Voy. plus haut, p
Tant qu'aux hommes d'armes qu'on dit monseigneur d'Orléans avoir tenus sur le pays , il est vérité que aucuns hommes d'armes eslans sur le pays disoieut eulx estre à monseigneur d'Orléans afin que aucun ne leur osast nul mal faire , et si n'a voient ne lectres, ne mandement de lui, mais lui desplaisoit des maulx qu'ilz faisoient aucunes fois. Dont de ce, quant il en fut parlé au conseil du Roy, lui mesme procura lectres du Roy envoiées à tous baillis et officiers du royaume , qu'ils appelassent tous les nobles et gens du pays pour contraindre lesdiz malfaicteurs de yssir du royaume , en punissant iceulx de leurs mauvaises œuvres. Et par ce il appert que sans cause on a donné charge à mondit seigneur d'Orléans desdictes gens d'armes.
O tu ! partie adverse , considère les dommages très grans et irréparables qui ont esté en plusieurs lieux en ce royaume par les hommes d'armes lesquelz tu as tenus et fait venir, entre lesquelz estoient estrangers , sans estre paiez, gastans et destruisant tous lieux en ce royaume où ils passoient. Et chascun doit avoir compassion des cas advenus , si piteux que nul n'en porroit assez pleurer.
O tu roy de France ! prince très excellent , pleure donques ton seul frère germain que tu as perdu, Tune des précieusez pierres de la couronne , duquel toy mesmes devroies faire ou procurer la juslice. O toy! Royne très noble , pleure le prince qui tant te honnouroit, lequel tu vois mourir si piteusement. O tu, mon très redoublé seigneur, monseigneur d'Acquitaine , pleure ! qui as perdu le plus beau membre de tout ton sang, de conseil et de seigneurie, pour quoy
tu esc h eu de paix en très grande tribulacion. O toy, duc de Berry, pleure ! qui as veu le frère du Roy, ton nepveu , fïner sa vie par grief martire pour ce qu'il estoit filz et frère de Roy et non pour autre chose. O tu , duc de Bretaigne! pleure l'oncle de ton espouse, qui grandement t'amoit. O tu, duc de Bourbon, pleure ! car ton amour est eufouye en terre. Et vous tous autres , nobles princes , pleurez , car le chemin est ouvert pour vous faire mourir traîtreusement et sans défier. Pleurez , hommes et femmes , povres et riches , jeunes et \ ieulx , car la doulceur de paix et de transquilité vous est ostée estant, que le chemin vous est monstre d'occire et mectre guerre entre les princes, par lequel vous estes en guerre et en misère et en voie de toute destruction. O vous! hommes d'église et sages, pleurez le prince qui très grandement vous aymoit et honnouroit. Et pour l'amour de Dieu, vous clercs, et nobles hommes de tous et divers estats, considérez comment en ces choses doresenavant vous ferez. Car jà soit ce que partie adverse vous ait déceuz par sa faulse induction et pour ce avez esté à lui favorables , néantmoins puisque vous congnoissez cel homicide, lequel partie adverse a perpétré, les faultes et mençonges en son libelle diffamatoire proposées, et conséquemment l'innocence de monseigneur d'Orléans, et doresenavant vous lui baillez faveur en quelque manière, sachez ce estre contre le Roy, et par ce vous encherrez en péril de perdre corps et biens, comme autre foiz on a veu en cas semblable. Entendez donques, princes et hommes de quelque estât que vous soiez , à soustenir justice contre ledit de Bourgongue , qui par l'omicide par lui commis a usurpé la domina-
cion et auctorité du Roy et de ses filz , et a soustrait grant aide et consolacion, car il a mis le bien commun en grande tribulacion , en confundant les bons status sans vergongne , en soustenant son péché contre noblesse , parenté , serement , aliances et asseurances , contre Dieu et la court de tous ses sains. Cest inconvénient ne peut estre réparé ou apaisé fors par le bien de justice. Et c'est la cause pour quoy madame d'Orléans et ses filles vinrent à toy, sire Roy, et à vous tous du sang et conseil royal , à vous supplians que vous vueillez considérer l'injure faicte à iceulx , icelle réparer par la manière qui tantost vous sera requise par son conseil , et par toutes autres manières qu'il pourra estre fait, afin que par tout le monde soit divulgué que monseigneur d'Orléans fut occis cruelement et injustement, et diffamé faulsement. Et en ce faisant, vous ferez vostre devoir comme vous y estes tenus, et dont vous pourrez acquérir la vie éternelle, selon ce qui est escript ou xxi e chapitre du livre des Proverbes : Qui sequitur jusliciam inveniet vilamcl gloriam. C'est à dire , qui ensuivra justice , il trouvera vie et gloire. Laquelle nous octroit, cellui Dieu qui vit et règne sans fin par tous les siècles des siècles. Amen.