Pour vray pape » (Ma. SuppL fr. 93 el Vérard
2. Notre texte passe les mots que Pierre de La bine , qui se trouvent dans le ms. Suppl. fr. et dans Vérard.
comme temporel/., povoient à lui, ne à nulz siens venir et aux autres , plus sans oomparoison que par la division d'icelle. Et afin que je monstre évidemment l'affection de monseigneur d'Orléans avoir esté sur toutes choses à l'union de l'Eglise, je vueil raconter une chose par lui offerte à l'Université de Paris, trois sepmaines avant son trespas. C'estassavoir comment monseigneur d'Orléans , que icellui rommain ne vouloit point venir à Gennes, ne à Venise, et ne vouloit point recevoir pour hostages ceuîx qu'il/ lui avoient présenté par le mareschal Bouciquault , et que autre chose n'empeschoit l'union de l'Eglise, comme Pierre de La Lune feust prest d'aler ausdiz lieux, adonc dist les paroles qui s'ensuivent : « O Recteur, et vous tous mes amis, véez que bien briefment , par la grâce de Dieu, nous aurons l'union de l'Eglise. Mais que nous puissions asseurer icellui rommain afin qu'il viengne ou territoire de Gennes, j'ay proposé de lui offrir ung de mes filz pour hostage , lequel qu'il vouldra eslire , et suis prest de l envoier à mes despens à Venise , ou ailleurs. Et sur ce faictes lectres telles qu'il vous plaira, et je les signeray. Dictes ce à l'Université en apportant à moy leur opinion. » Adonc les seigneurs de l'Université le regracièrent de ce , en disant que plus ne povoit offrir. Et en ce il démonstroit sa bonne affection. Et vivent encores ceulx qu'il a voit adonc ordonnez à ceste besongne pour aler démonstrer aux Rommains et Véniciens icelle présentacion. O vous messeigneurs ! povoit il plus faire que mectre pour hostage sa char et son sang, et ceulx qui sont prestz à le tesraoigner ne sont point fenis ou mors , et ne sont point tesmoings ignorons, mais docteurs et maistres. O
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partie adverse , cy peuz tu veoir comment ta parole est contraire à vérité. De ce, te dévoies tu bien taire , comme toy mesmes as acquis faveur vers Pierre de La Lune, autant ou plus que aucuns autres. Car en cellui temps que Pierre de La Lune estoit le plus accusé , tu escripvis et envoias à lui afin que tu eusses éveschez et autres bénéfices pour tes serviteurs. Auquel tu n'envoias point ton varlet ou ton page , mais la garde de ton âme, c'estassavoir ton confesseur, qui parlerait plus seurement. Disoit on aussi que monseigneur d'Orléans s* estoit consenti à la perverse excommunicacion envoiée par Pierre de La Lune pour induire le Roy à son obéissance. Maintenant il est tout clerc que icelle mauvaise excommunicacion ne porte nul eflfect contre Pierre de La Lune , fors ou cas que le Roy cesseroit de à lui obéir, comme il appert par sa bulle. Comment donques pourroit estre que monseigneur d'Orléans eust induit le Roy à obéir à lui, et qu'il eust baillé consentement à ladicte excommunicacion , laquelle, selon l'intencion dudit Pierre de La Lune n'avoit nul rffect, fors en cas de suflBraction ou inobédience. Et est tout certain que Pierre de La Lune est d'une voulenté assez obstinée à ce faire, et que point ne se conseilloit, fors à luy mesmes. Et appert assez bien que monseigneur d'Orléans ne fut point favorable à ladicte excommunicacion , car elle ne fut point menée à effect, jusques à tant que raonditseigneur d'Orléans fut mort. Considérez donc , messeigneurs , la grant faulte de partie adverse et l'innocence de monseigneur d'Orléans , lequel peut dire la parole du propbète : Os pecca torts et os dolosi super me apertum est loquti sunt adversum me lingua dolosa et ser-
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monibus oïlii circunulederunt me. C'est à dire, la bouche du pécheur et pleine de fraude est ouverte sur moy, et out parlé contre mny par leurs faulx langaiges , et par paroles de liayne me ont environné. Et ce suffît quant à la seconde accusacion.
La troisiesme accusacion de partie adverse est que mondit seigneur d'Orléans s'esforça par moult de manières de machiner la mort de son prince et seigneur le roy de France , et comme dit ledit proposant, par trois manières. Premièrement, comme il dit, par sorceries , maléfices et suggestions. Secondement, par poisons et venins. Tiercement, par occasions; voulant occire ou faire occire nostresire le Roy, et ce par armes, par feu, par eaues ou autres violentes injections. Et par ce veult conclurre que mondit seigneur d'Orléans a commis crime de lèze-majesté humaine en la personne de nostresire le Roy. Quant à la première manière, où il parle de sorceries faictes par ung moyne, en une espée, en une dague, en annel et en verge, et pour ce faire mondit seigneur d'Orléans fist venir ledit moyne, ung espalier, ung escuyer et ung varlet, auxquelz il donna grand pécunes , comme dit partie adverse, c'est chose faulse et contre vérité. Car mondit seigneur d'Orléans onques ne se consenti à sorceries, ne à autres ars défendus. Et se ainsi eust esté que ledit moyne eust commis sorceries, et que ce eust esté par l'exortacion de monseigneur d'Orléans, ce eust peuestre sceu de léger. Car, contre ledit moyne et ses complices fut moult grant procès, en la présence des conseillers du Roy, auxquelz on en peut savoir la vérité. De rechef fut trouvé par la propre confession dudit moyne, disant que mondit seigneur d'Orléans
lui avoit défendu que là il ne ouvrast point de art magique et que riens il ne feist qui peust tourner ou préjudice du Roy. Et comme Dieu scet se de ce eust esté aucune vérité, il n'eust point esté célé jusques à maintenant. Par ce appert évidentement la faulseté de celle accusation. Et jà soit ce que mondit seigneur d'Orléans eust aucunes foiz parlé avec ledit moyne, on considère que mondit seigneur estoit jeune de l'aage de xvm ans, et que telz jeunes princes sont souvent déceuz par telz bourdeurs pour cause d'avoir pécune d'iceulx. Tant que de la pouldre des os baillée à monseigneur d'Orléans enveloppé dans ung petit drapelet, lequel il porta par aucun temps entre sa char et sa chemise , comme dit partie adverse, jusques à ce que ung chevalier lui osta, et pour ce, le eust en grant hayne, et tant qu'il destruisit ledit chevalier de ses biens et procura son bannissement du royaume, certainement ces choses ne sont point véritables. Mais cellui chevalier fut banni du royaume pour cause assez notoire, par procès et arrest de parlement. Et onques de ceste lède chose ne fut mencion, fors par icellui chevalier, selon le dict de partie adverse. Ledit chevalier estoit souspeçonneux de hayne , et par conséquent personne inhabile de faire serement et porter tesmoignage contre le défunct. Considérez, Messeigneurs, comment la proposicion de partie adverse ne contient que faulsetez et mençonges, et que les lisans son libelle pourrôient de léger cheoir en erreur, dont sur ce devroient mectre remède les révérens maistres de la faculté de théologie le plus tost que faire se pourroit; car, comme ilz scèvent bien, telles choses ne devroient point estre escriptes, ne divulguées. Mais i 21
plus merveilleuse chose est que par la bouche d'un théologien il a esté proféré que lesdiz maléfices ont sorti leur effect en la personne du Roy. Nous sommes maintenant en telle comparoison , laquelle fist l'aigle des théologiens, monseigneur saint Augustin, du médecin et d'un astrologien rendans la cause de deux enfans nez d'un mesme ventre , que nous disons jumeaux. L'un estoit moult maigre , et l'autre très gras, l' astrologien avoit recours à divers accidens, et le médecin, à ce que le gras eut premier l'àme ou corps, et pour ce qu'il estoit plus fort , il disoit qu'il suoçoit à peu près toute la nourreture des deux. Auquel est-il plus à croire ? Certainement au médecin , comme res- • pond saint Augustin. Semblablement nous povons dire que plus grant foy doit estre adjoustée à la faculté de médecine, de ceste matière, qu'au dict d'un maistre en théologie prononcé sotement. O très-doulx Dieu ! metz remède en ce. Car je vois théologiens affermer que sorceries sortissent leur effect , certainement c'est erreur comme la saincte Escripture die que sorcerie ne sont fors mençonges, et ne sortissent quelque effect. Dont le sage Salomon, auquel telles choses furent imposées, dit ou xxiu e chapitre de Ecclésiastique : Quod dominacio erroris et auguria mendacia et sompnia maleficiurn va ni tas est. C'est-à-dire, divinement d'erreur, sortilèges et mençonges, c'est toutung, et les songes de maléfice ne sont que vanité. Et ceste auctorilé allègue saint Thomas d'Aqum à prouver que telles sorceries ne sortissent nul effect. O toi Université de Paris 1 plaise-toy ce corriger. Car telles sciences abusives ne sont pas tant seulement défendues pour ce qu'elles sont contre l'onneur de Dieu, mais avec-
ques ce elles ne contiennent riens de vérité ou d'eflfect, et ce est conféré et discuté par les acteurs qui onl ouvré d'art magique. Ovide dit au livre de Remède d'amours : Fallilur fier monte si quis ma la pabula terre et magicas artes posse juvare pulat K C'est à dire, cellui est deçeu qui cuide que les mauvaises herbes et les ars magiques puissent aider. Et aussi, maistre Jehan de Bar, moult expert en ce mauldit art, lequel fut ars avec tous ses livres , dist en sa derrenière confession que le dyable n'apparut onques à lui, et que ses invocacions ou sorcerics ne sortirent onques effect, jà soit ce que à plusieurs il eust paravant dit le contraire , et espécialement aux grans seigneurs pour avoir leur argent. Et pour certain, c'est moult merveilleuse chose de vouloir donner charge à monseigneur d'Orléans de telles sorceries vaines et faulses , veu que onques homme ne les hay tant comme il faisoit, en persécutant ceulx qui usoieut desdiz ars. Et scet bien chascun que mondit seigneur fut la cause principale du procès et exécucion faiz contre ledit maistre Jehan de Barre, et aussi de deux augustins , qui pour leurs démérites furent exécutez, les gens d'église à ce appelez du conseil du Roy. Quant est à ce dont le proposant de partie adverse a fait mencion, en disant que monseigneur de Milan, défunct, donna sa fille à monseigneur d'Orléans sur espoir qu'elle feust royne de France, et pour ce, quant elle print congié de lui, il lui dist : « Adieu, belle fille, je ne quiers jamais à te voir jusqu'à tant
i . Voici les deux vers d'Ovide :
Vident, Hemonias si quis ma la pabula terre Et mugicaa artes posse juvare putat.
que tu seras royne de France. » Pour vérité c'est faulse chose, car monseigneur le duc de Milan avoit traictié avec le duc de Gueldres, frère du roy des Rommains, qu'il prendroit à femme madame d'Orléans sa fille, et encores estoient lesdiz messagers faisans leur chemin à parfaire ledit mariage, quant Bertran Gast, pour lors gouverneur du conté de Vertus , fut envoie du Roy et des ducs de Berry et de Bourgongne, dont Dieux ait l'âme, à monseigneur de Milan, pour traictier le mariage de sa fille et de monseigneur d'Orléans. Lequel duc de Milan, pour l'onneur du Roy et des seigneurs de la maison de France, se consenti à donner sa fille à mondit seigneur d'Orléans, et cessa à traicter avec ledit duc de Gueldres , révocant lesdiz messagers par lui envoiés a icellui. Tant qu'est des paroles qu'il dist à sa fille, comme il dist, c'est faulse chose. Car monseigneur de Milan estoit yssu de Pavie sans parler à sadicte fille , et ce fist-il pour ce qu'il n'eust peu prendre congié à elle sans pleurer. Tant qu'est de la parole que devoit avoir dicte mon- • seigneur de Milan à un g chevalier de France par grande admiracion : «Tu dis que le roy de France est en bon estât ? comment peut ce estre ? » , certainement c'est faulse chose; car monseigneur de Milan estoit assez secret pour soy taire de telles choses, mesmement devant les François, pour la relacion l . Plusieurs sont qui bien sçèvent que monseigneur le duc de Milan aymoit le roy de France sur tous les princes du monde, et l'onneur de tout sou sang et de la maison
i. C est-à-dire de peur qu'elles ne fussent redites , et surtout devant des Français.
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de France, dont tous les ambaxadeurs du Roy et autres nobles de France trespassans par son pays , il honnouroit par grant largesse de dons, et ce pour l'amour et honneur du Roy tant seulement, et de tous ceulx du sang royal. Tant qu'à l'istoire de l'omme de grant proesse, messire Phelippe deMaisières, lequel a honteusement diffamé ledit proposant, il est vérité que quant ledit Phelippe vint de Chipre, le roy Charles, que Dieu pardoint, le retint et en fist son chambellan. Lequel après le trespas du Roy print humble habit en l'église des Célestins, ouquel lieu il persévéra dévotement jusques en la fin f . Et pour ce que monseigneur de Bourgongne trespassé aymoit monseigneur de Milan, voiant ledit Phelippe estre de grant science et proesse, et aiant propos d'aler en aide de la Saincte Terre , icellui envoia à monseigneur de Milan qui le receut honnorablement et très -voulen tiers le veoit et oioit parler. Et est vérité que devant ce temps ledit Phelippe onques n'avoit demouré avecques monseigneur de Milan, qui le receut, ne avec messire Barnabbé son oncle. Item ledit Phelippe s'estoit parti dudit duc de Milan longtemps devant ce qu'il feust mencion du mariage de monseigneur d'Orléans, ne de sa femme. Et ainsi appert que ledit proposant de partie adverse n'est point véritable. En oultre , quant à ceste accusacion regardant la personne du Roy que monseigneur d'Orléans, non obtenue la mort du Roy par sorceries , appliqua autre manière de faire mourir le Roy pour parvenir à la couronne de France, et pour ce promist à ung homme quatre mille frans et à