frères et estoient en la francise de la bourgeoisie dudit lieu. Et fut l'aghait mis entre la maison dudit Gilles et le maison des échevins de Gand, bien près dudit lieu. Et là où ledit Gilles venoit pour faire ladicte relacion, il fu assaillis et occis desditz compaignons, et luy coppèrent la gorge pour mieulx estre assurez de sa mort. Et si avoit ledit Gilles à celle heure avoec lui III variés, mais il n'en y eubt que l'un qui se meist à deffense.
Ainsi perdy Gille de Braecht la vie, et par tant Fintencion que il avoit, fust maise ou bonne, demoura en cel estât et ne polt plus avant sortit effeet. Mais de sa mort fu le peuple de Gand moult esmeu, et laissa chascuns sa besongne à faire pour aller à l'ostel desdis eschevins, tous armés au couvert, car ilz cuidoient certaine-
ment que le duc de Bourgongne euist ce fait commandé à faire pour ce que ilz savoient bien que ledit Gilles n'estoit point en sa grâce. Et firent bien en haste partir messagierset chevauceurs à piet et à cheval pour poursieurvir et faire prendre lesdiz facteurs. Lesquelz facteurs furent recongneuz par ung desdis chevauceurs qui les perchut en un batiel où ilz se faisoient mener du grand pont à Saint-Bavon, et fist ledit chevauceur assambler le baillieu et les sergens dudit Saint-Bavon et fist prendre les troix compaignons dessusdis, et les fist mener à Gand prisonniers. Mais avant que ilz venissent en ladicte prison, une grant partie du commun de Gant se assambla entour eulx afin qu'ilz ne fussent rescoux. Car toute leur affection estoit de savoir la vérité dudit fait. Et quand ceulx furent en ladicte prison, ilz furent moult cruellement géhinez affin de savoir qui ce fait leur avoit fait faire. Mais ilz jurèrent et affermèrent, et en ce point demourèrent jusques à la mort, que ce estoit leur proppre fait et que d'eux meismement ilz le avoient ainsi empris sans conseil ne commandement de nulle personne, pour ce que il avoit les deux frères fais poures par sa force et par son malice et encores lesmanechoit il à tuer de jour en jour, pour laquelle chose ilz se estoient hastés de le adevanchier. Et sur ce point rechurent la mort et furent décolez sur le pont où on coppe les testes des bourgois, et puis furent mis en terre sainte aux Augustins dudit lieu de Gand. Et toutesfois furent ceulx de Flandres, par le rapport qui leur fu fait par leurs dits députés des requestes qui leur avoient esté faictes de par le Roy, tout d'acord que de acomplir icelles et de non aidier le duc de Bourgongne à garder son pais d'Artoix. Comme ilz ne firent, gentil ne autre.
Au département que le Roy fist de Péronne, il fist arriver son oost devant la ville de Balpaumes en Artoix, laquelle ville luy fu incontinent rendue par traictié, et empli le chastel. Car ce n'étoient point places tenables contre telle puissance. El puis prinst le Roy son chemin 'pour aller mectre siège devant Arras.
Au temps que le duc de Bourgongne fu adverti que le Roy estoit conseilliés de ses ennemis de emprendre et faire le voiage dessusdit, il manda hastivement et très-espécialment les barons, chevaliers et escuiers de ses pais de Bourgongne venir pardevers luy à toute puissance pour lui aidier à résister contre l'emprise desdis ses ennemis, lesquelx avoient intencion de amener avoec eulx le roy de France et le duc de Guyenne, son fils. Pour laquelle chose
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la plus grant partie de la gentilesce de Bourgongne se mist sus en armes, et partirent desdits pais pour venir en Artoix. Et quant ceulx qui avoient le Roy en gouvernement sçeurent la venure desdits Bourguignons, ilz envoient deux héraulx et rois-d'armes devers eulx, et leur firent faire deffense de parleRoyqu'ilz ne alassent plus avant au mandement dudit de Bourgongne et que ilz s'en retournassent en leur pais sur peine de encourir en l'indignacion du R.oy et de estre réputez pour ses anemis. Lesquelx Bourguignons respondirent ausdis héraulx que ilz avoient intencion de parfaire leur voiage et de accomplir le commandement de leur naturel seigneur avoec lequel ilz volloient mourir et vivre. Et à tout celle response s'en retournèrent lesdis héraulx, et firent leur relacion de ladicte response à ceulx qui les avoient envoiiez. Lesquelx firent incontinent partir une grande compaignie de gens d'armes pour aller courir-sus ausdis Bourguignons. Et les costoyèrent bien chincq journées, que oncques ne les osèrent assaillir. Car ilz chevauçoient en belle ordonnance de bataille. Et arrivèrent à l'entrée du pais de Hainau, là où les gens d'armes commis d'eulx poursuir frappèrent en la queue. Mais ilz n'y concquestèrent gaires, car ilz n'y osèrent arrester et s'en retournèrent ainsi que ilz estoient venus. Et les Bourguignons arrivèrent à Granmont, et passèrent par dehors Audenarde et puis arrivèrent à Lille. En laquelle ville ilz trouvèrent le duc de Bourgongne, qui les reçut moult joyeusement et les ordonna à aller en pluiseurs villes et forteresses en ses pais de Flandres et d'Artoix, comme Arras, Hesdin, Lens,Douay et Lille et autres faisans frontière, contre ceulx qui amenoient le Roy contre luy.
Le jour de la Magdelaine, arriva le roy de France et mist siège devant la ville d' Arras et ossy devant la cité. Esquelles ville et cité estoient de par le duc de Bourgongne pluiseurs chevaliers et escuiers, tant du pais de Bourgongne comme de Piccardie. C'est assavoir messire Jehan de Luxembourg, qui avoit esté nez en Ytalie, le seigneur de Noielle, en son tamps appelle le Blancq Chevalier, les seigneurs de Montagu, de Ront et de Champdivers, le gouverneur d' Arras et pluiseurs autres, lesquelz furent nombrez à Ve hommes d'armes, sans ceulx de la ville. Lesquelx firent moult de belles saillies sur l'oost du Roy en pluiseurs lieux et presque tous les jours, que pau en faillirent, et tousjours rentrèrent deudens la ville à leur honneur, et secoururent et mirent nouvelle gar-
nison de gens et de vivres au chastel de Bellemotte, assés près dudit lieu d'Arras. Et lequel siège durant, lequel y fu continuellement par l'espace de sept sepmaines ou environ, sans ce que ceulx de dehors y meisfessent de riens, se ne fu de leurs canons dont ilz perchèrent les murs , tours et portes d'icelle ville et de ladicte cité en pluiseurs lieux. Mais oncques ne firent semblant d'y livrer assault.
Ce siège durant, se mirent à traictier et à aller devers le Roy, le duc de Brabant et la confesse de Hainau, frère et seur du duc de Bourgongne. Et s'en retourna le roy en France et toute son oost sans plus riens faire et sans entrer en ladicte ville d'Arras, de laquelle on ne leur fist oncques ouverture. Mais on le fist à Bourges, et y entrèrent plusieurs seigneurs de par le Roy, combien que le Roy ne le duc de Bourgongne n'y entrèrent point. Et fu rendue la ville de Bappaumes en l'obéissance dudit de Bourgogne, comme son héritage.
Après le département du roy de France, alla le duc de Bourgongne à Cambray et là fist appointier son carroy et toutes ses besoignes pour aller en Bourgoigne avec les barons et gentilz hommes dudict pays. Et laissa Philippe, son filz, et dame Michiele de France, espeuse de sondit filz, au pais de Flandres. Et au département dudit de Bourgongne, iceluy duc estoit très mal contend des quattre membres dudit pais de Flandres pour ce que ilz avoient esté contre sa volenté audit lieu de Péronne, et avoec ce ne lui avoient vollu faire ne donner quelque aide ne conffort contre ses anemis, et se savoient bien comment le Roy estoit par iceulx menez et conduis du tout à leur volenté. Pourquoy ils dévoient croire que ce n'estoit point le fait dudit Roy, mais estoit le fait et emprise de sesdis ennemis. Et ne tint pas à eulx que ledit duc de Bourgongne ne fust deshonnorés et destruis. Et ainsi s'en alla iceluy duc en Bourgongne, et y séjourna plus d'un an.
En cel an meismes fu mis le concilie à Constance, en Allemaigne , de pluiseurs cardinaulx, patriarces, archevesques et évesqueset autres prélatz et ambaxadeurs de pluiseurs roix et princes chrestiens. Et estoit lors très grant division en l'Eglise par Pierre de Lune, nommé pappe Bénédic, qui se disoit vray pappe, et ne voloit céder non obstant que sustraction lui estoit faicte par pluiseurs causes de la plus grand partie de chrestienté, et n'avoit mais obéissance qu'en Espaigne et en Arragon. Auquel royaume d'Ar-
ragon il se tenoit en une forte ville sur la mer. Et aussi en cel an avoit esté prins et menez en prison en la duchié de Baivière, le cardinal de Bouloigne, nommé le pappe Jehan. Et le prinst le roy des Rommains, empereur d'Alemaigne, pour pluiseurs creismeset articles que on lui mettoit sus. Et pour mectre l'Église en bonne paix et vraie union, fist tant ledit roy des Rommains que le concilie se tint continuellement par l'espace de deux ans, ainchois que ceulx desdis roiaumes d'Espaingne et d'Arragon y venissent. Lesquelx y vinrent en l'an mil IIIÏC et XVI, au mois d'aoust, à très belle et noble compaignie de prélatz et de chevallerie. Et tant que après leur venure on procéda à vraie éleccion de pappe. Et enfin fut esleu, confremé et pontiffié le cardinal de la Tombe, de la nacion de Romme, en l'an mil IIIP XVII, et fu nommés pappe Martin.